‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 17 sur 33 · LA COLOMBIE · texte numérisé non relu

LA COLOMBIE

féroces jusqu'à l'anthropophagie, que l'on voyait, au moment des inondations, se réfugier dans les grands arbres, et vivre sur les branches, comme la tribu grimpante des quadrumanes ; puis les Moskas, dont l'état social, relativement très-avancé, a permis de les comparer aux anciens habitants de l'Egypte sous les Pharaons.

Quand les Espagnols, déjà maîtres du Pérou, conquirent la Colombie, ils appelèrent terre ferme de VOrient les provinces situées entre la mer des Antilles, au nord, et l'Orénoque, au sud, et ils y établirent un gouverneur dont le titre était celui de capitaine général du Venezuela. La Guyane espagnole était jointe à cette capitainerie ; le territoire compris entre l'Apure et l'Amazone fut appelé terre ferme de VOccident^ ou Nouvelle-Grenade. La Nouvelle-Grenade renfermait dans sa circonscription les provinces de Panama et de Darien.

A la suite de cette grande invasion de l'Espagne par les armées françaises, à laquelle nous avons dû revenir si souvent en faisant l'histoire des diverses parties de l'Amérique espagnole et portugaise, le Venezuela se constitua en république libre et indépendante le 5 juillet 1811. San-Yago Marine, Paez et Simon Bolivar se dévouèrent au nouvel ordre de choses avec un héroïsme digne des plus beaux jours de l'antiquité. Bolivar, surtout, est une figure taillée dans le marbre héroïque. Fils d'un colonel, homme de guerre distingué et riche, propriétaire de la province d'Aragua, il vint tout jeune en Espagne, pour y terminer son éducation, visita ensuite la France et l'Italie, dont il étudia la langue et les usages, tout en se façonnant aux habitudes et aux mœurs de la bonne compagnie européenne. Il retourna dans son pays après avoir épousé à Madrid la fille d'un grand seigneur espagnol, le marquis del Torro. Il vivait dans la retraite au moment où éclatèrent les premières troubles. Use jeta aussitôt dans le mouvement avec une fougue et une ardeur qui ne lui permi-

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rent de rien calculer. Il fut bientôt porté au premier grade de l'armée. Les bouleversements sociaux permettent aux hommes supérieurs de mettre en lumière tout le génie dont la nature les a doués. Bolivar se trouva à la hauteur de la tâche que les événements lui imposaient, et, après des alternatives de succès et de revers, et des dissensions intestines souvent cruelles, il eut la gloire, non seulement d'assurer l'indépendance de son pays, mais encore d'aider le Pérou à conquérir la sienne, et de mériter qu'une portion de l'Amérique devenue libre s'honorât de porter son nom.

Malheureusement des germes de discorde s'étaient glissés dans les esprits : unis pour vaincre, les Colombiens se séparèrent après la victoire, et trois États naquirent d'un seul, le Venezuela, la Nouvelle-Grenade et l'Equateur, trois républiques aujourd'hui confédérées. L'ensemble de ces trois républiques comprend trente-sept départements, quatre-vingt-quinze villes, cent cinquante-quatre villages, deux mille cent quatre-vingt-six paroisses et une population totale de 2,600,000 habitants ainsi répartis : 550,000 blancs et 2,050,000 hommes de couleur, parmi lesquels 110,000 esclaves.

Malgré la présence, ou du moins le voisinage des Européens, les Indiens n'ont reçu qu'une teinte bien superficielle de civilisation, et ils sont toujours si près de la sauvagerie primitive qu'on les dirait sur le point d'y retourner. Beaucoup d'entre eux errent dans les plaines, dans les bois et sur les montagnes, dans un état de complète indépendance. Il est peu d'hommes sur lesquels les missionnaires catholiques aient eu moins d'empire. Ils acceptent la doctrine chrétienne par indifférence, bien plus que par conviction, cédant surtout aux moyens de persuasion que les missionnaires puisaient dans la barrique de tafia. Une fois qu'elle était bue, chacun retournait à sa liberté chérie, laissant le missionnaire seul en face de sa futaille vide« Ces In^ dîens ont la peau naturellement cuivrée, et ils rehaussent cette

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nuance par une teinte de rocou. Le costume des femmes est d'une simplicité qu'il serait difficile de pousser plus loin, car il consiste tout simplement en un petit tablier d'environ quatre pouces de large. Quand aux hommes, ils sont encore moins vêtus. La polygamie est chez eux une institution sociale fort en honneur. Ils habitent de misérables huttes, nommées carbetSy et qui ne sont autre chose que quelques pieux fichés en terre, avec un peu de paille par-dessus, comme toiture. Une partie de ces tribus est vouée à l'anthropophagie ; d'autres ont trouvé moyen, quand une nourriture plus substantielle leur manque, d'apaiser la faim en avalant des boulettes d'une certaine argile qui doit, du reste, avoir en elle quelques principes nutritifs, puisqu'elle les soutient pendant plusieurs mois.

Les créoles de la Colombie ont conservé les mœurs et une partie du costume de leurs ancêtres. Ils sont intelligents, spirituels et braves, et le seul reproche que l'on pourrait leur faire serait leur insouciante négligence à tirer parti de leurs qualités naturelles.

La Colombie a pour capitale Bogota, ville que ne recommandent ni son antiquité, ni la beauté de ses édifices, ni les délices de son climat, presque toujours plu¥ieux.

La république de l'Equateur a établi à Quito le siège de son gouvernement. Quito est la ville la plus peuplée de la Colombie, mais quatre seulement de ses rues sont pavées. Il possède cependant d'assez beaux édifices, de riches églises, et des fabriques annonçant un certain développement d'industrie et de commerce. La capitale de l'Equateur est tout entourée de volcans qui lui mettent au front comme une couronne de flammes. C'est là que se trouve le plus formidable cratère du monde, le Cotopaxi^ dont les érjiplions atteignent parfois une hauteur de plus de trois mille mètres, et dont les détonations portent au loin l'épouvante.

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On sait que Quito, dans la première moitié du dix*huilième siècle (1756), reçut la visite d'une députation de l'Académie des sciences, qui venait là mesurer un degré du méridien ; ce fut tout près de cette ville, sur la cime majestueuse de l'Inissa, que l'on se servit, pour la première fois, du baromètre comme

moyen de détermination de la hauteur des montagnes.

Caracas est la capitale du Venezuela, et Carthagène, nom antique transporté dans le nouveau monde, la principale ville de la Nouvelle-Grenade. Avec ses longues galeries et ses rues étroites, et ses fenêtres souvent grillées, Carthagène a je ne sais quelle apparence monacale. Elle est souvent désolée parla fièvre jaune. Aux premières apparitions du fléau, les habitants se retirent dans le petit village indien de Turbaco, éloigné seulement de quelques lieues, et où se trouvent des volcans d'une nature toute spéciale : ce sont des volcans d'air. Toute une série de petits cônes que, dans le pays, on appelle des volcancitosy donne passage à des rafales violemment comprimées, qui, tout à coup, éclatent par une brusque éruption. Parfois une éjection boueuse succède à ce vent souterrain." Sous ces formes diverses, n'est-ce point toujours la même convulsion de la nature inquiète et tourmentOe?

Cinq nations européennes, les Espagnols, les Portugais, les Français, les Hollandais et les Anglais se sont disputé, les armes à la- main, la portion du continent américain connue sou^ le nom de Guyane, et dont les limites naturelles, assez mal définies à Touest, sont : au sud, TAmazone ; au nord, TOrénoque, — c'est-à-dire deux des plus grands fleuves du monde ; — et, à Test, l'océan Atlantique.

Après bien du sang versé, la Guyane espagnole a été enlevée à la métropole et annexée à la Colombie ; la Guyane portugaise a fait naturellement accession au Brésil : le reste du pays est resté divisé entre la France, l'Angleterre et la Hollande, qui vivent maintenant en paix côte à côte dans ces lointaines colonies.

Diego de Ortaz fut le premier qui entreprit de remonter rOrénoque, inconnu jusque-là. Sa première expédition fut désastreuse : il y perdit une partie de ses vaisseaux et presque tous ses compagnons. La seconde tentative eut plus de succès. Cette fois il parvint à explorer le fleuve jusqu'à la rivière Metta, Pres-

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que à la môme époque, le gouverneur espagnol de la Nouvelle- Grenade envovait dans la Guyane des éclaireurs qui n'en rêvenaient point ; Texpédition dirigée par Gonzalès Pizarre, frère du conquémnt à qui TEspagne dut la possession du Pérou, fut paralysée par la révolte et la trahison, et l'audacieux aventurier, contraint de céder au nombre, fut obligé de se replier sur Quito. Les colonies ne s'établissent point sans peine, et la terre ennemie dévore presque toujours ceux qui viennent les premiers pour l'asservir.

Cependant Diego de Ortaz, auquel la couronne avait accordé des lettres-patentes les plus favorables, réussit à fonder la ville de Saint-Thomas, qui fut le premier noyau des possessions espagnoles dans cette contrée.

L'Amérique était découverte depuis peu d'années encore, lorsque les Français vinrent aussi visiter la Guyane ; eux, du moins, n'étaient pas attirés sous l'équateur par la soif de l'or : ils ne voulaient point fouiller les entrailles de la terre pour y trouver des métaux précieux. Leur intention était tout simplement de se créer des relations commerciales, et de faire des échanges avec les naturels du pays. Le chevalier de la Villegagnon, après une expédition assez malheureuse au Brésil, vint y chercher un refuge avec ses compagnons ; ce ne fut là, du reste, qu'une tentative isolée et sans résultat sérieux.

Environ un siècle plus tard, en 1624, une société de marchands qui avaient de grands intérêts engagés dans le commerce des bois de teinture, s'organisa à Rouen, et envoya sur les bords du fleuve Sinnamary les éléments d'une colonisation

complète. Cette première tentative échoua. Une seconde compagnie se forma tout aussitôt sur les ruines de l'ancienne. Celle-ci avait reçu de Louis XIII des chartes lui assurant le monopole exclusif du commerce de la Guyane, depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Elle prit aussitôt le titre pompeux de Com-

pagnie de la France Équinoxiale. Elle vint tout d'abord s'établir à Cayenne, que Ton appelait alors, comme on l'appelle encore aujourd'hui, mais par erreur, Vile de Cayenne^ car ce n'est point une île, mais bien une portion de terre entourée, en partie, il est vrai, par la rivière Cayenne, mais rattachée toutefois au continent. La compagnie fonda aussi un établissement à Surinam. Les indigènes ne se montrèrent point défavorables, et nos compatriotes auraient pu vaquer paisiblement à leur négoce s'ils n'avaient eu l'idée, aussi maladroite qu'impolitique, de s'immiscer dansles querelles intestines des deux tribus qui habitaient le pays, les Galibis et les Caraïbes. Les Galibis, qu'ils avaient favorisés de leur protection, furent vaincus, et la plupart des Français massacrés à la suite de cette défaite.

La nouvelle compagnie, qui se reforma en 1645, échoua comme sa devancière; mais tant de désastres ne purent vaincre la persévérance de cette race normande, qui ne s'arrête qu'après avoir touché le but. Une quatrième compagnie se forma, portant toujours le nom de Compagnie de la France Équinoxiale. Elle avait à sa tête M. de Boiville, chargé du commandement militaire, et un docteur en Sorbonne, l'abbé de Marivaux, qu' entraînait sur ces bords lointains son zèle apostolique et son ardent désir de convertir les infidèles. La discorde éclata entre les futurs colons avant même qu'ils eussent touché le sol de la patrie espérée. Boiville fut tué en mer. Une fois débarqués à Cayenne, nos aventuriers parvinrent à s'y maintenir quelque temps, malgré l'opposition des indigènes, qui avaient gardé un mauvais souvenir des premiers Français arrivés parmi eux. Ils défrichèrent tout le tour de la montagne du Cépron, où ils semèrent du maïs et du manioc, mais ils périrent bientôt sous les coups des Caraïbes.

Les Anglais, toujours habiles à profiter de nos malheurs et de nos fautes, apprenant que nous avions évacué Surinam, s'en

emparèrent aussitôt. 11 est vrai qu'ils ne purent s'y maintenir, car les Hollandais, alors tout-puissants sur mer, les en chassèrent, et depuis lors la Hollande a toujours conservé ce poste envié.

C'est à peu près à cette époque, 1654, que les Portugais établirent leur domination sur les bords de l'Amazone. Les Français avaient toujours un pied dans la Guyane ; mais ce n'était là qu'une possession incertaine et précaire. De longues années s'écoulèrent sans apporter à leur situation aucune amélioration sensible.

Cependant Colbert, dont l'œil perçant fouillait en quelque sorte tous les coins du monde pour y découvrir de nouveaux éléments de gloire et de prospérité dont il pût faire profiter la France, reprit, en l'agrandissant à sa taille, l'ancienne idée de la Compagnie Française Ëquinoxiale. Louis XIV goûta son projet. Il ne pouvait déplaire au roi-soleil de dominer sous l'équateur. L'ancien intendant du Bourbonnais, Lefébure de La Barre, homme énergique et intelligent^ se rendit à Cayenne, à la tétc de forces militaires imposantes, et suivi de douze cents agriculteurs. Les commencements de l'entreprise furent marqués par les plus heureux succès. Les Hollandais furent chassés de nos anciens établissements, et des traités, où chacun trouvait sa part, furent conclus avec les Indiens. Mais la réunion de la Compagnie delà France Équinoxialeà la Compagnie des Indes Occidentales, en nécessitant le rappel de La Barre, donna en quelque sorte le signal de nos revers. Les Anglais et les Hollandais reprirent l'offensive, et enlevèrent de nouveau ces établissements, dont il semblait que la possession paisible ne dût jamais nous être accordée. Cependant, en 1674, le vice-amiral d'Estrées, celui-là même qui fut depuis maréchal de France, les fit rentrer par la force sous notre empire*

On peut dire que^ depuis ce moment, les divers gouverne-^

nients qui se sont succédé chez nous n'ont rien négligé de ce qui pouvait assurer Tavenir de la colonie. Comprenant tout ce que l'organisation délicate de la race blanche devait avoir à souffrir sous ce ciel aux ardeurs torrides, ils ont fait venir des cargaisons de nègres africains pour les charger des plus rudes travaux. De temps en temps on y envoyait aussi de nouveaux colons pour réparer les vides d'une mortalité plus considérable que les naissances.' Le coup de tonnerre de 93 éclata ; la moitié de la nation française voulut exterminer l'autre. Quand on fut las de tuer, on songea à déporter : Cayenne fut désigné pour recevoir ceux que la mère-patrie expulsait de son sein. Et comme tous les partis triomphaient tour à tour, on y vit successivement des aristocrates et des régicides, — sans oublier les nuances intermédiaires. L'acclimatation sembla difficile à des hommes élevés pour la plupart dans la mollesse de la vie riche et oisive. Quelques-uns, au prix des plus grands périls, parvinrent à s'évader; beaucoup moururent. Quand la paix civile revint avec des jours meilleurs, on n'abandonna point l'idée de tirer parti de Cayenne. Seulement l'expérience ne permettait plus d'espérer d'y voir réussir une colonie civile. On songea alors à une colonie militaire, puis bientôt à un arsenal pour les bois de construction. Pendant un moment, on eut le projet d'y défricher les forêts et d'y dessécher les terrains marécageux, au moyen des grands procédés de l'industrie moderne ; mais on n'a jamais donné de suite sérieuse à ce projet, dailleurs fort réalisable. A une certaine époque on songea à y envoyer des Malais, avec lesquels on n'avait pas à craindre, comme avec les Européens, les difficultés de l'acclimatation. Ce projet eut le môme sort que tous les autres : on le délaissa. Les ennemis de la colonisation avaient beau jeu pour railler tant d'inutiles efforts ; ils conseillaient l'abandon depuis longtemps déjà, quand on pensa, un peu tard peut-être, à une certaine catégorie de colons

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dont on serait certain d'avance de ne pas être refusé, par cette raison, qui est bien la meilleure^ de toutes, qu'on ne leur demanderait point leur consentement. Je veux parler des forçats. Cayenne ne fut point un lieu de déportation, et on n'y envoya point ceux que cette peine aurait atteints ; ce fut un lieu de tramportalion, et, dans notre législation, la transportation n'est pas une peine, mais seulement l'accessoire d'une peine, ou, pour parler plus exactement, une façon de subir la peine. Au lieu d'enfermer dans les bagnes les forçats qu'autrefois on envoyait à Toulon ou à Brest pour une période de dix, de quinze ou de vingt ans, on décida en principe qu'on les transporterait à Cayenne, où on les occuperait à toutes sortes de travaux agricoles et industriels ; puis, de même que l'on plaçait les condamnés à l'expiration de leur peine sous la surveillance de la haute police, avec une détermination de résidence au gré des magistrats chargés de veiller à la sûreté de l'État, ainsi assigna-t-on Cayenne comme résidence perpétuelle aux forçats libérés. Ils y ont du moins le travail assuré, des moyens d'existence qui ne leur manqueront jamais, et la possibilité d'arriver à la réhabilitation et à un état social tolérable, par la régularité d'une vie désormais à l'abri des tentations nées du spectacle des jouissances d'une civilisalion raffinée, auxquelles il ne leur est point possible de prendre part, — véritable péril pour des âmes à la fois faibles et avides, que l'absence des idées morales livre fatalement à leurs convoitises.

La Guyane française a deux mille sept cents milles géométriques de superficie. Elle a une étendue de côtes de cent vingt

lieues, avec Tocéan Atlantique pour limite à l'est; à l'ouest, elle est encore indéterminée, et il serait vrai ment difficile de dire au juste à quel point commencent nos possessions, à quel point finissent les domaines des Indiens insoumis. Au sud, la Guyane française s'appuie à la rivière Oyapoc et à la baie de Vincent Pinçon ; vers le nord, au territoire hollandais.

Plusieurs grands cours d'eau arrosent et fertilisent le sol de notre Guyane. Outre l'Oyapoc et le Sinnamary, que nous avons déjà signalés, il faut citer encore leMaroni, le Kourou et la Mana. Les rives de ces fleuves sont couvertes de forêts vierges, où éclate, dans toute sa grandeur et dans toute sa puissance, cette nature équatoriale qui semble posséder, dans son intensité la plus ardente, le don de vie le plus riche que Dieu ait jamais répandu sur la terre. Mais cette nature se défend contre l'homme, comme si elle sentait l'homme ennemi : elle se défend par ces fourrés impénétrables, par ces lianes, inextricablement enchevêtrées, qui semblent opposer la violence à la force, et dire au téméraire : Tu n'iras pas plus loin ! Puis, bientôt, ce sont les marécages qui exhalent leurs miasmes délétères, parfois mortels. Cependant rien n'est impossible à la persévérance et au travail des fils d'Adam. Une partie du pays défrichée assainirait le reste. Ceci peut être l'œuvre de la colonisation actuelle, qui possède des moyens d'action supérieurs à celles qui l'ont précédée.

Toutes sortes de créatures effrayantes ou bizarres habitent ces forêts : carnassiers féroces des plus grandes espèces; reptiles venimeux ou gigantesques — les uns qui vous tuent par une piqûre, les autres qui vous étreignent dans d'invincibles nœuds. Au-dessus de leur tête," les singes crient, gambadent et grimacent, tandis que des milliers d'oiseaux font retentir l'air de leur chant, ou éblouissent le regard de leur plumage diapré de mille couleurs. Dans les eaux qui baignent le rivage se promène une autre forme de la mort, le requin, qui ne fait d'un homme que

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deux bouchées, et que pourtant l'Indien intrépide n'hésite point à poursuivre au milieu même de son perfide élément. Si la proie qui lui échappe au sein des mers veut chercher un refuge sur le rivage, elle y rencontre Talligator, qui n'est pas moins redoutable et qui l'attend. Nulle part l'homme n'est condamné à soutenir contre la nature une lutte plus incessante et plus énergique.

Cayenne, petite ville de deux ou trois milleâmes, qui ne serait pas même une sous-préfecture de sixième ordre, est la capitale de la Guyane française.

La Guyane anglaise n'a pas plus de quatre cent dix milles carrés. C'est pour l'Angleterre une position bien plus qu'une possession.

La Guyane hollandaise n'est pas beaucoup plus considérable que la précédente. Mais elle possède la ville la plus importante du pays, Paramaribo, sur la rive, et à six lieues de l'embouchure du Surinam. L'amour des Hollandais pour la propreté, et leur goût pour la botanique se retrouvent dans toutes leurs colonies. Paramaribo est une ville aux rues larges, bien alignées et ornées de citronniers et d'orangers, comme pourrait l'être la grande avenue de quelque jardin botanique d'Amsterdam ou de la Haye. Sur l'autre rive du fleuve le petit village de Surinam est habité exclusivement parles Juifs.

Outre les Indiens, dont il faut signaler l'existence dans toute l'Amérique, on doit encore tenir compte ici de trois espèces de républiques de nègres marrons, dont il n'a pas été possible d'obtenir la soumission jusqu'à ce jour.

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