QUE FAIRE
FAUT-IL en attendant < l'explosion divine > se croiser les bras et dire : La lutte est inutile? Non certes. Donoso Cortès, qui était aussi pessimiste que de Maistre était optimiste, — et le découragement, au contraire de l'espérance, brise les forces, — Donoso Cortès disait : « En premier lieu, la lutte peut atténuer, adoucir la catastrophe ; et en second lieu, pour nous qui nous faisons gloire d'être catholiques, la lutte est l'accomplissement d'un devoir, et non le résultat d'un calcul. Remercions Dieu de nous avoir octroyé le combat ; et ne demandons pas, en sus de cette faveur, la grâce du triomphe à Celui dont l'infinie bonté réserve à ceux qui combattent généreusement pour sa cause une récompense bien autrement grande et précieuse pour l'homme que la victoire d'ici-bas. » (i, 349.) La récompense éternelle est certaine pour le bon soldat du Christ, et elle peut lui suffire ; mais il ne
lui est nullement défendu de sDlliciter et d'espérer le triomphe ici-bas pour la cause qu'il défend, surtout quand cette cause est celle même de la Sainte Eglise. Notre Saint Père le Pape Léon XIII ne nous fait-il point prier tous les jours, au pied des saints autels, non seulement pour la conversion des pécheurs, mais pour la liberté et l'exaltatîon de notre Mère la Sainte Eglise ? Et toute l'Egl cesse-elle jamais de demander t'humiliati) des ennemis de Dieu et l'avènement du règne du divin Sauveur ? Ut inimicos sanctœ EccUsiœ humiliare digneris. Te roganius, audt nos ! — Adveniai regnum tuum ! A nous donc d'obtenir cette humiliation et ce règne. Mais pour cela, il ne suffit pas de prier, il fa encore lutter ; et cette lutte est tellement les intentions de notre Mère la Sainte EglÎ! que, pour nous mettre à même de la soutenir dignement, elle nous fait demander à la divine Victime de nos autels de mettre la force nos âmes et d'y joindre les secours extérii
O salutaris Hostia.
Relia premunt hostilia,
Da robur, fer auxilium.
Comment ce combat doit-il être mené?
Cette question nous ramène, après de longs détours, à l'Amëricanisme, que nous n'avons cependant jamais perdu de vue.
Tout ce que nous avons dit montre avec évidence, croyons-nous, qu'il y a actuellement dans le monde une action satanique, et en même temps dans l'Eglise de Dieu une action divine, et que vraiment l'une et l'autre préparent des « temps nouveaux >. En les pronostiquant, les Américanistes des deux mondes ne se trompent point ; et, s'ils sont à blâmer, ce n'est certes pas de vouloir travailler à amener cet avenir si désirable et de s'y élancer, mais de se tromper sur les moyens à employer pour coopérer à l'œuvre de Dieu.
L'heure est solennelle entre toutes, et jamais il n'a été plus nécessaire pour tous ceux qui veulent être vraiment les serviteurs de Dieu et seconder ses desseins, comme il nous fait la grâce et l'honneur de nous le demander, de se bien orienter, pour ne point s'exposer à faire de fausses manœuvres (i).
Toute fausse manœuvre est nuisible à la cause que l'on veut servir. Ici quel désastre elle pourrait produire ! Si donc nous n'avons
t. Voir aux Documents, N, xli.
Tioi
point fait erreur, si la situation actuelle du monde est bien telle que nous venons l'exposer, combien les ministres du Sei^d doivent être circonspects pour ne poirt croyant faire bien, prêter leur concours , l'ennemi dix-huit fois séculaire du nom chri tien, au fauteur de toutes les hérésies qui ( assailli l'Eglise de son premier jour à cél% oii nous sommes, et qui aujourd'hui esp^ l'anéantir bientôt et complètement !
Or le système de spiritualité, d'éducatïa cléricale et de propagande religieuse qui 5 pris le nom de catholicisme américain, n'a-t-| pas des traits de ressemblance et des point de contact avec celui dont X Alliance-Israélite Universelle attend l'apostasie des peuples chré tiens ? Nous croyons, sinon l'avoir démontra du moins avoir donné des indices su(Bsan( pour éveiller l'attention sur un danger, le pld redoutable peut-être, que l'œuvre du divî Sauveur ait jamais connu.
Dire qu'il faut < prêcher le bien-être » au chrétiens de nos jours € si l'on veut répondi au nouvel état de l'esprit humain >, et que I devoir des prêtres est actuellement de < donnt le paradis tout de suite en attendant l'autre %
Dire que les vertus auxquelles il faut actuellement former les chrétiens doivent être de préférence celles qui peuvent favoriser leurs succès en ce monde ;
Dire que l'Eglise doit « maintenant pourvoir au salut et à la transfiguration des corps par des sacrements terrestres j ;
Dire que le député, même nommé par un collège catholique, même prêtre, ne doit faire servir son mandat qu'à la défense des Intérêts matériels du peuple et qu'il n'a pas à s'occuper des intérêts des âmes et des intérêts de l'Eglise ;
Vouloir abolir la douane que le divin Maître a postée à l'entrée de la Cité sainte pour la défendre contre l'introduction des fausses doctrines ;
Vouloir étouffer la polémique qui jusqu'ici a préservé la foi de toute corruption, l'a éclairée, l'a raffermie, l'a développée, pour lui substituer l'irénique qui ne maintiendrait la paix, — et quelle paix ! — qu'aux dépens des droits imprescriptibles de la vérité ;
Vouloir faire reculer le dogme devant la ience, et cela jusqu'au delà même des défilons ex cathedra ;
Louer ceux qui, en fait de religion, laisseraient jeter par-dessus bord tout l'ensemble des dogmes pour ne garder que la morale et n'en considérer que les résultats : i
Où tout cela peut-il aboutir? si ce n'esl cette vague religiosité où V Alimnce-lsraéh Universelle voudrait amener tous les homn] afin que « les temps messianiques prédits j les prophètes d'Israël puissent se réaliser. >
Sans doute toutes ces aberrations ne !
point présentées en un corps de doctrine 1 net, bien compact, dont un ou plusieurs homn prendraient ouvertement la responsabili Telle proposition a été formulée par celui telle autre par celui-là. Mais chacune d'elle une parenté évidente avec toutes les autres, ceux qui les ont proférées se sentent en £ parfaite communion d'idées et de vues pou s'être donné un nom de parti : Antérùainsiat Catholicisme américain.
Et comme il arrive toujours, autour de parti sont venus se grouper ceux qui, de t temps, ont cherché a concilier l'esprit monde avec l'esprit de Notre- Seigneur jESUl Christ. Nous trouvons actuellement ces co ciliateurs parmi ceux qui se sont donné, <
aussi, un nom particulier au sein de la grande femîlle catholique, le parti de la Démocratie di rétien ne- Ce qui nous permet cette affirmation, ce sont les propositions que leurs chefs ne cessent de formuler et qui, sur plusieurs points, sont identiques à celles exprimées par les Américanistes ; ce sont aussi les sympathies mutuelles que les chefs des deux partis se sont témoignées publiquement, et les efforts faits d'un cuté comme de l'autre pour se pousser réciproquement dans le monde et y faire pénétrer leurs idées (i).
Les démocrates chrétiens sont animés d'un zèle de prosélytisme, auprès du jeune clergé surtout, qui les rend dangereux, alors qu'ils pourraient servir l'Eglise et travailler au salut de la société. Plusieurs, sans doute, mettront fin à leur propagande et réformeront leurs propres idées lorsqu'ils en auront vu les tenants et les aboutissants. Qu'ils nous permettent de
I. Voir l'abbé Naudet, Vers VAvenir, p. S7-6i ; voir le cbapitre UI, Vûuz Monde, dans L'HlSTOIRH d'une Idée; voir surtout les articles et les coites pondaac es publiés dans les journaux et les revues de la Démocratie chilienne, depuis que les Congrégations romaines doctnnes de t'Ami^ricanisme.
LAMÉRICANISME
mettre SOUS leurs yeux quelques passages dun article tout récent de Y Osservalore Homano qui répond bien à leurs préoccupations ;
« On dit que \e: prûtre doit être moderne ce qui rend nécessaire, bien entendu, une instruction et une éducation modernes du clergi C'est ainsi que, quand certaines gens veulei louer un prêtre, ils le qualifient de P*^^ moderne, de la même façon que, pour re» hommage à un simple laïque, ils disent ( c'est un homme de son temps. On a fait la m chose pour tei ou tel évéque, que l'on a | clamé un évlque moderne, pour l'élever pari éloge au-dessus des autres,
» En poursuivant la même voie, on pas; au Pape moderne, puis à l'Eglise modej on aura aussi un Evangile et un Décali^ modernes, un Christ, un Dieu moderni Il en est qui formulent des critiques aceii contre les études que l'on fait dans les sél naires ; ils disent qu'avec l'instruction que l'fli y donne on ne forme point le prêtre modei le prêtre tel qu'il doit être de nos jours, . qui est réclamé par les temps nouveaux et{ besoins de la société moderne.
» Ces messieurs devraient bien réfléchira
ET 1.A CONJUR-\TION ANTICIIKI'TIENNE. 269
ceci que, comme dans l' Eglise a toujours existé et ne cessera d'exister l'esprit de sainteté, il s'y trouve aussi, et il s'y trouvera toujours l'esprit de sagesse qui procède de sa doctrine...
> De nos temps, on étudie peu. On commence à écrire alors qu'on n'a pas encore étudié ; on parle de tout alors qu'on ne connaît pas encore grand'chose. Le jeune homme dogmatise, comme n'oserait pas le faire le vieillard dont les cheveux ont blanchi sur les livres, dans l'étude ; bien des gens se prennent pour autant de Salomons une fois qu'ils ont dit qu'il faut que les choses anciennes cèdent le pas aux choses modernes...
» C'est très bien d'accueillir et d'employer des méthodes plus profitables, et de faire servir ce qui est nouveau à venir en aide à ce qui est ancien, afin de pourvoir au.\ besoins des temps et des lieux. C'est ce que fait précisément l'Eglise de nos jours, comme d'ailleurs elle l'a toujours fait...
» Mais remarquons bien ceci : Si l'Eglise
FO^ME LE PRÊTRE POUR LES TEMPS, ELLE NE MODÈLE PAS LE PRÊTRE SUR LES TE.MI'S.
» Voilà le danger auquel s'exposent imprudemment ceux qui, ne connaissant que peu ou
LAMÉRICANISME
point le sacerdoce catholique et les temp* présents, réclament si bruyamment le prêtre moderne afin de moderniser le clergé ; alors que ce qui serait plutôt nécessaire, ce serait de christianiser les temps, car le dix-neuvième siècle a subi trop de déchristianisation pour ne pas avoir un besoin urgent d'être rechristîanisé.
> Que les critiques dont je parle le sachent bien : il n'y a rien de plus moderne que l'Eglise, que ses institutions, que ses prêtres, parce qu'il n'y a rien qui soit, autant que l'Eglist-, de tous les temps et pour tous les temps. >
Croire qu'il faut < modeler le prêtre sur k-s temps :j. voilà la grande, la plus pernicieuse erreur des Américanistes ; modeler le prêtre sur le monde d'aujourd'hui, voilà le grand mal auquel concourent, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas. les conférences sociales établies dans les séminaires, les cercles d'études sociales pour le jeune clergé qui en ont été la suite, et les congrès ecclésiastiques qui devaient > être le couronnement
Les résultats de ces innovations peuve^ déjà être constatés.
Mgr Leiong, évéque de Nevers, les a signalés à son clergé, après avoir choisi pour cela le moment où celui-ci était le mieux préparé EL entendre une telle leçon^ c'est-à-dire, au milieu du recueillement de la retraite ecclésiastique.
« Il semble qu'en ce moment l'Enfer se déchaîne contre le sacerdoce avec un redoublement de fureur. Il passe sur le clergé un souf6e de rationalisme et de mondanité. On lui propose un idéal venu de par-delà l'Océan ; on le lui vante comme le seul capable de faire du prêtre l'homme de son temps et des sociétés modernes. »
Il n'est point de prêtre, ayant vraiment l'esprit de son état, qui n'ait constaté, à la grande douleur de son âme, l'action pernicieuse de ce souffle dans nos rangs. Ils sont bien rares encore, fort heureusement, les confrères qui en sont atteints, mais leur nombre n'aurait point tardé à s'accroître, sï des voix autorisées ne s'étaient élevées, comme celle de Mgr Germain sur son lit de mort, pour dire : < Messieurs, soyez fidèles aux traditions de l'Eglise ; ne vous jetez pas dans les nouveautés. ^Ce n'est point par les prêtres quî s'y laissent
entraîner que le bon Dieu sauvera son Eglise. On a prêté aux directions du Pape un sens qu'elles n'ont pas. Que les jeunes prêtres et les séminaristes se défient. Je ne désire pad pour le diocèse des abbés démocrates (l). » f
Ces paroles, reproduites dans beaucoup de' Semaines religieuses, signalées à l'attention du clergé par plusieurs évêques et par le cardinalvicaire de Rome, donnèrent à réfléchir à plusieurs. D'autres restèrent sous l'influence de ce souffle « venu de l'enfer », et Mgr de Nevers ne craignit point de disséquer leurs âmes sous les yeux de son clergé assembl£pour montrer à tous ce qui s'y trouve, ou [dd tôt ce qui ne s'y trouve plus :
« Ils oublient ce qui a fait le prêtre à toii les époques de l'histoire. Ce qui a toujaj assuré la fécondité de son ministère : ce s des principes qui ne changent pas et qui trouvent nettement formulés dans l'Evani de Notre-Seigneur Ji^sus-Christ : l'bumilïj la mortification, le désintéressement, la ' intérieure, l'esprit de sacrifice. »
, C'est cela et uniquement cela, et non ; la confiance en soi-même et le reste de 17