OIL-CITY
Auditorium hôtel. — « Immense bâtiment à neuf étage; tout ruisselant d'or, de marbres rares et de lumière électrique. Le conffirlable n'y lais.se rien il désirer ; chaque chambre est accompagnée d'un cabinet de toilette avec salle de bains parfaitement organisée ; on monte en 22 secondes à la salle à manger, située au neuvième étage, au moyen d'un ascenseur perfectionné ; niais l'œil est choqué par la surcharge des décorations, la bizarrerie incohérente des liiines d'architecture, l'aspect sauvage de cet amoncellement de matériaux de prix aboutissant à un elTet criard et discordant. L'idée vient que les Américains savent mieux gagner l'ar^cnl que le dépenser, et nous aurons encore maintes occasions de le constater. » (P. de RoL-sieas, Vie américaine, Didot, 1802, p. 100.)
Les banques. — « Les banques sont nombreuses et riches. Pour proclamer cette richesse, elles l'étaient dans de somptueux bâtiments où le mauvais gon.1 le dispute à la profusion des ornements. On y accède par des escaliers de marbre avec rampes eu hronze doré. Les plafonds sont dorés aussi, les murs garnis de dorures sans nombre; les cages d'ascenseurs, les grilles des guichets, lout est doré et tout est hideux. D'ailleurs il ne s'agit pas de faire une œuvre d'art, mais une réclame; il faut frapper l'imagination du client par ce luxe barbare. » { Io., ibid., p. 107.)
îges, ictrinbre >ains die à
« Les sources de pétrole ont été découvertes vers l'année 1860 par le colonel Drake, qui les mit aussitôt en exploitation. Comme la plupart des innovateurs, il a payé de sa propre ruine son acte d'initiative. Depuis lors, nombre d'autres sources ont été caplées. Aujourd'hui les puits fourmillent. TI en existe dans toutes les directions et sur tous les points, accusés par de hautes charpentes en forme de pyramides tronquées, appelées derrick, auxquelles sont fijés les engins de forage. C'est comme une forêt de bois sec qui bornerait l'horizon transversalement; on dirait des apprêts d'illumination de quelque fête diabolique. Et, par le fait, il existe environ quinze mille puits dans eelte seule région. Oil-City, la ville de l'huile, n'a pas volé son nom. La terre y suinte le pétrole, les hahits des ouvriers en sont imprégnés, l'air qu'on y rt est chargé d'effluves acres et pénétrants.
Mais qu'importe aux habitants de ce lieu de délices! On s'empresse d'y faire fortune et d'en déguerpir au plus vite au profit d'un nouvel arrivant. D'ailleurs, — comme on se plaît à l'insinuer, — le pétrole est excellent pour le rhumatisme. Il était le grand remède des Indiens avant qu'il fût expédié, pour son pouvoir éclairant, dans toutes les parties du monde civilisé.
Voici comment on procède pour extraire l'huile des poches caverneuses où elle existe à l'état brut. Une série de tuyaux est enfoncée dans la terre jusqu'à la profondeur voulue, c'està-dire de deux cent cinquante à six cents mètres en contrebas du sol. On pompe alors à l'aide d'une machine à vapeur, et bientôt le liquide arrive en coulant avec abondance. En certains endroits même, pas à Oii-City cependant, point n'est besoin de se donner tant de peine. Ainsi, lorsque, par le forage, on a atteint la couche pétrolifère, l'huile en jaillit quelquefois d'elle-même comme l'eau d'un puits artésien.
Aussitôt extrait, le pétrole recueilli est conduit, soit par chemin de fer soit par des conduits en fonte, jusqu'aux raffineries. Ces sortes d'usines sont très nombreuses à Oil-City. Nous nous bornons à visiter celle qui se trouve dans le prolongement de la rue où est situé notre hôtel.
Là le pétrole brut est emmagasiné dans de vastes réservoirs de fer appelés stills. Il y est chauffé à une haute température, au moyen du charbon ou du naphte. Les vapeurs dégagées par le liquide, après avoir traversé une couche d'eau, vont se condenser dans d'autres réservoirs.
Ensuite le pétrole, distillé, est amené dans ce qu'on nomme les agitateurs, c'est-à-dire de très grandes cuves où des colonnes d'air, constamment renouvelées, viennent soulever le produit et le refroidir. L'acide sulfurique qu'on y jette par douches a pour effet de ramener plus promptement le pétrole à une température modérée, ainsi que de le rendre transparent. Quant au précipité qui en résulte, il est aussitôt entraîné au dehors.
Dès que l'huile a été suffisamment remuée, elle est déversée dans d'immenses récipients par un tube disposé au milieu de la cuve, puis lavée à grande eau et enfin projetée par une infinité de trous dans d'autres bassins, comme par le crible d'un arrosoir. Un peu de soude caustique facilite cette opération, rendue nécessaire par la présence des acides et des matières goudronneuses.
C'est alors seulement que le produit est bon à être utilisé,
LE PARC NATIONAL DE ÏELLOW-STONE 163 résultat que l'on consacre soit en renfermant l'huile dans de grands foudres de tôle a forme cylindrique, lesquels sont fixés sur des wagons de chemin de fer appelés ait-tanh-cars, soit en la mettant directement dans les barils peims en bleu où nous la recevons en Europe.
Ce transvasement dans les barils n'est pas une des choses les moins curieuses. Ll s'opère avec une rapidité extraordinaire au moyen d'une dizaine de tuyaux adaptés séparément à dix fûts. Un mécanisme ingénieux ferme automatiquement les conduits dès que le cube est atteint.
La fabrication des barils s'effectue avec une non moins étonnante promptitude. Grâce a. un outillage perfectionné, on peut en livrer un en quelques minutes. El encore ne parvienton pas à suffire ans besoins de la consommation, puisqu'on en est réduit à faire revenir d'Europe les tonneaux ayant déjh servi, bien que le rachat et le transport de ceux-ci coûtent plus cher qu'une nouvelle fabrication...
Pour donner une idée de l'importance toujours croissante de l'extraction du pétrole, il nous suffira de dire qu'une seule usine n'expédie pas moins de douze cents barils de pétrole chaque jour.
Bois compris, un fût de pétrole revient à huit dollars et demi. C'est, comme on sait, Anvers qui absorbe la plus grande partie du transit vers l'Europe septentrionale.
Oil-City, qui date de l'époque où ûrake (1839) signalait la présence des immenses gisements de pétrole jusqu'alors inconnus, est peuplée actuellement d'une quinzaine de mille habitants, tous extracteurs, rafllneurs, fabricants de barils, ouvriers, industriels et détaillants, vivant de la seule et grande ressource olferte par la contrée. » (I. Eggeruont, Voyage autour du globe, Paris, Ch. Delagraveédit., 1892, p. IS3-18G
Sa situation. — « Le parc national1 éveille par son nom l'idée d'un jardin de plaisance, et h ce compte il est fort mal
(. Les premières allusions lut fontaines d'eau bouillante sont dans I» du trappeur John Coller, qui .Yiil accompagna Louis ut Clarté en ISDU
nommé. C'est une région de 10,000 kilomètres carrés, grande comme un tiers de la Belgique, située au cœur des montagnes Rocheuses, à l'angle des Etats de Wyoming, de Montana et de lïdaho, enfermée de tous côtés par un rempart de pics et de glaciers. Elle est un théâtre de prodiges; sa découverte toute récente a ému le nouveau monde, sans être encore fort populaire sur l'ancien continent. M. Jules Leclercq, dans une intéressante relation d'un voyage fait en 1883, a établi un essai de bibliographie spéciale à ce sujet. Il ne compte pas moins de cent dix-huit travaux de toutes natures et de toutes étendues, parmi lesquels la France n'est pas représentée...
Dès les premiers rapports des explorateurs, MM. Doane, Langford, Hayden, l'État s'est aussitôt saisi de ce pays qu'il ne se connaissait pas. Depuis le 1er mars 1872, un vote du congrès des États-Unis a réservé et déclaré propriété nationale toute la province qui entoure le lac de la Yellow-Stone, les bassins des geysers, les sources chaudes, les rivières Yellow-Stone, Gardner, Firehole, Missouri. Il est défendu de s'y fixer, d'y acheter des terrains, d'y chasser, d'y bâtir, d'emporter des souvenirs, de déranger la disposition naturelle des lieux; c'est la sauvagerie garantie, patentée par le parlement ; c'est la barbarie officiellement protégée, c'est l'entretien de l'inculte et la religion de la nature. Quand un arbre tombe, on abat la portion qui obstrue la route, et on laisse les tronçons pourrir a leur place. Car une route facilite l'accès de ce maquis, où les elques et les castors dorment en liberté.
Malgré la distance qui épouvante nos habitudes européennes, vous n'hésiterez pas à monter dans le « Nord Pacifique »; Yellow-Stone est sur le trajet de l'un à l'autre Océan.
Itinéraire à suivre. — De Chicago la durée du voyage est de quarante-huit heures, qui passent fort agréablement, et parce que les trains sont confortables et pittoresques, et parce qu'il n'y a aucune ville importante sur le parcours sauf Saint-
ne voulut le croire. Ces régions, désignées longtemps sous le nom de Colter's Bell, turent encore visitées par Bonneville en 1832, par le trappeur Jim Bridger en l$44, \Y. deLaeey en 1863; Washbum commanda une exploration officielle en i$70, et le géologue Hayden, qui en fit une étude scientifique, fut le véritable révélateur des merveilles. Ce fut lui qui proposa d'en faire un parc national.
On peut consulter sur l'aspect primitif de ces régions et les mœurs des trappeurs qui le* ont les premiers parcourues Asioria de Washington Irving, traduit par P.-N. lirolier. Paris, i£43, 2 vol. in-S». Lire surtout les aventures de John Col ter, 1, ioô et suiv.
1/altitude de la région n'est nulle part inférieure à 1.800 mètres ; plusieurs vallées atteignent 2,000 à à,500 ; les massifs ont 3,000 et 3,700 mètres.
Paul, Minnéapolis. Ce sont les grandes capitales qui allongent les voyages. Ici les bourgades comptent chacune quelques cabanes en planches, et n'ont de séduisant que leurs noms : Sycomore, Byron, Saint-Cloud, Bismarck, un pauvre village; New-Salem, Glendive. Le touriste traverse à toute vapeur, assis sur la plate-forme découverte à l'arrière du train, tantôt des gorges rocailleuses aux tons d'or et de vermillon, tantôt dessablas ondulés, tantôt des landes arides, où les étincelles de la locomotive mettent le feu aux herbes desséchées et aux arbres.
Enfin un matin la machine stoppe a un point de jonction qu'on appelle Livingstone, une bourgade toute jeune et déjà prospère. Le convoi qui vient de l'Atlantique y croise celui qui vient du Pacifique. L'ne cheville d'or os t tcellée dans le rail, au point où les ouvriers soudèrent les deux tronronsdelavoie en construction... Les voyageurs à destination du Paro descendent là et prennent un petit train local qui relie Livingstone à Cinnabar : c'est le point terminus de la voie ferrée. Trois grands mail-coach à huit chevaux attendent les touristes; on part aussitôt... et l'on entre au pays merveilleux, Wondcrland, devant les sources du Mammouth, par la vallée imposante de la rivière Gardner, au galop de vingt-quatre bétes qu'excitent les cow-boys en culottes de cuir...
Mammouth.— Les sources chaudes du Mammouth présentent le plus étonnant ouvrage d'architecture naturelle. On n'y a découvert aucun animal fossile, comme leur nom porterait à le croire; il désigne seulement la dimension peu commune de ce bassin thermal. Au sommet d'une montagne de deux mille mètres, qui domine la vallée de la rivière Cardiier, s'échappent de nombreuses sources bouillantes, dont le débordement inonde depuis des siècles le versant. Ces eaux ont la propriété de déposer sur leur cours des matières diverses, carbonates et silicates, dont l'accumulation plusieurs fois séculaire a fait à la montagne une cuirasse de marbre et d'albâtre; les terrasses et les vasques en étages se superposent ainsi de la base au sommet, continuellement lubrifiées par la mince couche d'eau et offrant le plus imposant ensemble.
A première vue, on ne distingue qu'un immense revêtement blanc, qui semble collé au liane de la montagne sur loute sa largeur et sur toute sa hauteur. C'est comme un glacier qui aurait saisi tout un versant, et qui irait mourir jusqu'aux bords de la rivière par une couche de plus en plus mince. L'effet est éblouissant quand le soleil luit, el ne saurait Être
apporté à l'œil nu; mais par les temps sombres ou pluvieux, je prestige disparaît; l'éclatante blancheur fait place à une sol1 ? Sale ^e ^ace a ^emi f°n(lue. Les couleurs ont besoin de
un'f aPPr°chant on découvre que ce revêtement n'est pas 1 °rme ; c'est une immense rampe qui descend du sommet » f otages de vasques capricieusement creusées... na* 6S^r^ demeure déconcerté devant les multiples combi- ^ 1*ons ^e ces terrasses féeriques, de ces bassins peu profonds, un °iltes.(**niensi0ns, à toutes températures. On marche sur semhl art^lc.ie^ Cette splendide série de cuvettes superposées pal Un dantesque escalier de Versailles. Chaque humide
raSgeS ? été baptisé d'un nom pittoresque ou poétique: Ter- Sour ri"Minerve' Terrasse-de-Jupiter, Terrasse-Miniature, senti n8e' Cuisine-du-Diable, Source-de-Cléopâtre. Un
Chaa;61* COavert de planches longe de côté ces gradins fumants, «elle G Cuvette» pleine jusqu'au bord, est entourée d'une marteint en déPÔts calcaires, dont les dentelures, les festons, les dort dS' lent ^imagination. Ici une mince nappe d'eau bleue parent Un»e couPelle Manche; làles rebords ont la fine transmutes^ ° albâtre avec des veines roses. On a sous les yeux des pâte mei!veilles de la plus délicate orfèvrerie polychrome, Posen S ciselées> émaillées de tons crème et saumon, oùrebles • ne eau si pure cîue les moindres détails du fond sont visitent d^ S°nt -de Marges coupes autour desquelles les formations Profond Colliers de perles diaphanes; ce sont des piscines peu ses et i et plates» ou les parois présentent toutes les richesgUe J°utes les extravagances d'une ornementation prodivasôu escalier géant se rétrécit à mesure qu'on marche; les Plus hS S°nt moins larges, plus profondes; les margelles sont
Le sol HUt^Sî leau» Plas Près de sonoriSine> estPlus chaude. voici a ent mou, inconsistant, souple sous les pas. Nous ronde clernieres cuvettes du sommet; elles ont une forme La Pie parfaite ; des nuages de buée voltigent à leur surface. en casrr!iPrendune apparence fluide, comme si elle coulait monta 6 aVec la mince couche d'eau. Au delà le flanc de la Pente h** ?aplalit en un vaste Palier' Puis remonte par une revête sée Jusqu'aux derniers sommets de la chaîne. Ici le tance ^fnl n'a Plus ia niême continuité ni la môme persisr>W ' Sterne avec des oasis de terre végétale où des pins *; ugent. 1û .. «i ;rt„;oc««* a* i~ <~
les plaques calcaires se forment, s'amorcent partout, s'étendent, se rejoignent, étreignent la terre et les arbres, s'épaississent par un progrès lent et inéluctable. Des sources ont ellesmêmes bouclié leur orifice pat1 leurs dépôts qui s'élèvent en cônes; on peut compter les siècles d'existence par les stralifications circulaires. De grandes taclies, pareilles à d'énormes pustules lépreuses, ont gagné et cerné des massifs de pins, dont les troncs noirs, desséchés, morts, semblent appeler du secours de leurs longs bras décharnés.
On chemine à travers ces précipitations de silicate blanc et rose qui font au sel une housse rigide. Dos torrents d'eau chaude roulent et gloussent au-dessous, Fichant J---S fusées de ïapeur par tous les interstices delà croûte, qui les couvre comme une écume durcie. Dans les vasques plongent des objets divers, vieux souliers, paniers, fers à cheval, que les touristes pout ront emporter dès le lendemain comme spécimens de pétrifications, tant le dépôt est rapide. Le soufre et le fer varient de tons ronges et jaunes les rebords des bassins, les bourreletsà demi crevés du sol. Les formations les plus jeunes présentent, avant de se durcir et de se conglutiner, l'aspect de filaments fromageux et d'écaillés minces. L'air est chargé d'émanations sulfureuses; un respire un atmosphère de thermes. Tout le haut du versant, au-dessus dus grandes terrasses, est ravagé, miné, travaille par les sources chaudes qu'on entend gronder sous le sol. Ça et là dans les clairières elles s'échappent au centre des lacs isolés qui débordent ; elles s'étalent plus bas sur les taches verdàl.res qu'elles laissent, et qu'elles enrichissent peu à peu de feuillures minces comme des éclats de mica. Parfois la montagne s'échancre en forme d'une haute brèche, dont la muraille est nu large jet délave solidifiée. En montant toujours on traverse de nouveaux plateaux blancs où des boursouflures se soulèvent, crevées par des filets d'eau qui suintent. Les traînées de dépôt prennent toutes les teintes, du rose au bleu, du vert à l'or. Ici l'on dirait des ruisseaux de lait coulant sur un lit de neige; on gravit des mamelons dont la pointe suppure comme un gros abcès. Sur le trajet des courants souterrains, des bubon1; humides semblent rejeter un pus clair; toute la région présente les horreurs et les teintes riches d'une plaie putréfiée. Ou descend par une échelle dans des crevasses profondes, qui sont des étuves où perle le soufre; dans la mare voisine il suffit de laisser quelques minutes des dollars d'argent pour qu'ils se couvrent d'un enduit très lin et deviennent des pièces d'or. Plus loin l'eau &
coulé jadis : les énormes dépôts constatent son passage; mais ils ont fini par boucher tous les trous dans leur propre épaisseur; l'eau a cherché une autre issue, et toute la région est sèche, étalant au soleil ses glacis blancs et roses, qui lui donnent l'aspect d'une gigantesque pièce de confiserie.
On erre ainsi durant des heures au milieu de ces riches colorations, sur ce sol étrangement orné, que les trappeurs avaient à peine embelli dans leurs récits, quand ils disaient avec terreur qu'il leur était apparu, à travers les arbres, des temples de fées, des palais d'agate et d'albâtre. Devant ces phénomènes stupéfiants qui sont l'œuvre patiente et délicate de la nature durant des milliers d'années, la peur a dû précéder l'admiration.
Les geysers1. — « Des flocons de fumée, des nuages de vapeur s'élèvent et se traînent au-dessus des forêts prochaines, comme si des quantités de locomotives traversaient ces bois, ou comme si l'on approchait d'une région industrielle remplie d'usines. On songe aux collines de la Sambre, où lesfu-
1. « Ces sources intermittentes, qui se rattachent intimement aux solfatares, doivent compter comme les phénomènes les plus importants parmi ceux qui sont le signal d'une activité volcanique à son déclin. On peut les considérer comme des volcans d'eau. Ce sont en effet des gerbes d'eau bouillante qui s'élancent par jets intermittents au-dessus de véritables oriûces cratériformes, comparables aux bouches des volcans et construits de même par leurs produits. Tous les geysers présentent un cône aplati, supportant un large bassin circulaire où vient déboucher un canal tubulaire qui sert à l'arrivée de l'eau. » (Vei.àin, les Volcans, Gauthier-Villars, 1884, p. 55.)
« On en trouve en Islande, en Nouvelle-Zélande, et surtout dans le parc de Yellow-Stone, où l'on ne compte pas moins de 10,000 bouches en activité continue, parmi lesquelles il en est dont les gerbes s'élèvent toutes des dix minutes, à plus de 100 mètres. » (lo., ibid. p. 58.)
« On a longtemps cherché une théorie satisfaisante des geysers. Grâce aux •observations de Bunsen et d'un savant français, M. des Cloizeaux, on sait aujourd'hui que la température de l'eau d'un geyser dans le canal d'ascension varie suivant la profondeur et qu'elle est d'autant plus élevée que le point considéré est plus bas. L'eau située a la surface, étant refroidie par l'air environnant, se tient au-dessous du point d'èbullition, tandis que les couches plus profondes sont à une température supérieure, la pression qu'elles supportent les forçant d'ailleurs à rester à l'état liquide. Mais si sur certains points de la colonne une augmentation de chaleur, due par exemple à l'afflux de gaz ou de vapeurs souterraines, vient à se produire, l'équilibre pourra être rompu ; une certaine quantité d'eau vaporisée subitement projettera dans les airs un nuage de vapeur avec la masse liquide située au-dessus. Les parties profondes, débarrassées de la pression qu'elles supportaient, feront elles-mêmes éruption jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. On a construit sur ce principe des appareils de physique qui sont de véritables geysers artificiels. » (M. Boule, Une Excursion géologique aux montagnes Rocheuses, conférence faite à Y Association pour l'avancement des sciences, Paris, 1893, p. 47.)
PARC NATIONAL DE YELLOW-STOKE mées des fondai 'ies i'l de? liants fourneaux voltigent au-dessus des bois de Houipes et de Landelies.
Le Parc renferme cinq ou six grands plaleaux volcaniques que creusent une quantité considérable de geysers. On a compté jusqu'à dix mille cratères d'eau chaude jaillissante, sourdissante ou stagnante, sur les bords des rivières Gibbon, Madison, Fireliolc, Lewis. Il y a de grands geysers au bassin Noms, prés le parc des tiques, aux bassins Supérieur et Inférieur, aux bassins du lac Shoshone, du lac Heart, sans compter les hotspfbin*. le? p>tint-pots disséminés un peu partout. Mais deux bassins sont particulièrement importants et intéressants : ce sont le Supérieur et l'Inférieur. Us sont l'un et l'autre fort étendus, et résument assez lien les différents aspects que peut présenter ce curieui phénomène naturel...
Le bassin Inférieur se trouve à deux étapes à cheval du Mammouth et est peu éloigné du bassin Norris, avec lequel il offre certains points de ressemblance. Il présente l'aspect d'une plaine unie, largement ondulée, sans bosses ni dépressions. Le i\'orris allerue les llaques d'eau bouillante avec les Ilots de verdure où chantent de petits oiseaux bleus, habitants des forêts prochaines qui viennent le jour, comme en villégiature, faire leur saison d'eaux thermales au milieu des sources. L'Inférieur a depuis longtemps accompli son œuvre de dévastation; les dépôts polychromes ont submergé le plateau entier, où plus rien ne pousse, rien ne vit. Les petits monticules blancs que forment les margelles des orifices soulèvent à peine Ja surface plate de ce champ nivelé. Les geysers sontdes bassins a tleur du sol, que signale de loin un faible pli du terrain.
Il en est tout autrement sur le bassin Supérieur; il est très accidenté lui-même, et les craléres de gt'ysers émergent du sol en blocs rocheux aux formes les plus capricieuses. Ici la couche des dépùts calcaires s'Ott-nd uniformément sur les pentes de plusieurs collines; ello les moule sous leur manteau blanc et résistant jusqu'au bnrd des versants que baigne la rivière bien nommée, la Rivière aux trous à feu, Pire haie river. On dirait une chaîne neigeuse, un glacier accidenté, un océan de lait qui se serait congelé en pleine tempête. De toutes parts, la croule blanche est trouée par des [lèches, des rocs, des aiguilles, des bosses qui sont les cols exhaussés des geysers. Leurs dépùts leur font ainsi, à leur ouverture, des entrées mon umen laies d'une architecture sévère et pittoresque qui explique et justifie leurs noms: la Grotte, le Chù tenu-Fort ou les Ruines.