LA COLOMBIE
Après l'empire du Brésil, la Colombie est la plus grande division territoriale de l'Amérique du Sud ; elle n'a pas moins de quatre cent cinquante lieues de longueur. Sous cette dénomination de Colombie, il faut comprendre aujourd'hui la Nouvelle- Grenade, les républiques de l'Equateur et du Venezuela, ainsi que la Guyane espagnole.
Le nom de Colombie est le seul souvenir officiel et authentique qui reste maintenant dans le nouveau monde de celui qui l'a découvert. C'est sur son territoire que se trouve le noyau central de cette partie de la Cordillère, connu sous le nom des Andes, dont les diverses altitudes ont fait diviser le territoire en terres chaudes , tierras calientes ; tempérées , templadas ; froides, frias; siérWes^ paramos ; neigeuses, nevados. Au bas de la montagne s'étendent les plaines que l'on appelle llanos^ comme on les appelle ailleurs pampas ou savanes. Une portion de ces Uanos est habitée par des Indiens à demi civilisés ; le reste est une solitude absolue, qu'anime par instant le passage d'une caravane de sauvages, et qui retombe bientôt dans sa tristesse morne. Un des traits distinclifs du paysage colombien.
c'est le plateau désert, à une certaine hauteur dans la montagne, que nous avons déjà désigné sous le nom de paramos^ el qui porte un cachet de désolation terrible. Souvent d'irrésistibles tempêtes les sillonnent ; souvent l'avalanche se rue sur eux et les bouleverse, ou bien encore ce sont les volcans qui les inondent de leurs torrents de laves enflammées.
L'Amazone, ce géant des fleuves, arrose la portion la plus méridionale de la Colombie, tandis que TOrénoque, un des plus grands cours d'eau de l'Amérique méridionale, appartient tout entier à son territoire. C'est dans les régions avoisinant sa source que les voyageurs plaçaient, dans leurs rôves insensés, cette invisible mer Blanche^ qui roulait, disait-on, de la poudre d'or en guise de sable, et des galets de diamants. Non loin de cette mer devait se trouver la ville fabuleuse de MaonUj dont les palais étaient, disait-on, recouverts de lames d'or massif, et scintillants de pierreries ; Maona était capitale de ce non moins fameux ElDoradOy qui préoccupait toutes les imaginations du temps. La Magdalena, après l'Orénoque le plus grand fleuve de la Colombie, qui prend sa source dans la Cordillère centrale et se jetle dans la mer des Antilles; l'Arato, qui se perd dans le golfe de Darien; le San-Juan, qui a son embouchure dans le grand Océan, forment, sans compter d'autres rivières moins importantes, tout un système de navigation très-admirablement disposé pour le parcours intérieur du pays. Une canalisation facile ferait même aisément communiquer les deux Océans à l'aide du San-Juan.
Le sol de la Colombie semblait promettre à l'âpreté européenne des trésors sans nombre. Il n'est donc pas étonnant que tour à tour, les Espagnols, les Hollandais et les Anglais soient venus fouiller et déchirer ses entrailles.
Les premiers Européens qui pénétrèrent dans la Colombie s'y heurtèrent à deux groupes d'hommes bien différents : les Caraïbes, sauvages et misérables, pauvres jusqu'au dénûmcnt.