‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 23 sur 33 · URUGUAY · texte numérisé non relu

URUGUAY

N'oublions point, dans cette nomenclature déjà longue des petits États du Sud, la république modeste derURUcuAT, dont le nom est emprunté au large fleuve qui le traverse. Il s'en faut que son territoire fertile soit cultivé partout; il pourrait nourrir cent fois plus d'habitants qu'il n'en possède. Son heureuse situation, entre le Brésil, l'Océan Atlantique et le Rio-de-la-Plata a fait de l'Uruguay l'objet des convoitises ardentes de ses voisins; l'empire du Brésil et la confédération Argentine se sont disputé sa possession les armes à la main avec un acharnement sans exemple; et l'on peut dire que son indépendance a été le prix du sang. Il appartenait primitivement, sous le nom de BdndorOrientaley à la vice-royauté espagnole de Buenos-Ayres.

Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de signaler et de flétrir l'odieuse rigueur du monopole commercial exercé jadis par l'Espagne contre ses colonies. Dans tous les pays du monde l'oppression appelle la révolte. A la fin du dix-huitième siècle, les colons de la vice-royauté de Buenos-Ayres semblaient ne se proposer d'autre but que de s'affranchir par la contrebande des exigences fiscales de la mère*patrie. Ils n'avaient pas de plus

mortels ennemis que les douaniers. Le voisinage du Brésil avait fait précisément choisir la Banda-Orientale comme centre de ces petites opérations extra-légales, désignées sous le nom de fraudCj et que se permettent parfois des gens réputés trèshonnêtes. Le gouvernement ne trouva pas de meilleur moyen d'extirper la contrebande que d'acheter le chef des contrebandiers, homme de bonne maison d'ailleurs, nommé don José d'Artigas, qui consentit à se rallier, et, pour prix de sa soumission, obtint le titre de gardien général de la province de Montevideo. C'est ainsi qu'un braconnier devient garde-chasse. Mais les gouvernements sont trop souvent payés pour n'avoir pas confiance dans ceux qu'ils achètent parce qu'ils peuvent toujours se revendre.

Quand Buenos- Ayres, donnant à cette partie du nouveau monde le signal de l'insurrection, se souleva contre l'Espagne, don José d'Àrtigas prit parti pour la junte nationale^ et devint un des plus ardents promoteurs de l'indépendance. Au mois de juillet 1811, il battit les troupes royales dans une sanglante rencontre près de Las-Piedras.

Glissons légèrement sur des événements intermédiaires qui ne sont point d'une importance capitale, pour arriver aux grands faits de guerre de 1814. Au mois de mai de cette année, le colonel Brown détruisit la petite armada castillane dans le port de Montevideo, et, le 20 juin suivant, cette place se rendait au commandant des troupes républicaines, le colonel Alvear.

L'ancien gardien royal, aujourd'hui transfuge de la province de Montevideo, Artigas, demanda sur-le-champ à être mis en possession de la ville, et comme la junte de Buenos-Ayres refusa d'accéder à sa demande, il rompit ouvertement avec elle comme il avait rompu d'abord avec les contrebandiers, puis avec l'Espagne, et il prit ce qu'on ne voulait pas lui donner. Pendant six années consécutives, l'Uruguay fut le théâtre d'une lutte

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incessante entre José d'Artigas et le gouvernement de Buenos- Ayres. Le Brésil qui avait toujours et très-vivement souhaité la possession de la Banda-Orientale, profita de ces querelles intestines pour faire marcher ses troupes contre Montevideo, dont le général Lecor s'empara au nom de Jean VI, roi de Portugal, du Brésil et des Algarves (19 janvier 1817). Artigas résista pendant trois ans aux efforts du Brésil avec une énergie désespérée, mais il fut obligé, en 1820, de quitter le pays témoin de sa valeur, et de chercher un refuge dans le Paraguay.

L'année suivante, Montevideo était annexé au Brésil, avec tout le pays qui en dépend, sous le nom de province Cisplatine.

Ce joug de la conquête ne fut jamais qu'impatiemment accepté. Les Montévidéens n'attendaient qu'une occasion pour le secouer. Cette occasion ne tarda pas à se présenter.

Nous avons dit comment le Brésil se détacha du Portugal, pour se constituer en empire indépendant. La garnison de Montevideo resta fidèle à son roi, et ce ne fut qu'au mois de décembre 1823 que le drapeau brésilien flotta sur les remparts de la citadelle. Il en devait tomber bientôt. En 1825, la république Argentine déclara la guerre à l'empire du Brésil pour lui enlever l'Uruguay. Les habitants de Montevideo firentcause communeavec ces alliés du dehors, et sous la conduite du général Lavalle et d'un simple gaucho, Fructuoso Riveira, ils organisèrent une insurrection formidable. Un gouvernement provisoire fut constitué à Florida, au mois de juin 1825. Mais ces premiers succès de la révolte n'amenèrent point la paix. La paix définitive ne fut conclue qu'en 1828, grâce à la médiation de la Grande-Bretagne, heureuse d'affirmer là encore son influence prépondérante.

La Banda-Orientale, une fois indépendante, grâce au secoure de la république Argentine, ne s'incorpora point à elle ; elle demeura Etat distinct, tout en s'associant à la confédération des autres provinces de la Plata ; elle conserva le nom de République

orientale de l'Uruguay, sous lequel aujourd'hui encore on la désigne dans les chancelleries et dans l'histoire.

I^ constitution définitive de l'Uruguay date du 18 juillet 1830. Cette constitution n'est point à l'abri des attaques, elle n'a pu régler d'une façon tellement nette et stable les rapports de l'État indépendant avec la confédération dont il fait partie, que de sérieuses difficultés n'éclatent souvent entre les deux principes en présence, et dont l'antagonisme va croissant. Nous nous arrêtons devant les actualités brûlantes de la politique ; le passé seul nous appartient, et il ne nous est pas donné de soulever les problèmes que le temps présent agite encore, et que l'avenir seul pourra résoudre, quand de nouveau, peut-être, le sang humain aura coulé par de larges blessures !

En temps de paix — mais la paix n'est jamais longue dans ces États agités ! — le gouvernement appartient au président et au congrès, dont les attributions sont assez bien définies. La première chambre du congrès se compose de neuf sénateurs, et la seconde de vingt-neuf députés. Gomme loi civile, la république de l'Uruguay s'est emparée du Gode Napoléon, ou, pour parler plus justement, elle l'a franchement accepté dans toutes ses dispositions fondamentales.

Située sur la rive gauche de l'Uruguay, appelé jadis le fleuve des Missions, séparé de TÉtat de Buenos-Àyres par le Rio de la Plata, la jeune république, comprise entre le 35' et le 61* degré de longitude ouest, et le 30* et le 35" degré de latitude sud, mesure une superficie d'environ 180,000 kilomètres carrés. G'esl un pays de plaines, qui ne connaît dautres accidents sur un terrain uni que les petites collines de Saint-Paul. G' est principalement dans les grandes solitudes voisines de l'Uruguay que les Gauchos se livrent à leur passe-temps favori, un sport devant lequel pâlissent tous ceux de notre vieille Europe, si orgueilleuse, pourtant, de la force et de l'habileté qu'elle déploie dans les exercices

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