‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 58 sur 151 · L. DmiEft. — L'Amérique · texte numérisé non relu

L. DmiEft. — L'Amérique

loup pour parer les coups, et une épée de bois qui n'étailpas garnie de cailloux tranchants comme celle de son adversaire. Ils commenraieul ensuite h combattre en dansant; mais auparavant on avait fait boire au huastêque une boisson fermentée, et on l'avait attaché au moyen d'une corde blanche. Quelque vaillant que fût le prisonnier, i! fallait qu'il mourut sur celte pierre. Car quand le Mexicain qui I-i cimiliatLn.it était fatigué, il était remplacé par un autre, .jusqu'à ce que le prisonnier reçût un coup qui le renversât. Quatre hommes le saisissaient alors, ['étendaient sur la pierre1, et un prêtre lui ouvrait la poitrine avec un couteau de pierre et lui arrachait le cœur, qu'il offrait tout fumant à l'idole ; ou frottait ensuite de son sang l'idole de Huitzilopochtli. Il était remplacé sur la pierre par un autre huasléque, qu'un nouveau guerrier mexicain venait combattre, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les prisonniers eussent succombé ; de sorte que cet infernal sacrifice durait quelquefois trois ou quatre jours. Il était renouvelé tous les quatre ou tous les deux ans.

Quand cette fêle diabolique était terminée, le roi congédiait les chefs ses vassaux qui étaient venus y assister, en leur distribuant de nouveaux présents, ainsi qu'aux sacrificateurs qui s'étaient distingués par leur adresse. Ceux-ci écorchaient leurs victimes el se revêtaient de leur peau. Les têtes étaient placées le long des murs du temple, et quand les Espagnols arrivèrent à la Nouvelle-Espagne, avant la révolte de Mexico, huit soldats montèrent au sommet de la pyramide, et comptèrent le long des murs 62,000 têtes de victimes, tant ces peuples étaient cruels. •> (Histoire du Mexique de don Alvaro Teiozomog, traduite par M.Ternaux-Compans.iVouiwWes .Annota; &S voyages, i' série, XVIII, p. 156-160.)

Aspect général. — « Mexico est par excellence la ville des contrastes, aussi bien dans ses constructions que dans ses habitants; car à cûté de palais privés, au centre desquels

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sont de magnifiques patins ornés de superbes plantes tropicales, île (leurs et de fontaines murmurantes, se trouvent accolées des bicoques infectes où logent pêle-mêle des familles entières d'individus, n'ayant pour tous meubles qu'une natte pour coucher, et une sorte de petit banc en pierre granitique porté sur trois pieds taillés dans le même bloc et servant à faire les tortillas. La différence n'est pas moindre parmi les foules remplissant les rues. Les descendants d'Espagnols, les citadins fonctionnaires de tous ordres, ont abandonné le costume national pour la redingote et le chapeau de soie; côte à cote passe le medio-pelo ou métis, artisan ou marchand, employé de second ordre ou autre, au pantalon et h la veste collants, coiffé d'un superbe somhrcro dans lequel il met presque tout sou luxe et ses économies1 ; plus loin circulent, en larges caleçons blancs et chemises blanches, les Indiens civilisés, domestiques, portefaii ou petits marchands; puis, enfin, l'Indien indépendant, qui n'a jamais eu que des regards de dédain pour la civilisation, conservant pour tout vêlement une sorle de tablier de cuir le couvrant devant et derrière, qu'une coulure entre les jambes maintient en place, pendant que les femmes sont vêtues d'une pièce d'étoffe grossière, roulée en jupon serré autour des reins, se couvrant la poitrine et le dos d'un autre morceau d'étoffe percé d'un trou au milieu, dans lequel elles passent la léle. Puis, dominant cette foule étrange, passa, fièrement campé sur son cheval superbement harnaché, ï'hacendado tout habillé de cuir, étalant de riches garnitures en argent, lui donnant un air princier sous son sombrero de feutre galonné d'or, pesant plusieurs livres. A sa ceinture pend un revolver, pendaot qu'une épée de style espagnol, ou le machete national, est suspendue au cdté de la selle, une carabine à répétition complétant souvent cet équipement guerrier.

Les étrangers. — ... Le commerce est presque entièremeni

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entre les mains des étrangers, les Espagnols en tenant la tête ; puis viennent les Français, qui ont presque monopolisé le commerce des nouveautés; les Allemands, dont les maisons de quincaillerie et d'articles de ménage ont une très grande importance; et enfin les Anglais et les Américains, dont la prépondérance est surtout incontestable pour toutes les grandes affaires, les banques et les entreprises de mines et de chemins de fer.

Comme nous venons de le dire, une colonie de Français, ou plutôt de Barcelonnette, car ils viennent presque tous de cette région des Basses- Alpes, occupe le second rang dans le commerce courant du Mexique, et le premier pour les nouveautés. On peut juger de leur importance par ce fait que l'ensemble de leurs affaires n'est pas moindre de 60 millions par an. » (Jules Claink, Excursion à travers les Antilles espagnoles et le Mexique, dans Bulletin de la Société normande de géographie, année 4894, p. 298-99.)

La cathédrale. — « La gloire de Mexico, c'est sa cathédrale. Cette superbe basilique s'élève sur l'emplacement du grand teocalli, le temple redoutable où les prêtres immolaient des victimes humaines en l'honneur de Huitzilopochtli, le dieu de la guerre. Bâtie par ordre de Philippe II, elle dépasse en grandeur et en magnificence toutes les églises du nouveau monde ; même en Europe elle occuperait dignement son rang à côté des cathédrales les plus somptueuses de l'Espagne et de l'Italie. Les édiles de Mexico semblent avoir eu l'ambition de cet alcade qui disait à l'architecte de la cathédrale de Seville : « Faites-nous une église qui fasse croire à la postérité que nous étions fous. »

Les dimensions du monument sont tellement vastes qu'il occupe, avec le Sagrario, tout le côté nord de l'immense Plaza-Mayor. Le Sagrario, qui est la plus ancienne paroisse de Mexico, est attenant à la cathédrale et communique avec elle par une porte intérieure. Les deux églises, quoique d'une architecture bien différente, ne forment en réalité qu'un seul édifice. La façade du Sagrario, d'une pierre rose fort agréable à l'œil, est fouillée, ciselée comme un ouvrage d'orfèvrerie du xvie siècle; elle est de ce style flamboyant qu'on retrouve d'un bout à l'autre du Mexique; par la débauche d'ornementation, elle contraste avec l'imposante simplicité de la façade

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dorique et ionique de PégEse principal'. que dominent deux campaniles terminés par des coupoles mu forme de cloches.

L'intérieur, divisé en cinq nefs supportées pur des colonnes doriques, offre la disposition des églises espagnoles : le chœur forme au milieu du vaisseau unir sorte de trinple dans le temple. Le passage qui mène du chœur au maitre-autel est formé de balustrades faites d'un alliage d'or, d'argent et de cuivre : celte composition métallique, connue sous le nom de lumbago, a. été fabriquée a Macao,en Chine... La chapelle des rois renferme les restes des vice-rois du Mexique et ceux de l'empereur Iturhide. Mexico possède encore les cendres de Cortez, mais elles reposent sous l'aulel de l'église de Jésus, fondée par le conquérant.

La cathédrale de Mexico élait autrefois la plus riche du monde entier; mais lorsque le gouvernement s'appropria les biens du clergé ', elle perdit son iiiRstin'iuble trésor, dont les joyaux étaient pour la plupart des dons de Charles-Quint... » (J. Leclfhcu, V>>ynga un Mexique, Paris, Hachette, p. 122-126.)

« De loin elle ressemble à Saint-Sulpice, avec plus d'ampleur dans les dimensions; sa coupole rappelle celle du Valde-Gràce. De prés on est frappé de l'art avec lequel les différentes parties sonl agenciies, de l'habileté de l'ornementation. Le soubassement des tours est de construction massive, soutenu par des contreforts percés d'ouvertures qui lui donnent des apparences de forteresse.

Tous les enjolivements de la Renaissance se trouvent en celle cathédrale, environnée de guirlandes et de festons, de balustres dont les supports sonl ornés de statues et de cassolettes gigantesques.

Une grande sobriété, une parfaite harmonie, ont présidé à la distribution de ces ornements, dont le puissant relief attache un caractère vraiment grandiose à l'ensemble.

On remarque à l'intérieur une toile de Murîllo dite Vierge de Betem, et de grandes richesses d'orfèvrerie." (Ch. Mismeb, Souvenirs ds la Martinique et du Mexique, Paris, Hachette,

Les processions. — « Les jours de grandes fêles d'Eglise, il y avait des processions magnifiques : nous allions les ad-

I. CefntimlSSflquoIesbieiiseccl.ïsiastiiniîsrur'îBt.WsmmirftjetniiB'-nYiiiit.j

mirer, selon la coutume des familles distinguées, qui , là, r se mêlent jamais à la foule.

Pour assister d'un balcon ou d'une fenêtre à cette cérémonie, on commence par faire une toilette brillante : ce sont des robes de mousseline, de satin, de gaze, des écharpes de soie, nommées rebozos, où brillent les couleurs les plus éclatantes, et dans lesquelles les jeunes filles, quand elles sortent, se drapent avec beaucoup de grâce; celte écbarpe se pose sur la tête, voile la figure, ne laissant que les yeus découverts, puis vient croiser sur une épaule, d'où elle retombe, de sa longue frange, jusqu'à terre. Ensuite on se pare de tout ce que l'on peut trouver de bijoux : chaînes, colliers, bagues, boucles d'oreilles. Les dames ont quelquefois les mains couvertes de pierreries, de diamants; les cheveux s'arrangent en une seule natte.

Quand la toilette est terminée, on va étaler sa parure à un balcon, d'où l'on pourra voir le pompeux cortège de prêtres, de moines, de frères de tous les ordres... Les maisons se tapissent de pièces d'étoffes rouges, des banderoles s'agitent aux. fenêtres. Bientût un bruit de tambours et d'instruments de musique annonce que la procession arrive; elle passe lente et majestueuse... Tout le monde s'agenouille; les femmes, les jeunes filles, se voilent de leurs rebozos; tous les fronts s'inclinent; le saint sacrement apparait sous un dais magnifique, et bientôt tout le cortège a disparu. » (Élis* Zbjllru, Souvenirs d'un >:>><i<i>i:- nu Mrxi'jiii:, Uentu édit., 1863, p. 176-178.1

Le-a leperos. — b II est difficile de rien imaginer de plus misérable que ces pauvres infortunés. La peau brûlée par le soleil, les cheveux longs en désordre et remplis de vermine, le lepero' semble prédestiné à vivre dans la fange. Aucune des parties de son corps ne connaît ni la brosse, ni le peigne, ni la servielte, ni même l'eau, excepté toutefois lorsqu'il reçoit une averse. A l'âge de vincl ans il pirnd un pantalon de cuir qu'il ne quitte plus avant de l'avoir mis hors de service, ce qui n'arrive qu'au bout de longues annét-s. Indépendamment de ce pantalon, il se drape dans une couverture trouée et d'une saleté dégoûtante; sur sa tête il porte un vieux chapeau. Le lepero a les yeux fauves, les dents brillantes, les traits amaigris par la faim, la poitrine nue et hélée par les injures

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