‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 122 sur 151 · par le a · texte numérisé non relu

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la ligne chilienne partant de Antofogasta; elle dessert Huanchaca, la plus importante mine d'argent de Bolivie, et aboutit à Oruro; elle date de 1888-90; la longueur est de 923 kilomètres.

En 1892 le Chili avait deux réseaux : celui des lignes de l'État, qui comptait 1,106 kilomètres, et le réseau des lignes particulières, qui atteignait un développement de 1,662 kilomètres.

Le Pérou avant la conquête espagnole, par Ern. Desjardins, Paris,

Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili et du Pérou, par Frézier, Paris, 1716.

Recueil de voyages dans l'Amérique méridionale, par Fr. Coréal, Amsterdam, 1738.

Histoire des tremblements de terre arrivés à Lima, par Haies, trad. de l'anglais, la Haye, 1752.

Voyage au Pérou en 1791-94, par J. Skinner, Paris, 1809 (donne surtout des détails sur les missions des Andes).

Voyage en Araucanie, Chili, Pérou, Colombie, par W.-B. Stevenson, traduit par Setier, Paris, 1828.

Voyage au Chili, au Pérou et au Mexique en / 820-22, par Basill Hall, trad. française, Paris, 182 i.

Souvenirs de l'Amérique espagnole, par Max Radiguet, Paris, 1856.

De Québec à Lima, Journal d'un voyage en 1858-59, par le vicomte deBasterot, Paris, 1880.

Voyage dans V Amérique du Sud, par E. Grandidier, Paris, 1861.

Promenade à travers l'Amérique du Sud, par le comte de Gabriac, Paris, 1868.

Voyage à travers l'Amérique du Sud, par P. Marcoy (de Saint-Cricq), Paris, 1869 (a paru aussi dans le Tour du monde, 1867).

Pérou et Bolivie, par Ch. Wiener, Paris, 1880.

Chili et Chiliens, par le même, Paris, 1888.

Du Pacifique à l'Atlantique, par O. Ordinaire, Paris, 1892.

Des Andes au Para, par Marcel Monnier, Paris, 1890.

Bolivia, par A. Bresson, Paris, 1886.

Histoire de la conquête du Pérou, par Prescott, trad. française Paris, 1861-63. * '

Le Pérou, par Emile Carrey, Paris, 1875.

A Hislory of Peru, by Clément Markham, Londres, 1892.

Lima, par Manuel A. Fueutes, Paris, 1866.

Histoire de la guei%re du Pacifique (1879-81), par D. Barros Aranas 2 vol. in-8<>, Paris, 1881. '

La jeune Amérique, Chili et Bolivie, par A. Bcllessort, Paris, 1897.

Diaz de Solis. — Jeau Diaz de Solis, qui avait découvert les embouchures du fleuve des Amazones, parcourut en 1515 les côtes du Brésil et arriva dans le grand estuaire formé par les fleuves Parana et Uruguay; il lui donna le nom de mar dulce, qu'il conserva jusqu'à l'arrivée de Sébastien Cabot. Solis descendit à terre près d«es embouchures des deux fleuves; il fut massacré et mangé par les terribles Indiens Charruas, que les Espagnols ne purent jamais soumettre et durent exterminer vers 18001.

Sébastien Gabot. — Sébastien Cabot, le second explorateur de cette région, partit d'Espagne en 1526 (3 avril); il fut surpris de trouver sur les indigènes des ornements d'or et d'argent, qu'ils échangeaient avec empressement contre des bagatelles d'Europe; voilà pourquoi, prenant une pièce de monnaie, il la jeta dans le golfe en disant qu'il s'appellerait désormais rio de la Vlata, ou rivière de l'argent. 11 remonta le Parana, pénétra dans le Paraguay jusqu'au confluent du Vermejo, cherchant partout le pays qui devait renfermer les mines. Il construisit des forts près du confluent de l'Uruguay et du Parana : San-Salvador sur l'Uruguay, et celui de Sancti Spiritus sur le Parana; ce dernier fut détruit par les Indiens en 1532, deux ans après le départ de Cabot3.

Mendoza et Cabeza de Vaca. — Les découvertes de Cabot, ou plutôt les espérances qu'elles permettaient de former, décidèrent Charles- Quint à tenter la coloniitatioti du pays; il en chargea Pedro de Mendoza, qui fut nommé adelautado et partit en \"ù\k avec 2,500 colons, parmi lesquels se trouvaient de nombreux Flamands. Il fonda Bueuos-Aires sou* le nom de Nwmtra-Stmora du Buenos-Aire8, parce que la région était très salubre. Il y lai*»a une

1. Les Charruas habitaient I» rM* nord de IV*t<J«ir#, et étalent surtout CMtttonnés sur les bords de l'Uruguay ; Us ont fait p<«rdre h rHspajrne plu* de soldaU que les conquêtes du Mexique et du l'érou, IU n« disparurent pa* rûmpUtUtm*** après le massacre de 1800; le général Kibeira dut ewore iUrif(ttr un* expéditle en 1831, d'où il ramena une centaine de pritonoier*,

L'île Martin-Garcia, en face l'erobouebure de l'Ouguaf, aeonserr* le noi pilote de Solis.

2. Un compagnon de Cabot, \„ tl*mlr»f„ fotlvlt Hh§ relation de t* w qui a été traduite en fraoeai* *\ publiée dan* Ut* Nnm^lUt Anrtultt iiê PO$ 4° série, tome XV, p. %',Wi%.

colonie qui fut complètement détruite par les Indiens. 11 envoya dans l'intérieur don Juan de Ayolas, qui se tixa (15 août 1536) sur les bords du Paraguay, à un endroit appelé Lombaré (nom d'un cacique), auquel on donna plus tard le nom de Assomption; Assomption devint la capitale des établissements espagnols, et fut la résidence des gouverneurs jusqu'en 1620. Mendoza s'embarqua pour l'Espagne en 1538 et mourut en mer. Son successeur fut Nunez Cabeza de Vaca, qui avait servi sous Mendoza; revenu d'Espagne en 1541, il débarqua sur la côte de Santa- Catbalina et gagna Assomption par terre (1541-42) ; il essaya de relever Buenos- Aires en 1542, mais la colonie fut encore détruite. Sous ces deux gouverneurs furent importés les premiers chevaux, des vaches, des taureaux qui devaient se multiplier si rapidement dans les pampas, et qui furent immédiatement appréciés des Indiens1.

Irala. — Le véritable conquérant de la Plata fut D. Domingo- Martinez de Irala (1542-1557), qui détruisit de nombreuses tribus indiennes et pénétra jusqu'à la Cordillère, où il donna la main aux Espagnols du Pérou.

Établissement définitif de Buenos- Aires. — Son troisième successeur fut Jean de Garay, qui releva pour la troisième fois Buenos- Aires. Il acheta le terrain pour un cheval aux Indiens Querandis. La maison qu'il se construisit existe encore. Elle devint capitale d'un second gouvernement en 1620, eut un évêché en 1622 et une audience royale en 1665 2. Son développement ne commença qu'au moment où elle devint le siège d'une vice-royauté, en 1779. Elle avait 90,000 habitants en 1700.

La colonie sous la domination espagnole. — La colonie ne renfermait pas de métaux; elle eut peu d'importance aux yeux

1. Mendoza avait débarqué avec 16 vaches, 2 taureaux, 32 chevaux ou juments, 20 chèvres, 46 moutons, 18 chiens, qui furent emmenés dans l'intérieur par Ayolas et Irala; la faim les forçai les manger. Alors Cabeza de Vaca vint du Paraguay avec 10 vaches et un taureau, qui sont les ancêtres des immenses troupeaux de la pampa. Voir le 81° volume de la Hakluyt Society, qui renferme deux mémoires de Cabeza de Vaca et de l'Allemand Ulrich Schmidt.

2. Jusqu'en 1620 Buenos-Àires n'éprouva pas le besoin de posséder des magistrats réguliers ni des avocats. Le cabildo (conseil municipal) réglait les différends de la population fort peu nombreuse ; en 1613 il apprit le départ de Séville de trois avocats qui venaient se fixera Buenos-Aires ; il les empêcha de débarquer. En 1620 il fit venir des magistrats de Charcas (Haut-Pérou, Bolivie actuelle); ces magistrats furent si rapaces que Ton demanda dans la suite la création d'un tribunal permanent; on fonda l'audience royale, qui fut installée en 1661. Les magistrats formèrent une caste très orgueilleuse, très arrogante, très exigeante : on devait se découvrir sur leur passage; ils introduisirent l'usage de la perruque poudrée; on les appela pelucanes; une ordonnance royale les obligea à adopter un genre particulier de coiffure formant un toupet (copete) sur le front; on les appela aussi gente de copete. Ils appliquèrent les fameuses lois des Indes, commencées sous Philippe II et promulguées le 18 mai 1680 ; elles ont été conservées dans la République jusqu'en 1870; on les enseignait à Charcas, et, à partir de 1821, à l'université de Buenos-Aires.

des Espagnols, et son histoire présente peu de faits à retenir jusqu'au moment de l'indépendance. Les Espagnols y trouvèrent de nombreuses tribus indiennes appartenant aux trois grandes races quichua, guarani et araucane. Ils cherchèrent à se les assimiler et contractèrent avec eux de nombreuses alliances, surtout avec les Guaranis, peuple d'agriculteurs paisibles qui s'appelait la Grande Nation et peuplait tout le centre du continent, de la Plata au Darien. La race conquérante fut absorbée par les indigènes. La guerre ne commença qu'au xviii8 siècle; en 1726 les créoles de Buenos-Aires voulurent soumettre les Indiens de l'Uruguay et furent souvent battus, surtout vers 1739 et 1740. Elle a recommencé de nos jours; la République a soumis, ou plutôt anéanti les Indiens des pampas de 1877 à 1881. Il n'en reste que quelques milliers.

Établissements des jésuites. — Les jésuites avaient mieux réussi en employant les moyens pacifiques. Ils avaient débarqué en 1549 sur les côtes du Brésil, où ils rencontrèrent des tribus de Guaranis et les suivirent dans l'intérieur; d'autres jésuites vinrent du Pérou en 1567; ils arrivèrent au Paraguay en 1588. Leur centre d'opération fut d'abord Cordoba, où ils établirent une université en 1613 ; puis ils se transportèrent sur les bords du Parana et de l'Uruguay, où ils fondèrent leur première réduction, appelée Lo* reto (1609); en 1631 ils en avaient 20 peuplées de 70,000 Guaranis convertis ; en 1730 le nombre s'éleva à 30, comprenant une population de 133,700 âmes, et au moment de leur expulsion en 1767 ils dirigeaient 144,000 Indiens bien disciplinés qui s'occupaient de travaux agricoles. Indépendants des gouverneurs espagnols, les jésuites firent des règlements pour toutes les branches de l'administration, même pour l'organisation militaire, afin de pouvoir se défendre contre les Portugais. On ne peut nier qu'ils surent civiliser les tribus indiennes et leur assurer une existence heureuse, sans les astreindre a des travaux pénibles. Us organisèrent un communisme chrétien qui leur permit d'accomplir des travaux, de construire des monuments aujourd'hui en ruines et perdus dans la forêt qui a recouvert les champs cultivés des Missions. Leur œuvre ne fut pas continuée, et les premières victimes, du décret royal de 1767 furent les malheureux Indiens ; leurs communautés se dispersèrent; en 1801 ils n'étaient plus que 45,000'.

1. « Ils amusaient leurs néophytes par une grande quantité de bals, de Têtes et de tournois; et dans toutes ces cérémonies ils faisaient porter aus acteurs et au corps municipal les habits les plus précieux que Ton intentait en Europe. Us donnaient chaque année à tous les Indiens l'habillement et leur fournissaient une nourriture suf6sante et même abondante. Ils se contentaient de les faire travailler à peu près la moitié de la journée, et le travail même avait un air de fête, parce que quand les ouvriers partaient pour aller travailler aux champs, lit marchaient toujours en procession avec de la musique, et portant quelque petf' -statue sur un brancard. On commençait par dresser une feuillée pour la pla* •et la musique ne discontinuait pas jusqu'au retour à la peuplade, qui s'en tait comme le départ.

« ...Leurs églises, les pins grandes et les pi us magnifiques de ces contrées,**

Lutte avec les Portugais. — Si les Espagnols ne surent pas tirer parti des richesses naturelles et du sol des pampas, ils eurent au moins l'honneur de défendre la colonie contre les Portugais. Ces derniers réclamèrent la côte nord du rio de la Plata et y fondèrent la colonia del Sacramento en face de Buenos-Aires, et Montevideo sur un promontoire avancé de l'estuaire (1773). Les Espagnols s'en emparèrent immédiatement, mais le différend concernant les frontières ne prit fin en 1777 qu'après une longue enquête, des explorations qui eurent au moins le mérite de procurer quelques renseignements sur les pays que les deux gouvernements se disputaient sans le connaître.

L'indépendance. — Aucune colonie n'était mieux préparée à l'indépendance; les événements vinrent la favoriser. L'Espagne avait dû déclarer la guerre à l'Angleterre en 1804; en 1806 une flotte débarqua un corps de troupe sur les côtes de la Plata, et Beresford occupa Buenos-Aires. Les autorités de la colonie ne purent rien faire pour la défense. Jacques de Liniers, officier de marine au service de l'Espagne, commandait alors le port de Enseîiada; obligé de céder devant la flotte anglaise, il alla chercher des troupes à Montevideo et chassa les Anglais. Il fit échouer, l'année suivante, une nouvelle tentative d'occupation anglaise, et fut nommé vice-roi. Quand Napoléon plaça Joseph sur le trône d'Espagne, il envoya le comte de Sassenay, un ancien émigré, auprès de Liniers pour le décider à préparer l'annexion de la colonie à la France1. Les Argentins voulaient être indépendants; ils se soumirent à la junte de Séville et proclamèrent comme vice-roi B. Hidalgo de Cisneros y la Torre, un administrateur faible qui laissa préparer la révolte; elle se produisit en 1810, à la date devenue historique du 25 mai, parla formation d'une junte locale. Une des premières victimes delà révolte fut Liniers, que les créoles fusillèrent dans la pampa, près de Cordoba. Le principal fait de la guerre fut le siège de Montevideo; le 9 juillet 1816 le congrès de Tucuman proclama l'indépendance de la colonie, qui prit le nom de Provinces-Unies de l'Amérique du Sud. La première constitution, promulguée en 1819, était copiée sur celle des États-Unis.

Les guerres civiles. — La nouvelle république comprend deux sortes de population : celle des villes, qui a conservé ou adopté les usages de l'Europe; celle des pampas, les gauchos, ignorante, robuste, audacieuse, instrument de révolutions violentes. 11 se forma immédiatement deux grands partis, qui ont lutté jusqu'en 1860:1e

pleines de très grands autels, de sculptures et de dorures, et les ornements •#.' ! pouvaient pas être plus précieux, ce qui fuit voir que les jésuites emplojtltN}& ces dépenses au moins une partie des biens des communautés. Leurs maisons lllMÉf' ■ ■ ordinaires, mais ils avaient de grands magasins. » (F. de Azara, Voyagé dmÈÊÊÊÊÊ^t^i mérique méridionale, Paris, Dentu, 1809, II, p. 249-251.)

1 . Napoléon Itr et la Fondation de la République Argentine, Jacquêê et le marquis de Sassenay, par le marquis de Sassenay, Paris, Pion, i Jacques de Liniers (1753-1810) était né à Niort.

parti unitaire, composé de personnages relativement instruits, graves, doctrinaires comme nos libéraux de 1830; ils voulaient rétablir la centralisation et donner à la république une organisation monarchique; ce parti est surtout représenté par Rivadavia, qui eut le grand mérite de favoriser l'immigration par son décret du 22 septembre 1822. Ce parti fut vaincu par Rosas, un gaucho, chef du parti fédéraliste, qui se composait des chefs puissants des exploitations d'élevage, les caudillos. Il fit une guerre féroce aux unitaires; sa devise était : Mueron los salvajes unitarios (mort aux sauvages unitaires). Il fut battu en 1852, et dut se réfugier en Angleterre, où il est mort en 1877. Malgré sa défaite, le régime fédéral a été consacré par la constitution de 1853 revisée en 1860. Le président est élu pour six ans et entre en fonctions le 12 octobre, jour anniversaire de la découverte de l'Amérique; il est responsable et gouverne avec cinq ministres irresponsables. Depuis cette époque la République Argentine s'est appliquée à favoriser le développement de ses richesses naturelles; sa population a doublé1; elle a construit de grandes lignes de chemins de fer ; celle de Mendoia, qui va être reliée à Santiago, fut inaugurée en 1884. Une crise financière a provoqué en juillet 1890 une révolution : le président Juarez Ce 1 m an a dû se retirer et a été remplacé par Pellegrini. La ville de Buenos-Aires est devenue capitale et propriété fédérale. La province de ce nom s'est donné une nouvelle capitale : c'est la Plata, fondée le 19 novembre 1882 *.

Francia au Paraguay. — En 1810 le Paraguay était gouverné par un homme aimable, paternel, D. Bernardo Velasco; le Paraguay refusa de se joindre au mouvement commencé par Buenos- Aires, et repoussa Bel gr a no qui voulait l'aider à s'affranchir. Le* idées d'indépendance étaient aussi très vives au Paraguay, mais on voulait agir en liberté et ne pas se lier en partageant les destinées de Buenos-Aires. La révolution se produisit en mai 1811 ; on nomma une junte qui fut dominée par D. José Gaspar Rodriguez de Francia, fils d'un administrateur des tabacs, Brésilien de naissance. Au congrès de 1813, Francia fit nommer deux consuls, et changea le nom de province du Paraguay en celui de République ; en 1814 Francia fut nommé dictateur et garda ce titre jusqu'à sa mort, le 20 septembre 1840. Francia fut un dictateur austère, désintéressé, sévère et cruel; il gouverna sans conseillers. Sa maxime était « que la liberté doit être proportionnée à la civili-

1. Si la République Argentine était peuplée comme le Brabant, elle aurait 930 millions d'habitante. Elle est leuloment de 4,500,000. Klle a reçu, de 1907 a 1889, 1,374,797 immigrante, dont la majorité eut formée d'Italien* (55 pour 100).

2. Les quatorze tilles qui serrent de capitales atu tëtats et leur donnent leur nom furent fondées au xyi« siècle, escepté l'arana, qui date de 1730- Ban-Louis del Kstero fut fondée en 1549; Mendoza, en 1561 ; San-Juan, en 1502; Tucuman, en 1565; Santa-Fé et Cordoba, en 1573 ; Catamarca, rn 1570; Buenos- A lro»f en 1580} Salta, en 1582; Corrieotes, en 1588; Rioja, en 1591 ; Jujujr, eu 1592; 8a n- Louis, en 1597.

talion, et que 1* où le besoin ne s'en fait pas sentir, elle ne peut être que préjudiciable. » M abaissa le elci'frv et «liniïniia. sa richesse; il interdit tout commerce avec l'étranger, défendit l'entrée de sou État, et retint prisonnier le savant Bonpland1. qui était venu herboriser sur le» terres de In République; il défendit :i ses sujets de quitter le pays, ce qui les obligea il s'occuper d'agriculture ; ù ce dernier point de vue, sa tyrannie fut proUtuble au pays.

Les deux Lopez. — Ou rétablit le consulat en 1341 , mais la dictature reparut bientôt ; elle fut e serrée avec une grande élévation de sentiments et une grande intelligence par don Carlos Antonin Lopez et sou fils Solnno Lopez. Antonio Lopez lutta avec Bnenos- Aïres pour obtenir la libre un vi un lion du l'arana, et 6on fils soutint contre le Brésil, l'Uruguay et la République Argentine cette guerre épique qui dura de I sus .'. 1810 et se termina par la défaite du Paraguay au Ccrro-Cora (i« murs 1810). Cette guerre avait fait périr un million d'hommes et dépeuplé le Paraguay, mais la nationalité fut sauvée; le Paraguay n'eut pas le sort de la Pologne, à laquelle on l'a compara t\ cause de sa situai ion rr-uilincntali'. Le petit peuple se donna une n.'uselle constitution, qui l'a fait sortir du régime de dictature; elle fut rédigée par un congrès eu 1810 ; elle est très libérale et permet an\ étrangers d'entrer et de sortir librement. La population a régulièrement augmenté; elle était de 168,000 en 1866, avant la guerre, elle est actuellement d'environ 500,0(10; elle comprend 228 Français. Elle est une des plus intéressantes de l'Amén-pir espagnol?; son patriotisme lui a valu l'estime générale ; elle a justifié lus litres déclamations que A. Lopez adressait à Du eue s -Aire s eu 1845 :

a Le peuple du Paraguay ne saurait être conquis (es inconqiii!table); il peut être écrasé par quelque jiimïhIc. puissance, mais il ne sera jamais l'esclave d'aucun pu avoir. Dans ces fermes, toutes contestations ultérieures doivent cesser; il est eu outre injurieux de proposer il un peuple qu'il abdique sa nationalité et son existence politique, o

Uruguay. — La région qui forme aujourd'hui la Hi<tiulilhjiii' orientale tle CVrugvay fut enlevée aux Espagnols pur le général Artigas soutenu par le général français Rondeau, il la suite d'une guerre qui se prolongea de 1811 à ISIii; il se brouilla avec lu junte de lîueuos-Aires qui n'avait pas voulu recevoir ses députés. Le Portugal intervint pour essayer de nouveau d'occuper la, rive gauche de la Platn. Le général Lecor partit de Lisbonne en 1810 et occupa toute la province, qui fut annexée à In colonie du Brésil sous le nom de province Ci/platine. Quand le Brésil devint

I. Àimo Bonpland était né Un Rocoella on 17VÏ;il fui inlendar.1 ds la Malm.i-

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indépendant, en 1823, l'Uruguay réclama son autonomie et la fît accepter au Brésil en 1828; la constitution, votée par l'Assemblée constituante en 1829, fut promulguée en 1830. Son premier président fut le général Fructuoso Rivera, dont le nom a été donné à un département. La nouvelle République a eu une existence très agitée; elle dut se défendre contre Rosas de 1848 à 1851; l'insurrection contre le président Florès en 1864 fut une des causes de la guerre contre le Paraguay.

Explorations. — La région des pampas est aujourd'hui complètement connue ; elle a été traversée en tout sens par les explorateurs, des Anglais surtout, qui s'abattirent sur le pays après l'indépendance pour en exploiter les richesses : le plus intéressant récit de cette première époque est celui de Head, qui traversa plusieurs fois les pampas vers 1825; la première description générale et scientifique a été donnée en 1864 par le docteur français Victor-Martin de Moussy. Il alla à la Plata pour se rendre compte des difficultés d'acclimatement pour les Européens; il dut rester douze ans à Montevideo avant de pouvoir pénétrer dans la République Argentine, alors dominée par Rosas; après la chute de ce dernier, il fit un voyage de cinq ans à travers toutes les provinces, de 1855 a 18591.

Chaco-Grande. — Au nord de la République nous trouvons encore une région inconnue appelée le Chaco-Grande, habitée par des tribus indiennes chassées du Pérou à l'époque des lncas. Elle est partagée entre le Paraguay, la Bolivie et la République Argentine; deux grands fleuves la traversent : le Pilcomayo et le Vermejo ; le premier est navigable à la sortie des montagnes de la Bolivie et à son embouchure, et cependant aucun explorateur n'a pu le suivre sur tout son parcours. Ayolas, le fondateur de l'Assomption, voulut traverser le Chaco pour gagner le Pérou : il fut tué par les Indiens ; Alvar Nunez et Irala, qui reprirent son projet, durent revenir en arrière. En 1721, le P. Patino voulut résoudre le problème : il remonta le fleuve pendant vingt-cinq jours, mais fut arrêté par une barrière de rochers et des rapides; il fut aussi attaqué par les Indiens et dut revenir à Assomption. Il avait remonté le fleuve à 364 lieues de son confluent. Van Nivel, officier bolivien, partit de Bolivie en 1844, trouva des lacs, des forêts, descendit sur un parcours de 300 lieues et dut revenir, en affirmant que la navigation du Pilcomayo est impraticable. Azara, en 1785, avait conclu de la même façon.

Grevaux. — En 1881, le docteur Crevaux, jeune docteur français, connu par de nombreuses explorations de la Magdalena, de l'Orénoque, du fleuve des Amazones, arriva à Buenos-Aires avec l'intention d'aller étudier les affluents de droite des Amazop ministre de Bolivie lui parla du Chaco. Crevaux se rendit ei

1. Son ouvrage est intitulé Description géographique et statistique de dération Argentine, 3 vol., Parif, 1800-04.

ifins Tobâ»

vie, descendit le Pilcomayo fit fut massacre par les Indiens T le 27 uvril 18S2. Buenos-Aires lui a élevé un monument. Ce crime provoqua de nombreux voyages ; deux missions argentines dirigées pur le lieutenant-colon. 1 t'onlniin .assisté île l'ingénieur français Marguin) et le colonel Bola, remontèrent le fleuve jusqu'en Bolivie, nu delà du point où fut massacré Crevaux. A. Tbouar partitde Bolivie et arriva le 11 septembre 1883 a l'endroit exact où avait eu lieu le massacre. 11 retrouva des témoins du crime. Il trouva le lleuve Iwrdé de sables ; et, après de nouvelles éludes faites a la demande du fj m j v ■ 1 1 1 l1 > t j ■ ■ 1 1 1 argentin t:ri IsSj et eu 1886, il dut reconnaître l'impossibilité d'établir une roule ou un chemin de fer. Il serait préférable île canaliser le Pilcomayo en exploitant le sable aurifère et les riches alluvious de ses bords'. Comme l'a reconnu Feilbcrg', qui u pénétré dans le fleuve avec deux vapeurs eu 1SSJ, il forme de nombreux coudes, s'étend dans la plaine et ne présente parfois que Jeux pieds do profondeur. Il n'est donc pas navigable dans son cours moyen. Le voyageur français vicomte Joseph île Brellea a voulu traverser le Chaco sans suivre les fleuves; en 1885 il partit de Corrieutes et découvrit un grand lac salé, qu'il longea pendant neuf jours; il a proposé de l'appeler lac Ci-evauj: : il voulut gagner l.i linlivie en passant entre les deux fleuves Venue jo et Pilemnavo, mais échoua; eu iSS"î il partitde Apa, suivit une senda (sentier) indienne a travers la forêt, mais ne put atteindre Tauga eu Bolivie, but de sou voyage. Il avait rencontré « des forêts vierges inextricables, de vastes plaines sans eau, puis des marécages, d'immenses- lues, enfin de nombreuses tribus indiennes encore a l'état primitif et hostiles aux blancs; partout le campo est couvert d'herbes; c'est un merveilleux territoire de chasse el (/Vt'i'iïi/ï, reserv.; aux colons de l'avenir', u La Hépublique Argentine a déjà accordé, depuis I8S3, surtout depuis 1B81, de nombreuses concessions de terre dans ses deux territoires de Chaco et de l'ormosa (ville l'ondée eu 1678 sur le Paraguay *J.

Patagonie. — Depuis le jour où Hcruondo Arias de Saavedra, gouverneur du Paraguay, pénétra eu Patagonie et en prit possession, les Espagnols, pins les Argentins, out à peine reconnu l'immense territoire du sud. Civcudish remonta en lëHt la rivière

1, A, Ttiouar, Exploration ilmis l'Amérique du Sud, Paris, 189 1. Le d»nger

le lonK du lleuve. — Ea isîii) ïli-.iar ., ,'iudié la rio Sabido.

ï. Kullberg o ilressÀ une iMrlc .in Cli.ic. >;ui lut levé» |.ir nuiéuieur OlarSlorn. -Montiuuiiuna nuasi l'eipédil ieu du l'i'ikt,,! arçenliu Viouu'ic-1 e« lS84-Sa.

3. flimiaiiol du ïijanui.r IftS'J. Lire !.: récLL de ses aventures dans Amérique inconnue, par llall.il de 1:. ,«11:1.1, hiris, l»u-J. ul la roiiteience du «ujigeup publiée par la Hvn,: ./..■ gé^mphir, tuiniss Ï.Ï.IV el XXV.

serrée, d'une gronde dureté. On l'appelle aussi rMe de hierro (cb'èuB de fer); ilesl incorruptible et r.'n terme tciuiuiif .lu tanin. (iViïd'is ik la Sac. de gio-

Désirée ; au xvm« siècle, Falkner, un chirurgien irlandais affilié à Tordre des jésuites, connut quelques tribus indiennes ; Biedina et Villarino ne s'éloignèrent guère du littoral. En 1829 Alcide d'Orbigny passa huit mois dans la Patagouie, et donna une exacte description des tribus de Patagons, qui sont de très beaux hommes, vigoureusement constitués, et qu'on retrouve dans la Terre de Feu, où ils portent le nom de Onas. En 1869 et 1870, le capitaine Masters, parti de la colonie pénitentiaire du Chili, Punta-Arenas, revint par le rio Negro.

Francisco Moreno, en 1874, a suivi l'itinéraire opposé et a surtout exploré le Chubut et le Santa- Cruz. Dans la longue liste des voyages d'étude qui se continuent aujourd'hui, nous trouvons les noms de Ramon Lista (1877), de Foutana (1886-88), actuellement gouverneur du territoire de Chubut où il a fondé des colonies et découvert plusieurs passages à travers les Andes pour communiquer avec le Chili; du Roumain Julio Popper, plus connu par son exploration de la Terre de Feu, où il a découvert de l'or en 1886; du docteur Machon (1892), qui a étudié la région volcanique du Neuquen ; d'un autre docteur, Joseph von Siemirodokl, de Michelsen, etc. La République a partagé la Patagonle en cinq territoires : le Neuquen, le Chubut, le Rio-Negro et le Sauta-Crui (qui en comprend deux); depuis le traité de partage signé avoo le Chili le 23 juillet 1881, elle possède la partie orientale de l'archipel.

Malouines. — A l'est dans l'Atlantique se trouve un autre archipel sur lequel la République prétend avec raison avoir des droits ; ce sont les Malouines, qui étaient très fréquentées au xvm* siècle par les pêcheurs malouins et furent peuplées de familles acadieunes transportées là par Bougainville. La France les céda à l'Espagne, qui les accepta officiellement, et c'est le fait sur lequel la République Argentine justifie ses droits ; elle en prit possession eu 1820, mais les Anglais les occupèrent en 1831 & la suite de difficultés avec Buenos-Aires. Elles ont été érigées en colonie anglaise en 1892, sous le nom de colonie des lies Falkland. Elles comptent 1,900 habitants, qui s'occupent surtout de l'élevage du mouton.

Ressemblance avec les plaines d'Asie; les caravanes. — « Cette extension de la plaine imprime à la vie intérieure une certaine teinte asiatique qui ne laisse pas d'être très prononcée. Plusieurs fois, en voyant se lever la lune tranquille et resplendissante au milieu des herbes de la terref je l'ai saluée machinalement avec ces paroles de Volnej dans les Ruines : « La pleine lune de l'Orient s'élevait sur ttl

fond bleuâtre aux pleines rives de l'Euphrate. » Et, en effet, il y a dans les solitudes argentines quelque chose qui rappelle les solitudes asiatiques; l'esprit rencontre quelques analogies entre les pampas et les plaines qui s'étendent entre le .Tigre et l'Euphrate; il y a quelque lien de parenté entre la troupe isolée de charrettes qui croise nos solitudes pour aller à Buenos-Aires, et la caravane de chameaux qui se dirige vers Smyrne ou vers Bagdad. Nos charrettes voyageuses sont une espèce d'escadre de petits bâtiments dont la population a ses coutumes, son idiome, son habillement particulier, qui la distingue des autres habitants comme le marin se distingue des hommes de terre. Le capataz en est le chef, comme en Asie le conducteur de la caravane; il faut pour cet emploi une volonté de fer, un caractère déterminé jusqu'à la témérité, pour contenir l'audace et la turbulence des flibustiers de terre qu'il doit gouverner et dominer à lui seul dans la solitude du désert.

Au moindre signe d'insubordination, le capataz arbore son fouet (chicote) garni de fer et décharge sur l'insolent des coups qui blessent ou contusionnent; si la résistance se prolonge, avant d'en arriver au pistolet, dont il dédaigne généralement le secours, il descend de cheval, son formidable couteau à la main, et revendique bientôt son autorité par l'adresse supérieure avec laquelle il sait le manier. Celui qui meurt de la main du capataz ne laisse aucun droit de réclamation, car on considère comme légitime l'autorité qui l'a assassiné. C'est ainsi que dans la vie argentine commença à s'établir par ces particularités la prédominance de la force brutale, la prépondérance du plus fort, l'autorité sans limites et sans responsabilité de ceux qui commandent, et la justice administrative sans forme et sans débats. La troupe de charrettes porte, entre autres armements, un fusil ou deux par charrette, et quelquefois un petit canon à pivot qui se place sur celle qui marche en avant. Si les sauvages l'attaquent, on forme un cercle en attachant les charrettes les unes aux autres, et presque toujours elles résistent victorieusement à l'avidité des sauvages, qui ne désirent que sang et pillage. Le convoi de mules tombe fréquemment dans les mains de ces Bédouins américains, et rarement les piétons évitent d'être égorgés. Dans ces longs voyages, le prolétaire argentin acquiert l'habitude de vivre loin de la société et de lutter individuellement avec la nature; il s'endurcit dans les privations et ne peut compter comme ressources que sur ses talents

et son adresse personnelle pour se préserver de tous périls qui l'entourent continuellement. « (Sarmientc, Civilisation et Barbarie, Irad. franc., par A. Giiiard, Paris, Arthur Bertrand, 1833, p. 9-H.)

les

Élevage des bœufs. — « Celui qui entreprend la mise en valeur d'une zone de terre vierge a pour premier soin d'y répandre des troupes de chevaux qui ont pour unique mission de fouler le sol, de faire, au gré de leur fantaisie, ou massés sous la conduite d'un homme, de grandes courses folles, où leurs quatre pieds résonnant donnent, pour ainsi dire, à la terre une première façon. Ils restent là deux ou trois ans, au nombre de trois ou quatre mille, pour un lot de terre de diï à vingt mille hectares, sous la surveillance d'un gaucho, qui assiste, sans l'aider beaucoup, à cette œuvre lente, si féconde en résultais.

Apres cette première période et pendant que ce premier travail se continue encore, les troupeaux de bœufs apparaissent. C'est un bétail de plus de prix. Mille têtes de chevaux ne représentent guère plus de six à sept mille francs; mille têtes de bétail bovin valent, au prix actuel, très diminué, vingt à vingt-cinq mille francs.

Alors commence, sous le pied patient de ce promeneur paisible, la seconde façon de foulement et de fumure, que la première a rendue déjà plus facile et quelque peu féconde: elle durera six à huit ans : le sol sera peu à peu assez fertilisé, par places chaque année plus étendues, pour que l'on puisse y répandre et acclimater déjà quelques troupeaux de moutons...

... Où le bœuf a passé, lus ijramiiices tendres, dont les semences sont venues on ne sait d'où, germent et se propagent; dans celhumus formé de la veille, leursracines chevelues s'étendent et se fixent; plus chêtives que celles qui occupent la plaine avant elles, à peine visibles, elles ne semblent étouffer sous l'abri des plantes sauvages que pour reparaître plus loin plus nombreuses...

Derrière le troupeau de hceufs que le bouvier, gaucho ou cow-boy, pousse toujours devant lui vers le désert, le mouton sédentaire trouve son couvert mis. Tant que l'espace à conquérir est libre, le bœuf a donc son utilité, et, pou maître, une autre utilité que sa dépouille, valeur varia

suivant l'emploi qu'on en peut faire. Elle est grande aujourd'hui dans la pampa, qui offre de grandes surfaces à conque, rir; mais à l'époque où l'Indien la fermait et la défendait (avant 1880), elle était fort réduite ; aussi le bétail, trop abondant et inutile, était-il alors une sorte de gibier offert au premier occupant. C'est ainsi qu'on le traitait à la fin du siècle dernier. Les moyens très primitifs de le chasser sont restés légendaires. Les gauchos à cheval, armés de demilunes en fer emmanchées d'un long bambou, cernaient le troupeau en liberté, dans la plaine, au galop de leur cheval, atteignaient l'une après l'autre toutes les bétes qui le composaient; sans s'arrêter, ils les frappaient au jarret, et quand un nombre suffisant de victimes couvrait la plaine, où elles se débattaient dans leur impuissance, quelques hommes mettaient pied à terre, les frappaient mortellement à la nuque, les écorchaient, emportant la peau et laissant pourrir au soleil les chairs...

Une estancia. — ... Une grande estancia où l'élevage du gros bélail est encore le principal ne saurait avoir moins de huit à dix mille hectares : c'est la mesure ordinaire. Un seul majordome, assisté de deux adjudants nommés capataces, suffira à l'administrer. On peut adopter cette division rurale comme la meilleure...

Pénétrons avec le propriétaire dans un de ces domaines. Il est situé aux confins de la province de Buenos- Aires : pour nous y rendre nous prenons une des lignes de chemins de fer qui partent de la ville, traversent la plaine, rencontrent quelques villages, d'abord assez rapprochés, puis plus rien que les stations, qui marquent peut-être des villes futures, plantées au milieu de la plaine, où rien de particulier ne leur trace un avenir ni ne signale un passé. Elles prennent, pour se distinguer, un nom de saint dans le calendrier, ou celui d'une des bêtes de la création, ou celui, beaucoup moins intelligible, d'un propriétaire du lieu, qui, de Basque enrichi ou de commerçant ruiné, est tout à coup élevé au rang d'expression géographique.

Une distance de quatre à cinq lieues les sépare; c'est à peine si, dans ce long espace, on distingue de loin en loin quelque pauvre habitation de berger.

Après douze heures de route et cent lieues de plaine, nous arrivons chez notre éleveur.

C'est un domaine considérable, modèle dans son genre. On y a réuni en un seul bloc, sous une seule administration,

trois Iota de 10,000 hectares. Le propriétaire a fait, a dix ans {en 187S), l'acquisition de ce territoire de douze lieues carrées, alors que, ia région où il est situé étant mal défendue contre l'Indien, l'État cherchait acheteur, sai trouver, et vendait au prix de 10,000 francs la lieue. Aujourd'hui cette même lieue trouverait locataire an même prix, qui s'est donc élevé à environ 120,000 francs la lieue.

Le chemin de fer prend le domaine en ëcharpe ; une station y a été élevée.

Le terrain est fait; le stationnement déjà Ion" des animaux lui a donné une réelle valeur, que l'arrivée de la voie ferrée n'a pas augmentée dans de bien grandes proportions. Les :)0,000 hectares sont entourés d'une clôture à toute épreuve. Elle est faite de cinq (ils d'acier supportés, de quinze en quinze mètres, par des pieux solides en bois dur, apportés là où aucun arbre ne se rencontre, des provinces du nord-est de la République, Entrerios et Corrienles...

Le coût de ces clôtures de pieux et de fils d'acier est environ de 3,000 francs par lieue courante, donc 100,000 francs pour douze lieues carrées. C'est une dépense productive. Là où la clôture n'existe pas, un escadron d'hommes a cheval doit, chaque jour, surveiller les limites de la propriété, r ner vers le centre le bétail qui tend à envahir les domaines voisins. Cette précaution nécessaire inutilise autour de la propriété une zone assez large, exige l'emploi d'un personnel et l'entretien d'une cavalerie nombreuse. Dans les propriétés closes, au contraire, toute la surface est utilisée, le bétail y paît en liberté, sans exiger aucun soin ni surveillance : un homme suflit à inspecter l'état des clôtures réparer, les tendre si elles ont fléchi, soin que l'on confie généralement aux bergers, cantonnés le long de la ligne avec leurs troupeaux de moutons, et qui ont la charge de cette double surveillance...

... Dans ie domaine que nous visitons on compte 22,000 têtes de gros bétail et 00,000 moulons. Les enceintes compren. nent indistinctement un certain nombre de chaque, suivant leur étendue et la nature du pâturage. Le gros bétail est groupé, comme dans les propriétés ouvertes, par rodéos1; le petit, par troupeaux sous la garde d'un berger. Les enceintes ont le double avantage de diminuer le nombre de gardiens et de

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