‹ L'américanismeChapitre 51 sur 120 · CONGRES D INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

CONGRES D INTELLECTUELS

On y pria même M. l'abbé Klein qui promit de prendre la parole.

Le thème général du petit congrès était celiiici : « la littérature vis-à-vis de la morale, les catholiques vis-à-vis de la littérature ». Ces questions se débattaient en Belgique depuis quelque six ans, mais on était alors sous le coup de l'émotion produite par une récente brochure du R. P. Lintelo, de la Compagnie de Jésus. Elle était intitulée : « Faut-il louer le mérite littéraire des écrivains mauvais? » Naturellement le père répondait énergiquement non. Cette solution n'allait point sans soulever des objections de la part de jeunes gens plus enclins à la sincérité qu'à la tactique politique. On s'était promis d'être calme dans la discussion. Mais pour cette jeunesse élevée soigneusement par les bons pères dans les stricts principes classiques, religieux et littéraires, la matière était brûlante. La réunion donna bientôt l'aspect que devait présenter celles des étudiants de Paris, vers i83o, au beau temps d'Hernani, Boileau qui avait été appelé révérencieusement « monsieur », dans un rapport écrit, fut, dans la chaleur de la discussion traité de « cuistre ». M. Nélis, de l'Université de Liège, raconta avoir vu, lorsqu'il était o en poésie », un professeur « vouloir renvoyer un élève du cours, parce qu'il avait osé dire que

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Victor Hugo avait du talent », En s'appuyant . de l'autorité de Godefroy Kurth, il qualifia de a ridicules » les règles qu'on imposait « aux élèves pendant les six années de travaux forcés au collège ». M. Henry Carton de Wiart, — membre de la Chambre des Représentants, — parut avoir surtout conservé mauvais souvenir des i< bouts rîmes des Lefranc de Pompignan, des abbés Delille, des J.-B. Rousseau, des Reboul et autres raseurs », — oh ! ce « Jean-Baptiste Rousseau, l'auteur des épigrammes pornographiques, dont les odes en vers de militon, sont depuis 200 ans incrustées — à coup de pensums — dans les innocentes cervelles de tous les jeunes gens catholiques ! »

Sans entrer dans ces querelles un peu surannées, M. Tabbé Klein parla sur l'idéal littéraire. Son auditoire l'applaudit fort, tout heureux d'entendre un prêtre affirmer que « la religion, comprise comme elle le doit être, s'accorde tout aussi bien avec les arts qu'avec les sciences, avec lebeau qu'avec le vrai ». M. Klein dit aussi . qu'elle lui paraissait « incomplète la théorie classique pour laquelle rien n'est beau que le rrai'etquienclôtdans la raison l'illimité domaine de Tart ».

Comme on le voit, il se tînt à la conférence, des propos qui criaient vengeance au ciel. Les

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Pères ne crurent pas pouvoir les laisser passer. Ils choisirent comme réfutateur le révérend A.-J. Delattre, vénérable jésuite, comptant, — il a tenu à le dire ;

Onze lustres complets, surchargés de deux ans (i).

Il intitula sa protestation Un congrès d'intellectuels à Gand en février iSgj. — En ce temps là, tout bon catholique savait ce que recouvre le mot d'intellectuel et où les intellectuels conduisent les peuples qu'ils entraînent.

Le Père Delattre tança particulièrement le conférencier invité par la réunion, M. Klein, dont « l'âge et la position sociale « rendaient « moins excusables des entraînements et des excès de langage qu'on pardonne à de tous jeunes gens récemment échappés du collège (2) ».

L'interprétation que M. Klein avait donnée du vers de Boileau fut qualifiée de « sotte h (pages i3 et 91) et tout son discours de « niaiserie n et de « duperie » (p. 92).

L'archevêque de Saint-Paul reçut aussi sa leçon.

L'un des jeunes congressistes lui avait écrit pour lui demander si l'on ne pouvait,' pour répandre la pensée catholique, utiliser le roman

(1) Delattre, Un congrès, p

(2) Ibid., p. 5.

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et le théâtre? Et Mgr Ireland avait répondu; fl Pourquoi ne nous servirions nous pas du roman et du théâtre ? Il y a des millions d'hommes qui ne connaissent que le roman et le théâtre, et si nous voulons qu'ils nous écoutent, il faut bien que nous allions à leur rencontre ».

De son côté le discours de M, Klein payait un tribu d'admiration à Washington et à Saint- Paul de Minnesota,

Le P. Delattre, s'égaya légèrement aux dépens de Mgr Ireland, et, pour finir, se contenta d* relever dans « l'amplification » de M. Klein, (c un seul point très grave aux j'eux des catholiques (i)».

(i) M. Klein disait : «Quelle vue splendide il aurait du monde, et du passé des races, et de leurs devoirs actuels, ei de leurs perspectives, celui qui, préparé d'avance par une sérieuse étude de la philosophie el de l'histoire, aurait entrepris un jour de contrôler et d'agrandir ses connaissances pat des ers les pays qui marquent les étapes imain ! Les faits présents lui diraient |ui fut et ce qui sera. Il n'aurait qu'à e espèce entière, de cette Asie cenihemin de fer nous porte en moins it qu'à marcher dans le même sens la lumière morale, suivant, par une Durs de la lumière physique, s'étenet resplendir de plus en plus à mesure qu'il s'aïancerait, s les steppes de la Russie à peine éclairée encore ; maudist au passage l'ignominieuse Turquie ; saluant la Grèce de i ses vœux, la Grèce, fille des vieui artistes et mère des 15 jeunes; l'Italie, qui a Rome; l'Allemagne, savante et c ; la Belgique et la France, en qui se fait la sptcndïde

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LE MOUVEMENT NÊO-CHHÉTIEN SSg

A son retour de Gand, M. l'abbé Klein fut invité à faire une causerie à Bruxelles, au cercle catholique du Blé verly le 23 février. Interrogé sur ce qu'il fallait penser des tentatives de M, Charbonnel, le conférencier se sépara de lui nettement, et déclara qu'on ferait erreur complète en le prenant pour un représentant des catholiques progressistes.

On cessait en effet de le considérer comme appartenant encore à l'Eglise et ceux qui l'avaient encouragé le reniaient pour ne pas se trouver bientôt compromis par sa défection. Il continuait néanmoins son apostolat en faveur du libéralisme et semblait plein de confiance dans l'avenir. Mais, bien qu'il ne voulût pas

synthèse des gënies celte, latin et germanique ; Bretagne et les Etats-Unis, patries de E'iniiialive et libre. Alors, dépassant les M on ta g nés -Roche uses ci le Pacifique, longtemps mer silencieuse, aujourd'hui sillonné de navires, il verrait la lumière parvenue à son éclut le plus intense dans Washington et Saint-Paul de Minnesota, brusquement décroître a l'approche de l'Asie orientale et loul d'un coup faire place aux ténèbres de la tradition chinoise.» Voici le commencement de l'algarade du P. Delaitre sur ce passage : « De la Tartarie ou des environs, à ce qu'on nous chante, la lumière morale va croissant toujours, jusqu'à Saint- Paul de Minnesota et Washington, où elle atteint son plus vif éclat. Qu'est-ce que cela veut dire ? Serait-ce que Mgr Ireland, l'université de Washington et le congrès des Religions de Chicago ont remplacé le Pape et la Chaire de Saint-Pierre, d'où rayonnait jusqu'à présent la grande lumière morale pour les enfants de l'Eglise n.

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s'en rendre compte, les temps étaient changés. On n'avait plus l'enthousiasme et les illusions de 1890.

. Le mouvement néo-chrétien venait de mourir. La jeunesse avait cru voir dans toute une suite d'incidents que les évèques de France étaient absolument incapables de s'adapter aux idées modernes. L'agitation de Mgr Gouthe- Soulard lors de son procès (34 novembre 1891); la déclaration des cinq cardinaux {22 janvier 1892); la lettre pastorale du cardinal Richard en 1892, et la faveur qu'il témoignait, avec une grande partie de ses collègues, aux journaux La Croix et La Vérité; l'attitude des évèques directeurs de l'Institut catholique de Paris, vis à vis des sciences ecclésiastiques, se manifestant par la destitution de l'abbé Loisy, en iSgS, avaient causé sur les néo-chrétiens une fâcheuse impression.

Ils furent par ailleurs bientôt à même d'apprendre qu'ils avaient été naïfs d'admirer l'épiscopat d'outre-mer, et que les Keane, les Ireland et les Gibbons n'étaient catholiques qu'en dépit du catholicisme.

rtï. l'abbé Périès, nouvellement rapatrié, s'était fait un devoir d'éclairer ses coreligionnaires de France sur les dangers doctrinaux et pratiques qu'ils encourraient en s'inspirant des

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