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NATIONALISME

d'autant mieux disposés qu'il fallait se concilier l'amitié de la France, puissance catholique.

Mais si le catholicisme n'eût qu'à se louer du gouvernement central, il dut lutter contre les préjugés dans nombre de régions.

Bien que la-constitution fédérale eût proclamé tes principes de la liberté de conscience, chaque Etat conserva le droit de se donner une église nationale particulière, et plusieurs en usèrent. Là même où ils ne furent pas écartés des affaires publiques, les catholiques restèrent longtemps tenus en suspicion par la population protestante et ses ministres (i). L'intolérance protestante ne cessa de se faire sentir que vers i85o, dans l'affaiblissement des orthodoxies.

Les orthodoxies furent beaucoup plus entretenues et réchauffées par des motifs politiques que par des convictions théologîques. Quand l'immigration européenne devint considérable, après 1829, les descendants des premiers colons jaloux des nouveaux venus, constituèrent une sorte de parti nationaliste qui s'appela le « nativisme». Plus tard, vers i855, le mouvement se dirigea spécialement contre les Irlatidais catholiques et s'appela « le know-nothingism (2) H.Les

(1) Baird, op. cit.. II, p. 288.

{1) « Je ne sais rien u, lelle était la réponse donnée par les membres du pani quand ils étaient interrogés par des profanes.

ivC.(.H)glc

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divergences religieuses furent habilement exploitées au profit d'intérêts purement humains.

Les catholiques ne gagnèrent que lentement la liberté et le respect. Ils furent redevables de leur victoire à la prudence des évèques qui s'ingénièrent à dissiper tous les préjugés.

M. de Cheverus, par exemple, sacré premier évêque de Boston en 1808, voyant que les conceptions théologiques ne plaisaient guère à l'esprit essentiellement utilitaire de ses concitoyens, crut devoir s'appliquer aux études qui étaient le plus en faveur auprès d'eux, et, par ce moyen, il entra en rapport avec des savants et des lettrés qui l'apprécièrent beaucoup. Depuis lors, des évêques n'ont jamais craint de donner des conférences sur des sujets scientifiques et sociaux. Ils montrent par là qu'ils ne sont point uniquement compétents pour les choses du ciel, mais qu'ils connaissent aussi les affaires de ce monde. Ils ne croient point au-dessous de leur dignité de se produire devant les auditoires les plus mêlés[T) et même de parler comme n'importe quel conférencier, jusque dans les théâtres (3).

(1) Jannet, op. cit., 4" édit., t. II, p. 287.

{») En juillet iSgS, rarchcvéque Corrigan, préside dans le théâtre de Plattsburg, des si merscliool. En 1808,

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Les ministres des différentes sectes, aux Etats- Unis, ont l'habitude de s'inviter les uns les autres, en témoignage d'estime, à prêcher dans leurs églises. M. de Cheverus accepta de telles invitations avec d'autant plus de reconnaissance qu'il tirait toujours beaucoup de fruit de ses sermons aux dissidents. Il eut aussi plusieurs fois des conférences publiques et contradictoires avec des ministres protestants (i). Son exemple a trouvé des imitateurs. Des prêtres catholiques vont prêcher quelquefois dans les temples des hérétiques, mais il n'est pas d'usage qu'ils les invitent janiais chez eux (2). Quant aux confé-

assiste à une soirée donnée à l'opéra de New-York, où il est complimenté « comme ciioyen s par ses concitoyens sans distinction de religions, d'opinions politiques et de naiionaiités. En novembre igoi, lorsque le député Irlandais John Dillon donne une conférence à l'opéra de Baltimore le cardinal Gibbons l'honore de sa présence.

Les statuts synodaux du diocèse de Paris promulgués en 1901, Jéfendeni à tous les clercs et, sous peine de suspense, à tous les prêtres et ecclésiastiques dans les ordres sacrés, de paraitïe dans les théâtres, pour quelque réunion que ce soit (article îj4).

(i) Vie du Cardinal de Cheverus, par l'abbé Huen-Dubourg (1837). pp. ro6. 1 13.

(1) Vers la fin du XIX- siècle on s'est mis dans certaines églises catholiques à donner des sermons spéciaux pour les dissidents. Les fidèles catholiques ont généralement l'habitude de se confesser comme d'un péché d'aller entendre le sermon des églises protestantes : ils commettent fréquemment ce péché surtout par l'attraction des concens musicaux.

rences contradictoires, elles n'ont jamais cessé de se tenir.

Ces rapports des catholiques avec quelques autres sectes ont éteint bien des haines. Quand les habitants de Boston apprirent le décès de M, de Cheverus, rentré en France, à la Restauration, et mort cardinal archevêque de Bordeaux, ils en parlèrent comme d'un grand homme et tous les temples protestants sonnèrent son glas (i). Pareillement, quand au mois d'août 1846, mourut à Boston le deuxième évéque, Benoit Fenwick, deux temples lui rendirent cet hommage suprême.

Après avoir donné autant qu'il était en son pouvoir l'exemple de l'amour du pays, du zèle pour la science et de la tolérance, le clergé se trouva encore conduit par les circonstances à ne point se créer de difficultés politiques. Il avait eu beaucoup de peine à obienirde ses ouailles

(1) M. 6ar)(y résume ainsi le rôle de Cheverus. 0 Quand les Assemblées législatives révisèrent le serment civique, elles adoptèrent sa rédaction ; et quand le président Adams visita Boston, les deui plus hauts sièges au banquet furent pour lui et pour Cheverus. Ses qualités civiques, ses visites aux Indiens, ses secours à touies le; sectes dans une épidémie, ses efforts en faveur de l'instruction publique firent dire à Channing qu'aucun ministre de la Nouvelle-Angleterre ne se risquerait à se comparer à lui, et lui valurent les souscriptions même des piïJtestancs et du président Adams quand il quêta pour une église catholique. » Ouv. cité, p. 180.

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