‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 53 sur 151 · CITY-COLLEGE · texte numérisé non relu

CITY-COLLEGE

d'architecture originale, espagnole ou mauresque, a loi turc basse comme il convient aux pays chauds, formés d'arcades s'ouïrant à l'intérieur sur une cour blanche où fleurissent des aloès et des palmiers, ses pelouses pour le jeu de tennis et de base-bail, son cadre de uaeuttgBAt pittoresques dans la vallée de Santa-Glara, elle n'éveille que des idées de vie heureuse et libre. i> (M. Uuoard, la Société américaine, Hachette, 1896, p. 93.)

Elle est située prés du village de l'alo-Alto, dons In vallée de Sauta-Clara ; la première pierre fut posée eu 1887 ; l'université commença ses cours eu 1891; elle avait But) étudiauts eu 189;), dont 227 jeunes lilles. Tous lus cours y sont gratuits, grtca à la libéraliLé de l'opulent Leiaud Slauford; & la mort de leur fils Lelaud, qui succomba à l'agi- di.smuaiïs, M. et M""> Lelaud Stanford firent don à l'université de ll!l!,l)::u ;ir.ri.-sd'i;xccll<:[itc» terres toute* fertiles en hlés et en vignobles. Stanford mourut eo 1886 et Ut do nouvelles libéralités en argent, qui assurent a l'établissement californien des revenus princiers.

•i City-College est le grand établissement d'enseignement secondaire de New-York. La ville en fait loua les frais; elle donne gratuitement aux adolescents et la leçon du maître, et les livres nécessaires aux études, et tous les instruments de travail. Ni le gouvernement central des Êlals-Unis ni même l'iïtat n'interviennent ici, CUy-Collcg* n'appartient qu'à la ville de New-York; il s'ouvre cependant à d'autres enfants qu'à ceui de la ville elle-même. La grande ville, la ville rîclie l'Etat, ne méconnaît point la solidarité qui l'unil an reste pays; pouvant faire plus, elle se doit de faire plus...

. ..On entre à City- C^foe à la suite d'un esamen, après terminé les éludes de l'enseignement primaire, les classes de grammaire, comme on dit en Amérique. Il faut Être âgé de quatorze ans an moins, mais bon nombre d'élèves ont dépassé cet âge.

City-Coltt:g<! ne compte que des externes. Les classes ont lieu de neuf heures du matin à une heure de l'après-midi; chaque classe dure une heure. Point de maîtres d'étude, point de surveillants. Quand l'heure sonne, un limbro retentit. Les élèves savent dans quelle salle ils ont à se rendre

pour la leçon prochaine; ils j vont d'eux-mêmes, sinon au pas cadencé et régulier de nos lycéens, au moins en bon ordre et sans tumulte. Quand sonne une heure de l'après-midi, le collège ferme jusqu'au lendemain.

C'est peut-être chose un peu fatigante et pour les maîtres et pour les élèves que quatre heures de travail consécutif; mais l'habitude, ici comme en toute chose, fait beaucoup :

ailleurs bon nombre de ces élèves, qui no sont pas riches, trouvent dans l'emploi de leur après-midi le moyen de subvenir il leurs besoins.

L'enseignement comprend trois divisions : la division littéraire, la division scientifique, la division, d'institution plus récente, appelée la division de mécanique. La première conduit aux carrières libérales, aux éludes de l' université, à l'exercice du droit ou de la médecine; la seconde a pour but de

tarer des ingénieurs et des chefs d'industrie. C'est à nos écoles d'arts et métiers qu'on pourrait comparer la troisième

sion... Les cours durent quatre ans pour le moins, volontiers cinq ou six. L'élévo qui les a suivis avec succès emporte a diplôme à sa sortie, diplôme dont la seule sanction est l'autorité du Cîtij-College, et qui n'en est pas moins pour un jeune homme la plus précieuse des recommandations. On le voit, si les études d'enseignement secondaire commencent ;i plus tard qu'en France, elles se terminent plus tard aussi. En Amérique, chose qui nous étonne d'ahord, la jeunesse it moins pressée qu'en France; elle connaît moins la fièvre d'entrer dans la vie; les écoliers de vingt ans ne manquent

au City -Collège...

a veux surtout êclaircir ce gros problème : est-if possible d'apprendre sérieusement les langues mortes eu en commençant l'étude à quatorze ans seulement? J'ai visité les classes de latin; après cet examen je puis dire que le problème est résolu. Oui, il est possible d'apprendre aux jeunes gens en quatre

inqans le latin et de le leur bien apprendre, de les rendre maîtres du dictionnaire et des formes grammaticales, de les mettre en état de lire un texte couramment... L'examen des basses classes m'explique les résultats obtenus ainsi en peu d'années. Le professeur interroge les élèves sur les déclinaisons et les conjugaisons, les habituant à retrouver immédiatement, en latin ou en anglais, l'équivalent d'un cas, d'un temps ou d'une personne du verbe. Et puis vient l'explication, l'explication encore et toujours, pour lîxer les mots dans la mémoire. Puis les devoirs écrits, et seulement à propos

UN MILLIARDAIRE

dos règles de la syntaxe , quand le lernps est venu de les étudier.

Le professeur de latin du City-Collflge est sans doute maître excellent : une part d'honneur lui revient dans l'effort de ses élèves et le succès de son enseignement; mais il ne serait pas juste d'oublier la part qui revient aussi au règlement de la maison. Quand je sors émerveillé de ce que j'ai vu, quand j'adresse mes félicitations bien sincères au général Webb, le directeur, e'csl lui qui nie découvre le grand secret. Il y a dans l'établisse nient des examens de passage entre chaque classe, des examens rigoureux. Il me fait voir les chiffres de ce dernier examen; ils sont terriblement éloquents. C'est une vraie sélection qui, chaque année, se pratique ici, comme à travers une série de cribles.

Dans la division littéraire, dans la division scientifique, c'est, chaqueannée, au moins le tiers des élèves qui n'est pas admis à passer dans la classe supérieure, c'est souvent près de la moitié, c'est quelquefois plus de la moitié. L'élève qui a échoué à un examen peut redoubler la classe qu'il vient d'achever; mais s'il échoue une seconde fois, il faut qu'il quitte l'élablissement. « Nous ne voulons pas fabriquer des non-valeurs, a me dît le général Webb. Je lui réponds : n Et les familles? que disent les familles, les pères, et les mamans surtout'? — Nous ne nous occupons pas des familles, ni des pères, ni des mamans, me répond le général. Les familles connaissent les règlements delà maison; elles savent que la plus stricte justice préside aux examens, publics d'ailleurs; elles ne songent jamais à se plaindre, et si elles s'en avisaient, nous ne nous laisserions pas attendrir. Les études littéraires ou scientifiques sont du temps perdu pour les jeunes gens auxquels les dispositions naturelles font défaut : qu'ils choisissent d'autres carrières. L'emploi de leur activité ne manquera pas en Amérique, et c'est leur rendre service à eux-mêmes, si ni les sciences ni le grec et le latin ne sont leur fait, que de les décourager le plus lot possible. » (Chaules Lîlcot, De Paris au Niagara, Paris, A. Dupret, 1887, p. 1 13-120 [passim) et 187-19 1 (passim).

•i Devenir l'un des hommes les plus richus du monde n'est pas chose aisée. Devenir le plus riche l'est moins encore, et

de tous les records c'est, paralt-il, le plus disputé. Jay Gould le détenait, au moment où il est mort; Cornélius Vanderbilt avant lui, et J.-J. Astor avant Cornélius Vanderbilt. Aujourd'hui il a changé de main, il appartient à John-D. Rokeleller, encore un Américain, le Midas ou le Crésus du pétrole, le roi du fer, comme on l'appelle aux États- Unis, et qui répondait, tout récemment, devant une commission d'enquête lui demandant le chiffre de sa fortune, « qu'à vingt-cinq ou trente millions près, il lui était bien difficile de le dire exactement ». Il ne s'en mit pas moins à l'œuvre pour satisfaire cette indiscrète curiosité, et il remit la liste ci-dessous, « sauf erreur ou omissions », et après « évaluation des valeurs à un taux modéré » :

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