KLEIN
peine de voir trop d'âmes s'en aller dé lui. -Il f qu'il fasse un canal sacré à ces deux jaillis et qui sait si l'archevêque de Saint-Paul n'est pas l'ouvrier prédestiné de cette tâche (ij ?
a J'ai donc appris en Amérique à traduire le mot de démocratie dans des réalités tout à fait contraires à celles qu'il représente en Europe et par conséquent à en avoir moins peur.
« J'y ai appris aussi à reconnaître la bienfaisance sociale de la science. C'est un lieu commun parmi nous et auquel j'ai, pour ma part, adhéré trop souvent, qu'un principe de nihilisme se cache en elle qui la rend incompatible avec les hauts besoins du cœur de l'homme (2), »
1893. Parmi ceux qui témoignÉrent du 1
l'évolution de M. de Mun, on peut remarquer M. l'abbé Mai-
gnen.
(1) Outre-mer [1894), 1, p. i^\. — Cet hommage paie royalement les attentions que l'archevêque eut pour l'auteur durant son séjour aux Etats-Unis.
(i) Ibid., Il, p. 3jj. — Pour suivre l'évolution.de la pensée de M, Bourget sur ces matières délicates, il faut se reporter à son roniian L'Etape (rgoi).
Parmi les appréciations suscitées par Outre-mer et !es discours de Mgr Ireland, on peut relever la suivante, tirée d'un livre qui eut un grand succès parmi les catholiques :
0 Sommes-nous bien sûrs de comprendre les discours de Mgr Ireland ? M faut n'avoir pas beaucoup lu pour ne pas connaître la grande piperie des mois. M. Paul Bourget a dû écrire deux volumes pour nous bien expliquer que le mot démocratie n'a pas du tout le même sens en Amérique qu'en France. Démocratie, de l'autre côté de l'océan, signifie, quoi donc ? Mais aristocrate, c'est-à-dire tout le contraire de ce que nous entendons ici. Vous ne pouvez donc vous figurer rénorme malentendu qui se produit nécessairement entre uri
i,C.(.H>glc
A la fin de i8gS, un jeune prêtre qui venait d'être nommé maître de conférences à l'Institut catholique de Paris, M, l'abbé Félix Klei,n, fut pressé par ses amis, MM. Georges Goyau, Jean Brunhes, Max Turmann, de réunir en volume ■ les principaux discours de l'archevêque Ireland. Mgr Denis O'Connell, alors recteur du collège américain de Rome, encouragea le projet. La traduction fut menée bon train et le volume parut le 7 mars 1894.
Le traducteur, appelé à jouir bientôt d'une grande notoriété parmi les controversistes catholiques, est né en 1862 et a fait ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice. Il y connut un professeur d'une information peu commune et qui, bien qu'il n'eût pas encore pris l'air des Etats-Unis, ne formait ses élèves
orateur américaia el un public français. Toutes les fois que Mgr Ireland dit « le peuple », ses admiraieurs français se représentent les mineurs d'Anzin ou de Carmaui, les ouvriers de Saint-Ouen ou de Saîni-Denis, ou le» canuls de la Croix- Rousse. Mais lui-même, il pense aux travailleurs de Minneapolis, qui sont devenus propriétaires, capitalistes, rois des chemins de fer. 11 ne connaît pas et ne veut pas connaître les innombrables révolutionnaires, qui donnent tant de mal à la police de New-York, ei inspirent de si vives inquiétudes aux statisticiens et aux économistes, a Delfour, La religion des contemporains {ifiijS), f. 169.
Voyez ci-dessus, p. 209, le texte de Mgr Ireland : •• Quand je parle du peuple, je parle des ouvriers, des paysans, des
.^hyGoo^le
ni dans des conceptions surannées, ni dans le mépris de leur temps, M. Hogan(i).
Aussitôt après avoir préparé sa licence èslettres à l'Institut catholique, dont Mgr d'HuIst était alors le recteur, et qui, privé déjà de M. Loîsy, comptait encore parmi ses maîtres l'abbé Duchesne et l'abbé de Broglie, l'abbé Klein vit s'ouvrir toutes grandes devant lui les portes du Correspondant, la plus importante des revues catholiques. Dès 1889 il y manifestait dans un article sur la Poésie et le Temps présent ses préférences d'âme et une sympathie peu habituelle dans le clergé à l'égard du monde moderne (2). Une année de repos en Algérie lui permit de connaître un des hommes d'église qui ont le mieux su se faire accepter de leur temps. L'abbé Klein rapporta de ce séjour son premier volume : Le cardinal Lapigerie et ses œuvres d'Afrique.
On achevait d'imprimer l'ouvrage juste au moment où le cardinal portait son fameux toast (3). M. Klein en donna le texte en appendice, mais, pour une grande partie du public ecclésiastique, l'acte n'était pas une recommandation.
{[) Voyez ci-dessus, p. 81.
(2) Cel article a été reproduit dans Nouvelles tendances.
(3) Voyez ci-dessus, p. rt)3.
ii,GtH>^le
Quelques autres études achevèrent de faire connaître le jeune auteur, qui avait été nommé, à son retour d'Afrique, professeur de philosophie à l'école Saint-Etienne de Meaux. Il réunit ses articles, en 1892, dans un volume intitulé Nouvelles tendances en religion et en liilérature.
Son ami, l'abbé A. Joiniot, vicaire général de Meaux, y mit une préface. M. Klein prenait manifestement place parmi les progressistes et déjà il regardait du côté de l'Amérique. Il disait : H Les paroles de vie et d'avenir nous viennent aujourd'hui des Etats-Unis (i). «Tout montrait qu'il s'était fait à lui-même l'éducation qu'il a célébrée, cette « éducation vraiment nouvelle qui conserve du passé ce qu'il avait de bon, mais rien de plus, et qui s'adapte sans regret aux conditions de l'heure présente, comme elle envisage sans peur les désirables et nécessaires changements de l'avenir (2). »
Les premières publications de M. l'abbé Klein, valurent à leur auteur d'être appelé par Mgr d'Hulst à l'Institut catholique, en qualité de maître de conférences. Mais elles furent blâmées par des . gens très orthodoxes dès qu'elles virent le jour ; et il est resté longtemps
(.) Op.cit.,^. 111.
(2) Allocution du 6 novembre i de M. Louis Maubec. — Imprimei
en butte à leurs attaques. Pour se l'expliquer, il suffit de lire sa synthèse de la religion telle qu'il l'a conçue:
« Ne pas mêler le mal au bien ; n'appeler point religion la superstition, mais la vie de l'àme tn Dieu ; faire du patriotisme l'amour de son pays, non la haine des pays voisins ; penser qu'en . tous les hommes on doit respecter des libertés créées par Dieu, aimer des frères achetés par Jésus-Christ; préférer l'honneur d'être responsables à la sécurité fragile de la protection; savoir que, pour le prochain et pour soi, on doit sans cesse chercher le progrès et mettre en valeur tous les talents confiés par le Père céleste.
« De se garantir contre le mauvais ou le faux, voilà bien le moindre coté du devoir. Nous avons surtout à accepter, à nous assimiler, à faire croître en nous ce qui est bien et juste.
« Vous vous proposerez sans relâche d'agrandir votre personnalité dans tous les sens légitimes et le plus richement qu'il vous sera possible. Le corps luimÊmc doit âtre l'objet de nos soins et vous éviterez :oui excès de travail, à plus forte raison tout diver-
lement qui, en atteignant la santé, diminuerait 'otre puissance. Vous ne croirez déroger à aucun déal en augmentant par voire travail et par une sage économie la fortune, instrument-nécessaire d'ac- Pour vous reposer l'àme et l'embellir, vous ez des spectacles naturels, vous cultiverez les arts, vous goliterez les lettres et la poésie. Vous suivrez d'un regard attentif et avec sympathie le mouvement intellectuel de notre glorieux temps. Bref, en toutes choses et pour autant qu'il dépendra de vous,
iXÎ(.H>glc
VOUS donnerez le bon exemple de catholiques éclairés, aimables ei qui réussissent.
tt C'est trop peu que tout cela pour des enfants de Dieu et des frères de Jésus-Christ. Le monde des venus naturelles n'est, pour ainsi dire, que le vestibule à demi obscur de notre perfection ; à l'intérieur du temple ofi nous devons pénétrer, c'est la grâce qui règne. Qui comprendra jamais toutes les magnificences de notre vocation ? Il est possible, il est désirable, il est obligatoire que notre vie d'hommes se hausse jusqu'à la vie de Dieu ; que nos pensées, nos affections et nos volontés soient celles de Dieu luimême; que nous jugions des choses comme il en juge, que nous aimions ce qu'il aime, que nous fassions ce qu'il préfère, et cela dès maintenant, dès avant l'inetTablc jouissance de nous sentir, au-delà de la tombe, en union totale avec lui, participants de son infini bonheur. Ainsi, même en ce monde, le déploiement de nos activités s'élève à l'ordre surnaturel, et déjà nous ressemblons à Dieu, nous vivons avec Dieu, par Dieu, en Dieu (1).
« Vous aurez à élever des enfants, à les élever entendez-vous? c'est-à-dire à les faire plus grands, à provoquer et à aider leur ascension dans les sphères plus hautes, à augmenter, à épanouir en eux la puissance physique, intellectuelle, morale, religieuse. A moins de périls bien certains, vous ne chercherez donc pas à refouler leurs aspirations, à comprimer leurs aptitudes, à resserrer leurs énergies dans des cadres qui, bons pour vous peut-être, ne le seraient plus pour eux. Vous n'enfermerez pas de force ou
(t) Allocution citée, p. 3-7.
iio M. KLEIN
par d'aveugles conseils leur existence dans les frontières de votre existence, ei ce sera pour eux, non pour vous, que toujours vous les aimerez, bien assurés, au reste, que ce sera le meilleur moyen de vous attacher leurs cœurs ([).
a Dès le premier éveil de la conscience, vous respecterez en eux l'autonomie d'une personne libre et vous les instruirez à pratiquer le devoir, non point parce qu'il représentera votre volonté, mais parce qu'il est tellement beau en lui-même ei si agréable à Dieu, qu'il n'est pas permis, presque pas possible . d'y manquer. Vous ancrerez leur venu et leur foi sur le roc des convictions personnelles, non sur le sable d'une contrainte fatalement provisoire ou d'une routine qui ne tient pas contre les tentations. Vous en ferez, pour tout dire, des hommes ou des femmes responsables, sachant se conduire eux-mêmes dans les sentiers de la justice.
« Mais votre action ne se limitera pas au foyer familial. Elle rayonnera plus loin, et tout d'abord sur vos collaborateurs de l'usine ou de la maison, sur vos domestiques et vos ouvriers. Vous les tiendrez pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour des égaux en tout ce qui est essentiel à l'homme, pour des personnes comme vous, et mieux encore pour des frères ou des sœurs, des enfants du même Père céleste. Vous serez pour eux pleins de bonté, pleins de cet amour que l'Evangile nous recommande et sans lequel tout le reste n'est rien. Mais envers eux, d'abord, vous pratiquerez l'intégrale justice; et, sans manquer à les secourir dans le malheur, vous vous
(r) Ibid., p. lo.
rappellerez cependant que le plus grand bien à leur faire, c'est de les rendre capables de se passer de
« Beaucoup regardent avec effroi les agitations qui troublent le monde du travail ; tenez pour assuré qu'on écartera pas le péril, par l'emploi de la force, mais que le bon moyen d'y parer, c'est d'éclairer les ouvriers avec persévérance et de substituer des idées justes aux chimères dont ils sont leurrés.
" Apprenez-leur les vraies lois du travail moderne et, de concert avec eux, fixez-en, observez-en les saines conditions ; on n'en fera plus des ennemis de l'ordre. Faites-leur comprendre les beautés, les consolations, l'efficacité morale et les sublimes espérances du christianisme ; on en fera plus des ennemis de l'Eglise. Le salut social et religieux, qu'on cherche partout et auquel vous devrez travailler pour voire part, ne viendra d'ailleurs que d'une lente et laborieuse expansion des lumières, de l'éducation donnée toujours plus complète à une multitude plus nombreuse ; et il n'est pas de classe, ou pauvre ou riche, qu'il faille exclure d'un pareil souhait [ i ). »
([) Allocution citée. — D'une autre allocution prononcée au mariage de M. Jean Thureau-Dangin avec M"* Sophie Lcroy- Beaulieu, le J4 février 1901 (imprimerie Levé, Paris), on peut citer ce passage également intéressant :
1 Attachez vos regards sur le bonheur qui a été le vôtre d'hériier en naissant, toute une tradition de vertu et de foi, de n'avoir reçu que de beaux exemples et de hautes leçons, de n'avoir jamais connu ta religion, celte lorcc vraie et nécessaire des pauvresvies humaines, que comme elle est en réalité, ni amoindrie, ni travestie, ni trop dure ni trop relâchée, aussi éloignée des compromissions que des fanatismes, saiisfaisanl, surélevant la nature humaine dans tout ce
ivC.(.H)glc
Une exposition si personnelle de la religion substituée aux expressions consacrées par l'usage; une superbe assurance dans un avenir inconnu, alors que l'union du pape et de l'empereur a réalisé l'idéal de la constitution chrétienne des Etats ; un idéalisme aussi élégant de forme qu'audacieux dans la pensée, qui change en glorification de la nature humaine la défiance renfrognée des porte-voix ordinaires du catholicisme; ce scepticisme en face d'une «contrainte fatalement provisoire n alors que l'Index et l'Inquisition passent pour les deux colonnes de l'Eglise ; cette apologie de l'activité personnelle quand l'obéissance cadavérique a donné de si excellents résultats; cette confiance dans l'instruction des riches et des pauvres; tout, dans cette synthèse, dénote, pour un catholique traditionniste, le dangereux novateur.
M. l'abbé Klein fit la première grande manifestation de son système dans la préface qu'il mit en tête de sa traduction des œuvres de Mgr Ireiand.
qu'elle a de légitime et ne l'cmpËchant de suivre que les aspirations contraires à son vrai bien. Heureux enfants, qui n'auriez qu'à penser à vos mères et à vos aïeules, ou encore à vos StEurs. si l'on insinuait devant vous que la pict^ nuit aux plus doux charmes de la vie, el qui, si l'on vous montrait dans le christianisme un ennemi de la liberté, du progris, de la science, n'«uriez qu'à vous remémorer la conduite, l'attitude, les discours, les écrits de vos pères ! « (p. 8).
l'église et le siècle 233
a N'en déplaise aux amis timides, disait-il, n'en déplaise aux ennemis trop bien avisés, la plupart des chrétiens de France sont aujourd'hui disposés à prendre, en face du siècle et de la société nouvelle, l'attitude généreuse et de franche sympathie, qui assure aux Etats-Unis le succès de l'Eglise. Puisse la présente publication accélérer ce mouvement. Tant pis pour ceux qui s'en désoleraient ! J'en sais un plus grand nombre qui s'en réjouiront, et c'est avec ceux-là qu'il faut être d'accord, soit que déjà ils possèdent la foi éclairée, soit que, n'ayant plus, ou pas encore, le bonheur de croire, ils sachent respecter la croyance d'autrui... (i).
a ... Sachez-le, vous tous qui voulez le bien sincèrement, et qui, dans l'universelle confusion des doctrines, vous demandez où il réside : la religion que vous trouverez dans ces discours, et qui ne peut pas ne pas vous paraître bonne, elle est vraiment la nôtre. Ce que dit cet archevêque, nous le disons comme lui : ce qu'il croit, nous le croyons ; nous voulons ce qu'il veut. Nous demandons que vous nous jugiez d'après lui ; c'est notre droit, puisque nous faisons notre ce qu'il pense [2).
a Fidèles disciples de l'Evangile, des Pères de l'Eglise, des grands Docteurs du moyen âge et de Léon XIII, nous tendons aux contemporains, nos frères, une main loyalement amie, avec la conscience de garder nous-mêmes notre foi intacte, et sans demander le sacrifice d'aucune de leurs aspirations. Entre l'Eglise et le siècle, il rfe s'agit pas de conccs-
([) Klein, L'Eglise et le siècle, p. 5. (1) Ibib., p, 8.
234 l'église et le siècle
sions réciproques, mais d'une explication loyale. Si jusqu'ici, par un malheur où il y a peut-être de la faute de tous deux, ils se sont gravement méconnus, l'heure est venue aujourd'hui de se voir tels qu'ils sont, et de s'entr'aimer (i). »
Conâé à un éditeur d'autant plus puissant sur la clientèle catholique qu'il jouit d'une réputation d'orthodoxie solidement établie, le livre reçut un bon accueil, surtout de la part
des néo chrétiens et des démocrates chrétiens (2). Même quelques-uns de ceux qui ne pouvaient voir avec plaisir un professeur de l'Institut catholique se déclarer républicain et démocrate, trouvaient bon que le clergé parût enfin se séparer du vieil idéal de Henri V(3).
(2) Voici Texplicalion qu'en donnèrent plus tard des journaux conservateurs : a I^s néo-chrétiens étaient d'accord avec les démocrates chrétiens pour les exalter [les discours traduits par M, Klein] ; les uns, parce que le côté moral du christianisme y était présenté de manière à reléguer un peu dans l'ombre le dogme ; les autres, parce que Mgr Ireland, très avide de réformes sociales, insinuait que l'Eglise, eu ne les cherchant pas plus tôt d'une manière directe, avait négligé jusqu'en nos temps le but essentiel de sa mission sur la terre et parce qu'il aimait à dire que le plus pressé pour elle doit être de satisfaire les estomacs avant de pouvoir éclairer les intelligences et toucher les cœurs. « Le Nouvelliste (Lyon), s3 octobre i8(|6; Le Patriote de Normandie, ib octobre.
(3) Pour juger de l'accueil fait à la publication, voy. Le Bien du Peuple (Liège), 3i mars ; La Bourgogne, 7 avril ; L'Espé' rance, courrier de Nancy, îi mars; La Croix de la Seine-el-
iXÎ(.H>glc
l'église et le siècle 235
Les journaux intégristes se sentaient gênés et ne parlaient guère(i). Le Temps (i8 mai) déclara qu'on ne devait pas prendre très au sérieux la peinture idyllique du catholicisme de M. l'abbé Klein, parce qu'il yavait division dans le clergé.
La division était même d'autant plus profonde qu'elle se compliquait de graves personnalités. Dans un des discours que l'on venait de traduire, Mgr Ireland disait :
« Certains hommes comme Lamennais qui tentèrent une alliance entre le siècle et l'Eglise, furent imprudents dans leur langage, et, dans leur impatience, il préparèrent la défaite pour eux-mêmes et le découragement pour leurs alliés. Mais, malgré tou-
Marne, aS mars; La Croix du Fore^ et du fe/aj-, 8 avril ; La Croix du Nord, 36 avril ; le Figaro, 17 mars ; L'Indépendant de la Seine-et-Marne, ao mai ; Le Journal des Débats, îo mars ; Le Journal du Tarn, 14. mars ; La Justice sociale, 24 mars et [4 avril ; La Liberté (Paris), 3 mai, La Paix, 22 mai, Le Téléphone, i".' mai, 3arlicles de M. V.Gharbonnel; La Liberté (Fribourg), se nya.T%; La Libre Parole, [9 el =5 mars, i" avril ; Le Monde, 26 et 27 mars, articles de M, Yves Le Querdec ; Le Petit Marseillais, 1" avril ;. Le Peuple Français, 6 avril ; Le Presbytère, 1 2 mai ; Revue ecclésiastique de Met^, mai ; La Tribune de Genève, 6 avril ; l'Univers, 7 mars ; The Catholic Times (Philadelphie], 3i mai, publia en anglais l'introduction du livre de M. Klein aous ce lîtie : The church and the Age... Professor Félix Klein and Mis Diciples Begin a Good Crusade. The Pope encourages Thim.
(r) Voy. Etudes religieuses, n°" de mars et d'avril, l'article du Père H. Martin, La conversion et l'évolution de l'Eglise.
KijOOg\c
236 l'éolise et le siècle
tes ces excuses, certains représentaots de l'Eglise, je le répèip, ont pensé et agi trop lentement. Ils n'ont pas su mettre la main sur le siècle, christianiser ses aspirations et guider sa marche en avant ; le siècle a passé outre,
a II y eut quelques Lacordaires qui reconnurent et proclamfcrtni les devoirs de l'heure présente : leurs compagnons timides les abandonnèrent ; les réactionnaires les accusèrent d'un libéralisme dangereux et de demi-hérésie, et ils furent forcés de se taire. La plupart ne virent que les vices du siècle et ils l'anathématisèrent de toutes leurs forces ; ses bonnes et nobles tendances leur échappaient, et ils refusaient d'y croire. Le siècle devint pour eux le monde ténébreux contre lequel le Christ a mis en garde ses disciples. Le gagner jamais à l'Evangile fut mis au rang des espérances perdues. On pensa qu'il ne fallait rien moins qu'un miracle éclatant pour opérer pareil résultat, et jusqu'à ce que ce miracle eût lieu, les ministres du Christ prirent leurs quartiers d'hiver dans les sacristies et les sanctuaires où, entourés d'une petite troupe de fidèles, ils pouvaient se préserver, eux et leurs amis, de la contagion envahis-
Si, dans la recherche des responsabilités de cette retraite, on procède avec rigueur et impartialité, sans s'arrêter à des questions de prudence, on arrive à constater qu'en dernière analyse, celui qui s'opposa à Lamennais fut le
(i) L'Eglise et le siècle, p. 3i.
n,jN,-rnii,GtH>^le
l'église Et LE SIÈCLE 23^
pape Grégoire XVI, que celui qui s'opposa au mouvement dont Lacordaire fut ud des chefs les plus attachants fut le pape Pie IX. Mgr Ireland semble bien admettre tacitement cette conclusion à la manière dont il célèbre Léon XIII (i).
Les adversaires de l'américanisme ne s'y trompent pas d'ailleurs, et l'un d'eux, le père J.-A, Delattre, de le Compagnie de Jésus, l'exprimait avec une réserve significative : « Je ne cherche à flatter personne. Ma confiance dans la chaire de Saint-Pierre ne tient pas à celui qui l'occupe (2). »
Dans toutes les coutroverses des catholiques depuis 1878 une sorte de comparaison s'établit fatalement entre les derniers papes et bien que Léon XIII l'ait blâmée énergiquement à propos
(i) L'Eglise et le siècle, p. 54. Voyez sup., 1" partie, p. 67. — I^ P. Hecker lui-même, malgré la facilité avec laquelle il accommodait l'histoire, avait senti que la conciliation de Léon Xllf et de Pie IX ne se fait pas aisémeni. « Il soutenait, dit son biographe, que Léon Xlll nous avait beaucoup aidés à prêcher la croisade intellectuelle et que Pie IX, bien compris, avait ouvert la voie. . (Vie, p. 348). M. Tabbé Maignen remarque ; « Ce Pie IX bien compris vaut, à lui seul, un long poème! » {Le P. Hecker est-il un saint, p. go). Un prêtre qui a beaucoup triomphé de la conduite de Léon Xlll vis à vis de l'américanisme, et bien connu de M. Maignen, avait, antérieurement, à la auiie d'un acte pontifical qui ne lui plaisait pas, remplacé dans un cercle catholique dont il était le directeur, le périrait de Léon Xlll par celui de Pie IX.
(1) Un congrès d'intellectuels, p. 106.
238 l'église et le siècle
du cardinal Pitra, en i885, elle reparait dans le néo-christianisme et l'américanisme. Assurément le seul enseignement qui importe au vrai catholique est l'enseignement doctrinal, et celui de Léon XIII a été absolument le même que celui de ses prédécesseurs. Mais les tendances pratiques ont varié, les personnages en faveur sous Léon XIII, surtout pendant la première année du pontificat, ne représentaient point la même interprétation de la même doctrine, et c'est pouquoi ce qui semblerait exclusivement une affaire de principes se complique de questions de personnes et d'écoles. Ceux qui ont été fidèles aux directions de Pie IX n'aiment pas à entendre raconter lestement qu'ils ont pris leurs quartiers d'hiver dans la sacristie ou que ne voyant ni n'entendant le monde qui marche, ils restent à pleurer sur des tombes qui ne se rouvriront pas(i).
Malgré la sourde hostilité de ceux qui continuaient à opposer Pie IX à Léon XIII, l'archevêque Ireland n'avait qu'à se féliciter de l'accueil fait à ses discours. Aussi remercia-t-il l'abbé Klein par une lettre publique et qui était un nouveau manifeste :
a L'Eglise et le siècle ! écrivait-il, voilà la devise (i) L'Eglise et le Siècle, p. 96.
l'église et le siècle 239
de tous ceux qui veulent gagner la victoire, soii pour l'Eglise, soit pour le siècle.
« Dans ses grandes ambitions qui effrayent les peureux et les hommes de courte vue, le siècle cherche tout simplement les dons célestes que l'Eglise a reçus de son Christ pour qu'elle les distribue à l'humanité avec une générosiié divine. Le siècle peut appeler ces dons de noms quelque peu étranges et se demander, incertain, sous quelles formes il les acceptera ; mais, au fond, et pour qui sait comprendre, il s'agit des dons mêmes que l'Eglise recèle dans son sein et qu'aucune autre main que la sienne ne peut répandre. Que l'Eglise se hâte d'en enrichir le siècle! Elle s'acquittera ainsi de son propre devoir ; elle amènera le monde aux pieds du Dieu inconnu, le Christ du Calvaire.
n L'union intime de l'Eglise et du siècle est aussi désirable pour l'un que pour l'autre. Leur séparation, que tous doivent regretter et qui fait le malheur des âmes, soit pour la vie présente, soit pour la vie d'outre-tombe, est le résultat de fâcheux malentendus, qu'il faut avoir le bon sens et le courage de faire disparaître (i). »
La Vérité (2) remarqua aussitôt :
a N'en déplaise à Mgr Ireland, il y a autre chose que des « malentendus » entre l'Eglise et le siècle: i!y a des principes opposés, et c'est pourquoi Pie IX
([) Lettre datée du 20 avril et publiée par nombre de journaux français après le lo mai.
(3) Numéro du ii mai 181J4.
240 l'église et le siècle
a jugé nécessaire de publier le Syllabus dont Léon XIII a proclamé de nouveau la doctrine dans une de ses encycliques. »
L'autorité des documents pontificaux derrière lesquels se retranchaient les vieux partis intransigeants n'échappait h l'attention de personne. Déjà la Tribune de Genève [i], en exposant les opinions de M. Klein, avait remarqué:
« Ce n'est pas le lieu d'une discussion longue et théorique sur l'accord et le désaccord qu'il peut y avoir entre ces propositions et les données proclamées par Pie IX. Je ne me chargerais certes pas d'expliquer comment ces déclarations s'harmonisent, dans la pensée de l'auteur, avec le Syllabus. Il est possible que M, Klein ne se tire d'atfaire qu'au prix de véritables tours de force. En fait; je le sais absolument sincère, républicain de conviction et de conduite. »
Il était évident que le mouvement suscité dans la jeunesse catholique était regardé avec plus de curiosité que de confiance, même par ceux qui lui témoignaient de la sympathie. En ce qui concerne la grande majorité du clergé, ses conclusions furent parfaitement expliquées par les considérations auxquelles se rangea un
(]) Numéro du 6 avril [894.
l'église et le siècle 241
rédacteur de la Semaine religieuse du diocèse de Perpignan (i) :
B M. l'abbé Klein se lance voloniiers en tirailleur comme les Naudet, les Lemire et les Garnier : il me permettra de rester parmi les timides, car il y a trop de risques dogmatiques à courir et d'imprudences pratiques à éviter. Cela ne m'empêchera point, ainsi que tous les lecteurs, de louer ses généreuses intentions, d'admirer ses beaux livres, d'y trouver charme et profit. A d'autres de le suivre, de parcourir à l'avance le champ des revendications économiques sur lequel va se livrer le grand combat entre l'Eglise et le socialisme. Leurs reconnaissances éviteront de périlleuses manœuvres au moment du combat. Alors, quand le signal de la lutte sera donné par Je pape, transmis par nos chefs respectifs dans chaque diocèse, nous avancerons nous aussi. En attendant, souvenons-nous tous de la vieille devise de saint Augustin, bonne pour les timides comme pour les audacieux : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus charitas. »
Cependant les discours de Mgr Ireland, avec la préface et les notes de l'abbé Klein, étaient
traduits en flamand et en espagnol. A Milan, la cotntesse Sabina di Paravicino, fille du général de Revel, sénateur et ancien ministre de Victor Emmanuel II, en donnait une édition italienne
(1) Numéro du 24 mars.
242 l'Église et le siècle
et Mgr Ireland acquérait en Italie une notoriété, une autorité presque égales à celles que L'Eglise et le Siècle lui avaient values en France (i). Lui-même, devant ce succès, se décida à réunir pour la première fois ses discours en volume et à les publier aux Etats-Unis.
Quant à la jeunesse néo-chrétienne, elle se sentait alors sur le point de devenir néo-catholique (2). Elle croyait avoir découvert « au-delà des mers un catholicisme très différent du nôtre, un catholicisme respectueux de la science moderne et loyalement ouvert à la démocratie ouvrière (3) ». Elle croyait entendre dans la voix du pape l'annonce « d'un ordre nouveau pour la pensée catholique (4). » Elle espérait dans le jeune clergé français « la nouvelle promotion de Saint-Sulpice que fascinait les exemples du clergé américain(5) ». Répondant aux appels de l'abbé Klein, M. Henry Bérenger écrivait :
u Le catholicisme a mieux que tous les autres cultes manifesté la splendeur du sentiment religieux.
(i) Il devait en jouir dans la péninsule jusqu'à l'époque où il se fit le défenseur du pouvoir temporel. Ses déclarations à ce sujet publiées dans The Sun ont été reproduites dans la Vie catholique, to novembre [900.
(2) Wc'ary hérea^er. Revue des Revues, i5 janvier 1897, p. 1 ]5.
(3) Bérenger, La conscience nationale, p. too.
(4) Ibid., p. 102.
(5) Ibid., p. 104.
l'église et le siècle 243
Le symbolisme de ses rites, la majesté de ses cérémonies, tout ce qu'il contient de tradiiions vénérables dans sa forme héritée des Hébreux et des Hellènes, l'essence d'antique humanité qui l'imprègne, en font le plus incomparable monument de la religion universelle. L'intolérance routinière de ses prêtres fera-t-clle tomber ce temple en désuétude ? en écartcra-t-elle chaque jour davantage la foule des fidèles ? Puisse l'Eglise de France, inspirée par ses nouveaux chefs, débarrassée des entraves usées qui la gênent, rouvrir largement son culte à tous les croyants ! — Que l'Eglise exauce le vœu du Siècle, qu'elle fasse la paix véritable, et le siècle ne niera plus l'Eglise (1). »
(() Revue bleue, 3 novembre [894, 1 nale, p. 106.
hyGoo^lc
L'idée d'un Parlement des Religions à Paris. Un congrès d'intellecluels à G and.
Au commencement du moyen âge, l'Irlande ne suffisait plus au zèle de ses saints. Ils passaient les mers pour porter au loin leur ardente prédication. Les évêques et les gouvernements chez lesquels ils venaient échouer en étaient quelquefois embarrassés, témoiti la reine Brunehaut qui ne put s'empêcher de faire reconduire à Nantes, saint Colomban, avec ordre de l'embarquer pour sa patrie.
Il paraît que vers la fin du XIX* siècle, le? évêques Irlandais d'Amérique, sentirent le même surcroît d'activité à déverser hors de leur pays et, comme autrefois, les évêques sur le territoire desquels ils passaient, les recevaient d'autant plus froidement que les peuples se montraient enclins à les écouter. Mgr Ireland avait évangé-
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Usé politiquement les intellectuels de Paris, en 1892, En septembre 1894, au troisième congrès scientifique international des catholiques tenu à Bruxelles, Mgr Keane proposa à leur admiration et à leur édification le Parlement des Religions. Jusque là ce parlement n'était guère connu des catholiques de France que par un article très prudent de M. le vicomte de Meaux qui le raconta dans le Correspondant (1) et de M. Bonet-Maury dans la Revue des Deux-Mondes [2). Comme la participation à cette assemblée est une des œuvres dont l'épiscopat des Etats-Unis s'est déclaré le plus fier au XIX^ siècle, elle méritait d'être mieux mise en lumière. Les déclarations de Mgr Keane très applaudies au Congrès de Bruxelles furent publiées, probablement avec l'arrière-pensée d'inspirer aux Européens de tenir un second parlement à l'occasion de l'exposition de 1900. L'initiative en fut prise par les protestants, un pasteur de Liège et M. Bonet-Maury d'accord avec le docteur Barrows. Un petit groupe de catholiques presque tous attachés à la rédaction du journal Le Monde qae dirigeait l'abbé Naudet et parmi lesquels on distinguait MM. Goyau, Fonsegrive, Turmann et l'abbé Klein, résolurent d'étudier la question.
{[) N*du 10 janvier 1894.
(2) N-du i5 août 1894.
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2^6 LE CONGRÈS DES RELrGIONS
Parallèlement à eux, sans entente préalable, MM. le vicomte de Meaux et Anatole Leroy- Beaulieu promettaient leur concours à M. Bonet- Maury qui obtenait aussi celui du grand rabbin Zadoc-Kahn.
Un jeune prêtre prit complètement à cœur le projet et le fit véritablement sien. C'était M. Victor Charbonnel, précepteur à Paris, ancien professeur au collège des jésuites deVaugirard et à l'école Saint-Etienne de Meaux. Il se chargea de la correspondance et fit beaucoup de visites, il établit même une sorte d'enquête de l'opinion moyenne du clergé qu'il résume ainsi :
a Très saintement attache aux iradiiions d'une mysiicité aveugle et silencieuse, le clergé de paroisse ignorait jusqu'au fait de la tenue d'un Parlement des religions à Chicago ei, bien entendu, ce qu'il avait pu être. Renouveler cela, qu'était-ce donc ? Faire un congrès des religions en 1900, à quoi bon? Telles furent partout les paroles d'accueil.
" Mais le clergé intellectuel, !e clergé d'enseignement et d'action sociale, celui qui depuis a fait le congrès ecclésiastique de Reims(i) se montra plus compréhensif de la nouveauté qui lui était proposée. Une réunion des représentants de toutes les religjons du monde, dans laquelle l'idée religieuse, sous sa
[1) Sur le congrès ecclésiastique de Reims tenu les 25. 26 et 27 août rHgO, voyez les lettres de Mgr Isoard, dans la Vérité Française, des 2C juillet et 17 août 1896,
forme la plus générale, serait défendue et célébrée pour le bienfait moral qu'elle apporte à l'humanité, fut jugée un noble rêve, dont il importait de lenter la réalisation.
« Le R. P. Didon, l'abbé Lemire et l'abbé Naudet furent les partisans les plus vite et les plus franchement conquis du congrès des religions
■I Une démarche hasardée k V Univers auprès de& Veuilloi, me fit espérer qu'il n'y aurait point là d'opposition violente, mais seulement quelque prudente timidité
« Une réunion eut lieu aux bureaux du Monde. Les principaux rédacteurs du journal, parmi lesquels M. Levé et quelques-uns des plus résolus partisans du congrès y prirent part[i). n
Il fut entendu qu'un Mémoire serait rédigé sur le Congrès universel des religions en 1900, et qu'il serait envoyé au cardinal Rampolla, pour être soumis à Léon XIII,
M, Charbonnel écrivit ce document et le fit tenir au cardinal secrétaire d'Etat.
Le jeune groupe du Monde ne se dissimulait pas que l'opposition viendrait des scrupules des catholiques de droite. Aussi, résolut-il de n'aller de l'avant que si quelques autorités religieuses voulaient bien accepter le patronage de l'ceuvre.
(i) Charbonnel, Congrès u bonne] avait déjà écrit un arti dans le Téléphone du i5 nove
De premières ouvertures auprès des cardinaux Langénieux et Lecot donnèrent, des résultats encourageants. L'abbé Klein, pour sonder l'opinion publique et la préparer, traduisit dans le Bulletin de Vlnstilut Catholique, un rapport de Mgr Keane sur le congrès de Chicago et personne n'y vit de mal.
Tout cela avait lieu au printemps i8g5 et au commencement de l'été. Les vacances venues, les rédacteurs du Monde se dispersèrent s^ns avoir rien fait de décisif, mais avec l'intention de passer aux actes dès la rentrée. Le plan était d'insérer coup sur coup, dès qu'on se serait assuré des patronages, officiels, le plus d'articles possible dans les journaux et les revues catholiques et dans la presse limitrophe. On se rendait parfaitement compte qu'étant donné l'état d'esprit des catholiques de France le moindre faux pas compromettrait l'entreprise.
Le I" septembre, M. Charbonnel lançait le projet dans le public par un article retentissant de la Revue de Paris.
Le 16 septembre, il revenait sur le même sujet dans La Liberté, pour préciser quelques points qui n'avaient pas été compris.
Après les articles, les interviews, et M. Charbonnel traitait la question comme si elle n'eût dépendu que de lui. Ceux qui s'y intéressaient
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se trouvaient alors dispersés et ne comprenaient rien à la manœuvre. De là des embarras, des hésitations et une absence d'entente. Quelquesuns crurent que c'était le signal du départ et allèrent de l'avant, quitte à bientôt battre en retraite ; d'autres, plus prudents, s'abstinrent d'écrire et essayèrent d'arrêter M. Charbonnel. M. Fonsegrive tentait encore de défendre la position à Paris, pendant que MM. Goyau et Klein, tous deux en Allemagne, négociaient par lettres pour obtenir la neutralité bienveillante de Rome et du cardinal Richard. Un peu plus tard M. Goyau, sous le pseudonyme de Léon Grégoire, publia dans Le Monde une défense du projet (1).
La presse le discutait longuement et d'une manière intéressante. Les périodiques d'opposition aux nouveautés se firent remarquer par leur désapprobation ; mais en général, l'opinion était beaucoup plus favorable qu'on eût pu croire.
Sur ces entrefaîtes, le 6 novembre, la Vérité et la Croix reproduisirent, .d'après une version anglaise, incorrecte, une lettre de Léon XIII au cardinal SatoUi. Elle semblait blâmer les congrès des religions aux Etats-Unis.
(i) Article du i4octobre
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25o LE CONGRES DES RELIGIONS
Pourquoi le texte latin n'avait-il pas été publié officiellement ? Comment se faisait-il qu'une lettre si importante, écrite le i 5 septembre, eût été divulguée seulement un mois et demi après? On n'arrivait pas à se l'expliquer.
La vérité est que M. l'abbé Fériés, alors en vacances à Paris, était allé, le 2 septembre, porter l'article de M. Charbonnel, au cardinal Richard et lui avait expliqué les inconvénients produits aux Etats-Unis par le fameux congrès; trouble des églises chrétiennes, organisation d'une prédication boudhiste. «Tant que je serai archevêque de Paris, avait répondu le cardinal, il ne s'y tiendra jamais de Parlement de religions. » Là-dessus il avait réclamé l'intervention de Rome, et Rome avait écrit au délégué de Washington la lettre en question (1), Mgr Satolli
Lettre Aposiolique au sujet des congrès vulgairement appelés 1 Parlement des religions a.
A Notre Vénérable Frère François, Archevêque de Lépante, Délégué apostolique aux Etals-Unis d'Amérique à Washington.
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
Nous avons appris qu'il se tient aux Etats-Unis d'Amérique des assemblées dans lesquelles, itidisiincicment, des catholiques s'unissent à ceux qui sont séparés de l'Eglise, pour traiter des questions religieuses ou des questions morales. En cela Nous voulons bien reconnaître le soucï des choses religieuses qui de plus en plus anime cette nalion. Mais, bien que ces assemblées communes aient été jusqu'à ce jour tolérées par un silence prudent, il Nous semblerait plus sage que les catho-
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