LA LIBERTE DE CONSCIENCE
côté de ces cultes dissidents, si facilement hostiles à Tesprît national, si naturellement alliés à l'étranger. El pour rester elle-même, elle se sent obligée de redevenir catholique. C'est un faux principe que celui de la liberté des cultes, principe contraire au dogme catholique, principe de division ei de guerre en pays catholique. Les sociétés chrétiennes devaient en périr. On voit tout le mal qu'il a causé en France. Il faudra des crises et des révolutions pour s'en délivrer, mais les incidents actuels nous ouvrent les yeux et nous acheminept vers les solutions de l'avenir, qui sont celles de Tordre et de la paix sociale [1). b
L'Eglise romaine suivait sa route traditionnelle sans condescendance pour les nouveautés théologiques et les illusions des héritiers et ayant cause du catholicisme libéral. Les progressistes français subirent une nouvelle défaite dans l'affaire d'une religieuse enseignante, Madame Marie du Sacré-Cœur. Celte éducatrîce s'inquiéta des succès des lycées de jeunes filles et de l'enseignement non confessionnel parmi les femmes. Elle en vit une cause dans l'infériorité de l'instruction donnée par les couvents et, pour y porter remède, réclama une réforme dans la préparation des pieuses professeurs.
Deux questions se posaient pour les lecteurs
{1) Arthur Lolh, Vérilé, 8 mars [899, article intitulé Guerre
MADAME MARIE DU SACRF-CŒUR 39 r
de Madame Marie du Sacré-Cœur. Le mal dénoncé était-il réel ? Le remède proposé, la formation d'une école normale de religieuses, serait-il efficace ?
Les progressistes répondaient affirmativement ; les conservateurs négativement. Bien plus ceux-ci représentèrent tes livres de la religieuse comme une véritable trahison de la bonne cause. Ils ne remarquèrent pas que l'histoire de l'Eglise tranchait le débat. En effet, sans cesse il se crée de nouveaux ordres enseignants prétendant répondre aux nouveaux besoins des temps et se croyant implicitement appelés à mieux faire que les anciennes congrégations. Cette adaptation perpétuelle, quand elle se particularisa sous la plume de Madame Marie du Sacré-Cœur devint une « réforme » et pour les intelligences conservatrices le nom de « réforme» entraînait alors fatalement la fâcheuse idée du protestantisme.
Il ne servait guère de représenter que la religieuse montrait seulement l'utilité ou la nécessité d'un perfectionnement mais sans en prendre l'initiative. Respectueuse de l'autorité ecclésiastique, elle demandait au clergé de France de l'accomplir. Bien qu'elle eût reçu des lettres d'approbation de seize archevêques et évêques, elle n'en fut pas moins blâmée par d'autres et.
1, Cookie
392 M. DELASSUS
même, on peut dire anathématisée par Mgr de Nancy.
L'affaire fut portée à Rome. La Sacrée Congrégation des Evèques et Réguliers se prononça à l'unanimité pour la censure. Le projet fut désapprouvé et le livre blâmé (1). Cette condamnation que les antiaméricanistes exploitèrent longuement contre leurs adversaires, qui s'étaient tous montrés favorables à l'infortunée religieuse, se signa le 27 mars 1 899,
Juste à ce moment parut un nouveau livre qui activa la controverse. Il était intitulé : L'Américanisme et la conjuration anti-chrétienne.
Son auteur, M. le chanoine Delassus, de Cambrai, avait eu l'dée de comparer l'espèce
[[] M. Tabbé Naudet, le principal patron de !a religieuse, se soumii complèTement à cette condamnation (voy. Justice sociale, 8 avril). La manière dont il parle de l'amiincanîsme [ibid., i5 avril), montre qu'il ne solidarisait pas les deuï incidents. Voyez aussi son livre La démocratie et les démocrates chrétiens. — Le Sillon (lo avril) remarqua que de la condamnation de ta religieuse il ne s'en suivait pas qu'elle ou ses
catholiques qui avaien
parole a. Madame Marie du Sacré-Cceur fut exclue de son ordre et sécularisée, mais Léon XIII lui accorda la faveur de conserver l'habit religieux. — L'activité tout-à-fait incompréhensible avec laquelle on mena l'opposition contre elle s'explique par l'iniervention cachée d'une congrégation très puissante qui avait conçu le même projet et qui n'entendait pas se laisser devancer ni supplanter dans son exécution.
nii,GtH>^le
M. DELASSUS 3g'}
de catholicisme progressif prêché par les américanistes avec les doctrines déistes, particulièrement d'origine sémitique. Le rapprochement des textes des deux systèmes lui sembla trahir une communauté de pensée et d'inspiration.
« Vouions-nous dire, déclarait le chanoine, qu'il y a entente entre Juifs et américanistes pour substituer au catholicisme celte « Eglise universelle », cetie « religion démocratique « dont V AUiance-Israélite- Universelle prépare l'avènement ? Non certes. Mais toutes les fois qu'une erreur s'est produite dans le monde, il y a toujours eu ceux qui l'ont inventée et ceux qui se sont laissé séduire par le côté spécieux qu'elle présentait. Aveuglés par les apparences de beau et de bien, de vrai et de juste dont toutes les erreurs retiennent quelque chose et dont elles savent se parer, ceux-ci sont allés les yeux fermés à l'abime creusé par ceux-là (i). »
Le livre de M. Delassus reçut l'approbation de nombreux cardinaux et évêques (2). Deux grands adversaires du libéralisme catholique, les pères Berthe et Chamard tinrent à le féliciter publiquement et chaleureusement (3). M. d'Héricault prononça ce jugement :
(1) Delassus, op. cit., p. ryS.
(a) Voyez panLculièremenr la lettre de Mgr Goux, de Versailles, Vérité, [" tnal.
(3) La lettre de dom Chamard, darée du [7 avril a été publiée dans la Vérité du 28 mai ; la lettre du Père Berthe
394 MONSEIGNECR ISOARD
B II y a là une vue originale et vraie : direction de lout le mouvement, c'est VAlliance Israélite-Universelle. L'Américanisme n'est qu'un épisode de la grande bataille livrée par celle-ci et à 'l'aide de laquelle elle se promet d'escamoter aux américains la conquête de l'humanité (i). o
En Angleterre et aux Etats-Unis, M. Delassus fut traité de fanatique et d'ignare (2); La plus intéressante des lettres que lui valut son livre est incontestablement la suivante :
B Annecy, le 6 avril 1899.
B Monsieur le chanoine,
« Vous avez bien voulu m'offrlr un exemplaire de l'ouvrage que vous venez de composer sous ce titre : L'Américanisme et la Conjuration anti-chrétienne.
« Je tiens à vous dire quels sont les motifs qui me portent à vous adresser à ce sujet mes vifs remerciements.
a On a fait une remarque pleine de justesse touchant les deux actes tout récents du Souverain Pontife : la lettre au cardinal Gibbons et l'appréciation sévère des projets se rattachant à une école normale
dalée du i5 avril a été reproduite dans nombre de journaux royalistes, par exemple, la Défense de Seine-et-Marne du ao mai 1891J. Voyez aussi une letire de dom Chamard à M. Périès dans la Revue canonique de juin, p. 5o3.
(1) Revue générale (Bruxelles), juin iSgg, p. 771.
(2) Voyez en spécimen un long article du Weekly Reghier traduit dans la Vie catholique du i6 mai 1899.
ivC.tH>t^le
KONSEIGNEUR ISOARD ^pS
de religieuses. On a observé qu'Us ne faisaient que clore une série d'actes atteignant tous ce même but: la réprobation formelle de doctrines, de tentatives d'organisation dirigées contre l'autorité d'enseignement et de gouvernement de l'Eglise. Des prêtres et des laïcs annonçaient leur volonté de donner à la religion catholique une forme rajeunie et qui pût être acceptée par la génération contemporaine.
a La condamnation prononcée par le Saint-SIÈge est formelle; elle va saisir toutes et chacune des erreurs avancées dans des écrits de toutes sortes et des allocutions ou discours de toutes catégories.
M Mais, selon la loi ordinaire de l'histoire, deux phénomènes se sont immédiatement produits. En premier lieu, les coupables ont déclaré qu'ils condamnaient tout ce que le pape a condamné ou condamnera jamais, mais que, pour leur part. Us n'avaient point donné cet enseignement ou propagé ces doctrines.
« En second lieu, des prêtres et des laïcs, les uns et les autres assez nombreux, aiment à dire que l'on s'inquiète à tort, que les auteurs ou discoureurs que l'on dit être condamnés sont les meilleurs chrétiens du monde, et qu'il faut savoir, dans le temps où nous sommes, ouvrir les écluses au passage de généreuses hardiesses. Ces amis de leur iranquilité d'esprit existaient déjà il y a cent vingt ans. Ils prêtaient bonnement leurs concours à qui devait bientôt fermer les églises, renverser les croix et les immoler eux-mêmes.
" Or, monsieur le chanoine, vous rendez à la cause du Christ et de son Eglise ce grand et très précieux service de balayer ces illusions si dange-
iX.(.H)glc