LA CRISE DE I
généraux, si répétés, qu'on put, à bon droit, parler d'une « crise de la foi ». La prudence ecclésiastique refusa d'abord d'en constater l'existence. Il fut ensuite admis qu'on en traitât en conversation. Bientôt après on en parla d'autant plus librement que le mal acquérait de grandes proportions. En février 1 90 1 , M. l'abbé Gayraud, député du Finistère, écrivait : a La crise actuelle de la foi peut devenir mortelle pour la France. C'est aux évêques de France d'y pourvoir(i) ». A la fin de la même année, M. l'abbé Maignen, terminant son livre Nouveau catholicisme et nouveau clergé et prenant modèle sur saint Vincent de Paul qui avait sollicité l'intervention des évêques contre le jansénisme, leur demandait de se prononcer contre les partisans des doctrines nouvelles. « Aujourd'hui, comme il y a deux siècles, disait-ii, le peuple fidèle se tourne vers ses pasteurs et les supplie de conjurer le péril par une action énergique. Les choses en sont venues h ce point que la possibilité d'un schisme qui n'eut même pas été discutée, il y a quelques années, fait maintenant l'objet de tous les entretiens (2) ».
L'appel fut entendu. Au mois de février 1902, Mgr Turinaz publiait une brochure intitulée:
(1) Lacrise de la foi, p
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Les périls de la foi et de la discipline dans l'Eglise de France à l'heure présente. « Le silence et l'inaction, disait-il, sont impossibles. Je suis convaincu que les déclarations et les actes isolés des évêques n'auront ni l'autorité, ni la puissance de conjurer ces périls, de vaincre l'obstination de ceux qui les déchaînent sur nous, d'arrêter le mouvement qui emportera le clergé et avec lui le peuple de France sur des pentes glissantes et fatales (i), » Mgr Turinaz suppliait l'épiscopat français de publier une déclaration ou un jugement qui « serait l'application des enseignements de l'Eglise et surtout des enseignements récents de Léon XIII, aux doctrines erronées, aux tendances dangereuses, aux innovations et aux tentatives coupables ». Cette déclaration pourrait être suivie de certaines décisions. Rédigée après entente, par les Eminentissimes Cardinaux, elle serait proposée à la signature des évêques. Appuyé sur l'autorité de l'épiscopat français tout entier, chaque évêque prendrait ensuite dans son diocèse les mesures qu'il croirait nécessaires ou opportunes {2).
L'entente que demandait Mgr Turinaz était impossible et lui-même la compromettait par des personnalités et des allusions blessantes
(-) Op. ci (ï) Jbid.,
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envers les archevêques de Bourges et d'Albi, les évèques de Châlons et de la Rochelle. Evidemment ces prélats et leurs amis ne pouvaient s'engager dans la voie qu'on leur montrait et qui aboutissait à la condamnation de quelques unes de leurs idées (i). Après avoir été pendant deux mois l'objet de polémiques, la brochure tomba dans l'oubli, tandis que la crise à laquelle elle voulait remédier, atteignait une acuité suprême. Au commencement de son écrit, Mgr Turinaz avait posé la question : « L'américanisme est-il mort? » II s'était répondu : « Je ne le pense pas; je crois que la plupart de ses doctrines restent dans beaucoup d'intelligences et que leur in- ■ fluence se fera sentir longtemps encore {2). » En effet, ceux qu'on avait dénoncés et com-
(0 La question étaii iiifinimeni complexe. Le cardinal Perraud qui condamna solennellemeni des novateurs sur la question biblique, MM, Loisy et Grosjean, approuva la traduction d'Opportunité et même tut, pour un de ses livres, taxé d'américanisme religieux par un critique, M. Ledrain, Eclair, 5 février igoî.
(i) La question posée par Mgr Turinaz pour la France pourrait être étendue aux autres pays de l'Europe où l'améé discuté. Partout la réponse serait la même. l'Angleterre, il faut remarquer que tout de igoi les évéques romains ont publié une lettre pastorale collective contre le libéralisme catholique. Tel qu'ils le désignent, c'est l'américanisme. Leur acte semble n'avoir jusqu'ici aucunement influencé l'évolution de la pensée théologique.
battus comme américanistes étaient encore sur la brèche, cherchant à prouver, comme en 1892, que l'Eglise romaine peut s'adapter aux temps nouveaux. Les événements de la dernière décade montraient qu'ils n'avaient pas eu tous les torts et, dans des moments d'abandon, leurs adversaires exprimaient quelques-uns de ces sentiments « heckéristes » qui, autrefois, les avaient indignés (i). On étudiait la manière dont, au-delà de l'Atlantique, le catholicisme avait réussi. En terminant une étude qu'il publiait en 1903, un jésuite disait :
(1) En particulier sur « l'anglo-
Quand les Anglo-Saxons eurent encore affirmé leur force par de nouvelles victoires, l'Angleterre dans le Sud-Africaïn, les Etats-Unis aux Philippines, et que celte dernière puissance eut envoyé à Rome une commission pour négocier avec Léon XIH au sujet des ordres religieux de sa nouvelle colonie, les théologiens journalistes qui s'étaient si Ton indignés des idées d'Hecker et d'ireland sur la mission providentielle de leur race, reprirent pour leur propre compte leur thèse. On lisait dans La Voce délia Verità du 7 juin 1903 ; n Corne la Roma cesarea facilita col suo imperialismo la missione cosmopoliiica délia Chiesa, cosi nei decreti della Provvidenza scmbra dclinearsi la missione, coscl ente o incosciente, del dupUce imperialismo anglo-sassone — con la sua innegabile superiorità di organizzazione coloniale, di progresse materiale net movimento della popolazione, nell' agevolare le comunicazioni, e via dicendo — di facilitare la evangelizazione.univeraale della Chiesa cattolica, la missione deU'unico Ovile e deirunico Pastore. V — Selon les besoins de l'apologétique les mêmes Il décrets u sont interprétés différemment dans New-York Freeman's Journal, îg août 1903, article intitulé « Selfappointed Agents of Providence a.
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