‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 124 sur 151 · PROVINCE DES MISSIONS · texte numérisé non relu

PROVINCE DES MISSIONS

une barque, ou des plaines où l'homme ne peul mettre les pieds, parce que l'eau les recouvre pendant lniiL mois de l'année ; le bétail y souffre d'un mal inconnu, le cheval y perd ses forces et meurt, enlevant à l'homme, impuissant sans cet auiiliaire, l'espoir toujours reculé de conquérir ce pays. » (Ë. Dahieài's, la Vie et les Mœurs à ta Plata, Hachette, I, 12.)

m On peut dire que les terrains y sont encore eu formation. D'un niveau très bas, à l'exception do quelques points isolés, ils sont exposés à chaque crue du Jleuve à des inondations redoutables. Absolument plats et sans pente d'écoulement, ils se sèchent avec une lenteur extrême et conservent pendant des temps infinis les eaux pluviales et celles des inondations. 1,'évuporation est presque la seule force qui contribue à leur dessèchement... Les terrains du Chaco ne se drainent pas; ils restent marécageux j les tarières y croupissent, et, grâce a la nature du sol, s'y chargent de sels en telle abondance que leurs eaux ne sont plus potables. Cet état a contribué de tout temps h les rendre inlrausilables, et toutes les expéditions tentées jusqu'à ce jour pour le traverser ont échoué misérablement, soit parce qu'à un moment on manquait d'eau douce, soit parce que tout a coup la rivière se perdait dans des marais boueux où le passage d'une embarcation devenait impossible. » {E. DE Bouhgade LA DardïE,

Paraguay, Pion, p. 81.)

h La fertilité du sol, utilisée pendant deui siècles, a s vécu à la disparition de ceux qui l'avaient habilement exploitée. Depuis I1G7 ce champ d'expérimentation d'une théocratie moderne est devenu, jusqu'en 1830, le champ de bataille d'élection entre Espagnab et Portugais, entre Argentins Brésiliens; les ruines se sont amoncelées, les seules peut-être que contienne l'Amérique depuis Colomb. Là se rencontrent des villages démantelés, des clochers debout; la terre S y.irdé encore le souvenir des caresses qui l'ont fécondée en d'autres temps, cependant que la nature abandonnée a elle-même lutte pour eu ellàcer la trace.

Depuis un siècle la forêt envahit les champs de culture, les fauves habitent les églises abandonnées où des saints de buis restent debout, où quelques anges ailés et immobiles sem-

blent l'image, figée surplace, d'une civilisation religieuse arrêtée en plein essor. Des lianes sans fin enveloppent de leurs enlacements ces édifices des hommes, que les arbres centenaires semés par le hasard couvrent de leurs immenses rameaux; des files de maisons debout marquent la place où les familles guaranies se reposaient à intervalles réguliers de leur labeur réglé par la congrégation. Le blé, lui aussi devenu sauvage dans la solitude, montre les liges folles de ses épis presque vides, dont le grain diminué n'est plus recueilli et semé que par l'oiseau qui passe. » (E. Daireaux, la Vie et les Mœurs à la Plata, Paris, Hachette, 1889, I, 17.)

« C'est le pays classique du Robinson suisse, où le colon peut demander tout à la nature, prête à tout lui donner. Les plantes indigènes suffiraient à assurer sa subsistance, le pays est peuplé d'animaux de chasse facile. L'homme n'y connaît ni les chaleurs torrides de l'été ni les froids de l'hiver. C'est à peine si, en juillet, on trouve le matin quelques légères capes de glace, que le premier rayon de soleil dissout; elles n'ont duré quelques heures que pour indiquer que c'est, pour la végétation, la saison du repos; elles ne suffisent pas à l'arrêter. Les arbres sont recouverts de feuilles toute l'année, ceux des pays tempérés les perdent à peine quelques semaines à la fin de l'été. Cependant l'été n'est pas torride et ne dessèche pas le champ cultivé; la rosée de la nuit, toujours abondante, rafraîchit l'air et la végétation; la vigne donne deux récoltes1, la même terre peut, dans la même saison, donner une récolte de blé en octobre et de maïs en mars. » (Id., II, 382.)

La région des Missions forme un territoire de la République Argentine qui a pour capitale Posadas, sur le Parana.

YEItBA-MATÉ'2

Son usage. — « Le thé du Paraguay, appelé coa en guarani et yerba-maté en espagnol, est fabriqué avec les feuilles de

1. Les jésuites faisaient du vin dans leurs missions; on avait aussi planté la vigne au Paraguay, mais le gouvernement espagnol ordonna de l'arracher, pour réserver le monopole du vin aux viticulteurs de la métropole.

2. u Herbe originaire du Paraguay, ou elle se nomme aussi herbe de Saint- Dominique. Si l'on en croit la tradition, le saint visita cette contrée, et, satisfait sans doute de sa visite, il voulut y consacrer par un miracle utile le souvenir de son passage. Or, ne trouvant rien de mieux à faire, il convertit les propriétés

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