BESOIN DE CROIRE I
difficile et quelquefois complètement stérile de dépenser beaucoup d'esprit, et que la science laisse inexpliquées des questions intéressantes. On avait beau répéter: « Le monde est aujourd'hui sans mystère : la conception rationnelle prétend tout éclairer et tout comprendre ; elle s'efforce de donner de toutes choses une explication positive et logique et elle étend son déterminisme fatal jusqu'au monde moral (i), » Cette jeunesse restait rêveuse, doutant fort que l'univers fût un immense laboratoire où s'opéraient des réactions diverses soumises à d'inflexibles lois. Les paroles de M. de Vogiié et de Jules Ferry semblèrent lui découvrir la lumière.
Le mouvement qui suivit n'était pas absolument juvénil. Un ancien professeur de ces étudiants, M. Paul Desjardins, leur servait de maître de chceur et l'on voyait à côté de lui des littérateurs déjà mûrs, comme M. le vicomte Eugène Melchior de Vogué, MM. Paul Bourget et Edouard Rod. Peut-être même, parmi ces néo-chrétiens, y avait-il assez d'hommes de lettres connus, pour qu'il fût permis de craindre qu'il ne s'agit que de mettre de nouvelles cordes à de vieilles guitares.
(1) M. Berlhelol, Origines de l'alchimie {i8S5). Commencement de la préface.
igH BESOIN DE CROIRE
« Toute une littérature religieuse naquit assez soudainement. Ce furent les Mystères de M. Maurice Bouchor et de M. Gabriel Vicaire, le Christ àe M. Grandmougin, les Drames sacrés de M. Armand Silvesire, plus tard la Samaritaine de M. Rostand et tant d'autres œuvres... A vrai dire, ce n'était souvent qu'un christianisme improvisé et superficiel. Les auteurs ne comprenaient pas toujours ce dont ils parlaient. Les uns prêtaient, par exemple, cette parole au Christ:
M Laissez venir à moi jusqu'aux petits enfants. »
ce qui est un beau contre-sens ; d'autres :
« Laissez venir à moi les petits enfants blonds...
« Il se pourrait, écrivait M. Jules Lemaitre, que le . texte de l'Evangile fut encore le meilleur. Bref, il y avait là parfois quelque cabotinage, mais tout cela n'était pourtant pas dépourvu de signification (i), s
(i) M. André Dreux, Le réveil des idées chrétiennes {BmxeUts, 1903), p. 31, — 11 seraLt nécessaire de comparer cctic litlcrature avec celle d« Baudelaire, d'Ernesi Helio et de Barbey d'Aurevilly, pour en préciser la a significaiion u. Sur les états d'âme successifs d'un écrivain néo-chrétien, voyez M. Bouchor, Les Symboles (nouvelle série, iSgS).
Sur les manifestations de l'esprit néo-chrétien en liltérature CI en peinture, voyez la préface d'un converti de variété spéciale, J.-K. Huysmans, en tête du livre de R. de Gourmont, Le latin mystique. Voici quelques lignes de cette préface ; 0 Quelques îcoglans échappés des haras de l'Ecole Normale
rent pour expliquer le néo-christianisme aux foules. L'un d'eux, une sorte de Suisse, du nom de Desjardin
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