YERBA-MATÉ
l'Ilex Paratjttttriensis, qui fui déterminé par l'illustre Geoffroy Saint-Hilaire1.
Les conquérants espagnols avaient appris des Indiens à en connaître l'usage, et, depuis les temps les plus reculés de découverte, l'emploi de celte boisson aromatique fut général parmi les nouvelles populations qui venaient chercher fortune au nouveau monde.
L'habitude en fut si vite prise et devint même si tyrannïque que les pères jésuites, dès l'abord favorables h la consommation de la yerba, essayèrent d'un arrêter l'usage quotidien. Le P. Sigismuudo Asperger, après en avoir vanté les propriétés physiologiques, s'élève avec force contre ceux qi donnent immodérément à cette boisson, et fait le tableau le plus effrayant des maladies auxquelles ils s'exposent. Il es! probable que ces conseils de sobriété lurent écoutés, et que les générations suivantes mirent un peu plus de modération dans l'usage du maté, puisqu'il continue à se généraliser, sans que pour cela les populations américaines aient r perdu de leur santé ni de leur vigueur.
Aujourd'hui l'usage du maté est de plus eu plus général dans l'Amérique du Sud. Ce ne sont pas seulement les fils des anciens conquérants qui s'y soumettent, mais tous les nouveaux venus. Loin de s'éteindre, comme on avait pu le craindre un moment, l'industrie de la yerba continue (donc à progresser, soutenue et fortifiée par l'immigration, qui lui apporte chaque année un nouveau contingent de clients...
Les Américains ont reconnu empiriquement, mais pratiquement, l'énorme supériorité de la yerba sur le café et le
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thé. Ils avaient à leur disposition la coca, aussi bien que l'ilex; mais; tandis que l'usage du dernier est devenu pour eux plus indispensable que celui du manioc, la coca est restée le privilège de quelques tribus indiennes et de quelques habitants des pays montagneux. N'y a-t-il pas là, dans cet accord unanime des masses, une preuve en faveur de l'excellence de cet aliment? Depuis longtemps le vote populaire a précédé la consécration scientifique; comment se fait-il que le vieux monde soit resté rebelle à cette indication si précise, et que lui, qui a pris le thé aux Chinois et le café aux Arabes, ne se soit pas encore emparé du maté de l'Amérique?
La yerba ne se cultive pas. — La production pourrait cependant en être suffisante pour répondre à de vastes demandes. Un seul obstacle serait capable de s'y opposer actuellement : la yerba ne se cultive pas.
Les jésuites avaient trouvé cependant le moyen de la reproduire, et ils avaient pratiqué tout autour de leurs réductions de grandes plantations du précieux végétal qui suffisaient à la consommation de leurs Indiens. Mais depuis leur expulsion le secret s'est perdu et n'a pu être retrouvé jusqu'ici. Il ■existe une prime offerte à celui qui découvrirait de nouveau le procédé. Je crois qu'avec un peu d'application il ne serait pas difficile d'y parvenir.
VIlex Paraguariensis croit spontanément du 22e au 29e parallèle sud, à l'est du 59° degré de longitude ouest du méridien de Paris. A mesure qu'on se rapproche de la mer, l'importance et la qualité de ses forêts diminuent, et lorsqu'on arrive à la sierra do Mar, il a à peu près disparu. Il occupe dans cette zone une partie du Paraguay, des provinces brésiliennes de Matto-Grosso , Parana, Santa-Catharina, Rio- Grande do Sur, et le territoire argentin des Missions. 11 parait qu'autrefois il existait des y er baies jusque sur les bords du rio Paraguay; on dit même avoir trouvé quelques pieds isolés d'ilex dans la province de Salta, sur les Andes, mais aujourd'hui il se maintient d'une façon absolue dans les limites que nous venons d'indiquer.
Yerbales du Paraguay. — Le maté le plus estimé est inconlestablement celui du Paraguay. Il suffit de voir les prix -auxquels il est coté pour reconnaître l'exactitude de ce fait, malgré les dénégations intéressées de quelques auteurs. Sous le nom de maté du Paraguay nous comprenons, suivant les habitudes du commerce, tout celui qui s'exporte par les ports de la République, et qui vient des forêts comprises sur