‹ L'américanismeChapitre 69 sur 120 · AVANT LA LETTRE · texte numérisé non relu

AVANT LA LETTRE

saint-pÈre avait désiré y répondre dans un esprit favorable aux idées américaines. A mesure que Léon XIII rédigeait celte réponse, il voyait grandir le cadre des idées et du document...

« Il (ce document) était parfait pour nous catholiques sociaux, républicains et démocrates... Les réactionnaires de tout bord, les réfractaires de tout pays qui avaient attendu le verdict de Rome comme le signal de l'écrasement des sociaux et des démocrates du monde eniier, voient s'évanouir leurs dernières illusions. »

Dans son numéro du.i3 janvier 1899, le même journal ajoutait :

" La Vie Catholique a annoncé en primeur que Léon XIII ne publierait pas sa lettre au cardinal Gibbons, et nous regrettons ce désistement, la lettre approuvant tout ce que nous approuvons dans l'américanisme. Ni les mensonges, ni les calomnies, ni les pamphlets, ni les intrigues de toutes sortes n'ont prévalu, l'antiaméricanisme est battu pour toujours. >>

Il y avait de vrai dans tout cela, que, la congrégation de l'Index, ayant fait à la Vie du P. Hecker les honneurs de son catalogue, te pape, impressionné par une énergique lettre du cardinal Gibbons, avait refusé de ratifier cette mesurée! s'était décidé à écrire une lettre publique, qu'au dernier moment il hésitait à publier.

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AVANT LA LETTBE i2\

Dans son n" du 24 janvier, la Vie catholique précisait en ces termes la position américaniste :

« On a compris dans le camp des jeunes, des accifs et des pontificaux, que raméricanisme n'était ni un système de philosophie, ni une théologie nouvelle, ni une théorie aventureuse. Il est substantiellement une méthode de travail, d'aciion. C'est le catholicisme dans la plénitude de sa liberté et de son épanouissement; c'est la conduite traditionnelle de la papauté et de l'Eglise, adaptant au siècle le dépôt divin...

H C'est le catholicisme sans alliage, pur, semblable au christianisme du ïl' siècle, quand les constructeurs d'églises prêchaient le Christ dans le langage d'alors. C'est ainsi que l'américanisme a été honni par le^ réfractaires et les réactionnaires, salué et appuyé par les catholiques éclairés et les suivants du Pape... L'américanisme est partout... dans tous les pays; les meilleurs groupes catholiques, tout en gardant leur manière d'être propre, conforme aux conditions de leur milieu, sont « américanistes dans le sens supérieur du mot ».

L'archevêque de Saint-Paul arriva à Rome le 27 janvier. Son activité défraya toutes tes conversations. On disait qu'il venait pour assurer que le document ne fût pas préjudiciable à sa cause, ou, s'il n'était pas ce qu'il désirait, qu'il ne fût pas livré au public. Le 4 février paraissait le premier numéro d'un journal spécialement consacré à l'américanisme.

332 MONSEIGNEUR IRELAHD A ROME

L'archevêque de Saint-Paul y était appelé « un évéque millionnaire, sans conscience et sans religion n, « un apostat ». On l'interpellait véhémentement :

« Soyez donc honnête et prenez une position nette. Quittez votre habit sacerdotal comme le fit le père Gavazzi {i) ou bien soumeitez-vous loyalement aux devoirs auxquels vous astreint votre position dans la hiérarchie romaine. A bas le masque, monsignor Ireland! Ce que vous faites est absolument indigne d'un gentleman et d'un pri3ire. >>

Le cardinal Rampolia n'était guère mieux traité.:

« Pendant qu'en Amérique une nouvelle religion, nous pouvons bien le dire, est en train de se former, pendant qu'un schisme est sur le point d'être ouvertement proclamé, au Vatican, auprès du pape, son secrétaire d'Etat suit une politique qui est le comble de la stupidité diplomaiique. Depuis douze ans, nous suivons cette politique entantine et il n'esr pas surprenant qu'elle porte les fruits que nous voyons... Le cardinal Rampolia qui est le seul responsable du triste état des affaires d'Amérique ne peut pas et

(r) Prêire italien, quitta l'Eglise. II vivait aux Etais-Unis quand Pic IX chargea le nonce fiedini, en i853, de se rendre compte des plaintes des n trustées o allemands des églises de Philadelphie et de Boston. Gavazzi causa d'amani plus d'ennuis à Bedini que l'envoi d'an délégué pontitîcal était préma-

probablement ne voudra Jamais dire à l'archevêqiie de Saint-Paul : Vous mentez! Et Ireland devient chaque jour plus orgueilleux, et il ose distribuer à droite ei à gauche les dollars dont il est l'heureux possesseur. »

Les anti-américanistes attribuèrent la publication de cette feuille à l'archevêque Ireland, qui voulait, disaient-ils, les faire passer pour des énergumènes. Quant aux partisans du système discuté, ils n'avaient pas le moindre doute qu'elle n'émanât de quelqu'un de leurs ennemis très convaincus. Le journal n'eut qu'un numéro(i).

Dès sa première audience, l'archevêque Ireland crut avoir cause gagnée. Il raconta que le pape en personne lui avait affirmé positivement que la lettre ne partirait pas. Le lendemain, ou tout au plus quelques jours après, au Vatican même, il apprit qu'elle était envoyée. Il essaya de modifier la décision de Léon XIII avant que le document ne fût parvenu à destination. La nouvelle étant restée secrète, Rome n'aurait pas à revenir publiquement en arrière, comme elle avait fait pour les Chevaliers du Travail. Aucune représentation ne put ébranler le Saint- Père. Deux Espagnols, plus influents sur son

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.-134 La lettre

esprit que l'archevêque de Saint-Paul, lui avaient montré nettement son devoir: c'étaient le P. Martin, le supérieur général des jésuites, et Mgr Merry del Val. La foi catholique allait être sauvée et la perte de Cuba trouvait une revanche dogmatique (i).

La lettre, partie de Rome le 3i janvier, paraissait le 21 février dans VOsservatore romano. Elle était datée du 22 janvier et commençait par les deux mots Testent benevolentiae qui serviront toujours à ta désigner. Il faut lire en entier ce solennel document. On a dit que son début et sa fin sont seuls de Léon XIII et que le reste est l'œuvre du cardinal jésuite Camille Mazzella. C'est la signature qui importe à l'histoire.

(i) On unissait alors facilement, dans les dis< guerre et la théologie. Un journal publié à Saint-Paul de Minnesota, The Northwestern Ckronicle, du 14 juillet 1899,

ricanisme ; n The deaih and destruction of Caheiislyism and Aiiiericauism will do as much loward setling American Catholics in their true position in the Church as did ihe Spanish war loward defining the truc place ni the United States among the great powers of the world. a

A Notre cher Fils Jacques Gibbons, cardinal-prêtre de la sainte Eglise romaine, du titre de Sainte- Marie -du- Transtévère, archevêque de Baltimore { I ).

LÉON XIII, PAPE

" Cher fils, salut et bénédiction apostolique.

a C'est comme témoignage de bienveillance que Nous vous adressons cette lettre, de celte bienveillance que, durant loui le cours de notre long pontificat, Nous n'avons jamais cessé de professer à voire égard, ainsi qu'à l'égard des évêques vos collègues et du peuple américain tout entier. Nous avons, en effet, saisi avec plaisir toutes les occasions de la témoigner, soit à propos des heureux développements de votre Eglise, soit à propos de la façon droite et habile dont vous avez sauvegardé et mis en bonne posture les intérêts catholiques. Bien plus, il nous arrive souvent d'arrêter Nos regards, avec admiration, sur l'heureux caractère de votre nation, dont l'esprit éveillé est toujours prêt aux grandes

(i) Je crois devoir indiquer en noie I çaise du P. Hecker qu'il est particnl:

comparer avec la lettre. Les pages les pi imprimées -en caractères italiques; les présenter le même intérêt et beaucoup ne de repaire. Les pages indiquées en chifl'c être soit du cardinal Gibbons, soit de 1' soit de l'abbé Klein. Je renvoie à la 7'édi:

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choses et apte à obtenir des résultats qui rehaussent la civilisation humaine Cl la splendeur de l'Etat fi). M Bien que cette lettre n'ait pas pour objet, en ce moment, de confirmer les louanges que Nous vous avons souvent déccrniîes, mais plutôt d'indiquer certains ccueils à cviier ci certaines corrections à faire ; toutefois, comme le sentiment qui Nous a porté à l'écrire n'est autre que la même bienveillance apostolique que Nous avons toujours ressentie pour vous et que Nous vous avons souvent exprimée, Nous Nous attendons à bon droit à ce que vous la considériez comme une égale preuve de Notre affection, d'autant plus qu'elle est spécialement destinée à éteindre certaines discussions qui, nées récemment au milieu de vous, causent, non pas dans tous les esprits, mais tout au moins dans un' grand nombre, un trouble non mtidiocre au détriment de la paix (2).

I, Snjet de cette lettre. — Les américanistes prétendent que l'Egrliae doit entrer dans dea voies de conciliation quant au dogme et quant à la diacipiine.

« Vous n'ignorez pas, cher Fils, que le livre sur la vie d'Isaac-Tlwmas Hecker, surtout par le fait de ceux qui ont entrepris de l'éditer ou de le traduire dans une langue étrangère, a occasionné de vives

(0 Voy. p. 1,111, UV, 24(j-a5o, Î71, Î78.

(2) \.a leure pontilicale ne porte pas de divisions. Pour en racilitcr l'ctudc je cruis devoir la couper en paragraphes et leur donner des iniiiulcs. J'emprunte ces divisions et ces le, M, le chanoine

LETTRE DE LÉON XIII ■ "ilj

controverses au sujet de l'introduction de cenaïnes opinions sur la manière de vivre chréiiennementfi). C'est pourquoi, en vue de pourvoir à l'intégrité de la Foi, selon les devoirs de Notre apostolat suprême, et de garantir Ja sécurité des fidèles, Nous voulons vous entretenir de toute cette affaire avec quelques développements.

« Les opinions nouvelles dont Nous parlons reposent en somme sur ce principe : afin de ramener plus facilement à la doctrine catholique ceux qui en sont séparés, l'Eglise doit s'adapter, dans une mesure plus grande, à la civilisation d'une époque adulte et, relâchant son ancienne sévérité, faire quelques concessions aux tendances et aux principes nouvellement introduits parmi les nations. Et cela doit s'entendre, à ce que pensent plusieurs, non seulement de la règle de vie, mais encore des doctrines, où est contenu le dégât de la foi (a).

M Ils soutiennent qu'il est opportun, en vue de mieux attirer les dissidents, de laisser dans l'ombre certains éléments de la doctrine, comme étant de moindre importance, ou de les atténuer de telle sorte qu'ils ne conserveraient plus le sens tenu constamment par l'Eglise.

1 Or, cher Fils, pour montrer combien il y a lieu de désapprouver pareil système, il n'est pas besoin

(() Voy. p. 366.

(2) Voy. p. V, XXXVII, 164, ^77. 332.

de longs discours. Il suffit de Nous reporter à ia règle et à la source de la doctrine, que l'Eglise nous transmet. Ecoutons le concile du Vatican : «... En effet, la doctrine de la foi, que Dieu a révélée, n"est pas, à l'instar d'une conception philosophique, proposée comme une chose perfectible, mais comme un dépôt divin contié à l'Epçuse du Christ pour le garder fidèlement et l'interpréter infailliblement... Le sens des dogmes sacrés, une fois déclaré par notre sainte mère l'Eglise, doit Être perpétuellement conservé, et il ne faut pas s'en écarter sous prétexte ou sous couleur de l'entendre d'une manière plus profonde. «(Consi. de Fid.cath.,c. IV) (i).

V Quant à ce silence dont on voudrait à dessein couvrir certains principes de la doctrine catholique et les envelopper comme de l'obscurité de l'oubli, on ne doit pas le considérer non plus comme entièrement exempt de reproches. En eifet, toutes les vérités qu'embrasse la croyance chrétienne n'ont qu'un seul et même' auteur et maître: Le Fils unique qui est dans le sein de son Père [Joan, I, 18). Que ces vérités sont proposées à toutes les époques et à toutes les nations, c'est ce qui résulte clairement des paroles mêmes adressées par Jésus-Christ à ses apôtres : h Allez et enseignez toutes les nations... leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé, et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. » (Matth., XXVIII, [9.) C'est pourquoi le même Concile du Vatican s'exprime ainsi : « Par la foi divine et catholique, il faut croire tout ce qui est contenu dans la

(0 Voy. p. V, XXXVIll, 1C4, igi, 33;

parole de Dieu écriie ou iransmise, et qui est proposée à la croyance par l'Eglise, soit par une décision solennelle, soit par le Magistère ordinaire et universel comme divinement révélé, n {Const. de Jide cath. c. III.) Qu'on s'abstienne donc de retrancher quoi que ce soit de la doctrine divinement iransmise, ou d'en passer à dessein une partie sous silence. Celui qui agirait ainsi chercherait plutôt à séparer des catholiques de l'Eglise qu'à rattacher à l'Eglise eeus qui en sont séparés. Qu'ils reviennent, c'est Notre plus cher désir, qu'ils reviennent tous ceux, quels qu'ils soient, qui errent loin du bercail du Christ, mais non par un autre chemin que celui que le Christ a montré lui-même (i).

2° La discipline s'adapte aux temps et aux lieux ; mais te lien qui rattache les fidèles à l'autorité ecclésiastique ne peut être relâché, comme le demandent les Américanistes, aujourd'hui moins que jamais.

« Quant à la règle de vie qui est donnée aux catholiques, elle n'est pas de telle nature qu'elle rejette les tempéraments demandés par les temps et les lieux. Assurément l'Eglise a reçu de son auteur, une âme

(i) M. Klein dit dans sa préface, g VII] :

«11 aurait voulu, suivant sa forte expression, abolir la douane et faciliter l'entrée de l'Eglise à tous ceux qui n'ont conservé que leur raison pour guide, u Dans Is. 7* édition, M. Klein ajoute : « Que cette originale façon de parler ne rcprcscniùt pour lui, ni pour ses auditeurs, aucun amoindrissement de la doctrine révélée, il l'a fait assez voir par sa prédication assidue des dogmes, et notamment de la Trinité, de rlncarnatiou, de l'Eucharisiie..,, etc. » (p. XXXVII). Voy. p. V, XXXVIil, 1C4.

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clémente et miséricordieuse. C'est pour cela que, dès sa naissance, elle aima à se montrer ce que lapôire saint Paul disait de lui-même : « Je me suis fait tout à tous, afin de sauver tout le monde. » {ICor., IX, 22.}

0 L'histoire de tous les siècles passés témoigne que ce siège apostolique, à qui a été attribué, non seulement le magistère, mais encore la direction suprême de toute l'Eglise, s'est toujours attaché, d'une manière constante, au même dogme, au même sens, à la même doctrine fConc. Vatic, ibid., c. IV); mais que, d'autre part, en ce qui concerne la règle de la vie, il a eu coutume de la tempérer si bien que, les droits de Dieu étant saufs, il fût toujours tenu compte des usages et des conditions spéciales des nations si diverses qu'elle embrasse. Qui doute qu'il ne le fasse encore maintenant, si le salut des âmes le demande fi)?

o Toutefois, ces cas ne doivent pas être déterminés par le jugement des hommes privés, qui se laissent souvent tromper par l'apparence du bien. II faut que cela soit réservé au jugement de l'Eglise. C'est sur ce dernier que doivent s'en reposer tous ceux qui tiennent à éviter le reproche de Noire prédécesseur Pie VI, qui a déclaré « injurieuse pour l'Eglise et pour l'esprit de Dieu qui la régit » la soixante-dix-huitième proposition du concile de Pistoie, " en tant qu'elle soumet à l'examen la discipline établie et approuvée par l'Eglise, comme si l'Eglise pouvait établir une discipline inutile, et

(i) Voy, p, XVHI, XXl-XXIl, XXXVIll, L/-LI11, LVI, 254, 377-Î80. 283, 251, 321, 414.

LETTRE DE LÉON XllI 33 1

trop lourde pour que la liberté chrétienne puisse la supporter [i) n.

« Plus périlleux encore dans le sujet dont Nous vous entretenons, cher Fils, plus pernicieux pour la doctrine et la discipline catholiques est un autre projet des novateurs : ils sont d'avis qu'il faut introduire dans l'Eglise une certaine liberté, amoindrir, en quelque sorte, la puissance et la vigilance de Tautorité, et permettre ainsi à chaque fidèle de s'abandonner plus librement à son initiative et à son activité propres,

« Ils affirment que c'est là une nécessité à l'exemple

(0 Voy. p. V, VI, 243. — M, l'abbé Maignen a publié dans La Vérité Française du 6 mars jSgg Un article iiitilulé: Un petit Syilabus et reproduit dans son livre Nouveau catholicisme, 1" part., ch. III. M. Maignen y note théologiquement les erreurs condamnées par l'encyclique Testem. Je crois devoir reproduire ce Syilabus:

I. — 0 Pour ramener plus facilement à la vérité catholique les dissidents, il faut que l'Eglise s'adapte davantage à la civilisation d'un monde parvenu à l'âge d'homme et que, se relâchant de son ancienne rigueur, elle se montre conciliante à l'égard des aspirations et des exigences des peuples mo-

« II est à remarquer que cette proposition reproduit sous une autre forme la 8o* et dernière des propositions condamnées par le Syilabus :

a Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne, a

— 0 II est opportun, afin de gagner les cteurs des égarés, de passer sous silence ou de tempérer certaines affirmations doctrinales de moindre importance, et cela au point de ne plus leur donner le sens auquel l'Eglise s'est toujours tenue, n

« Notes Ihéologiques de ces erreurs: cette méthode doit être blâmée ; ce silence n'est pas exempt de péché ; l'effet serait de séparer les catholiques de l'Eglise, au lieu dissidents, s

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de la liberté d'origine récente, qui constiiue presque exclusivement le droit et le fondement de la société civile. Nous avons traité assez longuement de cette dernière dans la lettre que Nous avons adressée à tous les évêques au sujet de la constitution des Etats. Nous y avons même montré la différence qui existe entre l'Eglise, qui est le droit divin, et toutes les autres associations qui doivent leur développement à la libre volonté des hommes (i). »

« Il importe donc davantage de signaler une certaine opinon qui est alléguée comme argument par ceux qui voudraient voir cette liberté chez les cathoques. Ils disent qu'il n'y a plus lieu maintenant de rien craindre pour l'infaillible magistère du Pontife romain, après la solennelle proclamation qui en a été faite au concile du Vatican, et que, pour cette raison, ce dogme étant mis en sûreté, un champ plus vaste peut être ouvert à la pensée et à l'action de chaque homme (2). Argumentation assurément vicieuse. S'il y a, en effet, une conséquence à tirer du magistère infaillible de l'Eglise, c'est que nul ne doit chercher à s'écarter de son enseignement, que tous ont le devoir de s'en remettre absolument à lui

(i) Voy. p, vr,xix.

[2) Mgr Irelaiiii a écrit : » Il y a eu, dans l'histoire, des époques où l'Eglise, sacrifiant ses avant-postes et ses tirailleurs pour conserver son centre et ses forteresses essentielles... a comprimé fortement l'activité individuelle et a fait mouvoir ses soldats en masses compactes... Aujourd'ui plus n'est besoin de cette compression. L'autorité de l'Eglise et de son chef suprême ne court plus le moindre risque d'être méconnue ou obscurcie ; chaque soldat chrétien peut s'élancer à la bataille suivant l'impulsion de cet Esprit de vérité et de picié qui souffle en lui. a (Int. p. LXIII).

pour se laisser instruire et diriger, afin de se conserver plus facilement indemnes de toute erreur privée.

a Ajoutons que ceux qui résonnent ainsi s'écartent tout à fait du sage plan de la Providence divine, qui, par cela même qu'elle a voulu faire affirmer par une sentence des plus solennelles l'autorité et le magistère du Siège apostolique, a voulu précisément procurer, dans les périls du temps présent, une garantie plus efficace aux intelligences catholiques. La licence, confondue un peu partout avec la liberté, la passion de lout dire et de tout contredire, enfin la permission de tout penser et de traduire toute pensée par des écrits, ont répandu sur les esprits des ténèbres si profondes, que l'utilité et la nécesiié du magistère en vue de retenir les fidèles dans les limites du devoir et de la conscience, sont devenues plus grandes qu'auparavant (i).

B Loin de Nous, assurément, la pensée de tout répudier parmi les choses qu'enfante le génie propre de cette époque. Bien au contraire, c'est avec un réel plaisir que Nous voyons chaque progrès réalisé dans la recherche du vrai et dans la pratique du bien, venir s'ajouter au patrimoine de la science pour l'enrichir, ainsi qu'aux moyens de réaliser la prospérité publique. Tout cela cependant, si Ion veut que l'uiîlilé en soii sérieuse, ne peut vraiment exister et prospérer si l'on ne tient pas compte de l'autorité ei de la sagesse de l'Eglise (2),

{i)Voy p. V, VI, XXIII, XXXIII, XXXIV, IJtllI, [ÔO, 347-Î48, 372-375, 387, 307, 376-377, 401-403, 406, 410.

f3) Voy. p. XIX, XLI, 373-175, î83, 3jCt, 377. — Suite du petit Syllabus:

II. — <i II faut introduire une certaine liberté dans l'Eglise,

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II. Corollairea que les Américanistes tirent de leurs principes.

I* Ils disent à tort que'le Saint-Esprit suffit aujourd'hui à diriger les âmes et qu'il n'est plus besoin de direction ejcté-

« Il faut en venir mainienant aux conséquences que l'on déduit, en quelques sorte, des opinions que Nous avons signalées, et dans lesquelles, s'il n'y a pas d'intention mauvaise, comme Nous le croyons, les assenions prises en elles-mêmes paraissent ne pouvoir en aucune manière, échapper au soupçon. On rejette tout d'abord, pour ceux qui veulent s'élever vers la perfection chrétienne, le magistère externe comme superflu, ei même comme plutôt gênant. Le

afin que la puissance et la vigilance de l'autorité, se trouvant en quelque façon amoindries, chaque fidèle ait la faculté de développer plus librement les ressources de son initiative et

III. — 0 C'est là une transformation qui s'impose, à l'exemple des libertés modernes, qui constituent presque exclusivement le droit et le fondement de la société laïque. »

IV. — « Après la définition solennelle du magistère infaillible du Pontife romain par le concile du Vatican, il n'y a plus d'inquiétude à avoir de ce côté, c'est pourquoi, le magistère infaillible étant une fois sauvegardé, chacun peut à présent avoir plus libre champ pour penser et agir, n

« Notes thiologiques de ces propositions : elles sont plus dangereuses et plus opposées à la doctrine de l'Eglise que la soixante-dix-huilième proposition du synode de Pisloie, qualifiée par Pie V! d'injurieuse pour l'Eglise et pour l'Esprit de Dieu qui la régit. Elles vont u au rebours des desseins de la Providence de Dieu o, •

Saint-Esprit, disent-iis répand plus amplement et plus abondamment qu'autrefois, ses dons dans les âmes des fidèles; il les instruit et les pousse sans intermédiaire, par une sorte d'instinct secret (i).

« Cen'estpas, assurément, uneiémérité peu grave, que de vouloir calculer le mode suivant lequel Dieu se communique aux hommes. Ce mode dépend en effet uniquement de sa volonté, et lui-même est le dispensateur souverainement libre de ses dons, a L'esprit souffle où il veut, » [Joan., III, 8.) « La grâce est donnée à chacun de nous selon la mesure de la munificence du Christ, n (Eph., IV, 7,) Et qui donc, se rapportant à l'histoire des Apôtres, à la foi de la primitive Eglise, aux luîtes et aux supplices des plus vaillants martyrs, à ces anciens âges, enfin, presque tous si féconds en saitils, oserait comparer les premiers siècles avec notre époque, et affirmer que ceux-là étaient moins favorisés de l'effusion de l'Esprii-Saînt ?

j Mais, ceci mis à part, que l'Esprit-Saint opère par une descente secrète dans les âmes des justes, qu'il les excite, par ses avertissements et par ses impulsions, cela ne peut faire l'objet d'un doute. Sans cela, n'importe quels secours ou magistère extérieur serait inutile. « Si quelqu'un... affirme qu'il peut adhérer à la prédication du salut, c'est-à-dire à la prédication évangclique, sans l'illumination du Saint-Esprit, qui donne à tous une grâce suave pour les faire adhérer et croire à la vérité, il est déi,'u par l'esprii d'hérésie. » [Conc. A>-ausic.,\\, cap. VIL) Mais, comme nous le savons par l'expérience, ces

(0 Voy p. XXlll, XXXIV, iû6, l^jC-î;;.

avertissements et ces impulsions du Saint-Esprit sont pleinetnent ressentis, la plupart du temps, grâce au secours et pour ainsi dire, à la préparation d'un magistère extérieur, a Celui-là, dit à ce sujet saint Augustin, coopère chez les bons arbres à la production du fruit, qui, à l'extérieur, arrose et cultive par n'importe quel intermédiaire et, par son action personnelle, aboutit à l'accroissement intérieur du fruit. « {De Grat. Christ, c. XIX] ([].

« Cela revient, en définitive, à la loi commune, par laquelle un Dieu très prévoyant, de même qu'il a décrété que les hommes devaient généralement être sauvés par le ministère d'autres hommes, a également décidé que ceux qu'il appelle à un "degré supérieur de sainteté y fussent conduits par des hommes, de sorte que, suivant la remarque de saint Chrysos^ tome, nous apprenons ce qui vient de Dieu au moyen des hommes ». (Hom. I, In inser. altar.j Un illustre exemple nous en est offert au début même de l'Eglise. Bien que Saul. « respirant la menace et le meurtre j> {Acl. Ap. IX, I) eût entendu la voix du Christ luimême et lui eût demandé à lui-même : « Seigneur, que voulez-vous que l'e fasse ?» il fut cependant envoyé à Damas chez Ananie. « Entre dans la vérité, et là, on te dira ce qu'il te faut faire (a), n

(i) Voy. p. XXIV, XXVI. XXVll, XXXI, XXXIV-XXXV, iSy, i66, i33, i56, 285, -^86, 293, 394, 396-198^ 3oo, 3o2- 3o4, Soy-'iii, 3îo-^2J, Î74-37D, 403-405, 409.

(î) Voy, p. XXIX. XXXIl, [66, 167, lyb. 177, 247, a53-356. 286, 3oo, 3oï-Jo,ï, ïo8-3ti, 319-333, 374.409.— La Vie du P. Heckcr illusire iustemeni sa doctrine spirituelle par le même exemple que l'encyclique : 1 Le Saint-Esprit noua recommande de consulter les personnes éclairées et de suivre leur

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, a A ces motifs s'ajoute le t'ait que ceux qui tendent à la perfection, par cela inéme qu'ils entrent dans une voie où ne s'engagent pas la plupart des hommes, sonc plus exposés à l'erreur que les autres, et en conséquence, ont plus besoin d'un maître et d'un guide. Celte manière d'agir s'est toujours maintenue dans l'Eglise et cette doctrine a été unanimement professée par tous ceux qui dans le cours des siècles ont excellé en sagesse ou en sainteté. Ceux qui repousseraient une telle opinion ne sauraient assurément le faire sans témérité et sans péril ( i ).

avis, comme il a lui-même envoyé Paul à Ananias b (p. 3o3). Concilier la liberté et l'autorité en ces matières est un problème difficile. L'école mystique de Solesmes, adversaire de

ressemblent fort à ceux du P. Hecker. a Respecter Dieu dans les âmes et laisser opérer la grâce selon la nature de chacun. Attention scrupuleuse à ne point troubler les inouvemenls divins, à ne point anticiper de peur de substituer sa direction à celle du Seigneur au lieu de seulement le seconder. » Dom Couturier, abbé de Solesmes, p. 191.

([) Voy. p. XXXI, 286, 299, 3o3, 3o5, 3o8. — Suite du petit Syllabus:

V. "■ 0 Toute direction extérieure est superflue et même moins utile pour ceux qui s'appliquent à tendre à la perfection chrétienne.

0 L'Esprit-Sainl répand aujourd'hui dans les âmes fidèles des dons plus étendus et plus abondants que dans les temps passés ; il les meut et les éclaire, sans intermédiaire, par une

0 Note théologique : Opinion très téméraire, en ce qu'elle prétend Itxer des bornes à la façon dont il plaît à Dieu de se communiquer aux hommes, et nie la nécessité de la direction eitérieure, contrairement à l'enseignement u

nii,GtH>^le

2' Ils disent à tort que les vertus nalureUes sont mieux appropriées au temps présent que les vertus surnaturelles.

a Cependant, si Ton examine à fond ce sujet, tout guide extérieun étant supprimé il est difficile de voir vers quel but doit lendrc, dans la pensée des novateurs, cette féconde inspiration du Saint-Esprit qu'ils exaltent à un tel point. Certainement, surtout lorsqu'il s'agit de la pratique des vertus, le secours du Saint-Espril est tout à fait nécessaire. Mais les hommes qui se proclament partisans d'innovations vanicnt outre mesure les vertus naturelles, comme si elles répondaient davantage aux mœurs et aui besoins du siècle présent, et comme s'il valait mieux les posséder que les autres, parce qu'elles rendraient l'homme plus apte à l'action et plus fort (i].

« Il est difficile de comprendre que des hommes pénétrés de la sagesse chrétienne puissent préférer les vertus naturelles aux vertus surnaturelles, et leur attribuer une efficacité et une fécondité supérieures (2).

(1) Voy. p. 41, 46, 277, 285, 294, 3o8, 3i[, 3i6.

(2) Ce passage est un de ceux qui ont été le plus cxploïics contre raméricanisme. On a particulièrement beaucoup reproché à Mgr Ireland d'avoir éerii : 0 I^ P. Hecker s'appuyait fortement sur les vertus naturelles et sociales... » (p. LV).

« L'esprit humain, chez les meilleurs, a toujours un cOtc étroit, et certains catholiques, préoccupés avant tout de la supériorité des vertus surnaturelles, ont fait un trop bon marché des venus naturelles, ,. u (p. LV'I).

« L'Eglise est appelée aujourd'hui a faire davantage porter son action sur l'ord/e naturel... Que les catholiques donnent l'exemple d'un vote honnête et d'une bonne tenue sociale, ils

.^hyCOO^IC

LETTRE DE LEON XIII BBp

" La nature, avec l'appui de la grâce, sera donc plus débile que si elle est abandonnée à ses propres forces? Est-ce que les hommes très saints que l'Eglise honore et auxquels Elle rend un culte public se sont montrés faibles et inférieurs dans l'ordre naturel parce qu'ils excellaient dans les vertus chrétiennes? D'ailleurs, quoique on puisse relever parfois des actes éclatants de venu naturelle, combien en est-il, parmi les hommes qui possèdent réellement à un haut degré l'habitude de ces vertus ? Quel est celui qui n'est pas en proie à des passions, et très violentes ? Pour les dominer d'une façon constante, comme aussi pour se conformer toujours et parfai-

feront plus pour la gloire de Dieu et le salue des âmes que s'ils se flagellaient la nuit ou s'ils allaient en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle a (p. LVIl).

Cependant jamais les prétendus docteurs de l'américanisme n'on« préféré les vertus naturelles aux venus surnaturelles, Mgr Ireland ajoutait; « Le Tout-Puissant a fait de l'Amérique le théâtre d'un si extraordinaire développement des forces et des dons naturels... j'en ai la ferme confîaTice... avec la volonté ultérieure de donner à tout cela le glorieux couronnement du surnaturel... o (Introd. p. LIV). — « Dieu me garde — on voudrait peut-être m'en soupçonner — de désirer que nous détournions, ne fut-ce qu'un instant, notre attention du côté surnaturel ; c'est dans l'iniérél métne de la cause surnaturelle que je parle. C'est avec ies vertus naturelles.,, qu'on fait les vertus surnaiurelies. » {Ibid.. p. LVll).

Le sulpicîen André dit : a Le cardinal Gibbons semble n'avoir pas d'autre recommandation à faire aux prêtres américains que de se sanctifier et de devenir plus surnaturels dans leurs

bien que rien ne peut suppléer à ta sainteté sacerdotale: avec elle le succès est certain, o L'Ambassadiur du CliiisI, introd., p. XXXVII. — Voy. p. LUI, 41, 46, 284, 294. 2y6, 299, 3i3, 3i6, 3]8. 3ïo, 333, 323-324.

temem à la loi naturelle, rhooime a besoin d'êire aidé par un secours divin. Et quant aux actes particuliers auxquels Nous venons de faire atlusion, souvent, si on les examine plus à fond, ils offrent l'apparence de la vertu plutôt qu'on n'y trouve la vertu eile-mÉnie(i).

« Mais accordons cependant que celle-ci soit réelle : si l'on ne veut pas courir en vain et oublier la félicité éternelle à laquelle la bonté de Dieu nous destine, les vertus naturelles oni-ellcs une utilité quelconque, si le don et la force de la grâce ne vient s'y ajouter (2I ! Augustin a dit avec raison : u Grand déploimenide forces et course rapide, mais en dehors de la voie. » {In. Ps. XXXI, 4.) De même en effet que ta nature humaine qui, à cause de la faute commune, avait été flétrie ei déshonorée, se trouve relevée, revêtue d'une nouvelle noblesse et fortifiée par le secours de la grâce, ainsi les vertus qui s'appuient non seulement sur la nature, mais aussi sur ce même secours de la grâce, deviennent des gages féconds d'éternelle félicité ; elles sont plus solides et plus fermes (3).

(0 Voy. p. XXXIX, XL. LUI, LVI, LVII, 294-297, 3oo-3oi, 3i8, ------

(2) Voy. p. 333.

(3) Suite du Syllabus :

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