LES MINES DE PC1T0SI
pliquer le bruit infernal qui m'avait causé tant d'inquiétude, sans admettre la présence dans le souterrain de nombreux animaus féroces. >i (Vidal-.Si^k/.e, Vùi/ti'/c &OM l'Equateur et te Pérou, YS76, dans le Bulletin de la Société de yéuyraphie de Paris, 1883, p. 381-384.)
Le mont argentifère de Polosi e-l d'ori^iiie volcanique. Il peut avoir 14 a 16 kilomètres lie circonférence, et son sommet s'élève à 4,815 mètres, tandis que la tiwtnd est <i 4,270 métrés. En 1G11 Potosi comptait 1 Gfl.000 habitants; en 18S4-R5 la population était tombée à 22,;>[lu à i nt a. Le girincipal iiioTiiiment est lu Monnaie, qui fut construite en 1562 et coûta 1,148,000 piastres (1,400,0110 francs); « c'est un très beau bâtiment dont la charpente est remarquable, surtout au milieu de cette région omijilétomduL dépourvue de hois; en songeant que qurlqncs-uims des immenses poutres qui en fonl partie out été apportées de la province de Tucuman, à travers la Cordillère, et ont ainsi parcouru plus de 200 lieues des routes les plus effroyables du monde, ou ne s'étonnera pas des prix immenses qu'elles ont coûté au Trésor. Eu effet, plusieurs d'entre elles sont, dit-on, revenues aus sommes énormes de 5 à fi, 000 piastres [25,000 a 30,000 francs). » (De Castklnai), Expédition dans les régi»» centrales de l'Amérique du Sud, III, 329.)
Aspect du cerro. — « Qui n'a vu te Potosi monnaies boliviennes, ou qui a lu les récits qu'en ont faits les -historiens de la conquête, se ligure un lieu privilégié où l'or coule avec la joie et le plaisir. Ce rêve d'enfant est vile détruit par l'aspect du cerro, et remplacé par des images bien ciitTérentes.
.Mo da primitif d'exploitation. — Une morne population ï « silencieux et tristes Indiens erre sur les lianes de la mon- ^e"e, comme les ombres de ceux que ses entrailles ont e -"5* utis- Leur travail se fait encore d'une manière aussi p.. ** tive que barbare. Un homme, à plat ventre, perce la terre a xr~ un procédé de rat-mulot. H va, va devant lui pendant des *-? fs> pendant des mois, jusqu'à ce que sa lampe s'éteigne, * M* meure, s'il n'a la force de revenir en arriére. La galerie ^- Jamais que la bauteur suffisanle pour le corps plié sur Serions, C'est sur les genoux qu'il avance, grattant h
sur
minerai; sur les genoux qu'il recule, emportant la terre métallifère dans un petit sac en cuir, qu'il dépose à l'entrée du trou; puis il retourne, et recommence ce va-et-vient dans les ténèbres depuis son enfance jusqu'à sa mort. La montagne argentifère est toute percée, comme une ruche d'abeilles, de couloirs formés par les mineurs à la poursuite des filons. Souvent la terre, en s'éboulant, mure à jamais le travailleur dans sa prison. On frémit en pensant que le cerro, déchiré depuis plus de trois siècles par l'avidité des blancs, a englouti tant d'êtres humains, dont les cadavres remplissent ses alvéoles, a dévoré tant d'existences, car les malheureux mineurs indiens sont des morts vivants.
... De quelque côté qu'on promène ses regards du haut du Potosi (Hatun Potocchi), l'œil ne découvre que des mornes rocs noirs, escarpés, couronnés de rochers. On dirait une armée de volcans frappés de mort et d'immobilité. Les plaines qui les séparent ne sont que sable et que pierres. Partout règne la stérilité la plus complète. Aucune végétation, aucun combustible qui puisse servir à réchauffer le pauvre Indien presque nu et l'Européen transi, drapé dans son manteau sous le soleil des tropiques. On fait cuire les aliments avec la fiente des bêtes de somme, et ces bêtes de somme, qui sont des lamas, vont chercher au loin leur nourriture. On restreint ses besoins, on n'est là qu'en passant. Mais le pauvre Indien, lui, vit et meurt sur la montagne, meurt surtout, meurt sans avoir vu un arbre, une plante, sans avoir goûté à un fruit, sans avoir connu un sourire de la nature, et sans avoir vu sur la terre d'autres trésors que des pierres et de l'argent.
Les mines du Potosi ont été découvertes par hasard, en 1545, par un Indien nommé Diego Huallca, conducteur de lamas, dans un voyage qu'il faisait, probablement, de Chuquisaca à Porco. Zarale {Histoire du Pérou, livre VI) raconte qu'il sut garder longtemps son secret, et qu'il se contentait d'enlever, en passant, un peu de minerai pour son propre compte; mais que, l'ayant enfin confié à un de ses camarades, celui-ci le dévoila à leur maître commun, qui résidait à la Plata (Ghuquisaca). C'était un entrepreneur d'exploitations de mines et il était fait pour apprécier la découverte. Son nom était Villaréal. Il s'empressa de s'assurer des droits sur la mine trouvée par Huallca, en remplissant les formalités légales; mais, cette nouvelle s'étant répandue dans la ville de la Plata, qui n'était qu'un campement de mineurs formé depuis
LES MINES DE POTOSI six ans, tous les Espagnols coururent a la montagne argentifère pour avoir leur part au trésor, et les magistrats furent obligés de s'y rendre pour faire la répartition des terres et empêcher que les mines du Polosi ne lussent inaugurées par des batailles et par l'effusion du sang.
Le canton froid et aride où est situé le eerro faisait partie des terres assignées par François Pizarre ù Gonzalez, son frère; mais il était entièrement désert; il fallut y apporter toutes les cboses nécessaires, et ce ne fut pas avant plusieurs années que les travaux purent commencer. On amena sept ou huit mille Indiens, el aussitôt qu'on connut par expérience la richesses des terrains, on rappela ceux qui travaillaient aux mines de Porco, lesquelles fuient délaissées.
On travailla d'abord le minerai de Potosi comme celui de Porco, au moyen du feu et dans de petits fourneaux en terre glaise dont les Indiens, de temps immémorial, s'étaient toujours servis. On appelait ces fourneaux huuyras (vents, on machines à faire le venl), parce que c'était par l'action de l'air que le minerai se mettait en combustion. Mais cette méthode présentait de graves inconvénients. On avait une peine oxtrême a dégager l'argent de la terre ou de la pierre, el il fallait recommencer plusieurs fois l'opération... Comme on ne pouvait opérer que sur de petites quantité» à la fois, il y avait, dit-on, six mille de ces petits fourneaux, et ils formaient chaque nuit, sur les flancs de la montagne, comme une féerique i 11 u mi nation. Mais dans l'année 1571 un Espagnol, Pedro- Fernande/ Velasco, apporta du Mexique le procédé par amalgame au moyen du vif-argent el l'enseigna aux mineurs de Polosi. On dit qu'il reçut en récompense deux cent mille piastres du trésor public, et pareille somme de la caisse des mineurs. Sept ans après l'adoption du procédé par amalgame, on comptai! déjd sur la Rivera de Potosi cinquante usines à pulvériser le minerai, à trois bocards chacune; trente-trois réservoirs communiquant entre eux furent construits sur les lianes de la Cordillère, atln qu'eu aucun lemps ces usines ne manquassent d'eau. Ce vaste ouvrago coûta vingt millions de francs, somme énorme pour un lemps et pour un pays où les pauvres Indiens étaient forcés de travailler à un vil prix, et étaient assujettis a l'institution barbare de la mita1.
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Au commencement du xvne siècle, époque de la plus grande prospérité du Pérou, le nombre des usines s'était élevé à quatre-vingt-quinze, à deux ou trois bocards chacune, et celui des réservoirs à trente-deux. Il y avait plus de cinq mille mines en exploitation dans la montagne; 15,000 Indiens mitayos étaient secondés dans leurs travaux par autant d'Indiens libres, ou censés l'être. A cette époque, les quints royaux (c'est-à-dire les cinquièmes prélevés pour le roi) s'élevèrent, selon Herrera, à un million et demi de piastres par an : ce qui suppose sept millions et demi de piastres, ou trente-sept millions de francs de produit total annuel, somme immense pour le temps, surtout si l'on considère qu'elle était répartie entre quinze familles au plus.
Mais le 15 mars 1622, — date qui est restée à jamais gravée dans la mémoire des habitants du pays, — après une saison de pluies abondantes, le barrage d'une des lagunes les plus élevées vint à crever, les eaux se précipitèrent de réservoir en réservoir et fondirent sur la ville avec tant de violence qu'elles renversèrent pour soixante millions de maisons et noyèrent deux mille personnes. A partir de ce moment Potosi ne fit plus que déchoir. En 1692 il n'y existait plus que cinquante-sept usines...
J'ai voulu me rendre compte de ce qu'avait pu être le produit total des mines du Potosi depuis leur découverte jusqu'à la fin de la domination espagnole. Cette entreprise est assez difficile, parce qu'on ne peut avoir pour base que les quints royaux, et que la contrebande s'est toujours faite sur une échelle très large. Les historiens espagnols ne sont pas non plus une bonne autorité, car ils sont, de tous les historiens du monde, les plus portés à l'exagération. L'un d'eux, Sandoval, estime le produit du Potosi, pendant la première période, celle de 1 545 à 1556, au chiffre fabuleux de 72 millions de marcs, équivalant à trois milliards sept cents millions de francs; cette extravagante appréciation donne la mesure du peu de croyance qu'on leur doit accorder. M. de Humboldt a cru pouvoir rabattre ce chiffre à quinze millions de marcs (= 80 millions de francs). Je ne sais sur quoi il se fonde, mais Antonio de Herrera écrivait, dix-huit ans après, c'est-à-dire en 1574 : « La somme sur laquelle a été payé jusqu'ici le quint royal est de 76 millions de piastres (= 380 millions de francs). » Reste, il est vrai, l'évaluation delà contrebande.
Après cette première période de 1545 à 155G, période de formation et de désordre, pendant laquelle on mourait de faim
MINES DU CHILI à PotosiâcOlé des monceaux d'argent, où tout était à faire et à transporter d'une grande dislance, sans routes, sans voitures, sanschevaux, puisqu'on ne pouvait les nourrir ; après ce chaos de onze années, pendant lesquelles la contrebande l'ut facile, on établit à la banque de Potosi des registres administratifs, qui ont été continués sans interruption jusqu'à, la fin du régime espagnol et qui nous donnent des chilfres certains... En laissant de côté la période incertaine des onze premières années, lePolosi a donné, depuis la fin de l'année 1 SU ti jusqu'en 1835, en chiffres ronds, 73a millions de piastres, ou 3 milliards 700 millions de francs, ce quin'esl,pour une silongue période, une somme considérable que parce que les propriétaires n'étaient qu'un petit nombre de familles, que la région argentifère exploitée jusqu'à ce jour ne comprend pas deux milliards de mètres cubes, qu'une partie du métal est restée dans les scories par l'imperfection du travail, et enfin que l'argent avait, à l'époque dont nous parlons, une valeur en Europe a laquelle nous ne sommes plus accoutumés'.» (Villamus, Correspondant, 25 janvier 1876, p. 321-323.)
C'est en 1787 que le ttatnt Anvado instilla un tribunal de mineria;i\ mit eu pratique les lois minières du Mexique {las ordenanzasde mineria de Nueva-E/rpaiia). EuiBll on découvrit les mines d'argent de Agua Amargaet deCerro deTuuas; en 182Ï colles de Coquiuibo. Le nouveau code mioier, el codigo de mineria, a été promulgué eu noveuihre 1 874, etapris cours au 1er mars 1875. (te Chili tel qu'il est. publication ûflieiclli; «le la cnin mission belge de l'exposition înteruatiouale de Santiago, 1875, par Edouard Sève, Valparaiso, 1876.)
Leur richesse. — ■ Les mines du Chili ont fourni, de 1843 à 1873, un rendement de t milliard 847 millions, et jusqu'à ce jour (1888) près de S milliards.
Lorsqu'on considère, devant un chitl're semblable, la séduction de ce jeu étonnant où l'on peut gagner d'immenses richesses en fournissant, comme mise, de la hardiesse et de la
1. De Cutaluu donne, un autre chiffra ; il estima qua dopuii la laaMMKo
gne lu somme éanrnie Je 1.0*7,0!
ililian dont la rtffaU émirat tt
persévérance, on comprend qu'un meurt-de-faim énergique, habitant un pays veiné d'or, d'argent et de cuivre, préfère la misère et la lutte avec l'espoir de la découverte d'un trésor, à la pauvreté calme d'un labeur régulier d'infime manœuvre.
Le cateador. — L'homme qui du voyage de découvertes minières fait sa profession, le cateador, est un ouvrier ignare, ne sachant ni lire ni écrire, ayant le flair de la montagne comme le chien de chasse a le flair du gibier. Le physique joue dans ce métier un rôle à peu près principal. Il est de ces hommes qui ont fait 80 lieues dans le désert avec quatre bouteilles d'eau : soit une bouteille pour cinq jours.
Cet éclaire ur ne part jamais en campagne pour son propre compte. Il est toujours envoyé par un mineur caballero, une personne pouvant disposer de quelques capitaux pour reconnaître, exploiter ou négocier les mines que l'on découvrirait.
Il se met en route muni de sa provision d'eau, de viande séchée au soleil et broyée (char qui), de yerba mate, de coca, de sucre et d'un petit sac de blé grillé. Enfin il emporte de l'ail et de l'oignon pour combattre les effets des grandes hauteurs.
Pendant son absence, le mineur qui l'envoie en mission doit nourrir sa famille et, en cas de réussite, lui donner le tiers de la mine. D'habitude il lui rachète cette part à bas prix. — Il n'est pas rare que le cateador s'en aille simplement dans un village voisin, où il se grise pendant quinze jours avec le dernier adieu du départ ; il revient harassé de sa promenade dans les vignes du Seigneur, pour annoncer à son commanditaire qu'il n'a rien trouvé, — ou encore il montre quelques pierres qu'un compère lui donne, et avec lesquelles il allèche son patron pour lui soutirer de nouvelles avances.
Un cateador avait ainsi excité la cupidité de son maître, qui résolut de l'accompagner dans le désert. — Il guida au hasard son caballero de plus en plus exténué, qui, à bout de patience, s'écria enfin : « Où est ta mine ?
— Au haut de cette montagne.
— Jour de Dieu, fit le patron, d'abord tu as désigné un premier pic, puis tu as dit que c'était tel autre, puis un autre encore, et maintenant tu veux me faire grimper sur ce cône? Sache-le bien, maroufle, je te donnerai cent coups de cravache si tu me trompes cette fois. »
Le cateador se gratta derrière l'oreille : « Seigneur, lui dit-il, faisons un marché. Donne-moi cinquante coups ici même, et n'y allons pas. »