L IMMIGRATION
Si les défections ne cessèrent jamais, du moins elles étaient largement compensées par l'immigration.
Cette immigration donna et maintint pendant longtemps un caractère particulier au catholicisme des Etats-Unis.
Presque tous les nouveaux arrivés viennent à la recherche de la fortune. Its ont dépensé leurs ressources à traverser l'Océan : ils s'établissent dans les grandes villes de l'est, comme ouvriers, sans avoir le moyen d'aller fonder des colonies rurales vers l'ouest. Aussi le catholicisme estil aux trois quarts urbain et surtout répandu dans les Etats du nord-est, voisins de l'océan Atlantique.
Ce groupement rendit plus facile la constitution des paroisses ; elles furent des centres de ralliement et sauvèrent la foi des immigrés. Mais l'établissement de la hiérarchie, avec ses prêtres et ses évêques ordinairement nés en Europe, ressemble plutôt à l'arrangement ecclésiastique d'une colonisation au service d'une immigration, qu'à la propagation d'une foi dans un pays de mission. On- ne s'occupe pas des nègres ; les jésuites sont à peu près les seuls à évangéliser les indiens; on néglige les catholiques qui vivent à la campagne ; on ne sait guère s'adresser aux protestants des villes. Presque tous les
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soins sont absorbés par les paroisses urbaines, et ces paroisses se composeflt en très grandes partie de nouveaux arrivés. Même quand elles ne sont plus éprouvées par les querelles des conseils de fabrique, efles manquent de cohésion. Le curé n'est pas assez cultivé pour être initié aux génies nationaux de tous les immigrés auxquels il doit ses soins.
•Les choses restèrent longtemps dans cet état parce que le clergé ne se recruta point parmi les Américains. De bonne heure toutes les dénominations religieuses aux Etats-Unis eurent proportionnellement moins de ministres qu'en Europe. On bâtissait des temples, mais ils restaient souvent sans desservants fixes et attitrés, pour une raison que LaRochefoucauld-Liancourt notait en 179^, à Savannah : « les candidats étant rares et la dévotion peu commune (1) ». L'Eglise romaine souffrit particulièrement. En i833, un journal français bien renseigné le reconnaissait ainsi : « Le grand malheur de la religion catholique aux Etats-Unis, c'est qu'il ne se fait point de prêtres dans le pays (2) ». La jeunesse indigène ne pense point à se consacrer au service de Dieu ; les parents n'y poussent
([) Voyage, IV, p. 154, Pour les principaux ouvrages cités ou consultés, voyez à l'appendice les noies bibliographiques. (2) Ami de la religion, I3 mars i833, p. 178.
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NATIONALISME 1 t
point leurs enfants. La très grande partie de ceux qui sont élevés pour l'Eglise sont de petits Irlandais, nés en Irlande ou fils d'immigrants pauvres et chargés de famille. Tout comme dans les pays catholiques d'Europe le clergé tend à se recruter dans les classes pauvres et ignorantes, dans une couche sociale inférieure à celle des pasteurs des grandes sectes protestantes. Pendant tout le XIX* siècle, aux Etats-Unis, les prêtres instruits et distingués seront presque tous des membres de congrégations religieuses, et même ces congrégations auront de la peine à égaler la culture des membres de TEglise épiscopale et de l'Eglise utiitarîenne.
D'heureuses circonstances qui n'avaient point été remarquées au milieu de ces pénibles débuts assuraient cependant un avenir meilleur. Esprit libéral, Carroll avait été un ami de Washington, Tandis que les ministres épiscopaliens, par loyalisme et par intérêt, n'avaient secondé que mollement le mouvement émancipateur, ou même y avaient résisté, les catholiques, opprimés jusque là et qui ne pouvaient que gagner au changement, le soutinrent de toutes leurs forces. Ils acquirent par là même un droit à la reconnaissance de tous les républicains et ceux-ci d'ailleurs, depuis le commencement de la guerre d'indépendance, s'étaient montrés à leur égard
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