MEXICO SOUS MONTEZUMA
Las origines de la cité. — « Ainsi que Venise, la reine des cités aztèques avait commencé humblement par un assemblage de cabanes rustiques éparses sur les îlots d'un marécage. Avec les accroissements rapides qu'elle obtint en héritant de l'antique cité de Culhuacan, elle chercha à gagner sur les eaux le terrain nécessaire à son extension; elle échangea contre les produits de son industrie le bois, !a pierre, la chaux dont elle avait besoin, enfonça dus forets entières sous " fondations de ses teocallis, et ne larda pas à se montrer, ; ses pilotis, la rivale superbe Je ses anciens dominateurs (de Tezcuco)...
Les maisons. — ... Suivant les rapports les plus exacts, Mexico renfermait au delà de soixante mille feux'. Les maisons de la noblesse et de l'aristocratie marchande étaient élevées sur des terrasses qui variaient de hauteur; elles étaient commodes et spacieuses, bâties pour la plupart avec la pierre poreuse de tetzantli (pierre volcanique dure et légère à la fois). Elles avaient généralement un étage au-dessus du rez-de-chaussée avec de grandes fenêtres; les toits en terrasses étaient garnis de créneaux et ornés de vases et de caisses remplis de fleurs et d'arbustes odoriférante. Une cour environnée de portiques en formait le centre: on y voyait des bassins et des fontaines avec des jets d'eau qui répandaient une douce fraîcheur...
Les monuments. — ... Outre le temple principal, dédié dieu de la guerre, ainsi que les soixanle-dix-huit sanctuaires renfermés dans sa vaste enceinte, Mexico présentait plus de quatre cents autres édifices du mémo style, érigés en l'honneur de ses innombrables divinités, sans compter une multitude d'oratoires particuliers qu'on trouvait dans les maisons des princes...
Le palais royal. — Mais ce qui ajoutait encore à la splendeur, c'étaient les nombreux et niagniliques palais que Montezuma avait bâtis ou qui lui avaient été légués par ses ancêtres. Sa demeure ordinaire était un assemblage d'édifices
i. Aur
implant les faubourgs, 1
régulièrement construits de tetzantli rose et couvrant une étendue considérable à peu de distance du grand temple1; on y comptait vingt portes ouvrant sur autant de places ou rues, et à l'intérieur trois vastes cours, ornées de fontaines alimentées par les eaux limpides du Chapultepec. Le marbre, le porphyre, l'obsidienne et l'albâtre tecoli (pierre transparente; on s'en servait même pour faire des vitres aux fenêtres) se montraient sous toutes les formes dans les appartements et sous les portiques... Les toits et les plafonds étaient construits de bois durs et précieux offrant, dans leurs compartiments, les chefs-d'œuvre de la sculpture et de la menuiserie aztèques. Des tapis superbes, des nattes d'une finesse admirable, couvraient les parquets; sur les murs et les fenêtres s'étendaient des étoffes non moins merveilleuses par la beauté du tissu, l'élégance des dessins, que par la richesse des couleurs. Plus de cent chambres ou salons, plus de cent bains, sans compter les salles d'armes, composaient cette somptueuse habitation, où l'or, l'argent, les plumes, le disputaient d'éclat aux marbres des portiques... A l'intérieur brûlaient sans cesse des milliers de cassolettes remplies de parfums, répandant une odeur enivrante. Trois mille personnes étaient journellement employées au service du monarque...
Palais des oiseaux. — Un autre édifice non moins remarquable était celui qui avait été destiné à la conservation et à la propagation des oiseaux, dont les plumes servaient à la confection des tableaux et des étoffes de mosaïque. Il était environné de portiques d'albâtre s'ouvrant sur un vaste jardin dont les étangs étaient alimentés par l'eau salée ou par l'eau douce, suivant la nature des oiseaux qu'on y nourrissait. Trois cents personnes, dont l'unique occupation était de prendre soin de cette merveilleuse collection ailée et d'en recueillir minutieusement les dépouilles, habitaient cette magnifique résidence. Des bâtiments séparés renfermaient les oiseaux de proie, objet de récréation ou d'étude pour les savants et les princes de la cour de Montezuma.
Ménagerie. — Non loin de là s'élevaient de vastes constructions destinées à la ménagerie royale : toutes les espèces
1. « C'était un vaste assemblage irrégulier de bâtiments en pierre de peu d'élévation ; ce palais formait un ensemble tellement spacieux: qu'un des conquérants nous assure que, l'ayant visité à plusieurs reprises avec la ferme intention de le voir en entier, il n'avait jamais pu en venir à bout, par suite de l'excessive fatigue qu'il avait chaque fois éprouvée à parcourir les différentes suites d'appartements. » {Relation d'un gentilhomme, dans Ramusio, III, f° 309.)
MEXICO SOUS .MONTEZU.UA vivantes, quadrupèdes, reptiles, poissons ou amphibies du Mexique et des régions lointaines où avaient paru les armes des rois de l'Anahuae, avaient été rassemblées dans ce palais et renfermées il ans de-; .jardins, descagesoudes fosses, d'après la nature de leurs inslincls...
Les jardina. — Autour de ces ménageries et de ces volières grandioses s'étendaient des jardins où l'on cultivait, par ordre de Mnnteïuma, toutes les familles de végétaux el d'arbi les odoriférants qui naissent sur lu sol de ers riches contrées... Des bocages toujours verts répandaient, de loin en loin, une ombre parfumée sur les plates-bandes, arrosées par les eaui limpides que les conduits sou lorrains amenaient de l'aqueduc de Ghapultepec dans des bassins de marbre ou de porphyre. Des oiseau?; aquatiques de toute forme et de toute grandeur, aux plumages élincelants, s'y montraient sans aucune crainte aux regards de ceux qui venaient, â l'abri d'un pavillon élégant, jouir du speelaelo de leurs gracieuses évolutions...
Service de la table. —La table (de Moniczu ma) était servie avec une étiquette digne îles despotes de l'Orient; elle était dressée sur une natte ou uncoussin composé de cuirs cousus ensemble el s 'élevant à peine d'un palme au-dessus du sol; le siège uù il s'asseyait n'était guère plus haut. Un paravent richement sculpté se plaçait au milieu du salon, de manière à dérober sa vue à l'assistance. Quatre cents pages, portant autant de plats sur des serviettes d'une grande linesse, venaient les déposer à l'entrée de la salle sur des réchauds ; s'il ne désignait pas lui-même ceux dont il voulait manger, le premier sénéchal faisait prendre cru* qu'il préférait. Les gentilshommes de service les plaçaient devant le roi... La nappe était du coton le plus lin, ornée de riches couleurs ; les coupes et la vaisselle, d'or, d'argent ou de faïence de Cholullan. La poterie, non plus que le linge, ne reparaissait deux fois sur la table; elle était distribuée aux officiers du palais. Durant ses repas, plusieurs conseillers assistaient d'ordinaire, débouta l'une des extrémités du salon; il leur envoyait toujours plusieurs plats de sa (able, qu'ils mangeaient en silence.
Après le dtuer on lui présentait une pipe bourrée de tabac et de liquidambar", pendant qu'il en aspirait les fumées odorantes, ses bouiïuns l'amusaient par des tours ou des bons mots, quelquefois par des discours dont les formes burlesques contenaieut une leçon pour le monarque. D'autres fois ou lui donnait le spectacle de la danse. Il prenait ensuite sa sieste, et c'était généralement après ces inslants de repos qu'il recc-
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o1(i L'AMÉRIQUE
vail les princes et les seigneurs de la ville ou du dehors, les gouverneurs des provinces ou les ambassadeurs... «(Brasseur de Bocrbourg, IHsloire des nations civilisées du Mexique, et de f Amérique, renivale, Paris, A. Bertrand, Aug. Cliallamel suce., 18o8, IV, p. 2-13.)
Sacrifices humains. — « Quelques jours après la conquête des provinces de Cuentlan et de Cuzpan, Monlezuma résolut de profit» du grand nombre de prisonniers huastèques que l'on avait ramenés, pour consacrer dignement le grand temple de HuiLsilopochlli. Ce temple avait la forme d'une pyramide tronquée, au sommet de laquelle se trouvait une plate-forme destinée au sarrilïrc des prisonniers do guerre. Il voulut que, pour la première fois, ce sacrifice eût lieu en mémoire du roi qui avait commencé la construction du monument. Le ministre approuva cette idée et proposa de faire la plate-forme, non pas en bois, comme on l'avait d'abord proposé, mais de placer, au contraire, au sommet une pierre circulaire percée au milieu d'un trou, dans lequel on jetterait le cœur des victimes, après avoir frotté du sang tout chaud qui en découlait l'idole du dieu (Huitzilopochtli). 11 proposa aussi de ne pas faire tailler cette pierre par les prisonniers, mais par le3 arlisles qui excellaient dans cet art, et d'y faire sculpter les événements de la guerre dans laquelle les deux nations avaient été vaincues et soumises a notre empire mexicain. On convoqua aussitôt toutes les nations voisines pour apporter les pierres de taille dont le temple devait être entièrement construit, ainsi que les escaliers qui serviraient pour y monter. Ils devaient être pleins de trois eûtes et avoir autant de marches que de jours dans l'année, qui, à cette époque, était divisée en dix-huit mois de vingt jours, ce qui forme un total de trois cent soixante jours... Le principal faisait Tace au midi, les deux autres étaient à l'orient et à l'occident. La plateforme était entourée d'un mur fait de grosses pierres, percé à l'orient et à l'occident d'une petite porte, et d'une grande vis-à-vis de l'escalier méridional, aubasduquclélail la place où se tenait le marché. Le temple était si élevé que, quand on regardait du sommet sur la place, les hommes les plus grands ne paraissaient pas plus hauts que des enfants de huit ans. Quand la grosse pierre du sacrifice, qui avait la forme d'une meule de moulin, fut terminée, on la plaça dans l'espèce de