M. CHARBONNEL
suivant les temps, le sens qui en est le plus adaptable aux besoins moraux et sociaux. — Le pape infaillible n'a reconnu que les premières a extravagances ». Mais l'Américanisme subsiste par la vérité incontestable de ses « nouveautés «, si on les prend dans leur intégrale exactitude.
a 2° Les j4mericti«isïe5n'ontjamais dit ni insinué qu'il fallût se passer du magistÈredu pape et se suffire par sa seule liberté individuelle. Cela, pour des catholiques, eût été une « extravagance ». Ils 6nt dit et pu dire que moins d'autorité et plus de liberté convenait aux hommes de ce temps. C'est donc affaire de moins et déplus, affaire de mesure et de tactique et non pas de principe absolu. — Le pape infaillible a condamné VAméricanisme après y avoir découvert r " extravagance » de la négation de son magistère et de son autorité. Il ne semble pas que VAméricanisme puisse être atteint par une condamnation qui le dépasse et va par delà ses affirmations,
" 3° Même remarque pour la direction extérieure des consciences. Les Amértcanistes n'ont pu prétendre, eux catholiques, la supprimer comme su^er/ÏMe et s'en remettre à la seule inspiration de l'Esprit- Saint. Encore affaire de moins et dçplus. Ils veulent moins de direction des âmes par le prêtre et plus de vie intérieure. Cela est-il si damnable ? — Le pape infaillible n'a vu que le c/en d'un côté et le (ouf de l'autre ; il n'a pas discerné qu'il s'agit de proportion, et pas plus, h' Américanisme., là encore, échappe à r " extravagance » et donc aux sévérités qui la réprouvent.
« 4° Toujours même remarque pour ce qui est de la distinction entre vertus surnaturelles et vertus
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naturelles, entre vertus passives et vertus actives, entre la vie religieuse dans les Ordres religieux et la vie sociale libre. Les 'Américanistes n'ont jamais témoigné du mépris pour les vertus surnaturelles, les venus passives, les Ordres religieux assujettis par des vœux, de manière à préférer {alors qu'ils sont des catholiques et même des théologiens) les venus naturelles, les venus passives, l'activité libre et l'indépendance personnelle. Lequel des écrivains de l'Américanisme aurait affirmé cette hérétique jre'- /erewce ? Tous ont insisté sur le caractère artificiel de cette distinction, ou même de cette séparation, qui va jusqu'à établir une dualité de notre être, et aussi sur la nécessité de ne considérer la grdce que comme établie sur la nature, en faisant précisément plus grande la part de la nature, des énergies naturelles, de la vie naturelle. Il n'est point question d'amoindrir la valeur ou l'efficacité du secours surnaturel, mais d'augmenter l'activité naturelle. La grdce n'est pas dédaignée, mais la nature est davantage estimée. Quoi donc de contraire au catholicisme ? — Le pape infaillible a accusé V Américanisme de celte "extravagance» d'avoir, a la grdce, pu pré/érer la nature. Mais vraiment l'Américanisme n'en peut mais, et il est injuste de le condamner pour un ensemble d' « erreurs " qui n'est pas le moins du monde sa doctrine.
« Si bien que, sans ombre de paradoxe ei sans mensongères subtilités, nous pourrions soutenir que des « extravagances » et des « erreurs n, au point de vue catholique, ont été condamnées par la dernière lettre de Léon XIII, mais non pas l'Américanisme {t). »
(i) Rev. chrit., n" du i" avril 1899.