‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 11 sur 33 · PRÉFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXIII

ces bons esprits, véritables semeurs d'idées, la prépondérance militaire commence à baisser, peu à peu, mais sensiblement, et sans qu'un seul instant le mouvement s'arrête. Déjà presque partout les brutalités de la force sont remplacées par les principes du droit, que la raison convaincue suffit à protéger, et qui triomphent pacifiquement. Disons-le, toutefois, même dans la sphère politique, il s'en faut que toute agitation des esprits ait cessé. J'ajouterai volontiers qu'il ne faut pas qu'elle cesse, parce qu'elle est une condition essentielle de la vitalité des États. J'ajouterai aussi qu'elle a changé de caractère et d'objet. A ces insurrections stériles, provoquées par l'ambition des meneurs, et ne se proposant pour but égoïste qu'une présidence ou une dictature, succèdent des révolutions fécondes, nées de l'amour du bien et du zèle ardent des jeunes populations entraînées vers le progrès, — trop rapidement peut-être. Les problèmes sociaux, qui sont les vrais problèmes de l'avenir, s'agitent plus encore que les problèmes politiques, au milieu de ces commotions périodiques, en quelque sorte, d'où sortira un jour, nous n'en doutons pas, un état social satisfaisant et durable. Tant que les colonies furent opprimées par le despotisme du gouvernement central ; tant que la métropole ombrageuse les condamna à une séquestration aussi dure qu'elle était arbitraire, les isolant en quelque sorte du reste du monde, elles ne purent s'abreuver aux sources vives, ni même s'approcher du grand courant de la civilisation européenne. Une fois libres, elles ont voulu prendre une éclatante revanche, et si l'on peut aujourd'hui leur reprocher quelque chose, c'est plutôt une tendance exagérée à l'imitation de tout ce qui se passe de ce côté- ci de l'Océan, imitation parfois malheureuse. Nous ne sommes point en toutes choses de parfaits modèles; il faut prendre un peu chez nous, et beaucoup y laisser. D'ailleurs la différence des conditions sociales entraine avec elle des différences nécessaires dans les ha-

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