LAME DE L EGLISE
Etats-Unis. Sans qu'on y pensât, une nouvelle doctrine s'était formée en France : VAmérica' iiisme. Elle passait pour bénie de Léon XIII. Parmi les « jeunes », il n'y en avait plus guère qui restassent sceptiques sur la possibilité de la réconciliation de l'Eglise avec la société moderne. Un de ces irréductibles, M. Maurice Barrés, posait ainsi leurs objections :
a Cette réconciliation se fera-t-elle ? 11 me semble qu'il suffit de traduire Eglise par doctrine « officielle romaine » et société moderne par a esprit de libre examen », pour concevoir avec évidence qu'il y a là une contradiction irréduciible. Ce sont plus que deux parties adversaires, en présence : deux tempéraments opposés. La démarche démocratique de Léon XIII ne vaudra pas, pour ramener les intelligences qui répugnent au dogme catholique (i), »
{]) Léon Xin devant ses contemporains (1892), p. iio.
En décembre 1890, dans une conférence, M. Maurice Barrés disait : a Notre morale, notre religion, notre sentiment des nationalités sont choses écroulées auxquelles nous ne pouvons emprunter de règle de vie, et en attendant que nos maîtres nous aient refait des certitudes, il convient que nous nous en tenions à la seule réalité, au moi. a Examen de trois volumes.
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- Oulre-met L'Eglis.
Grandement favorisé par les circonstances, le petit mouvement néo-chrétien de 1890 semblait être devenu, en 1892, une véritable renaissance idéaliste, sociale et religieuse. Le ralliement de l'Eglise à la République apaisait les discussions politiques. Le pape et l'empereur d'Allemagne se préoccupaient de la condition des travailleurs. Diverses ligues se formaient, comme celle contre l'athéisme et celle de l'union morale, et l'on pouvait espérer qu'elles existeraient autrement que sur le papier. Le clergé ne démêlait guère la cause de ce renouveau subit, mais il en attendait de grandes choses et l'un de ses publicistes les plus en faveur, Mgr Baunard, recteur des Facultés catholiques de Lille,
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chantait bellement Espérance {i). A en juger d'après la presse catholique on aurait pu croire que toute la France se convertissait, Léon XIII semble avoir eu connaissance de ce revirement intellectuel, car son historiographe l'a noté en montrant que le pape s'efforça d'en tirer parti pour la foi.
0 La jeunesse en France, dit Mgr T'Serclaes, n'est ni voJtairienne, ni sceptique. Elle a des aspirations religieuses, vagues sans doute et indéterminées, mais réelles. Meurtris par le doute, lassés par le matérialisme, dégoûtés du scepticisme, les Français, les " jeunes » sunout, ont soif d'idéal et faim de certitude. S'ils trouvent un bon Samaritain pour panser leurs plaies, ils reviendront peut-être à la pleine santé, à la religion, à la foi. Léon XHI a voulu être ce bon Samaritain, et, pour cela, il n'a pas voulu que l'Eglise et la papauté se présentassent à cette génération comme figées dans les vieux moules, et embarrassées d'idées et de traditions incomprises ou abhorrées par une jeunesse élevée loin de l'Eglise et en dehors des anciens régimes politiques. Il a voulu que l'Eglise leur apparût ce qu'elle est en fait : une mère compatissante et pleine de bonté, qui parle au cceur de ses enfants, sans l'intermédiaire de formules conventionnelles, sans le secours de protecteurs officieux dont l'impopularité aurait rejailli sur elle(2). »
( 1 ) Espérance. Un réveil de l'idée religieuse en France (Paris, Poussielgue, 1892, ïn-[2, V — 224 pp.). (2) Op.cil.,n. p. 4or.