‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 93 sur 151 · LES VOLCANS · texte numérisé non relu

LES VOLCANS

reuses et nous gravissons le monticule. Nous atteignons d'abord les bouches modernes d'où la vapeur sort abondante et avec assez grand bruit. Là nous étions en communication directe avec le centre de la terre, peut-être avec nos antipodes de Sumatra. Nos pieds ne trouvent plus de rochers solides, le sol n'est plus composé que de terre, cendre et soufre agglomérés. Çà et là je vois des crevasses et des affaissements de 20 centimètres de profondeur. Je me couche à terre, et je fourre mon bras dans une des cheminées pour recueillir des cristaux de soufre. Il m'est impossible d'enfoncer beaucoup le bras, à cause de la grande chaleur. Un thermomètre qui ne montait qu'à 60 degrés, exposé à l'orifice, arriva en un clin d'œil en haut de sa course; à 20 centimètres de l'orifice, la chaleur est supérieure à celle de l'eau bouillante. Les cristaux aciculaires sont d'une grande limpidité et tapissent entièrement les parois des cheminées. Les vapeurs, d'une odeur de soufre brûlé et d'œufs pourris, ne m'incommodaient presque pas : mon compagnon recueillait dans son mouchoir les produits de ma pêche. La bouche où je mettais le bras avait 20 centimètres de diamètre; je ne pouvais voir à plus d'un mètre de profondeur, car la cheminée se contournait en tous sens. Quatre autres cheminées que j'examinai présentaient le même aspect. Il y a des bouches qu'il nous fut impossible de toucher, car il nous fallait pour cela traverser un espace aussi mouvant qu'une taupinière fraîchement remuée, et notre témérité avait ses limites. Nous pûmes faire le tour de toutes les bouches, excepté du côté où il y a un arrachement profond et presque vertical, et dans la crête duquel nous ont paru placées les bouches d'un groupe qui comprend environ 10 orifices dispersés dans un espace à peu près circulaire de 15 mètres de diamètre. Une crevasse ne manqua pas de nous inquiéter; elle me parut une prédisposition à l'éboulement de quelques-unes des bouches dans un cratère adventif et profond. La surface du sol était en plusieurs endroits à une température de 43 degrés. Je recueillis à la surface une espèce de scorie verte, dure, à surface semi-vitrifiée, mince, et qui n'était pas plus large que la main. Elle était éparse de tous côtés, et peu abondante. Elle était le produit de quelque petite éruption fort récente, car la surface des scories n'était salie ni par les cendres ni par les vapeurs sulfureuses qui communiquent à tout leur couleur jaune.

L'entonnoir adventif dont je viens de parler est rempli de grosses pierres entre lesquelles sortent les vapeurs. Il est

probable que c'est un petit cratère dû à une éruption récente, el que depuÎ8 il a été comblé en partie par les éboulements âes parois adjacentes, qui sont encore presque verticales.

Près de ce cratère el vers un torrent voisin, on voit plusieurs tas île gros blocs de pierre, présentant, vus à quelque distance, exactement la forme de taupinières. Pious ne pûmes monter jusqu'à toutes les bouches dont nous voyions la fumée, car la nuit approchait. Nous voyions également une autre bouche du cratère, sans pouvoir nous donner la satisfaction de la reconnaître.

11 pleut très fort, et nous nous réfugions dans le torrent que j'ai mentionné pour observer le baromètre sous un gros bloc. Malheur! Le baromètre n'est plus! Il était quatre heures du

Extrême danger. — Ici commence le pathétique de nos aventures. La pluie et la neige tombent à torrents ; en un clin d'œil la presqu'île du cratère occidental est embrassée par deux grandes rivières; les ravins, plus commodes que le reste à grimper, nous ne pouvons les suivre, car ils sont pleins d'eau, el les nombreuses masses arrachées par la violence des eaux suivent habituellement ce ravin; l'artillerie du cratère fait de toutes parts un vacarme horrible; de gros blocs ricochent dix ou vingt fois avant d'arriver au fond, en décrivant d'immenses trajecloires et volant par-dessus nos létes; l'écho vient augmenter mille fois ce redoutable tapage; les pierresauiquelles nous nous cramponnons s'arrachent, et nous coulons en bas; tout est couvert d'eau, de noue et de neige. Nos mains sont glacées, et je ne pui3 reconnaître la forme des objets que j'empoigne : nous mangeons de la neige pour tromper la faim, et nous nous asseyons à chaque pas pour respirer. IS'ous sommes en vue du cratère oriental, mais où serons-nous conduits?Je suis toujours à l'avanl-gardc. Je gravis unrocher de peu de consistance; arrivé au haut, le dernier effort que je fais avec ie pied détache la masse. « Sauvez-vous, Garcia! » Si mon pauvre compagnon n'eût pu s'effacer contre un autre rocher, il était mort. Nous appelons l'Indien, qui ne répond pas; sans doute il ne peut nous entendre. Nous ne pouvons plus avancer, et nous revenons au projet de passer la nuit dans le cratère. Mais, mouillés jusqu'aux os, sans vivres, il est certain que nous périrons pendant la nuit; si nous voulons nous sauver, il ne faut pas laisser s'engourdir nos membres... Laissons ici une grande lacune et plaçons-nous au sommet du cratère, où nous nous trouvons à sept heures du soir. Là

, nous crions, rien; plus Je de mules. Abandonnas! Nous quelque peu de chaleur, aperçois. Alors il nous faut rapprocher de ce que

LES VOLCANS je mangeai deux grandes poignées de neige pour éteindre 1 feu qui me dévorai! ; j'en ai encore aujourd'hui tout le palai en lambeaux.

Plus d'Indien, il est sans doute près des roules. 11 est nuit depuis une heure, et la pluie continue à seaux. Nous nous laissons tomber sur la ponce, et, sans autre travail que celui de maintenir notre équilibre, rapidité étonnante. Nous crio guide, plus de domestique, pli marchons rapidement poi

traverser un profond ravin poi

je croyais lo bon chemin. Bientôt nous entendîmes aboyer des chiens, et peu après on répondit à nos cris. Nous étions sur la pente d'un grand ravin, d'où nous ne serions pas sortis sans le guide, qui vint à notre secours. Nous étions dans une cabane vers neuf heures, après avoir fait environ trois lieues depuis le cratère. Là nous rencontrâmes nos déserteurs pleurant et nous croyant perdus depuis qu'ils avaient vu revenir le chien. Le lendemain nous retournâmes à la ferme, dont le propriétaire était fort inquiet à notre égard, puis nous rentrâmes à Quito.

Nous avions mal choisi le moment de notre expédition: c'était vers la fin de la belle saison ; mais nous ne devions pas croire que les pluies commenceraient juste le jour de notre descente.

De tous les curieux et savants qui sont venus visiter le v can, aucun n'est descendu au cratère. Il y a ci démiciens, après plusieurs tentatives, ont rt dans l'intérieur. Il fallait que deux fous e iinp'istïbk. La hauteur de laquelle et que nous avons remontée ensuite, est plui quatre fois la plus haute pyramide d'Egypte, (' de Strasbourg.

J'ai rapporté plusieurs roches du cratère : IraMiito pot rîque h pâte rouge et à pâte jaune, avec cri scories brûlent avec l'odeur de l'acide sulfure llamuie bleue, laissant un résidu ii'altarjui; pas l'aride . 1

me parait élre celui qui domlni dan brun-noir, présente un a bre de roches ont leur c" lances; des masses haul

elinées vers

cotés et ne tenant plus que par la racine, sont inclinées vers le centre du cratère, comme se préparant h s'y précipiter. Le second cratère se rapproche plus de la forme circulaire que le premier. Je crois le cratère occidental plus récent, car les bouches actuelles y sont situées. Il est plus profond, ses parois sont pins raîdes, et la crEle intermédiaire, effilée vers la pente comme une lame de couteau, est arrondie vers le cratère de l'est, tandis qu'elle est droite et verticale vers le tralère de l'ouest. Le cratère oriental me parait comblé déjà en grande partie par les écoulements qui se font encore à chaque moment. Quelle force prodigieuse il a fallu pour lancer ces masses immenses hors rie l'ouverture du cratère actuel, surtout si le cône, étant entier, avait 1,000 mètres de hauteur de plus qu' aujourd'hui! >j (Wjsse, Nouvelles Annales des voyages, 5e série, III, 106-112.)

« La plus haute de ces montagnes équatoriennes se dresse à 6,300 mètres. En pleine mer, à KO lieues de distance, dans le golfe de Guyaquil, on aperçoit déjà sa cime couverte de neige. Du bord de la mer, après les longues pluies, lorsque la transparence de l'air a augmenté subitement, on voit paraître le Chimborazo comme un nuage a. l'horizon. Comme le dit Alex, de Humbnldt, le Chimborazo s'élève suc la chaîne des Andes comme ce dame majestueux, ouvrage du génie de Michcd-Ange, sur les monuments antiques qui environnent le Capitole.

Le sommet sphérique du Chimborazo rappelle celui du beau volcan de Mauna-Loa dans l'île d'Hawaï. Quoiqu'on ne connaisse point d'éruption du Chimborazo, on ne saurait douter un instant qu'il ne soit un volcan. Il en a la forme et l'aspect; c'est un immense dôme, et de ses entrailles s'échappent en bouillonnant des sources brillantes. De grands mugissements souterrains retentissent fréquemment anlour de la montagne, et le sol est sans cesse agité par des secousses. » (Arnold Boscowitz, les Volcans, P. Ducrocq, p. 13T.)

Les tentatives il'iL^:eii*if.ii sùiil restée? rélôbr-js : La Condamme et liouguer (1742) s'élevèrent a 3,™ mètres; de fluiuhol.lt et Uoupiand atteignirent l'altitude de 5,S"8 mètres le 23 juin 1SU2; Bous-

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