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JESUITES EN CHAIRE

Clotilde. La première partie de son discours

traitait de la commémoration de la dédicace des églises, fête du jour; la deuxième signalait' exactement les quatre mêmes périls de l'heure présente.

Quelques jours après, un jésuite plus obscur, portait encore à Montmartre une semblable division de son éloquence.

On pouvait se demander si la Compagnie n'avait pas reçu le mot d'ordre. Un publiciste catholique, M. Edouard Trogan, posait avec inquiétude une question justifiée par l'histoire ; « Allons nous assister à une lutte entre Jésuites et Pauiistes, comme autrefois entre Thomistes et Molinistes (i)? »

II se produisit une accalmie. Mais la campagne ouverte reprit dans les sermons du carême

(i) Lettre datée du 22 novetnbre publiée dans la Revue générale {Bruxelles), janvier 1898, p. 78. Avant les querelles de raméricanismc, les )ésuîtes parlaient avec admiration de la petite société des pauiistes. On lit dans leurs Etudes (t. Il, nouv. série, [863, p. 881): n Ils forment une congrégation nouvelle établie dans le bui unique de donner des missions et composée emiérement de convertis protestants, tous hommes bien nés, pleins de talent et brûlants de zèle. Ils font un bien mmense. » Quand la question de l'américatiisme fut posée, :omme s'ils eussent craint qu'on ne prit les pauiistes pour les ésuites de l'avenir, les jésuites français cessèrent leurs éloges :i même opposèrent, avec âpreté, aux missions des pauiistes, es admirables travaux de leurs pères parmi les pauvres ndiens.

LA BATAILLE DE PARIS 2g5

suivant, sans que la propagande individuelle eût jamais cessé (i).

L'énergie que les jésuites y consacraient fut bientôt complètement éclipsée par celle d'une longue série d'articles publiés dans La Vérité Française, sous la signature de Martel, — Martel était le pseudonyme de M. l'abbé Charles Maignen, marteau des hérésies contemporaines. M. l'abbé Périès qui avait déjà lancé le P.. Delattre contre le « congrès » de Gand et à qui ses travaux du ministère paroissial ne permettaient pas sans doute d'entreprendre une œuvre aussi considérable que l'examen de la Vie du P. Hecker avait persuadé a son ami, M. Maignen, de se consacrer à cette besogne.

La manière dont il s'en acquitta acheva de diviser les catholiques de France : chacun fut tenu de prendre parti pour ou contre le fondateur des paulistes.

L'Univers oscillait entre les deux camps. Un théologien conservateur, M. l'abbé Gayraud, voulut en ranger le directeur, M. Eugène Veuillot, du côté de la doctrine. Il lui ménagea une entrevue avec M. l'abbé Périès. II était trop

(i) La discussion de l'amëncanisme fut également portée en chaire en province et par des membres du clergé séculier, voyezpar exemple, La Semaine religieuse de Poitiers, ii mars iSgg, p. 171, sermon du chanoine Popelinaux.

tard. Du moment que La Vérité Française combattait l'américanisme, L'Univers lui devait sa sympathie, quitte à trouver bon, dans le P. Hecker et Mgr Ireland, ce qu'il avait autrefois condamné dans Mgr Dupanloup et Mgr Bougaud, cependant moins avancés.

M. l'abbé Maignen jugeait le P. Hecker : « un bon prêtre, un homme sympathique, un doux original, mais nullement un saint (1). «Quanta la longue appréciation par laquelle il motiva son jugement, quelques-uns de ses approbateurs tels que le cardinal SatolU (2), Mgr BaptifoUier (3) l'ont jugée trop vive ; le P. Monsa-

(i) Insertion dans le Correspondant, 25 juillet 189g, p. 35ï. — Cf. Le P. Hecker est-il un saint? p. 388. — Les articles de M. Maignen dans La Vérité commencèrent le 3 mars iSgS.

(î) Le cardinal SatoUi écrivit à l'abbé Maignen au sujet de la traduction anglaise de son élude; b Je suis extrêmemenl satisfait de cette traduction, parce qu'elle met beaucoup mieui le livre en harmonie avec son sujet, son but et le besoin trop peu connu auquel il répond. Je crois que la langue anglaise aura cet avantage d'atténuer une certaine vivacité, dont le français se peut difficilement départir. Je vois aussi quelques passages moditîés heureusement ; la discussion s'engagera aussi d'une façon plus sereine et plus efficace. Espérons qu'en suite le bon Dieu nous viendra en aide pour arrêter cette peste si funeste, dont la contagion s'étend aux deux mondes ». Lettre datée du 4 août 1898 et publiée dans la Revue canonique, t. I, p. 633.

(3) Mgr Baptifollier,évêque de Mende, écrivait à M. Maignen: « Votre ouvrage est l'oîuvre d'un théologien... Cependant il me semble que le P. Heclier a droit à notre admiration et tout au moins à notre indulgence, parce qu'il a eu le courage de

ivC.(.H)glc

bré{i) l'a trouvée modérée. Il va sans dire que les novateurs n'y ont vu qu'un misérable pamphlet. Pour un spectateur indifférent la question de la sainteté du P. Hecker présente deux sens ; l'un ihéologique, l'autre vulgaire. Si on veut le faire signifier: o le P. Hecker jouit-il actuellement d'une stalle dans le paradis ? », on pose un problème dont la solution appartient exclusivement au pape qui décidera pertinemment en temps opportun. Mais si on l'entend au sens ordinaire, à cause de son vif amour de Dieu et de l'humanité, à cause de la recherche qu'il a faite de la vérité au prix des plus grands sacrifices, le père Hecker, malgré ses extravagances, est et sera toujours un saint. De plus, le spectateur indifférent regrettera probablement que la mémoire de cet homme de bonne volonté ait ité matière de controverse entre des hommes de parti : que les uns lui aient attribué un génie

sortir du protesiawfisme pour enirer dans l'Eglise catholique, partB tfO'iV s'est donné â Jésus-Christ pour évangéliser les âmes, parce qu'cnlin il a été soumis en tout au successeur de Pierre. » Lettre datée du ïo juin et publiée dans La Vérité du 26 juin tSgS.

(1) Voici la lettre du P. Monsabré à M. Maignen:

Hecker. Je l'ai lu avec le plus vif intôréi. Jy ai retrouvé toutes les appréciations que m'avait suggérées l'insupponable Vie de ce préletidu saint. Mais si j'avais dû les Écrire, je l'aurais fait avec moins.de douceur que vous. »

dont il manquait très certainement et que d'autres, sous prétexte de remettre les choses au point, se soient laissés aller jusqu'à proposer d'expliquer ses illusions par « des prestiges diaboliques (i) ».

Une conférence sur le faux américanisme et le véritable que M. l'abbé Klein devait prononcer à l'Institut catholique et qui était décidée dès avant les polémiques, lui aurait permis de défendre son héros, mais le mauvais état de sa santé l'empêcha de la donner. Ses adversaires annoncèrent que l'archevêque l'avait interdite. Comme leur zèle allait toujours croissant, M, Klein prit le parti du silence. M. le comte de Chabrol qui avait proposé à l'éditeur l'ouvrage attaqué et qui l'avait présenté le premier au public français, se renferma dans la même attitude. Un seul acte de défense fut accompli par les partisans d'Hecker. Le cardinal Gibbons, tout désigné pour parler au nom de l'Eglise d'Amérique, prit sa défense et adressa à l'auteur de la Vie anglaise une lettre qui visait en réalité le public d'Europe et que le P. Elliot transmit à M. Klein. L'Univers se hâta de la publier et elle parut en tète de la sixième édition française. En voici la traduction :

(r) Maignen, Le Pire Hecker est-il un saint ? p. 12.

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