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ÉDUCATION DES FEMMES AUX ÉTATS-UNIS

tion est vive, enjouée; une liberté complète règne au milieu du joyeux essaim, mais jamais on n'y entend une parole légère, la galanterie même y est inconnue, on croirait être dans une assemblée de frères et de sœurs.

La sévérité des mœurs se réfléchit dans la littérature. Pour acquérir de la réputation, il suffît souvent en Europe d'écrire un livre malsain, le scandale supplée au talent; de tels ouvrages ne trouveraient point de lecteurs aux États-Unis. L'esprit public, habitué à vivre dans une atmosphère haute et pure, ferait promptement justice de ces honteux écarts de l'imagination.

La manière dont les mariages se contractent, et la fidélité conjugale qui en résulte, prouvent aussi combien il est sage de développer le jugement des femmes et de s'en rapporter à elles-mêmes du soin de protéger leur vertu. La jeune Américaine choisit librement l'époux qu'elle préfère'. Au lieu de la jeter encore enfant dans les bras d'un mari, peu capable d'ordinaire d'achever l'œuvre de son éducation morale, les parents attendent que sa raison ait mûri, que sa volonté se soit fortifiée, puis ils la laissent maîtresse de disposer d'elle-même. Elle sait l'étendue des obligations qu'impose le mariage, elle est femme, femme instruite et sérieuse, quand elle en accepte les liens ; en outre, l'homme à qui elle va engager sa vie n'est point pour elle un étranger; la simplicité des mœurs lui a permis de le connaître longtemps à l'avance ; peut-être ont-ils étudié ensemble sur les bancs de l'école ; elle a pu observer ses goûts et son caractère, il n'y a point à craindre pour elle les désillusions funestes qui suivent une union mal assortie.

Cete estime, cette sympathie profonde entre les époux sont ici d'autant plus nécessaires, qu'en entrant dans le mariage, l'Américaine se trouve en face de devoirs aus«

tères et sérieux. Elle ne quiUe point une existence dépendante pour une vie de fêtes et de plaisirs ; la cérémonie nuptiale n'est point pour elle une sorte d'affranchissement ; elle dit adieu au contraire à la liberté de sa jeunesse pour s'enfermer dans le cercle du foyer domestique, cercle rendu bien étroit par la rigidité puritaine. Si elle a épousé un settlerj elle s'enfonce avec lui dans les solitudeSy partage ses fatigues et ses privations; si elle est devenue la femme d'un armateur, d'un négociant, d'un manufacturier, elle aura plus besoin encore peut-être d'énergie et de dévouement ; on sait combien aux États- Unis, les fortunes sont rapides, mais aussi combien elles sont éphémères.

Les Américains ont donc heureusement résolu l'un des problèmes sociaux les plus graves ; il ont formé des femmes vertueuses et fortes, instruites de leurs devoirs et fermes à les remplir ; ils ont pensé que, pour rester les compagnes et les dignes auxiliaires de l'homme, elles devaient le suivre dans la voie du développement intellectuel, et l'expérience leur a donné raison. Il ne faut pas oublier cependant qu'ils marchaient dans des sentiers inconnus ; la hardiesse même qu'exigeait une telle tentative les a entraînés à plus d'une erreur. Prises dans leur ensemble, les vues qu'ils ont émises sur l'éducation des femmes sont vraies et fécondes, mais l'application qu'ils en ont faite laisse souvent à reprendre.

Et d'abord, l'usage de donner aux garçons et aux filles un enseignement identique n'offre-t-il, même aux États-Unis, aucun inconvénient? Sans doute, l'esprit féminin, quoi qu'on en ait longtemps pensé, est capable de s'élever aux plus hautes régions du savoir, et Jean- Jacques Rousseau, qui se posait en redresseur de tous les préjugés, partageait ceux de son temps lorsqu'il di-

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