SOUTERRAIN DANS LES ANDES
sous le regard plongeant presque à pic : c'est la Paz1. » (Louis Bastide, dans Revue des Deux Mondes, 15 nov. 1892, p. 352-370.)
Les difficultés que présente l'ascension des Andes sont telles que les Indiens croient encore aux légendes qui attribuent aux Incas la construction de tunnels gigantesques. « On m'a raconté, dit Ch. Wiener, mille fables bizarres sur des tunnels au moyen desquels les lncas auraient traversé la Cordillère. L'interlocuteur déclarait en connaître l'entrée. Un autre en avait vu la sortie sur le versant opposé des Andes, un autre prétendait y avoir fait deux, trois ou quatre lieues. » (Pérou et Bolivie, p. 190.)
Souterrain dans les Andes. — « Un chasseur m'avait appris que dans une de ses courses il avait vu en face de lui un énorme couloir traversant une montagne ; de chaque côté des parois de la montagne il avait aperçu des portes murées, mais n'avait pas osé pousser plus loin ses recherches.
Je m'y rendis le jour suivant. J'essayai d'abord de démolir une des portes murées, et, n'ayant pas les outils nécessaires, j'y mis beaucoup de temps. Enfin, je pus entrer, bien résolu à reconnaître l'intérieur, où je trouvai une si grande quantité de choses curieuses que je ne savais que prendre. Mais ces cavernes sont tellement profondes que je craignis de manquer de lumière et de me perdre.
Je jugeai donc plus sage de revenir sur mes pas ; je gardai avec moi un de mes guides, et, chargeant les autres de mon butin, je les renvoyai au pueblo (Anayac), d'où ils devaient me rapporter le lendemain des outils et de la chandelle du pays. Celle-ci est faite avec de nombreux fils de coton tordus formant une corde de la grosseur du petit doigt, qu'on passe plusieurs fois dans de la cire fondue...
Le lendemain je résolus de pénétrer dans le souterrain. J'attachai d'abord à la porte l'extrémité d'une pelote de fil. Ce fil, très beau, très solide, est fait avec une variété de cheophrasta qui croît ici en abondance.
Je m'avançai alors en suivant le côté gauche du souterrain et regardant à droite de temps à autre. Bientôt je vis des
1. C'est la ville la plus importante de la Bolivie ; son fondateur, Alonzo de Mendoza, l'appela Nostra-Senora de la Paz; aujourd'hui elle s'appelle la Paz de Aya- «ucho, en l'honneur de la victoire du général Sucre. Elle a remplacé Sucre comme capitale de la république.
rres déta-
excavations, des sculptures et de nombreuses pierres i chées de la voûte. Un instant je fis un soubresaut, surpris par une quantité innombrable de chauves-souris blanchâtres que la lumière avait éveillées, puis je fus de nouveau arrêté par un amas de pierres. J'aperçus alors à droite une large ouverture, vers laquelle je me dirigeai. Quel ne fut pas mon étonnement en voyant prés de cette ouverture cinq ou six corridors!
Un courant d'air faillit éteindre ma chandelle. Tandis que je l'abritais avec la main en marchant, je trébuchai et ailai donner de la tête contre un squelette d'animal queje ne pus reconnaître. Je m'assis un moment et regardai les parois des murs, entièrement tapissés de chauves-souris.
Je Ils ensuite le tour des pierres qui m'avaient arrêté, et, laissant à droite toutes les ouvertures, je continuai mon chemin dans la première galerie, qui présentait ça et là des ouvertures donnant accès dans des cavernes remplies d'ossements. Le sol était toujours jonché de pierres tombées de la voûte. L'n peu plus loin la galerie s'arrêtait. Je lovai les yeui, et aperçus une légère clarté à travers une fente de la voûte, vers laquelle se dirigeait une espèce d'escalier. Je n'osai y monter de peur de l'aire tomber quelques pierres qui eussent
it fouiller le sol, où je trouvai n
n'écraser, et r bre d'objets curiei
Tout à coup un vacarme épouvantable retentit dans le souterrain et me remplit d'inquii'luile. Il semblait que tout allait crouler sur moi; je sentais le coulant d'animaux immondes. Plus de vingt fois je fus obligé de rallumer ma chandelle et je crus perdre la raison : j'avais peur.
Le bruit ayant un peu diminué, je repris assez de force pour me tenir debout et essayer de partir; je rallumai encore ma chandelle, et revins sur mes pas, marchant avec la plus grande attention et voyant de bien belles choses sans avoir le courage de les ramasser.
En passant prés d'une galerie, le vacarme recommença de plus belle; je crus entendre le tonnerre, tant les hurlements étaient formidables; j'accélérai le pas autant que possible, car ma chandelle lu'étlairaîL à peine par suite de la vitesse. Enfin je revis la lumière du jour; le crépuscule commençait lorsque je retrouvai mes Indiens elfarés, bloltis dans un trou, derrière un grand feu qu'ils avaient allumé.
Je leur demandai s'ils avaient entendu gronder le tonnerre. Sur leur réponse négative, il me devint impossible de m'ex-