‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 2 sur 33 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

chercher dans la liberté des forêts natales, avant Thcure où le fer et le feu des Européens y porta le ravage avec la terreur. Nous n'étudierons pas seulement leurs lois et leurs institutions, mais nous nous efforcerons de pénétrer dans le secret de leurs mœurs intimes, de leurs usages et de leurs coutumes ; nous dévoilerons le mystère de leurs croyances; patiemment et trait pour trait, nous reconstruirons le tableau — effacé aujourd'hui sous leur sang — delà civilisation, tantôt parfaite, tantôt ébauchée, qui les a régis pendant des siècles. — Puis nous verrons à l'œuvre leurs vainqueurs, qui furent trop souvent leurs bourreaux ; nous nous arrêterons, pour la flétrir, devant cette exploitation sans pitié de l'homme par l'homme, nous montrerons leurs vains efforts et leur ridicule impuissance à fonder une administration logique, rationnelle, morale, et par cela même ayant en soi des chances de durée. Nous ferons assister le lecteur à la catastrophe suprême qui fut la revanche de l'Amérique sur l'Europe ; nous le rendrons témoin du triomphe définitif des créoles et des métis sur les blancs purs, et nous ne croirons notre tâche terminée qu'après avoir accompagné les premiers pas des jeunes empires et des nouvelles républiques dans la voie qui les conduit à une transformation complète, en acclimatant notre civilisation par delà l'Océan, et en assurant ainsi les destinées de l'Amérique centrale et méridionale.

Un mot d'abord sur le pays qui sert de scène à ce grand acte du drame humain.

L'Amérique dont nous essayons aujourd'hui d'écrire l'histoire est I'Amérique CENTRALE et MÉRIDIONALE. Nous lui donucrions volon-

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tiers le nom d'AnÉRiQUE latine, parce qu'elle a été découverle et colonisée par les peuples de la Péninsuleibérique, les Espagnols elles Portugais, qu'une filiation directe rattache à la civilisation romaine, de même que leur langue descend directement — mais non sans mélange — de celle que Ton parlait à Rome.

V Amérique latine s'étend depuis les États-Unis, au nord, jusqu'à la Patagonie et la Terre de Feu au sud. A l'ouest, le Grand océan Paa/îçue baigne l'immense circuit de ses côtes; à l'est, Vocéan Atlantiqtie\ui pose une limite à la fois infranchissable et mobile. Une population d'environ quarante millions d'hommes, — aujourd'hui presque tous chrétiens — n'occupe qu'un faible espace de sa vaste superficie. L'Amérique latine mesure, en effet, un espace de plus de deux milliards d'hectares carrés, qui attendent— inutiles et féconds, — cent peuples, pour les nourrir.... Et l'Europe étouffe dans ses frontières trop étroites , et pour augmenter de quelques kilomètres nos royaumes mesquins et nos empires microscopiques, sur ce vieux sol épuisé, nous versons à flots un sang généreux !

On comprend qu'une telle étendue de pays doive offrir la variété infinie de presque tous les climats et de presque toutes les températures qui se partagent la surface du globe terrestre. C'est ainsi que des gradations presque insensibles y conduisent de la zone tropicale à la zone glacée. La série des productions végétales y suit, dans cet ordre accoutumé et qui se représente partout, la progression de la chaleur et du froid.

Les plus grands fleuves du monde arrosent et fertilisent le territoire de l'Amérique latine. Un système de lacs et de cours d'eau que le génie hydraulique ne pourrait souhaiter ni plus complet ni plus parfait, y répand en tous lieux la fraîcheur et la fécondité. La statistique la plus avancée n'a pas encore calculé tout ce qu'une exploitation agricole régulière et bien entendue pourrait obtenir de ce sol privilégié, qui, sans culture, nourrit

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l'homme, lui présentant le pain tout fait sur le rameau de ses arbres, et lui versant un nectar généreux dans le calice de ses fleurs. A rheureoù nous écrivons, les maîtres de cette terre trop généreuse se trouvent, en quelque sorte, perdus dans l'immensité de leurs possessions, et comme écrasés sous l'abondance de leurs inutiles richesses. Ailleurs la terre manque aux hommes ; ici, ce sont les hommes qui manquent à la terre.

Cette admirable fertilité du sol n'est pas seulement une question de climat : elle tient aussi à la distribution des terrains étages sur les amphithéâtres des montagnes, et offrant ainsi, par la différence des altitudes, la diversité de tous les climats, réunis et groupés dans un étroit espace.

Sous l'empire du régime colonial, les blancs occupaient généralement les hauteurs, qu'ils recherchaient à cause de leur température plus douce ; les noirs travaillaient la terre ; les Indiens étaient surtout employés aux mines.

Aujourd'hui, l'émancipation et la*liberté ont bouleversé cette distribution un peu factice. Chacun agit à sa guise, et choisit également et son genre de vie, et le lieu où il veut vivre. Les noirs purs disparaissent ; on n'en importe plus. Les blancs diminuent également, malgré un courant constant d'immigration occidentale ; quant aux Indiens, ils se rapprochent de leurs anciens maîtres dans des unions fécondes; l'avenir est aux métis des deux races.

Les divers États entre lesquels se divise l'Amérique latine ont souvent, à raison même de leurs aptitudes naturelles, joué des parties différentes dans le grand concert de l'ensemble. Les uns sont, en quelque sorte, prédestinés aux transactions commerciales par la facilité de leurs accès et la commodité de leurs ports, qui les mettent en relation avec le monde entier ; les autres sont plus particulièrement conviés aux exploitations industrielles ou agricoles; quelques-uns demandent la fortune.

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lion plus à la surface du sol, mais à ses entrailles profondes. La recherche des pierreries et l'extraction des métaux leur assurent la. toute-puissance de la richesse.

Ces divers États se rangent d'eux-mêmes en différents groupes, dont il est bon de ne pas troubler l'harmonie.

Dans la portion du continent qui s'avance au nord de l'isthme de Panama, nous trouvons Vempire du Mexi(itie et la confédération des cinq petites républiques du Centro- America, Les deux océans, l'Atlantique et le Pacifique, baignent ce premier groupe, et se rapprochant l'un de l'autre, malgré le continent, étreignent cette langue de terre, qui les sépare, et qui pourrait, en les réunissant par un canal, devenir un jour le véritable centre du monde commercial.

Le Mexique, qui occupe l'extrémité septentrionale de l'Amérique latine, n'offre pas une superficie moindre de 242 millions d'hectares, occupés par environ huit millions d'habitants, dont la moitié d'indigènes ; la plupart de ceux-ci sont civilisés cl chrétiens ; un certain nombre est resté sauvage, païen, hors de la nation. Les Européens purs sont au nombre d'environ 1,200,000, le reste est formé de métis, élément vital de la population mexicaine et, pour parler plus justement, de toute la population de l'Amérique latine.

Jusqu'à ces derniers temps, jusqu'à la rénovation soudaine et inattendue de ce pays par l'empire, si hardiment tentée, si heureusement accomplie, il n'y avait aucun rapport entre les resçQUl'ces naturelles de cette contrée, à la fois riche ol nialheu-

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reuse, et ses conditions politiques et sociales. I/histoire offre peu d'exemples d'une si complète décadence. Des dissensions intestines, aussi cruelles que fréquentes, avaient paralysé jusqu'à l'impuissance l'agriculture, cette force vive des nations ; le commerce, qui garde pour lui une partie des richesses qu'il échange, avait passé aux mains des étrangers; la production industrielle était insignifiante, l'instruction bornée, presque nulle ; toutes choses caduques et précaires.

Des guerres désastreuses, des traités cruellement exigeants ont enlevé au Mexique, en moins de vingt années, plus de cent soixante-cinq millions d'hectares de son ancien territoire. Il a perdu successivement, et avec une' effrayante continuité de revers, le Nouveau-Mexique, la Californie et le Texas, que se sont annexés les États-Unis, ces voisins terribles. Il reste beaucoup encore aux héritiers de Montézuma ; l'avenir du Mexique ^ peut être brillant et prospère, et il est entre ses mains tout entier. Puissions-nous assister à une renaissance ! La France, qui Ta voulu, a le droit de l'espérer.

Au sud du Mexique — la partie du grand continent qui avoisine l'isthme et qui s'étend de l'est à l'ouest, à son extrémité septentrionale, est désignée par les géographes sous le nom de Gentro-América.

Elle est occupée parle petit groupe des cinq républiques confédérées dont nous parlions tout à l'heure.

Le Guatemala, avec la ville de ce nom pour capitale, une superficie de 16,855,500 hectares et 900,000 habitants;

Le San-Salvador, avec 1,700,000 hectares de terrain, 600,000 habitants et la ville de San-Salvador pour capitale ;

Le Honduras, superficie de 5,120,000 hectares, population de 550,000 âmes : capitale Comayagua;

Le Nicaragua, qui vient ensuite, atteindra le point culminant

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