‹ L'américanisme et la conjuration antichrétienneChapitre 46 sur 73 · EN REVOLUTION · texte numérisé non relu

EN REVOLUTION

r ous avons suivi jusqu'ici, dans le cours de cette étude, deux mouvements parallèles.

L'un et l'autre partent des mêmes principes, les fameux principes de 89,

Les Juifs nous ont dit ; i Le développement et la réalisation A.z% principes modernes sont les conditions les plus énergiquement vitales pour l'extension expansive et le plus haut développement du judaïsme > (concile juif de 1869) ; et ils travaillent activement et avec grand succès à propager ces principes par la presse et à procurer leur réalisation par les lois que les Parlements volent sous leur dictée.

De leur côté, les Américanistes nous disent : < Les idées américaines sont celles que Dieu veut chez tous les peuples civilisés de notre temps. » Eux aussi travaillent activement à faire passer ces idées dans l'ordre des faits, non seulement chez eux, mais chez nous.

l'américakisme

C'est que Juifs et Américanistes croient les uns et les autres avoir reçu une mission du Ciel. Les Juifs ne se trompent pointrleur conservation si extraordinaire et les oracles des Livres saints nous disent que leur rôle dans l'histoire du monde n'est point terminé.

Les AméricanJstes se font sans doute illusion, mais cette illusion, ils l'ont et ils l'affichent.

« L'influence de rAmérique. dit Mgr Ireland, s'étend au loin parmi les nations, autant j la solution des problèmes sociaux et politïqiu que pour le développement de l'industrie I du commerce. II n'y a point de pays au monde qui ne nous emprunte des idées et des aspira* lions.

:* L'esprit de la liberté américaine dépfk son prestige à travers les océans et les t. prépare le terrain pour y planter les i les rnœun ajnéricaines. Cette influence c avec le progrès de la nation.

» Le centre de gravité de l'aciivilé humai se déplace rapidement, et dans un avenir û n'est pas éloigné, TAmérique CONDUIRA j MONDE ( 1 ) >

t poi^

tiquM ;rie eH

'rdu cathaiicisme aux Étals- Uiut,

. CONJURATION ANTICIIRÉTIENNE, 1 89

t ailleurs : <( Dans le cours de l'histoire, la évidence a choisi tantôt une nation tantôt 'tine autre, pour servir de guide et de modèle au progrès de l'humanité. Quand s'ouvrit l'ère chrétienne, c'était Rome toute-puissante qui menait l'avant-garde. L'Espagne prenait la direction du monde à l'heure où l'Amérique s'apprêtait à entrer dans la famille des peuples civilisés. Maintenant que continence à poindre sur l'horizon L'ère la plus grande qu'on ait encore vue, de quelle nation la Providence iia-t-elle faire choix pour guider les destinées de l'humanité?

> Cette nuble nation, je la vois qui m'apparait. Géante de stature, gracieuse dans tous ses traits, pleine de vie dans la fraîcheur et le matin de sa jeunesse, digne comme une matrone dans la prudence de sa démarche, les cheveux ondulants a« souffle chéri de la liberté, c'est elle, on n'en saurait douter en la voyant, c'est elle la reine, la conquérante, la maltresse, I'institutkice des .siècles a venir. Le Créateur a confié à sa garde un immense continent dont deux océans baignent les rivages, un continent riche de tous les dons de la nature et qui possède à la fois des minéraux

utiles et précieux, un sol fertile, un air salubre et la parure des spendides paysages. Pendant de longs siècles il a tenu en réserve ce pays de prédilection, attendant le moment propice, dans les évolutions de l'humanité, pour le donner aux hommes quand ils seraient dignes de le recevoir. Ses enfants lui sont venus de tous les pays, apportant avec eux les fruits les plus mûrs de réflexion, de travail et d'espérai Ils y ont ajouté de hautes inspirations et < impulsions généreuses, et ils ont de la sorie construit un monde nouveau, un monde qui incarne en lui les espérances, les ambitions. leSa rêves des prêtres et des voyants de l'huin nité. A son audace dans la poursuite du [ grès, aux offrandes qu'il apporte sur l'autel à la liberté, il semble qu'il n'y ait aucune limitl et partout, sur sa vaste étendue, la prospérité, l'ordre, la paix déploient leurs ailes prolectrices. > La nation de l'avenir ! ai-je besoin de la nommer ? Nos cœurs frémissent d'amCH pour elle.

» O mon pays, c'est loi, Douce terre de liberté.

C'est toi-même que je chante. >

Plaise à Dieu que cet oracle soit mcnteui

Car si vraiment l'Amérique est « la nation de lavenir », si elle est appelée à i conduire le monde >, « à guider les destinées de l'humanité » « au souffle chéri de la liberté "», < dans la poursuite d'un progrès auquel il semble qu'il n'y ait aucune limite ». et que ce progrès soit celui dont il est uniquement fait mention ici, « le développement de l'industrie et du commerce, la solution des problèmes sociaux et politiques > d'après les principes de 89, c'està-dire le progrès matériel et l'indépendance de i'homme, le monde verra l'ère, — non point « la plus grande & mais la plus désastreuse qu'on ail encore vue.

Quoi qu'il en soit, les J uifs, pour arriver à accomplir leur destinée, « pénètrent chez tous les peuples et veulent pénétrer dans toutes les religions »; ils s'emploient à faire disparaître Papes et Césars, pour établir sur les ruines des patries et des religions « un Israélitisme libéral et humanitaire ».

Les pensées des Américanistes ne vont pas si loin. Cependant ils nous disent : « C'est le privilège que Dieu a donné à l'Amérique de détruire ces traditions de jalousies nationales que vous perpétuez en Europe, pour les fondre

toutes dans l'unité américaine, > Et d*autre part, ils ne cessent de nous exhorter à « abaisser les barrières » qui empêchent infidèles, rationalistes et protestants d'entrer en foule dans l'Eglise. Déjà, comcidence curieuse, en 1861, les Archives Israélites parlaient, elles aussi, de i. faire tomber les barrières qui sa rent ce qui doit se réunir un jour >.

Le point de départ étant le même, la c che parallèle, il semble donc que de part^ d'autre on doive arriver sinon au même but, i moins aux mêmes résultats. Leur but, les ^ chives Israélilcs le déterminent ainsi : « Faîrt reconnaître que toutes les religions dont la morale est la base, dont Dieu est le sommet, sont sœurs et doivent être unies entre elles.! {Arch. Isr-, xxv. p. 5 r4 à 530.) Ne semble-t| point que ces paroles aient tracé trente-cinq ■ d'avance le programme du congrès des t gions, tel que Mgr Keane devait le forma f Pourquoi les congrès religieux n'aboutiraientils pas à un congrès international des religioas où lous viendraient s'unir dans une toUn et um charité mutuelles, où toutes les for: DE RELKiioN sc dresseraient ensemble ccM toutes les formes d'irréligion ? »

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Voulons-nous dire qu'il y a entente entre Juifs et Américanistes pour substituer au catholicisme cette « Eglise universelle », cette « relij;ion démocratique & dont \ AlliaKce- Israélite- Universelle prépare l'avènement ? Non certes. Mais toutes les fois qu'une erreur s'est produite dans le monde, il y a toujours eu ceux qui l'ont inventée et ceux qui se sont laissé séduire par le côté spécieux qu'elle présentait. Aveuglés par les apparences de beau et de bien, de vrai et de juste dont toutes les erreurs retiennent quelque chose et dont elles savent se parer, ceux-ci sont allés les yeux fermés à l'abîme creusé par ceux-là.

Ceux qui inventent les erreurs de doctrine ou de conduite, sont souvent bien loin de voir tout d'abord où ils seront entraînés eux-mêmes et où ils entraîneront les autres. De Maistre faisait cette remarque à propos des solitaires de Port-Royal, qui étaient, dit-il, « au fond de très honnêtes gens quoiqu'ëgarés par l'esprit de parti », et certainement fort éloignés, ainsi que tous les novateurs de l'univers, de prévoir les conséquences d'un premier pas. Les Américanistes sont assurément d'aussi honnêtes gens que ces Messieurs de Port-

L'AMÉRICA^fISME

Royal ; mais, comme eux, ils sont et veulent ] être novateurs, non seulement pour eux et chf : eux, maischez tous et partout: ils ont.disentils, < à donner au monde entier une grande leçon >.

Ott nous entraîneront-ils, si nous les écoutons ? Quelles peuvent être les conséquences de l'action qu'ils veulent exercer ?

I! n'est pas bien difficile de l'entrevoir. Ils se parent de ces principes auxquels les Juifs attribuent la prépondérance que leur race a prise en France et partout, ils prétendent avoir la mission de les disséminer dans le monde. Ne craignent-ils point d'aider Israël à atteindre le but qu'il poursuit : semer l'indifférence religieuse dans tous les cœurs pour faire échouer le monde dans l'Israélitisme libéral et hum^i nitaire ?

L'évolution religieuse qu'ils saluent, qu'ils appellent de leurs vœux ; la formation nouvelle du clergé et l'organisation de congrès ecclésiastiques indépendants de rautorité, en vue de seconder cette évolution ; la réunion de congrès des religions où l'Eglise de JÉSOI Christ est mise sur le même pied qut les sectes : quoi de plus favorable aux c d'Israël, quoi de mieux fait pour nous a

miner tout doucement vers la Jérusalem de nouvel ordre ?

N'y a-t-il point là de quoi faire réfléchir ceux qui, plus ou moins inconsidérément, ont prêté l'oreille aux semeurs de nouveautés? Mais une autre considération, plus capable peut-être encore de les émouvoir, appelle leur attention.

Il en est de la mauvaise comme de la bonne semence, elle fructifie d'autant plus qu'elle trouve mieux préparé le terrain où elle est jetée.

En quel état se trouve le monde actuellement ? Quelles dispositions apporte-t-il à l'égard des desseins des Juifs et des idées américaines ?

Déjà nous avons dit qu'il n'est que trop imprégné des principes de 89 et que tout conspire à l'en intoxiquer davantage encore. Mais il faut pénétrer plus avant dans la considération de l'état actuel du monde, si nous voulons nous faire une juste idée de la gran-

Ideur, de l'imminence du péril juif et de BmpPudence qu'il y aà lui donner, a l'heure ictuelle, une aide, si faiblç; qu'ell': puisse être. i Depuis un siècle, nous soiiini'S entrés et

nous évoluons dans une période de l'histoire du monde qui a reçu un nom qui n'avait et' porté jusque-là par aucune autre : La Réi\ lation.

Qu'est-ce que !a Révolution ?

Est-ce un fait, une date, une forme de gou vernement? Est-ce 1789, 1830, 184S0U 1871? Non. Les événements qui ont signalé ces différentes époques, ne sont que des effets dont la Révolution est la cause.

La Révolution n'est pas davantage l'un ou l'autre de ces chefs qu'on nomme Mirabeau, Danton, Robespierre, Garibaldi, Gambetta. Ces gens-là sont les fils, les instruments de l Révolution, mais ils ne sauraient la persoai fier.

La Révolution n'est pas non plus néceî rement la République. Considérée dans i essence^ la République peut être légitime < aussi pure de toute alliance avec la Révoluti que la forme monarchique.

La Déclaration des Droits de l'homme, \ laquelle on prétendit établir l'indépendance dé" l'homme vis-à-vis de tout pouvoir humain et divin, voilà le principe générateur de la Révolution. La Révolution : c'est l'idée. 1'

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■îne, en vertu desquels l'homme substitue 3utes choses sa volonté et ses passions droits de Dieu.

sez les écrits et les discours des chefs lutionnaires, et vous serez convaincus de ;tesse de celte définition, i La Révolution, t Blanqiii, ne fait qu'un avec l'athéisme. 6 très ont dit : i La Révolution, c'est la ■pire l'homme et Dieu ; c'est le triomphe Ibinme sur Dieu {i). i M hommes à courte vue croient que la jlution a commencé en 178g et qu'elle terminée avec le consulat à vie en 1802 ; nt erreur. Il faut dire aujourd'hui encore, ird'hui surtout, ce que J- de Maislre t sous la Restauration : « Ct;ite Bacchante, i appelle la Révolution française, n'a fait ■e que changer d'habit. > Et ailleurs :

Révolution est debout ; et non seulement ;st debout, mais elle marche, elle court, rue. La seule différence que j'a|jerçois

cette époque et celle du grand Robes- ;, c'est qu'alors les têtes tombaient et rjOURD'nUI ELLES TOURNENT. > Combien de fois, dit-il encore, depuis aux Documents. N. xxxu.

ec-

l'origine de cette épouvantable révolution, avons-nous eu toutes les raisons du monde de dire : Acta esl fabula /... Que nous sommes loin du dernier acte ou de la dernière scène de cette effroyable tragédie !... Rien n'annonce la fin des catastrophes et tout annonce, au contraire, qu'elles doivent durer... Les choses s'arrangent pour le bouleversement général du globe... Ce qui se prépare maintenant dans le monde, est un des plus merveilleux spectacles que la Providence ait jamais donnés ai hommes... C'est le combat à outrance christianisme et du philosophisme. — Ce que nous avons vu et qui nous parait si grand, n'est cependant qu'un préparatif nécessaire. Ne faut-il pas fondre le métal avant de ji H statue? Ces grandes opérations sont d' longueur énorme... Nous en avons peut-êl pour deux siècles. > (Passim.)

Voici un siècle que ces paroles prophëlîqt ont été écrites. Que n'avons-nous point depuis, et que ne devons-nous voir encore!

Non, la Révolution n'est point finie; et n'est pas finie parce qu'elle n'a pas eni abouti : elle n'a encore réalisé ni ses de: à elle, ni le dessein que Dieu avait en la

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mettant. Ses desseins à elle, c'est l'anéantissement du christianisme. « La Révolution française, dit de Maistre. a parcouru sans doute une période dont tous les moments ne se ressemblent pas ; cependant son caractère général, n'a pas varié... Ce caractère est un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu et peut-être de tout ce qu'on verra... C'est une insurrection contre Dieu. » Depuis un siècle, cette définition n'a cessé de se justifier de mieux en mieux. L'insurrection contre Dieu et contre son Eglise est toujours la caractéristique du mouvement révolutionnaire : les lois scélérates sont là pour l'attester.

Nous sommes en révolution. Combien ce seul fait devrait nous rendre circonspects pour ne rien dire, pour ne rien faire qui puisse, de quelque manière que ce soit, favoriser un mouvement qui n'est rien moins qu'une insurrection contre Dieu !

Cette circonspection ne nous est pas moins commandée si, après avoir considéré ce que la Révolution est dans l'esprit des hommes qui la font et de Satan qui les inspire, nous nous tournons du côté de Dieu et nous nous demandons dans quels desseins il peut l'avoir permise.

Tous les esprits supérieurs qui ont étudié ce siècle ont jugé que la Révolution marquait une phase décisive de l'humanité.

Nous ne pouvons donner ici que quelques bribes des pensées de quelques-uns sur oi point ; elles suffiront au but que nous nous proposons. Appelant ces témoins de tous Ii camps, nous constaterons qu'ils n'ont tous, qu'une même voix, qu'ils font entendre mêmes prévisions.

< Nous sommes arrivés à une de ces ques, dit Proudhon, où la société dédaignei du passé est tourmentée de l'avenir (f )... EITe demande un signe de salut ou cherche dans le spectacle des révolutions, comme dans Ii entrailles d'une victime, le secret de ses d( tinées. }

Chateaubriand : « Tout annonce qu'ui grande révolution générale s'opère dans société humaine, et ceux qui devraient en

tous

t. Avenir ! Avenir ■ crient les Amériranisles & la s Lamennais, l'en l'Avtiiir! (titre d'un ouvrage de M. l'abbi- Naudet) s'élancent les démocrates, et, avec des aspiraliou plus hardies, les socialistes. Et les vrais enfants de DlEU flèveot en mâme temps vers le Ciel leur prière pIusHrdented jamais : Adveniat regnunttuum f Vtni, Domint Jtmf

ET LA CONJUKATION ANTICIIRÉTIENNe. 20t

les plus persuadés ont l'air de croire que tout va comme il y a mille ans, »

Guizot : « La société offre l'image du chaos si bien défini par ces paroles : Chaque chose n'y est point à sa place et il n'y a pas une place pour chaque chose. »

Lamennais : « On est dans l'iittcnte île grands événements, certains en eux-mêmes, incertains seulement quant à l'époque où ils se produiront. »

Ballanche : < Nous sommes arrivés à un âge critique de l'esprit humain, à une époque de fin et de renouvellement. »

Mais c'est J. de Maistre qu'il faut entendre ; personne ne s'est attaché comme lui à étudier l'état actuel du monde, personne ne l'a scruté avec un plus puissant génie. Ici encore nous ne pouvons donner que quelques phrases prises de ci de là.

€ Tout annonce que l'Europe touche à une révolution dont celle que nous avons vue ne fut que le terrible et indispensable préliminaire. (Du Pape.)

> Longtemps nous avons pris la Révolution française pour un événement. Nous étions dans

LAMKKICANISME

l'erreur; c'est une époque. (Lettre à M. dt Costa.)

s Tout porte à croire que les affaires de la France (et raffranchissetnent des Juifs était l'une de celles qui devaient avoir les plus graves conséquences) se lient à des événements gêné raux et immenses qui se préparent et dont If éléments sont visibles à qui regarde bien ; mais ce mystérieux abfme me fait tourner j tête. (Lettre à sa Jille Constance.)

i II faut nous tenir prêts pour un événc ment Immense dans l'ordre divin, vers leqw nous marchons avec une vitesse accélérée qt doit frapper tous les observateurs.... franchi tous les obstacles. (Soirées de Saint-Péter bourg.)

î L'univers entier est en travail. (Lettre' M. de Rossi.)

^ Nous sommes à l'une des plus grand époques de l'univers. > (Au même.)

Voilà ce que voient, voilà ce que pensa les esprits supérieurs. Pour les autres, connu le dit Chateaubriand, ils ont l'air de croire qv tout va comme il y a mille ans.

Quel est donc « l'événement divin vï

lequel nous marchons avec une vitesse accélérée ? > A quoi doit aboutir « le bouleversement général » qui est en train de s'accomplir depuis un siècle ?

De quoi < l'univers est-il en travail ? î

C'est le secret de Dieu, quant à l'aboutissement final ; mais déjà nous voyons quelque chose se dessiner très nettement.

i La Providence préparant je ne sais quoi d'immense a. par de si terribles bouleversements et de si affreuses calamités, comme broyé et pétri les hommes pour les rendre propres à former I'unité future. Il est impossible de méconnaître le mouvement divin auquel chacun de nous est tenu de coopérer dans la mesure de ses forces. > {T. viii, p. 442.)

« La Providence ne tâtonne jamais, ce n'est pasen vain qu'elle agi te le monde. Tout annonce que nous marchons vers une grande unité que nous devons saluer de loin. J {iv, 127.)

i Pour longtemps nous ne verrons que des ruines. // ne iagit de rien moins que d'une rusiON da genre hummin.. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'univers marche vers une grande lnité qu'il n'est pas aisé d'apercevoir, ni de définir. » (xi, 33,)

« Rien de plus sublime que l'œuvre qui s'exécute sous nos yeux dans l'unîvers et rien de si vil que les ouvriers. » (x. 46S.)

Qui n'admirerait la puissance de ce génit^ qui, au milieu de la confusion, de? horreurs ei des ruines de 93 et des années qui suivireni, savait voir dans une si nette clarté le mouvement imprimé au genre humain et te marquer avec une si ferme assurance ? Tout ce qui s'est passé depuis un siècle n'est-il pas venu confirmer ces vues et manifester de jour en jour davantage le dessein de la Providence de rapprocher les uns des autres les membres dispersés de la famille humaine?

De Maistre savait découvrir cette marche vers l'unité jusque dans les moindres cli Parlant incidemment des aliments nouveau: que l'Asie envoyait à l'Europe, il faisait dire à l'un des interlocuteurs des Soir/es de Saint- Péiersbourg : « Il n'y a point de hasard dans le monde, et je soupçonne depuis longtem] que la communication d'atiments et de sons parmi les hommes, tient de près ou loin à quelqu'œuvre secrète qui s'opère di le monde à notre insu. > Une autre fois attribuait au même dessein la dispersion O]

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rée par la Révolution. 4; Je ne songe jamais, disait-il, sans admiration à cette trombe politique qui est venue arracher de leurs places des milliers d'hommes destinés à ne jamais se connaître, pour les faire tournoyer ensemble comme la poussière des champs. > Il ajoutait : 'ï Si le mélange des hommes est remarquable, ta communication des langues ne l'est pas moins, i Et il citait cette phrase d'un livre ([u'il venait de prendre à l'Académie de Saint- Pélersbourg : « On ne voit point encore à quoi servent nos travaux sur les langues, mais bientôt on s'en apercevra. Ce n'est pas sans tin grand dessein de la Providence que des langues absolument ignorées en Europe, il y a deux siècles, ont été mises de nos jours à la jx>riée de tout le monde. Il est permis déjà de soupçonner ce dessein, j

Et plus loin : « Ajoutez que les plus longs voyages ont cessé d'effrayer l'imagination ; que l'Orient entier cède manifestement à l'ascendant européen ; que le Croissant, pressé sur ses deux points, à Constantinople et à Delhi, iloit nécessairement éclater par le milieu ; que les événements ont donné à l'Angleterre quinze cents lieues de frontières avec le Thi-

bet et la Chine, et vous aurez une idée de cf qui se prépare... Tout annonce que nous mar chons vers une grande unité que nous devons saluer de loin, pour nie servir d'une tournure religieuse. »

Le mouvement des esprits ne le frappait pas moins. Il écrivait en 1818 : i Tous les esprits religieux, à quelque société qu'ils appartier nent, sentent dans ce moment le besoin de l'unité sans laquelle toute religion s'en va en fumée. »

Ce besoin d'unité religieuse s'est étendu et accru en puissance, depuis que ces lignes ont été écrites. Non seulement les rentrées au bercail se sont multipliées, mais n'a-t-on point vu un parti puissant demander l'incorporation en bloc de l'Eglise anglicane dans l'Eglise catholique? Des vues semblables n'ont-elles pas été manifestées en Russie ? Et les aspj lions des néo-chrëtiens et le projet juif d'u t religion universelle ». s'ils ne procèdent f de ce même besoin qui, de jour en jour, l fait plus impérieux, du moins s'appuîent-ïls s lui.

Voilà quatre-vingts, quatre-vingt-dix, ( ans que J. de Maistre dirigeait les regardsd

ses lecteurs sur l'impulsion que la divine Providence donnait dès lors au monde. Ce n'était qu'un départ : depuis, le mouvement s'est accéléré, non seulement au point de vue religieux, comme nous venons de le dire, mais dans tous les sens I Lorsque de Maistre parlait ainsi, il ne pouvait soupçonner ni la vapeur, ni l'électricité, ni l'emploi qui en serait fait pour mettre tous les points de l'univers, et l'on peut dire tous les hommes, en communications aussi fréquentes que rapides les uns avec les autres. Nous avons vu, nous, l'extension prodigieuse de l'industrie et du commerce international. Nous avons assisté à la découverte des dernières terres cachées aux yeux de la civilisation et à leur entrée si rapide dans le mouvement européen. Nous voyons l'Afrique pénétrée de toutes parts et la race de Cham tout entière saisie par celle de Japhet. Nous voyons enfin un travail analogue se faire dans les esprits : la politique tend à l'unité par la fondation des grandes monarchies ou des républiques universelles, l'industrie par les sociétés anonymes, l'économie politique par l'association, la mutualité, et aussi par le socialisme ; l'amour de la patrie s'affaiblit, on

ne parle plus que d'universelle fraternité el d'idées humanitaires.

S'il était possible à de Maistre. il y a près d'un siècle, d'affirmer un mouvement de con centration du genre humain, à l'heure actuellr ce mouvement s'impose aux esprits les plui inaltentifs, et on peut dire que cette concentration va aboutir.

Plus que jamais l'humanité veut être i selon le vœu du poète ; Et atncti gens i sumus.

Voilà le fait saillant de ce siècle qtie i hommes de génie avaient prévu et annoi dès les premiers symptômes et que voyons s'accomplir. Voilà, dans l'ordre i rel, le fait le plus considérable, peut-être, t se soit produit depuis l'origine du monde. ( fait, nous n'en pouvons douter, se relie intini ment à quelqu'œuvre secrète qui se prépi et déjà s'opère dans le monde des âmes. < comme le dit de Maislre, pour tout homai qui a l'oeil sain et qui veut regarder, îl i a rien de si visible que le lien des dei mondes.

Pour les Juifs ce quelque chose sera ■ Jérusalem de nouvel ordre», « l'Eglise dé

ET LA CONJURATION ANTIClIRÉTrHNNE. 209

cratique >. « l'Kglise universelle » où. « toutes les barrières abaissées ». les hommes se rencontreront de l'Orient et de l'Occident dans < la libre-pensée religieuse ».

Les vrais chrétiens espèrent que ce quelque chose, ce sera bien en effet l'Eglise universelle, mais la vraie Eglise de Dieu, justifiant, dès lors, son nom de catholique non plus seiplement parce qu'elle s'étend de l'origine du monde à sa fin et d'une extrémité à l'autre de la terre, mais parce qu'elle embrassera effectivement dans son sein toutes les nations et fera régner sur elles toutes la foi à tous ses enseignements, l'obéissance à toutes ses lois, la même divine charité.

Encore une fois quelle circonspection le chrétien, digne de ce nom, ne doit-il point montrer à l'heure présente pour ne rien dire, pour ne rien faire qui puisse, de près ou de loin, incliner la balance des destinées du monde vers la solution juive ! Jamais îl n'a été plus nécessaire de faire passer au crible de la foi les nouveautés qui se présentent, puisque jamais les conséquences qu'elles peuvent entraîner après elles, n'ont paru plus redoutables.

Cette nécessité s'imposera avec plus de puissance encore, nous l'espérons, à l'esprit qui voudra bien achever de considérer avec nous l'état présent c i société et du monde.

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