‹ L'américanismeChapitre 30 sur 120 · DÉPOSITION DU RECTEUR · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DU RECTEUR

ficiles etsouvenidélicates, pour l'honneur de l'Eglise en général, et aussi, pour celui du diocèse auquel il appartient. Je considérerais même personnellement comme une marque spéciale des sentiments fraternels de Voire Eminence, si vous pouviez me faire le plaisir de l'inscrire au nombre des chanoines honoraires de Votre Eglise Métropolitaine, afin de lui donner ainsi devant ses collègues du diocèse un témoignage officiel et mérité des services qu'il a rcndus{i). »

L'archevêque de Paris n'accorda point la faveur demandée. Quant a M. Périès, renonçant à l'arrangement qui avait été conclu, il donna sa démission le 8 septembre (2).

Le ib septembre Léon XIII notifiait à l'évêque Keanc sa déposition de recteur. Le Saint- Père disait avoir pris cette mesure parce qu'en principe un recteur d'université ne doit pas gar-

([) Lettre datée du [[ juin [S96.

(3) Leitre adressée à l'archevêque de Philadelphie. M. Pérics fut nommé sicaire à la Sainte- Trinité d'où il passa, en igoS, à Saint-Thomas d'Aquin, en qualité de second vicaire, li a publié plusieurs ouvrages de droit canonique, dirige la Revue canonique et collabore au Polybiblion, à \a^ Revue des questions Il i toriques et à la Vérité française. Les publications de M. l'abbé Périès concernant le droit canonique montrent combien la controverse était envenimée quand Kraus raconte A qu'il s'est montre un parfait ignorant dans les matières de son enseignement », {Beilage ^ur Allgemeinen Zeitung, 3 janvier 1S98, article signé Spectator). — Un savant mémoire de M. Périis, auquel l'archevêque de Paris refusa Vimprimatur, a eu de l'Influence sur le conclave de igoS : L'intervention du pape dans l'élection de Si

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der sa charge à perpétuité (i). Léon XIII ajoutait qu'il donnerait à Mgr Keane un archevêché aux Etats-Unis, selon le vote des évêques ; ou ■bien que s'il préférait venir à Rome, il le nomme- , rait consulteur des Congrégations des Etudes et de la Propagande dans lesquelles il pourrait faire beaucoup de bien pour la religion aux Etats-Unis. Dans ce cas on lui donnerait un revenu convenable pour son honorable entretien. Par le même courrier qui lui annonçait sa destitution, le recteur recevait une lettre de M. l'abbé Périès, lui déclarant qu'il se retirait de sa chaire.

Le 5 octobre, à la rentrée scolaire, le vice-recteur Philip J. Garrigan(2) prit la charge de recteur intérimaire. Après la messe du Saint-Esprit, Mgr Keane lut à une assemblée nombreuse et

(]) Il m'a été impossible de trouver la source juridique du principe allégué. Antérieurement et postérieurement à la lettre pontificale la pratiquées! contraire, comme on peut s'en assurer en étudiant les listes chronologiques des recteurs d'uni-

(i) Sacré premier évéque de Sioux-City (lowa), le 25 mai rgoa, M. Pcriès l'a présenté ainsi aux lecteurs de la Virile : 0 ecclésiastique honorable, mais de capacités assez bornées, n'avait dû sa situation qu'à un atlachemeni aveugle à Mgr Keane. On a toujours compté que la chute de son protecteur l'entraincraitinfailliblenient i)(îii novembre 'i8g6). — i M. Garrigan était tout simplement i'économede l'Université m On le déclara docteur sans qu'il eût subi aucun exe jamais enseigné o. (21 mai [902).

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émue la lettre pontificale et la réponse qu'il y avait faite. Il ajouta quelques déclarations au sujet de sa déposition : « Je n'ai pas demandé de raisons, dit-il ; je vous prie, mes amis, et vous étudiants, de faire comme moi. Ne demandez pas pourquoi le Saint-Père a fait cela. Il est suffisant qu'il l'ait fait pour que ce soit sagement et bien fait(i) ».

Le prélat partit immédiatement après pour la Californie où il se reposa quelque temps dans un sanatorium.

La déposition s'opérait trop subitement pour ne pas causer une vive émotion dans le monde intellectuel des Etats-Unis. On résolut de donner à l'ex-recteur une marque publique d'estime.

Le 8 octobre un immense meeting se tint dans la grande salle de l'Institut Carroll. Des hommes et des femmes de toutes les croyances, de toutes les églises, de toutes les conditions de la vie étaient réunis. Toutes les universités avaient envoyé des représentants. Sur l'estrade présidaient le juge Morris, de la cour d'appel, le commissaire du district Truesdell, le général A.-W. Greely et beaucoup de laïques et ecclésiastiques très distingués. On remarquait dans l'assemblée un certain nombre de jésuites.

(i) Sur ces incidents, voy. Cath. Univ. Bit!!., // (cSgfi), pp. 583-591.

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Le juge Morris, en ouvrant la séance, fit allusion aux rumeurs relatives à la destitution du recteur. Il dit qu'il n'y avait pas à s'en occuper, que le but de la réunion était d'honorer le recteur destitué. Il noihma ensuite un comité pour rédiger les résolutions qui seraient prises à la fin de la séance.

Le feu des panégyriques s'ouvrit alors. Le premier orateur fut le P. J. Havcns Richards, de la société de Jésus, président de l'université de Georgetown et dont la présence avait pour objet de démentir que sa Compagnie fût pour quelque chose dans la destitution du recteur. Le P. Richards célébra son b influence religieuse », Il parla des longues et amicales relations qu'il entretenait avec l'évèque Keane depuis le temps où celui-ci était curé de Saint-' Patrick. Il loua également ses grands services à l'Université catholique.

Le révérend docteur Rankin, président de l'université Howard célébra « l'évèque Keane philanthrope ». Il parla de ses œuvres relatives à la tempérance, aux soinsde veuves et d'orphelins et autres entreprises de charité dont le prélat s'était occupé.

« C'est rdvêque Keane, dît-il, qui me fit comprendre, pour la première fois, ce qu'est un catholique américain. Toute ma vie j'avais entendu parler du

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catholique romain comme d'un homme imbu, au sujet de la liberté personnelle et nationale^ d"idées étrangères et moyenâgeuses, telles qu'il devait nécessairement regarder de travers les institutions américaines, à moins qu'il ne les considérât comme quelque chose à confisquer et à s'approprier. Mais ici il y avait un homme doué du véritable esprit américain. Voici quelle était son irrésistible logique : Nos institutions sont des institutions libres : elles doivent dominer le inonde ; elles sont impossibles sans la liberté de la parole, sans la liberté des écoles. Nous devons donc avoir la liberté de la parole et des écoles 0.

Le général Greely célébra l'évèque Keane comme « penseur scientifique », le commissaire Truesdell, comme citoyen ; le révérend Whitman, président de l'Université colombienne, comme éducateur, le révérend docteur Stafford, comme homme.

Les résolutions adoptées furent celles-ci :

« Nous, citoyens de Washington, assemblés ici, sans distinction de credo, nous saisissons avec satisfaction l'occasion de donner une expression publique aux chaleureux sentiments d'estime et de considération que nous portons à l'évèque Keane, notre distingué concitoyen. Nous saisissons celte occasion de lui exprimer combien nous apprécions les services considérables qu'il a rendus à la grande cause de l'éducation et de la culture intellectuelle parmi nous. Nous honorons l'esprit élevé qui l'a toujours animé dans sa vie publique et l'esprit de charité chrétienne

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qui lui a toujours inspiré de se mettre au premier rang dans toute entreprise destinée à servir l'humanité. Nous portons avec reconnaissance un témoignage à son esprit bienfaisant, à la rectitude de sa vie, à la dignité de conduite qui le rendit dans toutes les circonstances de sa vie un gentleman chrétien idéal. Nous apprenons avec un profond regret la fin de sa charge dans la grande institution avec laquelle il s'était si intimement identiHé, dont il était considéré comme la véritable vie et dont il fut vraiment un des créateurs ; nous déplorons profondément toute décision qui entraînerait son départ d'au milieu de nous, mais quelle que soit cette décision, nous offrotis à l'évèque nos plus chaleureux sentiments d'amitié et de bienveillance,

a Des copies de ces résolutions seront oflertes au très révérend évêque Keane, à son Eminence le cardinal Gibbons et au très révérend Philip J. Garrigan, vice-recteur de l'Université catholique d'Amérique (l). B

(OL'un des orateurs de cette soirée, prêtre catholique, disait à un membre de l'ambassade de France qui essayait de le calmer: « Si Rome continue, nous coupons le lîl. u — Sur la réunion du 8 octobre, voyez le Washington Post et l'Evening Star du 9 octobre, le N.-Y. Fr. s. J. du tj octobre, etc. — Dans La Vérité du 21 octobre, M. l'abbé Périès résume celle réunion en disant que l'évèque Keane 0 et ses amis ont réussi à provoquer un meeting de protestation au Carroll Institute de Washington, meeting dans lequel hérétiques de toutes dénominations et incroyants, mêlés aux ignorants catholiques du bas peuple et aux rôdeurs de rue, sont venus l'acclamer. » Naturellement les journaux conservateurs reproduisirent avec empressement cette information; voyez, par exemple, Le Nouvelliste (Lyon) du i3 el Le Patriote de Normandie (Rouen) du i5 octobre.

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CRISE DE l'université 14?

Cette manifestation et d'autres protestations de moindre importance empoisonnèrent la fin de la légation de Mgr Satollî qui avait arrangé toutes choses de manière que la destitution du recteur eût lieu seulement après son départ. On découvrit son plan et ceux qu'il blessait auraient pu prendre leur revanche, s'ils n'avaient craint que le délégué, prétextant une révolte, n'eût obtenu de Rome, comme on lui en prêtait le dessein, la déposition de l'archevêque Ireland, le renvoi du docteur Rooker, secrétaire de la délégation (i) et l'imposition d'un recteur de son choix. Le cardinal s'embarqua pour l'Europe, le 17 octobre, entouré d'honneurs officiels et sans cordialité. L'effervescence était grande. Les libéraux disaient que l'impossibilité d'une université catholique était démontrée et que ce grand établissement prétendu scientifique ne pourrait être qu'une manière de séminaire professionnel sans liberté intellectuelle (2). Bien

(i) Sacré évcquc de Jaro, aui Philippines, le [4 juin iÇjo3.

(î) Quelles qu'en soient les causes, rUniversité catholique de Washington, n'a jamais eu qu'une existence traînante et difficultueuse et est restée l'objet de discussions. Cf. The Revietv, 8 mai igoî, 3o juillet igo?, p, 465 et 477, Semaine religieuse de Paris, 17 mai 1903, Vérité, i\ et 14 mai 1902 (art. de M, Périès). Cet insuccès s'explique en partie par l'opposition des cotiser va leurs et par l'importance qu'a prise le séminaire de Rochester. C'est le meilleur des Etats-Unis; les élèves y vont de beaucoup de diocèses. L'évèquc choisii avec

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