LA PAIX DU
site du conflit scientifique particulièrement grave en France. Du moment que l'opinion publique voit la religion dans son côté pratique et utilitaire, les objections perdent beaucoup de leur intérêt. Les œuvres de la charité catholique, les Filles de la Charité et les Petites Sœurs des Pauvres seront toujours une excellente preuve de la transcendance ou de la divinité de la doctrine. Aucun Américain ne regrettera de voir la rivalité des sectes se porter toujours davantage sur le terrain de l'assistance publique de préférence aux spéculations théologiques. L'avenir appartiendra aux mieux faisants.
Les circonstances même semblent aider l'évolution du catholicisme américain. Elle continue doucement, parce que Rome a été obligée de faire trêve aux préoccupations.
Les cardinaux italiens . qui ont montré le plus d'antipathie à l'américanisme et qui ont paru le plus redouter que l'Eglise des Etats- Unis ne tombât dans le schisme et l'hérésie, ceux-là même se sont avisés que le pontifical de Léon XIII allait bientôt finir et qu'ils ne devaient point s'aliéner pour un prochain conclave le cardinal Gibbons, beaucoup plus puissant encore par son influence que par son vote. La paix s'est faite politiquement. Non seulement on a relâché Mgr Keane, mais encore, en 1900, on agréa son
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17a I.A PAIX DU CONCLAVE
élection à l'archevêché de Dubuque (lowa) et on lui conféra \e pallium en 1901. On a donné à Mgr Conaty le siège épiscopal de Los Angeles (Californie). Pour successeur à l'Université de Washington, on lui a choisi un « américaniste» militant, Mgr Denis O'Connell (i). Seulement, comme on ne voulait point rendre trop puissant le parti qu'il s'agissait de se concilier, on a refusé l'évèque Spalding pour l'archevêché de Chicago (2) et l'on multiplie les délais pour accorder le chapeau rouge à l'archevêque Ire-
(1) Prontovealur ut amoveatur. D'après un article anonyme de l'un des chefs de l'ami américanisme dans l'Eclair du 1" juillet 1898, Mgr O'Connel] préparait l'élection pontificale du cardinal Vincenzo Vanutelli. Ce bruii persistant ne fui certainement pas étranger à sa promotion de recteur. 11 fut nomme, par Léon Xill, le ii janvier et installé à Washington le 33 avril 1903. Cette nomination fut très désagréable au parti allemand et l'un de ses journaux, dès le premier numéro qui suivit la mort du pape,' disait: 0 Espérons que le successeur de Léon Xlil nommera un nouveau recteur qui ne soit pas identifié avec l'Américanisme. (The Revient, 3o juillet), s — En janvier tgoî, Léon XIII continuant son teuvre de centralisation, plaça l'Université de Washington sous la juridiclioii de la Congrégation des Etudes, à l'instar du collège des jésuites â Rome et des Universités d'Insprûck et de Louvain.
(2) L'évèque Spalding fut proposé pour l'archevêché de Chicago en décembre 1901. Il était prcsenié le premier sur la liste des cvêques et le premier sur la liste des prêtres et, au même moment, le Président de la République l'honorait de la nomination de membre d'arbitrage de la grève des mineurs d'anthracite. La Sacrée Congrégation de la Propagande lui préféra le T. R. James-Edward Quigley, évêque de Buffalo,
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LETTRE DE LÉON XIII lj3
land(i) qui,pounant, a cru lever toute objection en proclamant nécessaire et possible le rétablissement du pouvoir temporel.
Au commencement de 1 902, le cardinal Gibbons écrivit à Léon XIII, à l'occasion de son jubilé, pour lui exprimer la joie et l'admiration qu'éprouvaient les catholiques des Etats-Unis. La réponse du pape constitue, en quelque sorte, un jugement officiel, non-seulement sur les vingt-cinq dernières années de l'Eglise aux Etats-Unis, mais encore sur tout le siècle où elle a réalisé de si grands progrès.
Voici la traduction de la réponse du Saint- Père (2) :
A Notre cher Fils Jacques Gibbons, cardinal-prêtre de la sainte Eglise romaine, du titre de Sainte- Marie in Trastevere^ et aux autrei archevêques et évêques des Etats-Unis d'Amérique.
Notre cher Fils et Nos vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique.
. « Dans la longue et illustre suite des Pontifes romains, Nous sommes compté comme le troisième de ceux auxquels il a été donné d'inaugurer heureu-
{1) Lesdiscussions sur son cardinalat on! beaucoup occupe les journalisies religieux. L'un d'eux, M. Julien de Narfon, a donné dans son volume Léon XIIl intime (p. 36 1 ), le portraii de « S. E. le cardinal' Ircland ».
(î) L'Univers, ï5 avril iç)oî.
sèment la vingt-cinquième année de leur sacerdoce suprême. C'est à juste titre que Nous Nous réjouissons de cet événement extraordinaire et que partout ceux qui professent la foi cattiolique s'en félicitent, inspirés par leur vénération envers le Siège apostolique. Mais si, dans celte couronne d'hommages, la voix de tous Nous est agréable, cependant celle des évéques et des fidèles des Etats-Unis d'Amérique nous fait éprouver une joie toute particulière, soit à cause des conditions qui rendent votre pays supérieur à beaucoup d'autres, soit à cause de l'amour singulier dont Nous vous entourons.
B II vous a plus, Notre cher fils et Nos véritables frères, dans la lettre collective que vous Nous avez adressée, d'énumérer en détail les actes qu'animé par Notre affection Nous avons accomplis au profit de vos églises, depuis le début de notre pontificat. Il Nous est fort agréable aussi de vous payer de retour et de rappeler les consolations multiples et variées qui durant tout ce temps Nous furent apportées par vous. Si dès le commencement de Notre suprême apostolat, Nous avons été ému d'une grande joie eti considérant la situation de votre pays, maintenant, ayant exercé pendant plus de vingt-quatre années ce ministère, Nous devons reconnaître qu'à aucun moment celte joie ancienne ne s'est flétrie, mais qu'au contraire elle s'est avivée de jour en jour, à mesure que devenaient plus éclatants parmi vous les progrès de la foi catholique. Il faut aiiribuer ceux-ci d'abord à la volonié de Dieu, mais aussi à votre zèle et à vos labeurs. On doit, en effet, féliciter votre sagesse de ce que, connaissant bien le caractère de ces nations, vous avez su faire en sorte de promouvoir avec pru-
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dence toutes sortes d'institutions catholiques, conformément aux besoins et aux tendances des habitants.
a Dansvotrc œuvre, il est un point qui mérite dëtre loué par dessus tout : vous avez travaillé ei vous travaillez encore avec ardeur à établir et à maintenir une étroite union de vos églises avec cette Eglise mère et avec le Vicaire du Christ sur la terre. C'est à Rome, en effet, comme vous le déclarez Justement, qu,e réside le sommet et le centre de toute autorité, de tout magistère et de tout sacerdoce; c'est de Rome que provient l'unité dont le Christ a revêtu son Eglise, et qui est le signe principal par lequel celle-ci se distingue de toutes les sectes humaines.
0 De même que nous n'avons jamais laissé l'influence très salutaire de cette autorité et de ce magistère faire défaut à aucune nation, ainsi Nous n'avons jamais permis qu'elle manquât ni à vous ni à vos peuples. En effet. Nous avons saisi volontiers toutes les occasions de vous témoigner la constance de l'intérêt que Nous inspirent vos âmes et la prospérité de la religion dans votre pays,
0 Une longue expérience Nous oblige à reconnaître que grâce à vos efforts Nous avons trouvé chez vos compatriotes des esprits dociles et des âmes ardentes, qu'ils étaient prêts absolument à répondre à Nos vœux. Aussi, tandis que presque toutes les autres nations qui depuis une longue suite de siècles professent la religion catholique, ont subi une évolution et des vicissitudes affligeantes, au contraire, l'état de vos églises, possédant pour ainsi dire une florissante jeunesse, réjouit les esprits et les comble d'allégresse.
" Assurément, le gouvernement civil ne vousac-
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corde aucune faveur légale, mais les chefs de la République méritent sans contredit cet éloge qu'ils ne vous refuseni aucune des Justes libertés. Vous devez donc, vous et l'armée des fidèles, profiter de ces circonstances favorables pour agir vigoureusement, afin de répandre le plus possible la lumière de la vérité, en présence des erreurs qui vont se multipliant et des opinions absurdes propagées par les sectes qui surgissent sans cesse.
« Certes, Nous n'ignorons pas, Vénérables Frères, combien chacun de vous déploie de zèle soit pour fonder, soit pour développer des écoles et des collèges en vue de la bonne éducation de la jeunesse. Cette œuvre est pleinement conforme aux exhortations du Saint-Siège et aux décrets du Concile de Baltimore, de même les soins dévoués que vous consacrez aux séminaires, inspirent l'espérance de voir le nombre des clercs s'accroître en même temps que leur mérite.
« Que dire de plus î Pour instruira et ramener à la vérité les dissidents, vous avez sagement décidé de choisir parmi le clergé des hommes doctes et honnêtes, chargés de parcourir tout le pays, de prendre la parole en public, soit dans les temples, soit dans les autres édifices, et, au cours d'une conversation familière en quelque sorte, d"éclaicir au profit de l'assemblée les difficultés qu'on leur oppose. C'est là une institution vraiment excellente et Nous savons qu'elle a déjà produit des fruits nombreux.
« Voire charité ne ferme pas les yeux sur le sort misérable des nègres et des Indiens; en effet, en leur envoyant des minisires de la foi et en leur consacrant des sommes importantes, vous travaillez avec
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beaucoup de zèle à leur salut éternel. Il Nous est agréable et doux de suivre ces efforts, de les louer comme ils le méritent, afin, s'il est nécessaire, de stimuler encore voire hardiesse.
<• Enfin, pour ne point omettre de remplir un devoir de reconnaissance. Nous voulons que vous n'ignoriez point quel plaisir nous a cause la générosité avec laquelle votre nation s'eff"orce de venir en aide au Siège apostolique, dans des circonstances difficiles, en lui fournissant des ressources pécuniaires. Certes, elles sont pressantes et nombreuses, les nécessités auxquelles, pour combaiire le mal et défendre la foi, le Vicaire du Christ doit faire face, comme Père et Pasteur suprême de l'Eglise. C'est pourquoi votre libéralité a comme conséquence la pratique et l'attesiation de votre foi.
u Pour toutes ces causes il Nous plaît de vous réitérer le témoignage de Notre bienveillance. Ayezen pour preuve et aussi comme gage des faveurs divines, la bénédiction apostolique que très affectueusement Nous accordons dans le Seigneur à vous tous et au troupeau confié à chacun de vous.
« Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 1 5 avril de l'année 1902, de Notre Pontificat la vingt-cinquième.
« LÉON XIII, PAPE. 9
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Lfs ïdôes des catholiques français sur les Etats-Unis au XIX' siècle. — 0 Enfant au maillot » ou s encore à naître » ? — Condamné par l'Immaculée Conception et le Syllabus. — n Au-dessous de notre pauvre France ! » — Phylloxéra poli- I. — l^s importateurs.
En 1797, le comte Joseph de Maistre examinant la question « la République Française peuielle durer ?[\)n prononçait la parole célèbre : . « On nous cite l'Amérique ; je ne connais rien de si impatientant que les louanges' décernées à cet enfant au maillot : laissez-le grandir. »
Plus loin, l'illustre auteur exposait ainsi une partie de sa pensée ;
(1) Ch-. IV des Considérations sur la France.