‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 50 sur 151 · Un médecin belge qui a riiilè les universtà · texte numérisé non relu

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l'observatoire, le jardin botanique, les habitations des élèves, les chapelles, les demeures du président et des professeurs, cottages élégants entre lesquels s'étendent les lapis verts des pelouses, et qui s'abritent sous d'épais feuillages.

De tous les édifices, le plus récent et !e plus remarquable est le Mémorial Hait, monument commémorât if érigé parles anciens élèves et les divers amis du collège à ta mémoire des étudiants et des graduas d'Harvard morts pour la cause de l'union pendant la guerre civile de 1 Ml -fi 5. Celte œuvre de piété fraternelle et rie patriotisme a ooilté la somme énorme de 420,000 dollars. Un réfectoire, un théâtre, une salle pour la distribution des diplômes, sont installés sous ses voûtes grandioses, comme pour associer les repas, les fêles et toutes les cérémonies rituelles de l'institution au souvenir des héros dont elle a formé l'adolescence.

La bibliothèque de l'Université compte .'100,000 volumes.

Yale. — Yale fut fondée en (702 près do iNcw-Haven, dans le Connecticut, par quelques pasteurs épiscopaliens. Son premier donateur fut Eliliu Yale, ancien gouverneur de la colonie et possesseur d'une grande fortune.

Le recteur et les prore->cnr« résident , comme ceux d'Harvard, dans des chalets coqnettenn-nl distribués autour des édifices universitaires. Une donation spéciale a été faite pour élever le traitement de3 professeurs, les uns à 3,000 et les autres à 4,000 dollars.

Pour le moment, Yale a sur Cambridge une supériorité incontestable; c'est son école des beaux-arts, fondée par M. Auguste Street en 1847 avec un capital de 280,000 dollars.

... A Cambridge, comme à Yale, la gymnastique et les exercices du corps sont l'objet de soins particuliers et d'une culture méthodique. On voit les étudiants jouer avec passion pendant de longues hou ils an croquet, au foot-ball, au lawntennis, sur les prairies qui s'étendent autour des écoles. Mais le sport favori de la jeunesse, ce sont les régates. Chaque année des défis sont échangés entre New-Haven et Boston, et les champions des deux universités, bariolés de leurs couleurs respectives, procèdent à des courses de canots, sous les yeux d'une aflluence fashionable qui suit avec enthousiasme toutes tes phases du tournoi... » (H. Destrel, dans le Correspondant, 10 octobre 1885, p. 111-116.)

Princeton (New-Jersey). — « Nous parcourons toute l'université. La journée commence par une lecture: le professeur fait un cours de science politique et sociale et étudie les

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diverses phases de la formation des Étals; une cinquantaine d'étudiants l'écoutent avec attention ; sur leurs visages apparaît le même caractère d'inachèvement que .je remarquai hier dans les villes et sur le bord des routes. La race n'est, pas marquée; elle ne, semble pas définitive et n'a pas encore du type. Quelques chevelures blondes, une paire d'yeux bleu pâle, révèlent, ça et là, l'origine britannique; mais la plupart de ces jeunes hommes onl des phjrsionoOMl qui, pour être intelligentes et énergiques, n'en sont pas moius dépourvues de toute trace de nationalité. A la fin, le professeur retient l'un d'eus, un grand, fort garçon, aux cheveux noirs frisés, l'air un peu brutal, revêtu d'une espèce de houppelande jaunâtre, sous laquelle on devine un déshabillé sans Rêne. C'est le foot-ball captain, et il se met aussitôt à notre disposition avec une parfaite amabilité...

Autour de nous s'étend un beau jardin; tranchant sur l'herbe verle, les allées, semées de cailloui bleuâtres, dessinent les mouvements de terrain, entourent les grands arbres dorés par l'automne, et se dirigent vers de luxueux bâtiments en pierres rougefttres ou grises : ils sont flanqués de tours et de clochetons, de colonnes et de rosaces, de vitraux et de créneaux. L'ensemble est beau; tout cela sent la fortune et l'avenir, et on se prend à oublier de noter les imperfections, les fautes de détail, le manque de soin, qui sont partout perceptibles. Nous allons d'édifice en ëdilice, frappant S toutes les portes. Ici, une collection minéralogique ; là, l'ornithologie américaine, et plus loin un cabinet de physique bien outillé. Les professeurs, que nous dérangeons au milieu d'une préparation chimique ou d'un calcul pénible, se font un plaisir de nous montrer leur déparlement. Le plus souvent, ce sont des hommes jeunes, dont les moustaches ne sont guère plus épaisses que celles de leurs auditeurs.

Le long d'un vieux bâtiment qui fut le point de départ de l'université, chaque promotion, en partant, a planté un pied de lierre et scellé dans le mur une plaque de marbre avt date qui la distinguera dans les annales de Princeton. Déjà les lierres entrelacés couvrent la façade; distincts au niveau du sol, ils ne forment plus là-haut qu'une masse unie d'ombre et de verdure.

Visite à la chapelle (presbytérienne) ; un magnifique temple de granit et de marbre orné de détails d'architecture d'une grande originalité, et des vitraui â prismes qui recevaient les rayons brisés dans les coins les plus obscurs, l'oint

d'autel, quelques fauteuils : on dirait une salle de conférence**! a Dans un angle, une simple inscription mentionnant le nom dllc généreux donateur dont le fils, professeur de l'université, esl|< un de ceux qui nous accompagnent. C'est par hasard qufcll cette inscription frappe mes regards; lui n'en avait pas souf-li lié mot, et je me garde de l'interroger. Seulement, quand j'y] 1 repense à présent, je vois toujours ce spectacle : les voûtes! somptueuses, le nom du millionnaire écrit sur la muraille, et ] la figure du professeur un peu plus loin dans la pénombre,... et je pense avec regret qu'en France il n'y a point de familles de ce genre-là!...

... Princeton comptait, en 1888, 601 étudiants, dont 506 suivaient le cours académique , et 95 travaillaient les sciences. Les bourses étaient au nombre de 77 : il y avait environ 42 professeurs. Le premier président fut installé en 1747, et le plus ancien édifice date de 1756; les administrateurs forment un conseil d'une trentaine de membres, qui se recrutent euxmêmes et sont présidés par le gouverneur de l'État de New- Jersey. Il y a toujours quatre promotions à la fois dans l'université : les freshmen sont les derniers venus ; les sophomores (présomptueux) en sont à leur deuxième année, les juniors à la troisième, les seniors à la quatrième. Chaque promotion a son président, son vice-président, son secrétaire.

La promotion 89 vient de publier son livre d'or, intitulé Nassau Herald. Il contient les discours prononcés à l'occasion de diverses solennités plus amusantes que solennelles : anachronismes, calembours, plaisanteries, surnoms et parodies, les jeunes orateurs s'en sont donné à cœur joie. Les idées sont drôles parfois: il y a de la gaieté et de l'humour; mais la frontière est souvent dépassée, et la bêtise bête souvent atteinte. La brochure se termine par une statistique des heureux mortels ayant appartenu à la promotion : leur nom, leur âge, leur taille, leur (poids, tout est indiqué; il y est même fait mention des opinions politiques et de la longueur des moustaches ; une moyenne de la hauteur du chapeau et de la longueur des souliers est établie. A côté de cela, quelques détails utiles : le nombre total était de 150; 132 sont entrés au début; 8, la seconde année; 6,1a troisième; 4 û'ont fait qu'un an; 76 jouaient aux cartes, 150 fumaient, 90 fréquentaient le théâtre; 18 avaient été dans une autre université avant de venir à Princeton. Ici les plaisanteries recommencent: nombre de fiancés, 3; 12 autres l'étaient probablement, mais sans vouloir l'avouer. Le piano comptait 15

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adeptes, l'orgue 5, le violon 8, la flûte 6; 26 s'adonnaient à des instruments divers. Leurs goûts sportifs font aussi l'objet d'une statistique : il y avait 27 joueurs de foot-ball, 13 de base-bail, 13 de tennis, 11 de la crosse; le résultat était le suivant : la poitrine la plus large avait 105 centimètres, et la plus étroite 80; moyenne, 90...

Reprenons notre promenade : voici la bibliothèque, grande salle octogonale où Ton se procure pour rien des livres, du silence et du sommeil peut-être! Au centre,... dans un bureau circulaire, un vieux monsieur à l'air honnête surveille les bouquins et fait des comptes interminables; beaucoup de revues françaises et étrangères.

Sur les arbres, de grandes affiches annoncent un concert donné par le Banjo Club; il paraît que les guitaristes ne manquent pas de talent; d'autres avis, des annonces s'étalent de tous côtés. Les étudiants vont et viennent; à les voir ainsi menant leur existence de chaque jour, ils ont l'air très complets, leurj muscles sont faits de bons matériaux comme leurs costumes. Il y a là tout ce qu'il faut; seulement ils portent leurs muscles aussi mal que leurs costumes; ils sont propres, et ils ont l'air sales ; ils sont polis, et ils ont l'air malhonnêtes. Et soudain l'Amérique m'apparaît sous la forme d'un grand corps dégingandé dans lequel la sève bouillonnante remonte et descend sans cesse, comme si elle se heurtait à des conduits obstrués. Plus tard, dans les universités où Ton se pique d'avoir -de belles manières, on m'a dit du mal de Princeton; on m'a dit que tout y était brutal, rough, que c'étaient des fils de fermiers, des campagnards qui y donnaient le ton ; plus tard encore, au moment de quitter l'Amérique, j'y suis revenu, et j'ai revu les mêmes choses, mais avec d'autres yeux : mon voyage m'avait appris que ces fermiers, ces ruraux aux manières brusques, à l'apparence brutale, étaient les vrais Américains, la base de la nation, l'espoir de l'avenir, qu'en eux s'incarnaient la tradition déjà séculaire, l'antiqne bon sens, la vigueur morale ; que par eux, enfin, le présent se reliait intimement au passé et le continuait.

Princeton est une toute petite ville; le paysage d'alentour est riant; de grands arbres bordent les avenues, les étudiants ont leurs chambres (deux ou trois pièces pour chacun) dans les dormitories, vastes constructions au nombre de huit ou neuf disséminées autour de la chapelle el de la bibliothèque et constituant l'université proprement dite-, antoxrc de la ville est une ceinture de jolis cottages où T&*\ÔL«,û\Afc&

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