MINES DU CHILI
Mines de Caracoles. — C'est, malgré toul, au cateo que sont dues les grandes découvertes minières. Ainsi, M. Arnous-F" vière (qui depuis a joué un certain rôle dans l'affaire Razaine) a trouvé, en compagnie d'un sieur Diaz Gana, grâce au cateo depuis lors célèbre de Mendez, les mines de Caracoles, <
i, cinq
» des deux associés en a retiré, en moins d'u millions de francs.
Le cateo, l'exploration aventureuse à la recherche du filon, se fait d'habitude sur la foi de traditions qui souvent remontent à l'époque de l'occupation espagnole, et dont, bien entendu, la majeure partie est plutôt légendaire. Il existe de nombreux documents sur papier jauni, sortes de testaments mystiques où l'esprit religieux se mélange à la vision sincère, et où, de bonne foi, uu pauvre hère lègue des millions, et, ce qui pis est, une graine de désillusion a ces assoiffés d'or, descendants authentiques des conquistadores.
Voici un spécimen de ces documents :
« Si Dieu le veut et si Dieu (out-puissant te protège et guide tes pas, tu trouveras le imottn (itinéraire) de la OUa en sortant de la ville de Copiapo par le village des Indiens. Tu suivras le chemin del'Inca. Prés de Paipolé lu trouveras, gravés sur des roches, les emblèmes de Guanacos, qui indiqueront la direction que tu devras suivre. Tu marcheras toujours vers le nord. Tu passeras de nombreuses crûtes; ensuite, après cinq jours de marche, tu trouveras une grande montagne qui devient noire au soleil couchant, et là, avec l'aide de Dieu, tu feras ton cateo, et tu trouveras plus d'argent que ce que pourront emporter toutes les troupes de mules de Copiapo. »
On a suivi ce derrotero, et on a trouvé les mines de Caracoles, qui ont donné plus d'un demi-milliard de francs. — Cependant beaucoup de mineurs de Copiapo prétendent que Caracoles est un centre minier découvert par hasard, et ils continuent à chercher la OUa.
Copiapo. — Un cateador, le havresac rempli de i d'argent massif qu'il avait découverts daus les e Copiapo, se grisa, dans la joie de son triomphe, et, jouant du couteau, tua un de ses camarades. Condamné à mort, il fit offrir au président de la République plus d'argent que n'en contenait alors le Chili, s'il lui faisait grâce de la vie. Le président refusa, et, avant de mourir, le cateador donna à l'aumônier qui lui prodigua les dernières consolations, contre la promesse de dire vingt ans durant des messes pour le repos L. Didier. — L'Amérique. 25
de son âme, le derrotero de sa découverte : la mine devait se trouver dans une montagne dont le triple sommet rappelait des chandeliers gigantesques et d'où Ton voyait l'église de l'aumônier.
L'homme est mort, et depuis cinquante-cinq ans on a dépensé, pour retrouver ce point, des centaines de mille francs, sans obtenir de résultat.
On entreprend parfois des cateos à la suite de trouvailles de rodados ou galets, tantôt d'argent massif, tantôt de combinaisons d'argent plus ou moins riche que l'on rencontre fréquemment dans le désert. Ces pierres ont dû se détacher de quelque filon, et, en suivant les lits d'anciens cours d'eau sur le flanc des montagnes, on a retrouvé parfois la précieuse artère.
Le cateo à l'aventure est presque le mode le plus scientifique. On sait que dans des terrains stratifiés secondaires se trouve généralement le minerai d'argent. Dans certains porphyres et dans les terrains de transition on trouve les minerais de cuivre, et dans les masses ocreuses, ferrugineuses et quartzeuses, le minerai d'or.
On cherche, dans ce cas, à rencontrer quelque affleurement où la matière précieuse est mise à nu, et on en prélève des échantillons, qu'on fait analyser. Après les grandes pluies, ce mode est souvent couronné de succès.
Dès qu'un cateador a annoncé sa découverte, dès que l'essayeur a donné un avis favorable, le mineur dénonce la mine chez le notaire, et obtient aussitôt des titres de propriété de trois pertenencias, de 250 mètres sur 200 chacune.
Des centaines de personnes demandent sans retard les suites de ce filon non exploré encore, et dont on ne connaît ni la force ni la direction.
Il est arrivé qu'on a accordé ainsi, sous l'égide de la loi, des mines en plein océan Pacifique, et ces propriétés de fantaisie étaient représentées par des titres négociables.
La fièvre des mines. — Lorsque les minerais qui donnent lieu à une dénonciation d'une mine sont très riches, une sorte d'épidémie ori, ou argentivore, épidémie d'un caractère aigu, s'abat sur une ville entière. On a vu, dans ces moments, Gopiapo dépeuplé. Tout le monde émigré sur le champ des mines pour assister aux travaux d'exploration définitifs. On vit sous des tentes ; au milieu des jeux et des orgies grouille la marmaille. On achète et on vend, au poids de l'or et au comptant, les titres de propriété dont personne ne saurait
MINES DU CHILI connallre la valeur. On est ivre de cette ébriété délirante qui transforme l'homme en monomane, irresponsable, mais justiciable.
Après quinze jours de folie, de rêve et de cauchemar, souvent appauvris, éreintés et écœurés, convaincus qu'on n'avait eu affaire qu'à un affleurement sans profondeur, toute cette Judée rentre au bercail après son exode dans le désert, l'oreille basse et les poches vides. Cela n'empêchera pas ces natures enfiévrées de mêlai d'en faire autant cl plus à la première occasion...
Les mineurs. — Singulière race que celle des mineurs, surtout ceux du nord chilien. Le barratero d'abord, l'homme qui fait le trou de mine, et Vapirc, le portefaix qui transporte du fond des galeries 46 kilos de minerai à chaque voyage.
Le premier, Hercule agile, travaille nu avec une ceinture de cuir. 11 manie, de la main droite, un marteau de 20 a 30 livres, pendant que, de la main gauche, il tient le fleuret, cette barre d'acier qu'il fait entier dans la roche. Quand le trou est de la dimension voulue, il le remplit de poudre, allume une cigarette, se retirée peine de quelques pas, et sait éviter, à l'explosion , les éclats, avec autant d'habileté qu'il met de vanité à ne pas les craindre. Sobre durant six mois, il dépensera en quarante-huit heures le gain d'une saison de travail. Ce gentilhomme souterrain, bizarre comme son monde où tout apparaît aux lueurs d'un Taux jour crépusculaire, croira déroger en remplissant d'uni! bouteille plus de deux verres; son argent s'en va au amusements.
Peu de jours après s'être rendu dans la ville OÙ il est. OtDêi se reposer de son labeur, il se trouve presque aussi un que sous la montagne, et alors, sombre et superbe, il reprend le Mnlier des CordiUèWffl, mtosrne dans sa mine, ion domaine, où il tutoie l'apte, qui le grandit en l'appelant : « Votre
Les mines du Chili. — ... Visitons rtpidMMRl les mines du Chili en partant du désert d'Alaeania.
A Caracoles on a trouvé l'argent rouyi' îchliirurrr i:t miII'u
arséniure d'argent, sulfure <-t pol|busitij). Au r'h m>i < t ,;,
Ta! ta! on trouve le minerai d'Atscantlti [oxjwhlflfUN '
Dans la même région, en nous rapprochant de la 1ère, a Cacliinal et à Torre-Ulanca, les mineurs ont découvi
irdiluverl
■des filons d'argent, et, tout récemment, les mines d'or du Guanaco, d'où Ton espère retirer des millions.
Nous voici au Chanaral avec ses anciennes et puissantes veines de cuivre, avec son chemin de fer original, où la traction des wagons se fait au moyen de voiles dans lesquelles souffle le vent constant de cette zone.
En entrant dans la province de Copiapo nous sommes au Téritable foyer, au berceau des richesses minéralogiques du *Chili. Copiapo, il y a cinquante ans, n'était qu'un misérable -village d'Indiens ; il devint en peu de temps la ville la plus florissante de la République. Des banques importantes s'y établirent ; on y créa des établissements métallurgiques d'une perfection remarquable. C'est le San-Francisco de l'Amérique du Sud.
Citons, en passant, Chanarcillo et Tres-Puntas, qui ont •donné en argent massif, en chlorures et en sulfures, près d'un milliard; Garin, Cabeza-de-Vaca, Lomas-Buyas, Ladrillas et •d'autres ont produit plus de richesses que de riches.
La mine d'or déjà ancienne de Cachiyuyo donne encore -aujourd'hui à son propriétaire 800,000 francs net par an.
Carrizal-Bajo, Canlo-del-Agua et Carrizal-Alto constituent le centre voisin où, dans des fonderies et des laveries, on exploite les sulfures de cuivre. Ces établissements disposent d'un chemin de fer, et il y existe une des mines les plus profondes du Chili : les chantiers se trouvent actuellement à 700 mètres au-dessous du niveau du sol.
Nous quittons le désert d'Atacama pour entrer dans la région où les champs couvrent les flancs des montagnes fouillées et perforées par les mineurs. Ainsi Huascoest aussi célèbre par ses vignes que par les mines d'or de Zapayo et de Paipoté. La tradition des richesses qu'on a découvertes dans les cerros a été la cause des entreprises de Tunas et Agua-Marina, dans le département de Vallenar, où, en 1872, de forts capitaux français se sont engloutis.
Avant d'arriver à Coquimbo, nous passons devant les mines de cuivre de Jarillas.
Coquimbo a valu au Chili pour les cuivres ce que Copiapo lui a valu pour l'argent. Tout près de la côte nous trouvons les mines de La Fortuna, avec de magnifiques établissements •de fonderies.
Les mines de Tamaya, près Ovalle, ont donné de nombreux millions de piastres à Urmeneta et Errazurriz, sous forme de cuivre de 30 à 40 p. 100. Elles ont été tellement abon-