‹ L'américanismeChapitre 33 sur 120 · MONSEIGNEUR SCHROEDER · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR SCHROEDER

continuait à traiter les questions les plus irritantes et les plus inopportunes. Puisqu'il en était ainsi, il devait partir. Les Allemands soutinrent énergiquement leur docteur : mais sa perte était résolue, et même, comme on l'a vu, un ancien ami la facilitait ( i ). Grâce au cardinal jésuite Steinhuber, résidant à Rome, et qui se constitua son défenseur, le Vatican insista pour son maintien (2). Le conseil des évéques le révoqua néanmoins à la fin d'octobre 1897. On allégua contre lui -qu'il était incompatible et irréconciliable avec ses collègues et même avec l'Université entière, et qu'il était incompétent comme professeur de dogme. Le cardinal Gibbons envoya au pape un rapport sur son cas, et Léon XIII ordonna que tout fût réglé conformément au vote des évêques. Mgr Schroeder retourna dans son pays (3).

Quant à Mgr Keane, bien qu'il eut déclaré

(1} Kraus {art. cité) dii que, du côté de TUniversité, on n'avança rien contre Mgr Schroeder d'approchant [an Heftigkeit und Boiheit) des allégations portées contre lui par M. Périès,

(2) Sur celte affaire voyez Evening Stai; ig-sa octobre 1897; Washington Post, ai-aî, 27 octobre ; New-York Herald, 11-34 octobre ; Revieiv, 1 1, 18, 25 novembre, 2, 9, 16, 23 décembre; 6 janvier, i7février, 7 avril 1898 : Vérité Française, lî novembre, 6 et 12 décembre 1897.

(3) Mgr Schroeder fut nommé professeur à l'Académie catholique de MQnstcr en Wesphalic. Depuis, cet Établis a reçu le titre d'Université et Mgr Schroeder en fi recteur; il mourut le 5 septembre hjoS, à Elbcrfi

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qu'il ne désirait aucune position officielle, pas plus à Rome que dans sa patrie, le pape l'appela près de lui.

Evidemment on ne tenait pas à lui laisser le loisir de répandre ses idées dans des livres ou des conférences. A Rome, le pape le nomma chanoine de Saint-Jean de Latran, archevêque titulaire de Damas, assistant au trône pontifical, consulteur des Sacrées Congrégations de la Propagande et des Etudes(i). Tous ces honneurs ne cachaient qu'une sorte d'exil. Les archevêques des Etats-Unis essayèrent de lui faire donner un siège archiépiscopal dans leur pays sans pouvoir y réussir. Comme sa popularité lui avait permis d'être un heureux quêteur pour l'Université de Washington, en 1899, vu que rétablissement se trouvait dans un pressant besoin, le comité des évêques directeurs demanda au Souverain Pontife que Mgr Keane fût chargé de quêter de nouveau : ils eurent de la peine à lui obtenir la permission de ce voyage (2).

(t) a Rome, Mgr Keane habita chez les sulpiciens, d'abord au séminaire canadien, puis à la procure. Les antiaméricanistes ont jugé cette hospitalité dangereuse pour la pureté doctrinale de la Compagnie. (Voy. Vérité, ii janvier rSgg, article signé F. d'H.).

(2) Mgr Keane était revenu prendre des vacances, en 1897; il fut acclamé, voyez Washington Post, to et 14 octobre.

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Naturellement, toutes ces affaires qui passionnèrent si longtemps les catholiques des Etats- Unis se compliquèrent de nombreuses intrigues (i) et chaque parti se couvrit de l'autorité suprême du pape. L'un prétendait interpréter sa pensée directement et authentiquement, l'autre déclarait se régler sur les directions immédiates de son délégué, seul bien placé pour juger sur les lieux. Les disputes ressemblaient à celles qui, à la même époque, se produisaient en France, où nombre de gens déclaraient ne pas très bien comprendre les instructions politiques de Léon XIII et se demandaient si elles n'étaient pas brouillées par le cardinal secrétaire d'Etat. Un discours prononcé par l'archevêque Ireland peint très bien la confusion qui régnait à ce moment dans TEgUse des Etats-Unis.

B Des réfractaires, des rebelles contre Léon XIII, on en trouve hors de France. On en trouve où l'on devrait le moins s'atiendre — en Amérique. Il y a,

(t) M. l'abbé Klein écrivait dans le Correspondant du 25 juin 1898 : « L'heure n'est pas venue de faire connaître avec plus de détails l'historiquede ces deux incidents (Keane et Schroeder), ni d'expliquer comment on vit, à chaque fois, défait ou regretté par le pape n ce qu'on présentait comme émanant de lui ». Que l'heure ne soit pas arrivée d'écrire cette histoire complète, tout le monde le comprendra et même on peut souhaiter pour l'édification des catholiques qu'elle ne sonne jamais. Quant aux regrets de Léon XUI, ils semblent difficiles à prouver.

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naturellement, des divisions parmi les catholiques d'Amérique, non pas à la vérité dans ce qui est strictement matière de foi et de mœurs, mais dans les tendances et les mouvements et dans les adaptations aux circonstances et aux environnements modernes. II ne devrait y avoir pour nous qu'une tendance, un mouvement, un mode d'adaptation, ceux qui sont indiqués par Léon. La séparation d'avec Léon, l'opposition à ses directions, n'est autre chose qu'une rébellion, quels que soient ses efforts pour se dissimuler, en Amérique comme en France, sous les titres spécieux de conservatisme, de catholicisme traditionnel, de religieuse crainte des nouveautés. Ceux qui résistent en Amérique àladirectiondonnée par Léon sont des rebelles et des réfractaires, quoiqu'ils osent se donner comme les seuls catholiques véritables et loyaux. Les noms n'ont guère d'impor- , tance, il n'y a que les réalités qui comptent. Les loyaux catholiques n'ont qu'un nom, catholiques. Ils n'ont qu'une règle d'action, la volonté et l'exemple de Léon. On pense quelquefois que les catholiques d'Amérique sont divisés sur les questions des races et des langues. Il n'en est pas ainsi. S'ils sont divisés, c'est que la grande majorité suit la direction de Léon et que quelques-uns se tiennent à l'écart. Les loyaux catholiques et les réfractaires n'appartiennent pas qu'à une langue. Je parle maintenant pour moi-même, mais dans ce que je dis, je le sais, je parle aussi pour tous les loyaux catholiques d'Amérique. Il n'y a pas pour moi de race, de langue ni de couleur. Je m'élève au-dessus de toutes ces particularités. En cherchant mes frères, je désire trouver ceux qui travaillent pour Dieu et la

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vérité, ceux qui travaillent avec Léon. Quand je m'éloigne de catholiques, c'est qu'ils sont réfrac-, taires. Quand les catholiques français sont avec le pape, je suis avec les catholiques français ; quand ils sont contre lui, je suis contre eux. Quand les catholiques allemands sont avec le pape, je suis avec eux; quand ils sont contre le pape, je suis conire eux. Je ne m'abaisserai pas à établir des distinctions entre catholiques à cause des races et des langues. Je suis, je dois être aussi catholique que l'Eglise de Dieu, Je diffère de certains hommes; je fais la guerre à certains hommes à cause d'idées ei non pas à cause de races. Et il en est ainsi de Léon, et il en est ainsi de tous loyaux catholiques, II est bon que cela soit compris et proclamé bien haut et de tous côtés. On s'efforce d'identifier certaines tendances réfractaires avec des races entières de catholiques. C'est mal. C'est une injustice pour ces races où le grand nombre est fidèle au pape, très ardent à suivre ses directions, très fervent à travailler avec lui. Des gens qui se constituent eux-mêmes chefs de partis pour le temple de leurs propres idées sont souvent trop prompts à appeler autour d'eux une race d'hommes en les aveuglant sur les vrais résultats, les conduisent sous la bannière du nationalisme, là où de véritables catholiques ne devraient pas aller [ i }. n

(i) Sermon prononcé à l'église Saint-Patrick, à Washingion, le i8 mars [897 ei publié dans le The N.~Y. F.S Journal. 3 avril, seul texte reconnu authentique par l'orateur. Ce sermon causa des polémiques; voyez surtout The Revieiv, 8 el

rihyGoO^le

La religion en Amérique au commencement du XX* siècle.

— Catholicisme ei pairiotisme. — La lolérance scientifique.

— La paix du conclave. — La gloire de l'Eglise des Etats-. Unis.

Au commencement du XX= siècle, l'annexion des Philippines et de Porto-Rico aux Etats-Unis a élevé le nombre des catholiques de la grande république à dix-neuf millions. L'Eglise romaine est devenue de beaucoup la plus nombreuse de toutes ses dénominations religieuses. Pourtant, et sans même parler de la qualité inférieure des nouvelles recrues, ce triomphe numérique cache encore de grandes pertes. Tout en supposant que la tentative de la constitution d'une église nationale aux Philippines avorte complètement, de nombreux catholiques de ces îles n'en sont pas moins passés et n'en passeront pas moins au protestantisme.

Au commencement du XX' siècle, les statistiques ecclésiastiques des Etats-Unis déclaraient

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que toutes les principales dénominations religieuses gagnaient des adhérents, que le premier rang dans ces gains, sur le continent américain, appartenait à l'Eglise romaine; enfin toutes les dénominations se déclaraient (i) satisfaites et confiantes sur l'avenir. Or, on entendait le même langage, vingt-cinq, cinquante, soixantequinze ans auparavant, et cependant, il s'est constitué aux Etats-Unis tout un goupe de personnes qui déclarent n'appartenir à aucune église, et ce groupe dépasse aujourd'hui le chiffre de quarante millions. C'est le déchet de toutes les dénominations. Mais, du moment que les anciennes familles puritaines et d'origine américaine s'éteignent, il semble que dans ce contingent, aucune église proportionnellement ne compte autant de membres que l'Eglise romaine. Les catholiques des Etats-Unis ne s'en déconcertent pas.

" Le miracle est, non que des immigrants catholiques aient des descendanis protestants ou incrédules

(i) Sur les réflexions qu'inspirent ces siaiisiîques à des écrivains de ditTcremes communions et moins préoccupés d'apologétique, voyez Maigncn, Noiiv. calh., i° édil., l'article du P. Shinnors donné en appendice; le Chrétien Français, 8 janv. et 7 mai 190Ï ; Pioda, ouv. cité ; l'article de M. Albert Schinï, Revue chrétienne, octobre iijoi ; Literary Digest, [3 janv. 1900. .

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