‹ L'Amérique actuelleChapitre 10 sur 12 · ÉDUCATION DBS FEMMES AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DBS FEMMES AUX ÉTATS-UNIS

rîcaînes a conduit insensiblement à remettre entre leurs mains la plus large part de l'éducation publique. C'est à elles qu'est dévolue Timportante mission d'élever la jeunesse ; on ne leur retire pas, dés que son âme s'éveille, l'enfant confié à leurs soins, dans la crainte d'amollir son cœur et d'énerver ses facultés. Nous avons vu qu'elles se montrent dignes de la noble tâche qui leur est confiée ; nulle part l'esprit public n'est plus libre, plus fier, plus hardi, et en même temps plus religieux et plus soumis aux lois, que dans cette république où l'enseignement est en grande partie attribué aux femmes.

Quant à ceux qui pourraient s'effrayer d'une telle révolution dans les anciens usages, et qui blâmeraient l'Amérique d^ouvrir si largement à ses filles les sphères de l'intelligence, nous rappellerons que des besoins nouveaux exigent des institutions nouvelles. Autrefois, quand la femme devait filer elle-même la laine, tisser les vêtements de la famille, présider à la préparation de Thuile et du vin, surveiller la grange et le cellier, réunir enfin sous sa direction des soins domestiques auxquels quinze ou vingt métiers différents sont maintenant chargés de pouvoir, il eût été imprudent de distraire son attention de celte œuvre essentielle d'où dépendaient le bien-être, la prospérité de la maison. Les progrès de l'industrie ont modifié cet état de choses, et les vestiges qui en restent encore tendent de plus en plus à disparaître. Grâce à la division du travail, à la facilité des échanges, au perfectionnement des procédés mécaniques, la femme se trouve affranchie du labeur manuel qui lui était assigné. Quelques ordres rapides donnés à des domestiques, une vigilance intelligente, mais qui demande peu de temps, voilà bien souvent à quoi se résume la tâche matérielle des femmes ; sans doute, pour la remplir dignement,

pour faire régner dans rintérieur de ]a maison l'élégance et le confort, y introduire cette sorte de douce quiétude qui s'exhale des choses et communique à Tâme son par. fum, pour équilibrer la dépense sans parcimonie comme sans prodigalité, il faut de sérieuses qualités morales; la mère de famille forme à son image le foyer dômes* tique.

Néanmoins, nous le répétons, ces soins ne suffisent pas à remplir le vide des heures; il faut découvrir d'autres aliments à l'activité deTesprit ; de là, ces plaisirs bruyants, ces distractions qui n'ont d'autre objet que de tromper Fennui d'une vie désœuvrée ; on se plaint beaucoup aujourd'hui de la frivolité des femmes ; cette frivolité n'estelle pas plutôt imputable à la société qui, en les déchargeant de leur ancienne tâche, ne leur a donné aucune occupation équivalente? Les Américains les premiers ont réalisé la pensée si chrétienne de l'enseignement mis à la portée de tous ; ils ont, les premiers aussi, banni le préjugé qui déclarait l'esprit féminin inhabile à la science. Voulant créer une nation libre et forte, ils ont compris qu'il fallait donner une trempe énergique à l'âme de l'épouse et de la mère.

Les jeunes filles apprennent de bonne heure à refléchir, à juger des choses par elles-mêmes; on ne leur laisse point cette heureuse ignorance qui, en Europe, ajoute à leur beauté tant de grâce naïve, mais on leur enseigne l'horreur du mal, on les habitue à rechercher et à suivre le vrai et le bien. Après les avoir ainsi armées, on ne craint pas de les lancer au milieu du monde, et la manière dont elles savent s'y diriger justifie cette audace. Rien n'est plus curieux que de voir une réunion de jeunes gens et déjeunes filles ; les parents les ont laissés sans surveillance dans le salon, la conversa-

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