F/AMÉRIQUE CENTRALE
si audacieusemenl envahi le territoire et par ses compatriotes, l'iihoiumede guerre qui n'eût pas été doublé d'un homme politique n'eût pu sortir à son honneur de cette difficile impasse ; mais Corlez était aussi prudent dans le conseil qu'il était énergique dans l'action. Il fait prisonnier le chef que l'on envoyait pour le combattre, séduit sa troupe, et, de ses ennemis, fait autant de soldats. Ce qui devait le perdre fut précisément ce qui le sauva. Il revient à Tenochtitlan avec un renfort de quatre-vingts cavaliers, quatre-vingts arquebusiers, cent cinquante -arbalétriers, une forte artillerie, en tout neuf cents hommes. Ce renfort était singulièrement opportun ; car, en rentrant dans ses quartiers, il se vil assiégé par une ville entière, qu'avait exaspérée la cruauté de ses lieutenants. Le siège est conduit par le frère même de Montézuma, corps de fer, âme de feu, aussi intrépide que l'empereur est pusillanime. Celui-ci, toujours prisonnier des Espagnols, ne craint pas de paraître sur une des terrasses de leur quartier et de dissuader ses sujets de continuer leurs attaques, en prétendant que c'est par sa propre volonté qu'il demeure chez ses bons amis, les fils du soleil. Celte fois, l'indignation du peuple ne connail plus de bornes ; une grêle de pierres est dirigée contre le triste monarque, qui tombe mortellement atfeinl. 1/andacieux conquérant comprend enfin qu'il faut céder, que le temps est passé où le prestige de sa bouillante valeur terrifiait toute une capitale; il voit qu'il faut enfin songer à la retraite. Mais celle retraite est difficile, impossible peut-être, dans une ville où l'on compte autant de canaux que de rues, et où ces canaux sont fermés par des chaînes et les rues obstruées par des barricades. Il faut partir cependant, coûte que coûte! partir ou périr. Celle retraite, moins célèbre, mais non moins difficile, à coup sûr, que la retraite des Dix mille, immortalisée par le récit de Xénophon, Fernand Corlez l'accomplit dans une nuit, que les annales de la conquête ont
appelée la triste nuit « nociie triste. » Corlez y perdit la moitié de sa petite armée et toute son artillerie, qui resta au pouvoir de Tennemi.
Une série d'exploits grandioses, inattendus, aussi dignes de répopée que de Thistoire, rétablit promptement les affaires du héros; il se crée de nouvelles alliances, remet sur pied une armée nouvelle, composée d'auxiliaires qu'il a recrutés parmi les tribus indiennes hostiles à la dynastie de Montézuma, et il revient mettre le siège devant Tenochtitlan.
Le gendre de Montézuma avait succédé au frère de celui-ci, emporté parla petite vérole après un règne de quatre mois. Le nouvel empereur, Guatimozin, était un jeune homme de vingtcinq ans, beau, brave, intelligent, aimant son pays, détestant l'étranger, mortel ennemi de Cortez et de l'Espagne. Tout se préparait pour une lutte de géants. Des deux côtés on invoquait le ciel ; ce n'était pas seulement la lutte des hommes, les dieux aussi combattaient — sans compter les anges et les saints, que les Espagnols assurent avoir vus plus d'une fois dans leur rangs, Fernand Cortez était maintenant à la tète de cent cinquante mille soldais, des Indiens pour la plupart. Il y a loin delà, comme on voit, à la petite poignée d'hommes avec laquelle il se présenta, pour la première fois, devant la capitale de Montézuma. L'acharnement était à peu près égal des deux parts; il était extrême. On préluda à l'assaut par une foule de combats particuliers et d'escarmouches, où chacun fit preuve d'une incontestable valeur. On se tuait des hommes des deux côtés sans arriver a un résultat sérieux. Enfin l'assaut fut donné; il fut terrible. Malgré des prodiges de valeur, la triple colonne d'attaque espagnole fut obligée de reculer, Guatimozin, sur la plate-forme du plus élevé de ses temples, sonnait de la trompette guerrière, et, chaque fois que l'on entendait ses éclats retentissants, ses sujets se précipitaient au combat de nouveau. Les femmes combat-
10 I/AMÉIUUIK CKNTRALK.
luient il coU' do Irurs maris, onflaniiuanl leur arileur cl tuant comme eux. Après chaque épisode de la hiUe, on apercevait sur la plaie-forme des temples les prisonniers que Ton décapitait et dont on jetait les corps à la multitude, qui déchirait leui^s membres pour s'en nourrir. Vaincu, mais non découragé, Fernand Cortez se tint pendant huit jours dans son camp sans renouveler l'assaut, faisant garder les points avancés dont il s'était rendu maître, détruisant sous les yeux du jeune empereur des monuments que celui-ci se sentait impuissant à défendre, mais qu'il n'en regrettait pas moins. Quand, enlin, il put le croiro découragé, il lui envoja des ambassadeurs; ceux-ci étaient chargés de lui offrir la |)aix. Il garderait sa coumnne, et ses sujets conserveraient leur fortune et leurs dignités, mais sous la suzeraineté reconnue du roi d'Espagne. Guatimozin accueillit ces propositions avec déférence, tout en déclarant qu'il n'était pas en son pouvoir de les accepter ou de les refuser, et qu'il devait consulter les grands de la nation. Les prêtres, qui pressentaient des conversions à la suite de la paix, conseillèrent la n*sistance. Guatimozin alla porter lui-même sa rq)onse à l'ennemi, h la tête d'une armée qui fit une brillante, mais inutile sortie, car elle fut repoussée avec perte. Bientôt Tenochtitlan fut en proie à toutes les horreurs des villes assiégées; à la famine se joignit la peste, lugubre et pale cortège des guerres prolongées. Chaque jour les troupes de Cortez enlevaient une rue, un quartier; il ne resta bientôt plus à l'empereur que la huitième partie de sa capitale. Dans cet étroit espace s'enferma toute une population hâve, flétrie, épuisée, mourante. Cortez eut un mouvement de pitié; il renouvela ses propositions, qui ne furent pas mieux écoutées. Il y eut donc un dernier jour de carnage. Les féroces auxiliaires des Espagnols se livrèrent à des excès dont l'humanité rougit, et que l'histoire se refuse à raconter. Guatimozin sut du moins tomber en roi ; réduit à la
i.i' MKxion:. Il
ilornirro oxtivmité, arcMilo an rivage do son lac, il coniballail oncoro.
Enfin, à boni de ressources, il fut obligé de demander son salut î\ la fuite. Il se jeta dans un canot et força de rames ; mais il fut promptement rejoint par un brigantin de la flottille espagnole, qui l'amena captif aux pieds de Cortez.
Cette fois, c'en était fait de l'Empire du Mexique.
La domination espagnole s'y établissait victorieusement, et la croix triomphante allait dominer les temples des faux dieux.
Fernand Cortez usa d'abord de sa victoire avec une louable modération ; il traita doucement l'empereur et l'impératrice, et permit aux vaincus de sortir de la ville. La défaite de Guatimozin lui assura d'ailleurs la soumission de tout le pays. Une fois maltie de Tenochtitlan, il vit venir à lui des ambassades de tous les princes, même indépendants du trône de Montézuma, qui venaient reconnaître la suprématie des Européens vainqueurs.
Un peu plus tard, cédant à des conseils perfides, craignant peut-être l'influence de l'empereur déchu sur ses anciens sujets, Cortez déshonora sa victoire en le faisant mettre à mort, après lui avoir infligé d'injustes et cruelles tortures.
Au Mexique, sa première conquête, Cortez ajouta bientôt les Étals de Honduras et de Guatemala, dotant ainsi Charles-Quint et l'Espagne d'un territoire aussi important par son étendue que jmr ses richesses.
Tenochlitlan, la capitale du Mexique, s'élevait au milieu des eaux du lac de Texcuco^ auquel le jeu périodicjue des
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vents d'est imprime des mouvemeiils de flux et de reflux si réguliers, que Fernand Cortez et ses compagnons les prirent pour des marées véritables. Cette Venise du nouveau monde était ainsi séparée de la terre ferme par les eaux du lac, et Ton n'y pénétrait que par des chaussées longues de deux lieues et larges de vingt pieds. La ville renfermait presque autant de canaux que de rues. Les principales rues étaient droites et larges; les places immenses. L'une d'elles était grande comme une ville, entourée de portiques ; c'était le principal marché de la ville, et soixante mille personnes à la fois pouvaient s'y livrer librement à tous les mouvements et à toutes les transactions du commerce. Ainsi qu'il arrive au Caire, à Damas, à Constantinople, et dans la plupart des villes d'Orient, les industries étaient parquées suivant leurs spécialités par quartiers et par rues. La police, habile et vigilante, maintenait partout l'ordre le plus parfait. On pénétrait dans la ville par des barrières, où se tenaient des agents préposés à la perception d'un droit d'entrée sur les objels de consommation, qui ressemblait fort à nos octrois.
La noblesse, que la présence du monarque et de sa cour attirait à Tenochtitlan, y déployait un véritable faste. Les seigneurs, qui se faisaient porter en litière dans les rues, étaient toujours suivis d'un brillant cortège de serviteui*s et d'esclaves. La ville était divisée en carrés de grandeur a peu près égale, que séparaient les uns des autres soit des rues, soit des canaux. Chacun de ces carrés avait son temple, appelé Téocali^ portant inscrit en caractères aztèques, sur son frontispice, le nom de la divinité à laquelle il était consacré.
La circonférence de la ville de Tenochtitlan était d'environ dix milles; on y comptait soixante mille maisons, abritant trois cent mille personnes. Les auteurs espagnols s'accordent à louer l'admirable propreté des rues, lavées chaque matin. Les divers
quartiers, que séparaient les canaux, étaient reliés entre eux par des ponts magnifiques, sur lesquels dix cavaliers pouvaient passer de front. Les eaux salées du lac ne servaient pas à la consommation des habitants, mais des aqueducs en terre, d'une très-belle construction, leur amenaient les eaux douces des sources de Chapoltepec, distribuées avec abondance au gré de tous les besoins.
A l'extérieur, tous les téocalis se ressemblaient, et il était aisé de voir qu'ils avaient été tous bâtis sur un modèle uniforme; mais le principal d'entre eux surpassait de beaucoup les proportions de tous les autres. Il ne datait que de la fin du quinzième siècle de notre ère (i486), juste six ans avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Des murailles épaisses, hautes de huit pieds, couronnées de créneaux et couvertes de reliefs, représentant des serpents entrelacés, dessinaient le contour de sa vaste enceinte et lui donnaient un singulier aspect de force et de majesté. Ce temple s'ouvrait par quatre portes sur les quatre points cardinaux. C'était aussi les quatre points cardinaux que regardaient les quatre pans de la grande pyramide s'élevant au centre de cette enceinte, haute de trente-sept mètres sur quatre-vingt-dix-sept de large à sa base. On distinguait sur ce cube énorme cinq assises, formant comme autant d'étages extérieurs. Un grand escalier conduisait à la cime de cette pyramide tronquée. Sur cette cime, véritable plateforme, on distinguait deux chapelles en forme de tour, abritant chacune un autel. Là se trouvaient aussi deux idoles, dont l'une représentait le dieu de la guerre, Huitzilopochtli, protecteur de la nation, auquel le temple était particulièrement consacré. Entre ces autels, on apercevait la pierre verle^ ou pierre des sacrifices, sur laquelle on étendait les victimes humaines pour les immoler aux idoles. Autour du grand Téocali, on comptait trente-neuf petites chapelles consacrées à autant de divinités.
ii l/AMÉhlQlK CKNTIULi:.
L'iiiUîrieur de la pyi-ainidc riait consacre à la scpiillurc d4»s rois cl dc*s grands pcrsonnag(*s. I^ vasie enceinte circonscrite autour du Téocali renfermait aussi des oratoires particuliers pour les plus illustres pei-sonnaj^es du Mexiqms puis, au milieu des fontaines el des jardins, les habitations des prêtres ; enlin, des couvents d'hommes el de femmes. I/intérieur du Téocali était un véritable charnier, dont le pavé était rougi par le sang des victimes, et où leurs ossements s'élevaient en hautes et lai'ges murailles, comme dans nos catacombes.
Montézuma habitait un vaste palais, ouvrant par vingt larges portes sur autant de rues et de places. La salle de réception pouvait contenir trois mille pereonnes. Les décorations intérieures de ce palais étaient magniliques; on y voyait briller les pierres rares et les métaux précieux. La même enceinte contenait les lojjements des ministres, des principaux personnages de la cour el des grands dignitaires de l'empire.
L'attention des Espagnols fut aussi attirée par de grandes ménageries, — la mode ne s'en était pas encore répandue en Europe, — contenant des spécimens de tous les animaux sauvages du Mexique, réduits en captivité. A côté des cages de fer des grands carnassiers, il y avait l'aquarium des poissons et les volières des oiseaux. Les jardins botaniques de Mexico attiraient et charmaient le regard par le nombre des plantes, l'éclat et la variété des fleurs les plus brillantes et les plus rares. Tous les trésors de la végétation tropicale se trouvaient réunis là dans un étroit espace.
L'existence de l'empereur, soumise aux régies d'une étiquette aussi formaliste que celle de Louis XIV au milieu des splendeurs de Versailles, était pleine de faste et de magnificence. Ses grands officiers se prosternaient devant lui comme les dévots devant leurs dieux. Uuatre cents jeunes gens, des plus nobles familles de l'empire, étaient charges du service de sa personne; six
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LE MEXIOLL i:,
remnios faisaitMit aiilour de sa table l'otUce de nos valets de pied. Pendant ses repas, on le divertissait avec des bouffonneries et des sérénades, ou bien des niusieiens-poeles venaient lui chanter ses louanges ou lui raconter les exploits de ses ancêtres. Il ne sortait jamais dans la ville que porté dans une litière, recouverte d'un dais splendide, sur les épaules des plus grands seigneurs. Il changeait d'habits quatre fois par jour et ne reprenait jamais le vêtement qu'il avait une fois quitté.
Les nobles et les grands imitaient le faste et le luxe du monarque,! comme les seigneurs qui vivaient jadis à la cour des rois s'efforçaient d'égaler leur magnificence. Bien loin au-dessous d'eux, le peuple, comme ailleurs, vivait dans la misère.
Quand les Espagnols débarquèrent au Mexique, ils trouvèrent des Aztèques à moitié nus, un lambeau d'éloffe sur les épaules, une ceinture au flanc, et, en guise de chaussure, des feuiHes d'aloès taillées en semelle et fixées sous le pied par une courroie. Les riches seuls portaient des étoffes de coton finement tissées, ornées de plumes éclatantes; eux seuls avaient des bagues, des bracelets et des colliers.
Cette grande et belle ville de Tenochtitlan fut complètement détruite par Fernand Cortez, à la suite du siège et des assauts (fui firent tomber Guatimoziu entre ses mains, et, selon l'expression consacrée, il n'en resta point pierre sur pierre. Cortez voulut la rebâtir sur le même emplacement; mais, à la ville pittoresque des Aztèques il substitua une ville régulière, conforme au génie et aux traditions de l'Europe. La plupart des canaux furent comblés et remplacés par des rues ; les églises s'élevèrent sur les ruines des Téocalis.
Rien de plus beau dans le nouveau monde que le plateau sur lequel s'élevait la capitale de Montézuma, vaste en semble de lacs l)ordés de villes populeuses, de vallées pleines de fleurs et de fruits, de coteaux verdoyants et de pentes douce-
16 LAMEUIQUE CEiNTRALE.
ment inclinées, couvorlos de riches plantations d'agaves. Pour peu que vous creusiez ce sol, il vous livre des filons métalliques plus précieux encore que les moissons dont il se pare.
La vallée qui occupe le centre du plateau est creusée dans une montagne de porphyre et de basalte. C'est un vaste bassin, d'un ovale à peu près régulier, large de douze lieues sur dixhuit de long, et offrant ainsi une superficie d'environ deux cent quarante-cinq lieues carrées. Des montagnes d'un escarpement presque à pic l'entourent d'une véritable muraille, que dominent, pareilles à deux tours couronnées d'un panache de fumée et de flammes, les deux volcans de la Puébla. Le fond de ce bassin est à deux mille deux cent soixante-dix-sept mètres au-dessus du niveau de l'Océan. Cinq lacs, que la nature a disposés à des hauteurs inégales, et comme à des étages différents, en occupent la dixième partie et se déversent les uns dans les autres, sans qu'aucune rivière sorte du plus bas des cinq, absorbé par la terre poreuse, qui maintient son niveau et défend ses rives contre tout débordément.
Li majeure partie du territoire mexicain est située à droite et à gauche de l'équateur, entre les tropiques, et dans cette région qui porte le nom terrible de zone torride, à peu près inhabitable, pour l'homme de race blanche, dans les parties qui ne s'élèvent point au-dessus du niveau de l'Océan ; mais l'altitude des terrains corrige singulièrement les inconvénients de cette situation. On sait, en effet, que plus le sol s'élève et plus la température s'abaisse. Sous la Ligne même, on trouve des glaces éternelles.
Cette grande loi de la nature fait la fortune du Mexique, massé, en quelque sorte, sur un plateau élevé, que ses deux flancs rattachent aux deux océans par des plans rapidement inclinés. Ce plateau n'est autre chose que l'épanouissement de la cordillère centrale de la grande chaîne des Andes. De ce plateau
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s'élèvent ça et là des pics qui montent jusque dans cette région des neiges, contemporaines des premiers hivers du monde, et qui n'ont jamais fondu ; mais la température moyeiine de l'ensemble du plateau est précisément celle qui convient davantage à la race blanche. Sur le plateau, d'immenses plaines se succèdent, séparées par de petites collines de deux à trois cents mètres de hauteur. Les végétations des zones tempérées croissent et pros* pèrent sur les hauteurs, taudis que l'inclinaison rapide des deux plans inclinés vci's les océans offre, dans un espace assez restreint, toutes les variations de température, et, par conséquent, toutes les variétés de culture réparties sur le reste du globe. Grâce à ce bénéfice exceptionnel de position, le Mexique est un des pays du monde qui peut le mieux se suffire à lui-même, également capable de se passer des autres et de subvenir à leurs besoins. Rien n'égale l'impression d'un voyage rapide à travers ces zones de végétations abondantes et diverses : on part d'une forêt de sapins pour aboutir à un bois d'orangers. Je néglige les intermédiaires, que rempliront ou les souvenirs ou l'imagination du lecteur.
Ces variétés climatériques peuvent du reste se résumer en trois groupes principaux, que les Espagnols avaient fort bien caractérisés par ces appellations significatives : terres chaudes, tierras caliefUes; terres tempérées, tierras templadaSj et terres froides, tierras frias.
La terre chaude part du littoral et monte jusqu'à une certaine hauteur sur le plan incliné qui conduit de la mer au plateau central. Nulle part la végétation ne déploie une plus grande puissance; nulle part la vie ne se manifeste avec plus de puissance et d'expansion : c'est la flore tropicale dans toute son opulence et dans tout son éclat.
Mais la nature, qui sait que la mort est le remède de la vie, et que c'est seulement en proportionnant h dostruction à la
J8 lânéhiulk centuale. .
produclioa qu'elle parvient à mainlenir les lois de son équilibre, la nature a semé des dangers de toutes sortes sur celle terre trop féconde. Nulle part la fièvre jaune ne sévit avec plus de cruauté; nulle part on ne rencontre en plus grand nombre les animaux malfaisants, ennemis de Thomme, trop inhabile à les détruire, depuis le tigre, tapi dans les broussailles à l'ombro des forêts vierges, jusqu'à ces millions d'insectes presque invisibles, qui infestent l'atmosphère ambiante, et qui ne se vcvêlent que par le mal qu'ils font.
La terre tempérée est moins poétique sans doute et moins pittoresque; mais elle offre plus de ressources à la vie humaine. Elle est la vraie richesse du Mexique. Sa chaleur moyenne est de dix-huit à vingt degrés, avec des variations presque insensibles d'une saison à l'autre. Le printemps perpétuel, chanté par les poètes, règne véritablement dans cette contrée délicieuse. \ l'abri des miasmes empestés de la côte et de ses dévorantes ardeui's, délivrée de ces myriades d'insectes, toujours incommodes et parfois mortels, qui pullulent dans les régions basses, enveloppée d'une atmosphère pure et fraîche, cette zone tem- |)érée est une des plus agréables qu'il soit donné à l'homme d'habiter.
Au-dessus de la région tempérée s'élève la terre froide. Ainsi la nommèrent les Andalous, accoutumés aux brûlants ravons du soleil d'Espagne; mais, pour des Français, cette température moyenne de dix-sept degrés, équivalente à celle des plus beaux mois de notre année, ne laisse point que d'être fort agréable. Mexico est situé dans la terre fi-oide.
De tous les fléaux qui attendent le nouveau venu à son arrivée au Mexique, le plus redouté, et le plus redoutable en effet, c'est la lièvre jaune, que les Espagnols qualifîent du nom de romito prieto. Tout est étrange dans cette maladie, qui s'attaque aux étrangers bien plus qu'aux naturels du pays. Elle avait
LE MEXlQLi:. il»
même épargné les Espagnols pendant les cent cinquante premières années qui suivirent la conquête; c'est seulement à partir de cette époque qu'elle a commencé à exercer ses épouvantables ravages. Les études les plus récentes donnent pour cause à la fièvre jaune la décomposition dans l'atmosphère do certaines déjections marines laissées sur les rivages au moment du reflux. C'est ce que l'on appelle le germe amaril^ et ce germe est surtout combattu et détruit, dans l'organisme humain, pur une autre maladie, soit la fièvre gastrique, soit la fièvre paludéenne. Ceci est de l'homœopathie naturelle. C'est surtout dans les moments où elle est épidémique qu'il faut redouter la fièvre jaune, car elle est alors d'une violence presque irrésistible. Il en est d'elle comme du choléra, et l'on n'y connaît point de remède spécifique d'une vertu efficace et avérée. Aucun spécifique n'attaque le mal dans sa nature avec certitude d'en triompher.
A une certaine distance du littoral, là où l'on peut échapper au germe amaril, la fièvre jaune n'existe plus, ou du moins elle n'existe que par cas isolés, et par conséquent beaucoup moins graves. Le premier soin de l'Européen devra donc être de s'éloigner des rivages, aussitôt que faire se pourra, et de gagner les hauteurs.
L'influence des altitudes sur les tempéraments est incontestable; mais il ne faut pas aller d'un excès à l'autre. Monter trop haut offrirait aussi des dangers; au-dessus de deux mille mètres^ les conditions sanitaires cessent d'être avantageuses.
Lorsque les Espagnols abordèrent au Mexique, le pays était couvert d'une immense population. L'empereur Montézuma avait trente grands vassaux pouvant mettre sous les armes chacun cent mille hommes. Dans certaines provinces, les villes étaient littéralement pressées les unes'contre les autres. Le sol, naturellement fertile, était bien cultivé; il produisait en abon-
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daiice tout ce qui peut assurer le bien-être de rhomiiie. Des sources nombreuses, parfaitement distribuées par un système d'irrigation intelligent, répandaient partout la fraîcheur et la fécondité. L'industrie, chez eux, ne se contentait point de subvenir aux besoins, elle se prêtait môme aux exigences du luxe. Les Mexicains fabriquaient des tissus dont la finesse ne se pouvait comparer qu'à leur éclat; ils savaient, avec les plumes brillantes des oiseaux qui peuplaient leurs campagnes et leurs bois, composer des parures dont l'Europe fut éblouie. Quant à leurs joyaux d'or et d'argent, première cause de leur perte, ils étaient aussi remarquable^ qu'abondants. Montézuma, s'il faut en croire Fernand Gortez, en possédait plus qu'aucun autre souverain du monde. — L'architecture, favorisée par la nature même des pierres du pays, volcaniques, poreuses, à la fois légères et résistantes, prit vite un caractère monumental ; aujourd'hui encore le sol est couvert de ses nobles débris, qui frappent le voyageur d'admiration et de respect. Les vastes palais, à un seul étage, n'avaient peut-être pas la distribution savante des constructions européennes: c'était, a vrai dire, une réunion d'un certain nombre de corps de logis, contenus dans la même enceinte. La Chine aujourd'hui nous présenterait des analogies frappantes avec ce système. Mais ces palais étaient lambrissés à l'intérieur avec des bois odoriférants habilement sculptés. A l'extérieur, on les recouvrait d'un stuc brillant, comme on fait aujourd'hui dans l'Inde. Les temples avaient l'aspect de grandes pyramides, faites ordinairement de briques cuites au soleil. Parfois on se contentait d'employer la terre pour ces constructions; mais, à l'extérieur, on cachait sous un revêtement de pierres ces matériaux trop simples. Sur la plate-forme de la pyramide, on plaçait les sanctuaires, au milieu de clochetons et de l»iuacles, ornés des images des dieux.
Savants dans Tart du calcul, les Mexiciuuîj yvaient mesuré
LE MEXlyiJK. j>|
la longueur (rnne année avec une justesse irapproximalion qu'à celle époque, aucun peuple n'avait égalée. Leur écriture complexe avait tout à la fois les caractères figuratifs des hiéroglyphes et les caractères phonétiques de l'écriture ordinaire. Ils possédaient une littérature assez complète, et se permettaient même au besoin d'écrire en vers ; malheureusement, presque tous les monuments de cette littérature ont disparu. Le zèle par trop brûlant des catholiques, qui voulaient, de gré ou de force, convertir le Mexique, firent des auto-da-fé sans nombre des plus précieux monuments de cette littérature. 11 ne nous en reste plus aujourd'hui que de trop rares fragments.
L'agriculture était pratiquée par la masse de la nation et honorée par tous, comme la mère nourricière du genre humain. Ils ne se contentaient pas de demander à la terre une nourriture facilement obtenue; ils voulaient qu'elle joignit pour eux l'agréable à l'utile, et ils savaient, pour l'y contraindre, déployer un art exquis. Connaissez-vous rien de plus charmant que ces chilampas ou jardins flott!:nts, véritables îles de fleurs et de verdure? Le fond de l'île n'était autre chose qu'un radeau de branches d'arbres, de broussailles, de roseaux et de joncs, entrelacés les uns dans les autres, que l'on recouvrait ensuite de terre, et sur lesquels on cultivait toutes sortes de plantes soit d'utilité, soit d'agrément. L'Ile était parfois assez grande pour porter aussi la cabane du jardinier, qui s'en allait ainsi à la dérive d'un rivage à l'autre, au milieu de ces végétations embaumées.
liCs beaux-arts proprement dits n'annonçaient point chez les Aztèques un degré de culture égal à celui des lettres. Leur sculpture était grossière, leur peinture incorrecte, et ils n'avaient pas le sentiment de la ligne plus développé que celui de la couleur.
Nous avons parlé, en décrivant les téocalis, de leur architee-
ji L'AMÉIllUlE CtMHALE.
hiro religieuse; elle était à peu près la même dans toute l'éleii- (luodu Mexique. Leur architecture militaire n'était point sans avoir quelques rapports avec celle-ci. Leurs forteresses n'étaient autre chose que des masses de roches isolées, auxquelles le travail de l'homme donnait une forme conique assez régulière; cette colline était entourée d'un large fossé qui lui servait de retrîinchemenl. On taillait des assises sur ses flancs rugueux ; une plate-forme couronnait l'édifice. Elle était entourée d'un mur de pierres de taille qui seiTait a la protection des conibatlants.
La langue des Aztèques, à la fois douce et sonore, capable d'exprimer les idées les plus abstraites et les plus compliquées, se distinguait tout à la fois et par la longueur des mots employés, et par la facilité des transformations qu'on pouvait leur faire subir, et qui permettaient ainsi de rendre non-seulement ridée, mais encore les nuances de l'idée les plus subtiles et les plus délicates.
liCs |>reiniers civilisateurs du Mexique appartiennent à une race connue dans l'histoire sous le nom de race Toltèque, qui s'empara du pays à la fin du septième siècle, et qui le perdit à la fin du douzième. Les Toltèques, venus on ne sait d'où, apportèrent avec eux toute une civilisation. Ils s'établirent d'abord au nord de la grande et belle vallée de Mexico, où les Espagnols trouvèrent encore de nombreux vestiges de leur passage. Ces premiers conquérants du Mexique en furent aussi les civilisateurs ; ils V établirent des routes nombreuses et v bâtirent de i»randes et belles villes. Race de mœurs pacifiques et d'humeur
LK MEXIQUE. ^>r>
douce, les Toltèques avaient une religion dont les préceptes étaient humains et les pratiques gracieuses.
Avec de tels maîtres, le Mexique semblait promis à d'heureuses destinées; mais, à l'époque que nous avons précédemment indiquée, ils disparurent du pays sans qu'il soit possible de dire pour quelle cause. Tout ce que Ton sait, c'est qu'ils se dirigèrent vers le Sud, en laissant ça et là, en des monuments superbes, la trace grandiose de leur passage.
Aux Toltèques succédèrent les Aztèques, qui régnaient encore lors de l'invasion espagnole. Cette nouvelle race différait complètement de la première. Les Toltèques étaient cléments, humains et bons ; les Aztèques étaient sombres, farouches et sanguinaires. Les Toltèques voulaient civiliser; les Aztèques tenaient surtout a dominer. Ils surent donner à leur pouvoir des bases fortes et solides. Rien n'est plus rare toutefois que l'effacement complet d'une civilisation ; on a beau faire, il en reste toujours quelque chose. Rien n'est plus facile que de se superposer ; rien n'est plus difficile que de détruire : c'est ce qui arriva aux Aztèques et aux Toltèques. Les institutions rivales, ennemies, que l'on eût pu croire inconciliables parce qu'elles appartenaient à des civilisations complètement opposées, subsistèrent cependant côte à côte, causant ainsi des disparates choquantes, qui restèrent longtemps inexpliquées, mélange de douceur et de barbarie que peut-être nous ferons suffisamment connaître en indiquant ces deux termes extrêmes — le culte des fleurs et le cannibalisme!
Lorsque Fernand Cortez aborda au Mexique, il trouva le pays divisé en trois royaumes, qu'unissait une sorte de fédération. Le premier était le royaume des Aztèques, qui avait son siège à Tenochlitlan, sur l'emplacement du Mexico actuel ; le second, le royaume des Tézcucans, dont le roi résidait à Tezcuco, de l'autre côté du lac, enfin le petit royaume dePlacopnn, aujour-
24 i;amkriuijk crnirali:.
d'hui Tacuba. Le royaume des Aztèques avait riiégémonie de la grande fédération, et les souverains des deux autres États n'étaient, en quelque sorte, que les premiers vassaux de Monté*
zuma.
Ainsi qu'il arrive presque toujours à la première période des civilisations qui commencent, la constitution des trois royaumes était tout à la fois militaire et théocratique. Mais, du moins, la nation n'était point parquée — comme il arriva chez certains peuples du monde antique — dans les étroites et infranchissables limites des castes. Une très-grande liberté était donnée au développement spontané de l'individualisme. Une action d'éclat valait la noblesse à son auteur. Les souverains avaient institué, comme en Europe, les ordres de chevalerie, avec des privilèges et des insignes. Les lettrés jouissaient d'une considération particulière. Le commerce était honoré. Cependant, dès cette époque, la plaie du paupérisme — pour nous servir d'une expression moderne, qui peut s'appliquer à une chose malheureusement trop ancienne — dévorait déjà le Mexique. La richesse se concentrait entre quelques mains : la misère était l'unique partage du reste de la nation.
L'esclavage n'était point inconnu au Mexique, mais il était absolument personnel et ne se transmettait jamais par la naissance. C'était, au contraire, un axiome fondamental de la constitution politique et sociale que l'homme nait libre. Il n'en était pas moins vrai que les parents avaient le droit exorbitant et inhumain de vendre leurs enfants. On pouvait se vendre aussi soi-même. La guerre était une autre cause d'esclavage, ainsi que les sentences des tribunaux, auxquels il appartenait de priver les hommes de leur liberté en châtiment de leurs fautes. Du reste, la loi stipulait pour les esclaves et les garantissait contre les mauvais traitements de leurs maîtres. Les mœurs ne
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les protégeaient pas moins : on voyait on eux comme les membres de la famille même.
Les lois pénales étaient d'une sévérité extrême, et prononçaient fréquemment la mort.
La forme du gouvernement était la monarchie absolue, tempérée cependant par les privilèges de l'aristocratie et l'inamovibilité des juges, qui, plus d'une fois, résistèrent au despotisme des souverains. Un mot de Fernand Cortez, dans une lettre à Gharles-Ouint, donnera, ce nous semble, une idée assez haute du caractère de leure rapports de gouvernants à gouvernés : « Pour l'obéissance qu'ils montrent à leur souverain et pour leur manière de vivre, ces Indiens sont presque comme les Espagnols, et il y a à peu près autant d'ordre qu'en Espagne. Si l'on considère que ce peuple est barbare, privé de la connaissance de Dieu, de tout rapport avec les autres- nations, et de ta rai$on\ on ne peut voir sans étonnement combien tout est sagement administré. »
Dans un pays dont la conquête était récente, chez un peuple qui avait trop souvent attaqué pour ne pas sentir le besoin d'être toujours prêt à la défense, l'armée devait jouer le premier rôle. Tout homme valide était soldat. Les caciques, ou grands de l'empire, dont l'organisation n'était point sans offrir de nombreux rapports avec la féodalité européenne, étaient tenus de fournir un certain nombre d'hommes à la première réquisition, et de marcher à leur tête. Pas plus que chez nous au moyen âge, l'armée n'était permanente. Le but de l'expédition une (bis atteint, les contingents étaient licenciés. Tous les grades étaient réservés à là noblesse; un général en chef avait le commandement suprême. Montézuma avait institué, pour ses troupes, trois ordres
* Dans la langue du temps la raison veut dire les lumières de la révélation chrétienne. L'n peu plus tard la signification du mot changea du tout au tout.
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militaires : l'ordre des princes, l'ordre des aigles el Tordre dos tigres. Les aimes de ces soldats, braves d'ailleurs, étaient bien insuffisanles dès qu'elles se trouvaient en présence de la mousqueterie européenne. Leurs boucliers d'osier, couverts de toilo el ornés de plumes, ne les protégeaient point très-efficacement contre les balles, et les Espagnols ne les laissaient point assez approcher pour leur permettre de faire usage du filet à larges mailles dont ils avaient l'habitude d'envelopper leurs ennemis. Leurs sabres, longs de trois pieds et larges de quatre pouces, formaient un double tranchant à l'aide d'une garniture do pierre très-vivement affilée, mais qui ne tardait point à s'émousser el u devenir ainsi un poids inutile dans leurs mains. 11 leur restait donc les pierres, qu'ils lançaient à l'aide d'une sorte de massue creuse, comme avec une fronde, et leurs piques, de quinze à seize pieds de long, qui se brisaient trop aisément dans l'attaque. Leurs dards étaient plus dangereux, car il les projetaient d'assez loin, avec beaucoup d'adresse; et, à l'aide du long cordon qui les retenait, ils savaient les retirer promptement de la première blessure pour en faire une seconde. Du reste, nulle discipline et pas la moindre tactique : ils se ruaient en masse sur l'ennemi, jusqu'à ce qu'ils Teussent écrasé, ou jusqu'à ce que, découragés eux-mêmes de l'inutilité de leurs efforts, ils abandonnassent la partie. Mauvais soldats en rase campagne, ils tenaient admirablement derrière leurs fortifications, comme les Espagnols eux-mêmes, et se. faisaient tuer jusqu'au dernier plutôt que de se rendre.
Les mœurs du Mexique étaient assez bonnes. C'est dans un moraliste mexicain que nous trouvons cette pensée d'une pureté tout évangélique : « Quiconque regarde une femme avec trop de curiosité commet l'adultère par les yeux. » S'il était permis au prince d'avoir des concubines, les simples citoyens devaient se contenter d'une seule femme. Le mariage était entouré de cv-
iviHoiiies H (le formalités protectrices ; le divorce permis seulement dans quelques cas, déterminés d avaace et assez rares, ety pour l'homme comme pour la femme, l'adultère puni de mort. La position do la femme n'avait rien d'abject et d'humiliant comme ce que nous voyons en Orient : elle n'était point confinée dans le harem; elle jouissait au contraire d'une honnête et décente liberté, pouvait assister aux fêtes et aAx banquets, et môme sortir de sa demeure à visage découvert, sans craindre ni l'indiscrétion ni l'insulte; elle participait avec l'homme aux dignités sacerdotales, et pouvait exercer les fonctions de prêtresse. Les Mexicains reconnaissaient un être suprême, auquel le monde obéissait. Ils plaçaient au-dessous de lui treize grandes divinités, et environ deux cents autres, d'un ordre moins élevé quoique très-respectables encore. Le . dieu que les Aztèques adoraient particulièrement, c'était le dieu de la guerre, appelé Huitzilopochtli, et connu aussi sous le nom de Mexitli, étymologie probable du nom même du Mexique.
Quand on remonte à une certaine antiquité dans l'histoire religieuse des peuples, on arrive fatalement a retrouver dans leurs diverses cosmogonies des analogies frappantes. Beaucoup de traditions du monde grec, et plusieurs traditions bibliques semblent s'être égarées parmi les Mexicains.
C'est ainsi qu'ils attribuent à une mère commune l'origiue du genre humain, et qu'auprès de cette grande aïeule ils placent le serpent. Ils parlaient aussi d'un déluge auquel une seule famille aurait échapix» : leur Noé s'appelle Goxcox; ils ont aussi leur tour de Babel. D'autres croyances les rapprochent des Indous, des Persans, et des races qui habitent les grands plateaux du Thibet. Ils admettaient le péché originel et la nécessité du baptême; ils avaient même la confession, mais ils ne se confessaient qu'une fois dans leur vie, de telle sorte qu'ils reculaient jusqu'au dernier moment cet acte si important de leur
iH i;ameuio«k ckntralk.
(Toyance religieuse, pour en étendiv lebruélice à un plus grand nombre d'années. Us admettaient comme nous un paradis et un enfer, mais leur enfer n'avait point de peines corporelles : il ne connaissait que les tortures morales et les supplices de l'âme. Quant à leurs bienheureux, ils habitaient les nuages brillants, le soleil, les planètes et les étoiles; puis leurs âmes finissaient par animer des oiseaux à la parure étincelante, vivant dans un jardin de délices, au milieu des parfums et des fleui*s.
Parmi les monuments du pays, les Espagnols retrouvèrent une croix de marbre, portant à son sommet une couronne d'or. On leur dit que sur celte croix était mort le plus beau des enfants des hommes, resplendissant comme les astres célestes. Ils avaient formulé en maximes pieuses des préceptes que nous appellerions évangéliques. « Vis en paix avec tout le monde ; supporte les injures avec humilité; laisse à Dieu, qui voit tout, le soin de te venger. » — « Donne à manger à ceux qui ont faim, des habits à ceux qui sont nus, quelques privations que ce soin doive t'imposer, car la chair des malheureux est ta chair, et ils sont des hommes semblables à toi-même... »
11 serait impossible de mieux dire; il était impossible de mieux faire, car les Mexicains mettaient leurs maximes en pratique.
Et c'était un tel peuple qui se livrait aux sanglantes horreurs du cannibalisme! Ces éditeurs do sentences clémentes sacrifiaient des hommes sur les autels deleui'S dieux, et dévoraient solennellement les victimes. Ils avaient des institutions mvstiques que l'on pourrait comparer à notre eucharistie; mais c'était avec du sang humain qu'ils pétrissaient l'hostie sacrée; et, chose étrange! plus leur civilisation se perfectionnait sous tous les autres rapports, plus ils se passionnaient pour ces horribles usages, que sanctionnait leur religion.
Ce fut là une des raisons qui légitimèrent aux yeux des Esp;i-
giiols les riguéui's d'une conquête tout à la l'ois fanatique cl cruelle. Ils leur parut que la fin justifiait les moyens, et que tout leur était permis pour extirper ces superstitions sanglantes.
Les immolations se faisaient parfois en masse. Quand il y avait des guerres, on réservait les prisonniers jusqu'à la paix, pour être à même d'offrir un sacrifice plus abondant et plus complet. Le défilé des victimes, une par une, formait quelquefois des processions de plusieurs lieues. Dans Tannée qui précéda la conquête, plus de cent trente mille hommes furent ainsi sacrifiés aux dieux et mangés par leurs semblables.
Le clergé mexicain formait un ordre dans TÉtat, ordre riche, puissant, nombreux. Au seul grand temple de Mexico était attaché un collège de cinq mille prêtres. Les prêtres possédaient une partie considérable du territoire. Us s'étaient attribué le monopole de l'éducation, qui perpétuait ainsi, de génération en génération, leur influence incontestée. Au lieu de désarmer le fanatisme des Espagnols, les points de similitude qu'ils trouvèrent entre leurs croyances et celles du Mexique ne firent que l'enflammer davantage encore, et, à une époque où Ion croyait si fort au diable, ils virent là comme une invention du malin esprit, qui voulait profaner leur dogme par ce rapprochement monstrueux. Us en éprouvèrent une sorte d'indignation qui les rendait féroces. Quand l'esprit religieux s'exaspère ainsi, on ne peut attendre de lui ni modération ni pitié ; la religion, détestablement interprétée, ne commande plus seulement des rigueurs ; elle exige des atrocités. Les Espagnols en commirent au nouveau monde comme dans l'ancien.
La race conquise du Mexique, qui se distinguait par son aptitude au travail et par sa soumission passive et résignée, fut traitée durement par les conquérants; il leur semblait que la suprématie de la religion cntrainait toutes les autres, et que
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leurs vaincus n'étaient pas de la même race qu'eux-mêmes. Ils furent répartis par tète, comme des troupeaux, entre leurs nouveaux maîtres. On les arracha de leurs villages pour les trans- |)orter dans les montagnes aurifères ; on les ensevelit dans les mines. C'était toute la rigueur de l'esclavage antique succédant à un état social infiniment plus doux. Disons cependant que ce système n'était point dans les idées de Fernand Cortez, et qu'il était contraire aux intentions de la cour d'Espagne. Celle-ci, par ses commissaires, par ses intendants, par ses cours de justice, essaya de faire prédominer des idées de clémence et de modération. Malheureusement pour le Mexique, les tyrans étaient près, les protecteurs étaient loin. Bientôt, cependant, a l'esclavage pur et simple fut substitué l'adoucissement du servage de la glèbe. Le clergé, dans les premiers temps de la conquête, avait élevé courageusement la voix en faveur des vaincus; on le corrompit en l'intéressant à l'oppression jKir le partage des bénéfices. On donna aux ordres religieux un nombre considérable de ces serfs de la glèbe, et, à partir de ce moment, ils songèrent plus au |)arti qu'ils en pourraient tirer qu'au devoir qu'ils avaient de les défendre.
Le servage de la glèbe fut aboli par Charles 111, prince humain, éclairé, animé de l'amour sincère de la justice. Ce fut lui qui créa les intendances, dont le but était de protéger les vaincus.
Ces mesures, excellentes en elles-mêmes, étaient malheureusement paralysées par le mauvais vouloir des agents subalternes, qui profitaient trop des abus pour ne pas s'efforcer de les perpétuer. Ni l'esclavage aboli, ni le servage de la glèbe supprimé ne purent assurer à la race vaincue celte liberté civile sans laquelle il n'y a point, pour un pays, de civilisation complète et véritable. A la fin du dix-huitième siècle, les Mexicains étaient encore tenus dans une sorte de minorité létrale : sons prétexte
LK MKXlQli:. ol
de les protéger, on les humiliait. Ou les regardait comme incapables de contracter un engagement supérieur à la somme insignifiante de vingt-aept frams^ ce qui les mettait dans la terrible impossibilité d'acquérir; on les parquait dans le cercle étroit de leurs villages, sans leur permettre d'en sortir, sans même leur donner la quantité de terre suffisante à leurs besoins, cl cela dans un i)aysoii des espaces immenses restent sans culture. L'impôt annuel qu'ils payaient portait le nom de tribut, et ce nom seul, souvenir de la conquête, était une humiliation.
L'Espagnol, entiché de noblesse, avait respecté les privilèges de la naissance dans le sang aristocratique de la descendance des Caciques. Mais s'il ne l'avait point réduite en esclavage comme le reste de la nation, il l'avait condamnée à une sorte de dégradation morale qui ne rendait pas sa position moins misérable. Après la conquête, les Caciques s'étaient tenus à l'écart avec une dignité triste et fière. Les vainqueurs, de leur côté, pratiquèrent à leur égard un système d'abaissement qui pouvait être politique, mais qui n'en était pas moins inhumain. Aussi les vit-on bientôt croupir dans une sorte de torpeur morale, qui lit de leur déchéance le plus triste et le plus humiliant des spectacles.
Ou eût trouvé plus d'énergie dans les classes de sang mêlé, provenant du croisement des Indiens avec les Espagnols ou dos nègres avec les deux autres races. Ces métis assez nombreux, castes réputées infâmes, infâmes de droit et de fait, payaient le tribut comme les Indiens, mais ils n'étaient pas tenus comme eux dans les liens d'une minorité perpétuelle ; peut-être n'en étaientils pas mieux traités pour cela. Tout était prétexte contre eux à vexations et injustices ; aussi en étaient-ils arrivés à cet état de démoralisation profonde que l'oppression entraîne trop souvent après elle. C'était toujours parmi eux que les statistiques criminelles recueillaient leurs chiffres les plus effrayanls; c'élail
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toujours eux dont on retrouvait la main dans tous les attentats et dans tous les crimes.
Les Espagnols avaient atteint/en gi*ande partie du moins, le double but qu'ils s'étaient proposé : ils avaient conquis des mines d'or, et, avec des païens, ils avaient fait des catholiques. Peut-iHre ne faudrait-il point se montrer trop |)ointilleux sur le chapitre de l'orthoiloxie ; peut-être une portion considérable des anciennes croyances se trouvait-elle mêlée aux nouvelles ; mais la forme générale sauvait tout, et c'était la fonne catholique. L'image de la Vierge était placée dans l'enceinte du grand temple de Tenochtitlan, et la procession du Saint-Sacrement avait remplacé le déiilé des victimes humaines. Il ne fallait peut-être pas en demander davantage. Le gouvernement espagnol appliquait a ses sujets de race blanche les traditions d'absolutisme qu'il avait fait triompher en Europe, avec cette différence, toutefois, que les sujets espagnols nés au Mexique étaient traités avec une véritable défaveur, naturellement suspects, et, pour ainsi dire, fi*appés d'interdit. On exploitait la colonie comme on eût fait d'une ferme ou d'une métairie ; il ne serait venu à l'idée de personne de la poser sur le pied de l'égalité des droits avec la mère patrie. Les produits industriels de l'Europe n'y avaient plus d'accès, à moins que ce ne fussent des produits espagnols. On alla plus loin et l'on s'op^iosa au développement des fabriques du pays, qui auraient pu nuire aux produits de la péninsule. On essaya de prohiber la culture de la banane, principal élément de l'alimentation du peuple; on absq,rba dans les exigences du fisc le produit des biens communaux. Enfm on prit à tâche, en quelque sorte, de tarir toutes les sources de la prospérité nationale. Un pareil système a pour premier résultat la désaffection des sujets ; bientôt aussi on cherche parla contrebande et toutes les variétés de la fraude à échapper à des prescriptions iniques, et, sans parvenir à s'enrichir soi-niénie,
011 ruine le trésor public. C'est ce que firent les Mexicains.
Si encore le Mexique eût pu se régénérer à la source vive des idées religieuses et morales, peut-être une dernière chance de salut eût-elle été laissée à cette malheureuse nation ; mais il n'en était pas ainsi. Le clergé, qui, dans les premières périodes du développement des nations, ou, pour parler plus justement, jusqu'à l'éclosion des temps modernes, fut le plus énergique représentant de ces idées, s'était sensiblement écarté, dans sa conduite au Mexique, de la ligne tracée par les préceptes et les exemples de son divin Maître. Le clergé mexicain comptait un nombreux personnel, — plus de soixante-dix-sept mille individus ; — il possédait une portion considérable du pays. Sous ce double rapport, il n'y avait plus rien à exiger; mais, sous d'autres, on pouvait véritablement lui demander davantage. Il s'en fallait de beaucoup, par exemple, que, du côté des mœurs, il fût irréprochable; il s'était promptement affranchi des rigueurs du célibat. Dans les villages, les prêtres ne prenaient pas même la peine de cacher des relations absolument contraires aux règles ecclésiastiques. De tels exemples ne devaient être que trop fidèlement suivis par le reste de la population. Le Mexique offrait donc, à la fin du dix-huitième siècle, l'exemple d'une démoralisation à peu près générale.
Quand une nation en est arrivée là, il faut de deux choses l'une, ou qu'elle se renouvelle ou qu'elle périsse.
Tel était l'état du Mexique au moment où le triomphe drs armées françaises, en Espagne comme dans le reste de l'Europe,
r,i L'AMÉRIQUE CENTUALE.
amena la chute du descendant de Louis XIV. Les Bonaparte remplacèrent les Bourbons des deux côtés des Pyrénées. Ce fut pour le Mexique le signal d'une ère nouvelle : il entrevit une aurore de liberté.
Tout en protestant de son attachement pour la dynastie déchue, le conseil municipal de Mexico demanda la convocation d'une assemblée nationale, à laquelle le vice-roi ne se montra pas hostile, mais qui rencontra dans la cour suprême une opposition aussi violente que systématique. En présence de ce mauvais vouloir immérité, la population créole du Mexique, qui ne supportait plus qu'avec impatience la domination hautaine des représentants de la mère patrie, se souleva tout à coup avec un élan et une spontanéité unanimes, gage assuré du succès. Un prêtre instruit, intelligent, énergique. Hidalgo, curé de la petite ville de Dolorès, se mit à la tête du mouvement avec une ardeur qui, de la part d'un homme de son âge, pouvait quelque peu surprendre : il avait plus de soixante ans. L'étendard de l'indépendance était déployé. Le curé de Dolorès marcha de victoire en victoire sur la capitale; mais, vaincu en bataille rangée, il fut pris et fusillé.
Un autre prêtre de ses amis, le curé Horellos, releva le drapeau tombé des mains mourantes d'Hidalgo. Après des alternatives de victoires et de défaites, Morellos fut pris et fusillé comme son ami. Un troisième prêtre, qui leur succéda, le curé Matamoros, éprouva le même sort. L'indépendance du Mexique devait être cimentée dans le sang. Mais la révolution, vaincue sur les champs de bataille, s'affermissait de plus en plus dans les esprits. Les corlès furent constituées en 1812, et les électeurs en écartèrent les Espagnols.
La rentrée de Ferdinand VU en Espagne devait, tout en paraissant ralentir le mouvement révolutionnaire, en précipiter l'action. Le roi, de retour dans ses États, se hala d'abolir la
constitution au Mexique, comme dans tout le reste de la monarchie. Il arma son vice-roi de nouveaux pouvoirs et rétablit l'inquisition, que la révolution avait naturellement supprimée. Une révolte militaire, à la tête de laquelle se mit hardiment le créole Iturbide, et qui donna à Tindépendance les armées régulières dont elle avait été privée jusque-là, consomma la séparation, désormais définitive, de la métropole et de la colonie. Bientôt les acclamations de l'armée et du peuple appelèrent Iturbide au trône de son pays, en qualité d'empereur, et les certes, délibérant sous une pression qu'il serait difficile de nier, lui décernèrent la couronne à la majorité de soixante et onze voix contre quinze. On imita, pour son couronnement et pour celui de l'impératrice, dans la cathédrale de Mexico, le cérémonial et la pompe du sacre de Napoléon et de Joséphine à Notre-Dame de Paris.
Ce règne improvisé n'eut qu'une durée éphémère. De graves mésintelligences éclatèrent bientôt entre les certes et le nouvel empereur. Le général Santa-Anna, qui avait été comblé de ses faveurs, se mit à la tête des mécontents et le renversa. On lui constitua une rente annuelle de cent vingt-cinq mille francs, en souvenir des services qu'il avait rendus à la cause de l'indépendance, mais en même temps on décréta son exil, et l'on prononça sa mise hors la loi pour le cas où il reviendrait "au Mexique.
A ce moment, la république fut proclamée, mais elle ne jeta point de racines dans ce pays essentiellement monarchique. De rapides présidences dévorèrent un grand nombre d'hommes d'intelligence et de courage, auxquels il ne fut donné de rien fonder de durable, parce que le sol, si j'ose ainsi parler, ne se prêtait point aux institutions qu'ils y voulaient fonder. On vit, pendant un laps de trop longues années, le Mexique, en proie à dos convulsions intérieures que rien ne pouvait calmer, cher*
,-(i LAMÉRIQUE CENTRALE.
cher partout un remède qu'il ne trouvait nulle part, implorant des maisons souveraines un prince qui leur était dédaigneusement refusé, et subissant la honte de voir l'ennemi violer ses frontières, camper dans sa capitale, et arborer sur ses remparts l'audacieux drapeau aux bandes éloilées que les Américains du Nord crurent, un moment, voir flotter sur tout le continent découvert par Colomb.
C'est au milieu de telles circonstances que le gouvernement français se vit contraint à exiger du Mexique de solennelles réparations. — Nos nationaux avaient été indignement spoliés; notre représentant avait été l'objet de procédés outrageants, et ces actes de coupable violence étaient demeurés impunis. On résolut d'obtenir par les armes ce que l'on avait réclamé en vain à l'aide des négociations diplomatiques.
Mais il y a longtemps que l'on a appelé la France le soldat de Dieu^ et c'est un des caractères des expéditions qu'elle entreprend et des guerres qu'elle soutient, de se proposer pour but moins encore ses intérêts que les idées générales de civilisation humaine auxquelles désormais le monde appartient. Avant même de mettre le pied sur le sol ennemi, et abandonnée déjà par ceux qui devaient être ses alliés, elle a déclaré hautement qu'elle n'avait nulle idée de conquête personnelle, qu'elle entendait seulement affranchir le Mexique des entraves qui s'opposaient au libre exercice de ses droits, et le remettre en possession de lui-même. On sait si elle a été fidèle à ce programme ; on sait comment, après une expédition où le drapeau français a volé de victoires en victoires, les Mexicains, rendus à euxinèmes, ont par un vote aussi spontané qu'unanime offert la couronne à une tête digne de la porter.
Né sur les marches du trône des Césars allemands, le prince Maximilien, quoique très-jeune encore, avait déjà la science des hommes et les connaissances positives qui font le vrai politique,
en même temps que ces idées nobles, élevées, grandes et généreuses sans lesquelles il n'est pas aujourd'hui d'individualité véritablement supérieure. 11 avait appris son métier de prince à une difficile école. Représentant chez des vaincus aussi fiers que malheureux, aussi ombrageux qu'éprouvés, d'une autorité et d'une nationalité étrangères, et par cela môme abhorrées, il avait su, à force de justice et de bienveillance, adoucir et calmer d'âpres ressentiments. Si l'antique reine des lagunes, s'obstinant dans un point d'honneur qui fut la dernière dignité de sa vie, — jusqu'au jour où la France lui rendit l'indépendance avec la liberté, — déclara qu'elle aimait mieux mourir que de se rallier à ses maîtres, ce fut en regrettant de no pouvoir accepter le gage de réconciliation qui lui était offert par cette main loyale.
Tout autre est aujourd'hui la position de Maximilien au Mexique. Au lieu d'être imposé à des vaincus par la force des armes, il est librement élu par des sujets qui s'offrent à lui, et c'est dans le suffrage universel, seul principe de légitimité reconnu par les idées modernes, qu'il puise son autorité incontestée. Armé d'un pouvoir que n'affaiblit en le souillant aucune tache originelle, animé des intentions les plus droites, trouvant auprès de lui, sous leur forme la plus gracieuse, les inspirations de la bienveillance parfaite et de la bonté accomplie, dans Celle que partage sa couronne., le nouvel empereur se dévoue tout entier à la grande et- belle tâche qui lui est réservée. Il veut fermer l'abîme des guerres civiles, et concilier dans l'harmonieuse unité d'un État nouveau, qui ne connaîtra point la différence des races, les éléments si multiples, si divers — tellement ennemis parfois — dont se compose aujourd'hui la nation mexicaine. Il veut raffermir et protéger ses frontières désormais inviolables, tarir les causes de ruine accumulées par trois siècles dé déplorables administrations, et
au système injuste et faux de l'exploitation du pays au profit du gouvernement, opposer le principe contraire d'un gouvernement qui se propose avant tout le bien du pays.
Pour Taccomplissement d'une telle œuvre ce n'est pas trop de toute l'intelligence et de toute l'énergie d'un homme résolu à lui dévouer toute sa vie et toutes ses forces.
Mais si le travail est grand, grande aussi sera la récompense. Régénérer une nation, c'est plus que la conquérir ; il vaut mieux relever des ruines que d'en faire, et pour mon compte je no sais pas de plus belle gloire que cette restitution d'un pays à la place que lui assigne la Providence, et que lui avaient fait perdre les hommes.
Après des révolutions comme colles qui ont bouleversé le Mexique, après une conquête militaire et l'établissement d'une dynastie nouvelle, un pays ne présente plus, pour ainsi parler, qu'une table rase, sur laquelle il faut écrire une constitution nouvelle.
Le premier soin de l'empereur Maximilicn fut donc de promulguer un décret contenant le statut provisoire de l'Empire, et destiné à préparer son organisation définitive.
Le premier article déclare que la forme du gouvernement proclamé par l'empereur est la monarchie tempérée, héréditaire, avec un prince élu ; les ministres se partagent le gouvernement sous la direction suprême du souverain : ministre de la maison de l'empereur, ministre de la guerre et de la marine, ministre du progrès, ministre du gouvernement, ministre de l'agriculluro. Un conseil d'État assiste l'empereur dans la préparation
des lois et des règlements ; les ministres se réunissent sous sa surveillance. La justice est rendue par des magistrats inamovibles, mais qui ne peuvent ni faire des règlements ni suspendre l'exécution des lois. A moins de danger pour les mœurs ou l'ordre public, la publicité, cette garantie de toute bonne justice, existe de droit. Les affaires peuvent être soumises à deux degrés de juridiction, sans préjudice d'un tribunal suprême, chargé de maintenir l'observation des formes légales.
Une cour des comptes, pourvue d'une véritable autorité judiciaire, examine et liquide toutes les opérations financières de l'Empire. Les décisions de cette cour sont souveraines et sans appel ; mais elle ne prononce point de peine contre les coupables, qu'elle ne peut que livrer aux juges criminels. Elle communique avec l'empereur par l'intermédiaire du ministre d'État. Des commissions impériales et des inspections sont instituées provisoirement pour surveiller la marche des affaires, maintenir l'exécution des lois, et réprimer les abus qui pourraient se glisser dans l'exercice du pouvoir. Un corps diplomatique représente à l'étranger les droits et les intérêts du Mexique ; des agents consulaires protègent son commerce. Sur les côtes et dans les ports de mer, l'administration centrale délègue l'exercice de son autorité à des préfets maritimes et à des capitaines de port.
L'empire mexicain est divisé, comme l'empire français, en départements, à la tête desquels se trouve un préfet, assisté d'un conseil départemental, qui se compose d'un membre de l'ordre judiciaire, d'un administrateur des finances, d'un propriétaire agriculteur, d'un commerçant et d'un industriel. Celui-ci, dans certains départements, est un propriétaire de mines. Si le préfet réside d'ordinaire au cheMieu de son département, il n'en est pas moins tenu à de fréquentes tournées dans sa circonscription. Il a un suppléant, qui le remplace quand la chose est rendtîo