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L'URUGUAY

Basques et d'Italiens, qui n'ont pas peu contribué au développement et à la prospérité du pays.

Montevideo, la capitale de l'Uruguay, en est aussi la seule ville importante. Elle est située sur la rive gauche et à l'embouchure du Rio-de-la-Plata. Son vaste port où débouchent, outre la Plata, les rivières de Colorado et de Ni^uelete, est parfois tourmenté par ces vents d'ouest connus sous le nom de PAMPERos ; il n'en est pas moins très-fréquenté par la marine marchande de l'Europe et de l'Amérique. La ville est pittoresque, bâtie en amphithéâtre, au pied et sur la pente de la montagne qui lui a donné son nom. Elle a une bonne citadelle, une belle cathédrale, de grandes rués droites et larges, et des maisons confortables, avec des toits en terrasses, sur lesquels les Montévidéens aiment à venir après les chaudes journées respirer les fraîches brises du soir.

La race européenne n'a pas soumis TAmérique méridionale tout entière. Les régions comprises entre les 38* et 55* degrés de latitude sud et les 60* et IV degrés de longitude ouest ont su garder jusqu'ici leur indépendance. Le climat inhospitalier, la terre pauvre, la rudesse des habitants, n'avaient rien qui dût attirer ou retenir les conquérants. Les indigènes, de leur côté, ne devaient pas être séduits et gagnés à notre civilisation par le spectacle que leur donnaient les hommes blancs. Cette pointe extrême de l'Amérique du Sud, qui jusqu'ici n'a pas eu pour les chercheurs d'aventures le même attrait que tant d'autres contrées, est restée pour beaucoup une terre mystérieuse.

Ce vaste pays, qui attend encore les explorations de la science positive, s'étend sur une longueur de quatre cent soixante-cinq lieues, borné au nord par le Chili et le Rio-Negro, à l'est par l'océan Atlantique, au midi par le détroit de Magellan, à l'ouest par cette portion du Pacifique que l'on appelle l'océan Austral. La partie méridionale du grand continent américain présente cette

singularité d'offrir, sous un climat rigoureux, une abondance de volcans et de cratères, les uns en ébullition et en fusion, les autres déjà refroidis. A l'exception des terres d'alluvion que Ton trouve sur le bord des lacs et des rivières, à l'exception aussi de quelques grands bois où se rencontrent des échantillons gigantesques du règne végétal, laPatagonie, dans presque toute son étendue, n'offre que des terrains sablonneux et secs, presque entièrement couverts de sels et de nitre. La plupart des lacs du pays sont salés : le sel se rencontre là, d'ailleurs, en si grande quantité que l'on peut reconnaître sa présence dans les terrains, rien qu'à voir les efflorescences qu'il produit à leur surface.

Le nombre des plantes originaires de la Patagonie dépasse à peine une centaine d'espèces ; mais les céréales dont on a tenté l'acclimatation ont généralement réussi, ainsi que les espèces potagères et les arbres fruitiers.

Le règne animal nous y présente un certain nombre de spécimens assez curieux, et qui méritent l'étude du naturaliste. Tel est, par exemple, le loup rouge et à crinière, moins terrible que le nôtre, et qui se contente de faire la guerre à la volaille et aux petits animaux. Parmi les espèces appartenant à la race féline, l'on cite le couguar, miniature du tigre, comme lui altéré de sang, et comme lui avide de chairs palpitantes; il a pour auxiliaires et pour compagnons de chasse deux chats sauvages, le pagero et le m'barcaya, qui s'entendent pour lui amener le gibier, dont il daigne leur laisser prendre une part. La mouffette, le gloutongrison, sorte de furet qui vit dans les terriers, et le zorillo, martre américaine aux formes sveltes et gracieuses, à la fourrure noire, marquée de deux longues raies blanches qui courent le long du dos, se distinguent par la forte odeur de musc qu'ils exhalent. Les rongeurs et les édentés ont répandu leurs nombreuses tribus dans les marais, dans les plaines et sur les montagnes;

on y trouve aussi des variétés précieuses du cert et du sanglier. Les indigènes tirent un très-grand parti de la fourrure et de la chair du guanaque, que plusieurs naturalistes prennent pour le lama à l'état sauvage. Les bœufs, les ânes et les chevaux venus d'Europe ont multiplié en Patagonie dans une remarquable proportion. Les habitants du pays se sont surtout livrés à l'élève du bœuf, dont la chair salée fournit à leur commerce un élément aussi abondant que précieux.

Les oiseaux de la Patagonie n'ont pas le riche éclat de leurs frères ailés du Brésil, du Mexique et du Pérou ; mais ils n'en sont peut-être pas moins utiles à l'homme. Nous citerons, avant tous les autres, une variété de l'autruche plus recherchée pour sa chair que pour son plumage grisâtre, que l'on parvient cependant à teindre en toutes sortes de nuances. A la tète des oiseaux de proie il faut placer le condor, dont les larges ailes n'atteignent pas moins de quinze pieds d'envergure ; on sait que ce brigand des airs n'est pas moins vénéré des Indiens que l'épervier le fut jadis des Égyptiens, tant il est vrai qu'un des plus sûrs moyens de se faire respecter des hommes, c'est de s'en faire craindre. Après le condor viennent des espèces de vautours qui portent le nom de cathart, puis le catacara, de la grande famille des aigles, mais plus vorace que l'oiseau royal ; puis l'aigle couronné, et la buse tricolore, et le faucon, et toute la tribu des nocturnes, qu'il est aisé de reconnaître comme les congénères des nôtres.

La Patagonie possède aussi un certain nombre d'oiseaux beaucoup plus petits,, mais qui n'en offrent pas moins une intéressante originalité. C'est parmi eux que l'on rencontre le moqueur, au plumage bigarré, et dont le cri, qui ressemble à un rire strident, lui a mérité son nom. Le plus aimable de tous ces oiseaux, c'est l'anumbi, au plumage sombre, mais aux pieds roses, qui ne cesse dç faire retentir l'écho des bois et la rive des

fleuves de ses chants mélodieux. Rien de plus charmant que son nid, suspendu aux branches basses et flexibles des arbres, effleurant presque les eaux. C'est un grand ovale allongé, d'environ quarante centimètres, protégé à l'extérieur par un entrecroisement de petites branches épineuses, tapissé à l'intérieur de mousses et de duvets. Quoique ces oiseaux amoureux fassent généralement nid commun, ils ont un appartement complet avec deux chambres et un corridor. L'anumbi travaille à ce nid toute sa vie, le renouvelle pièce à pièce, l'entretient, l'améliore, et ne meurt que quand il est parfait. Un autre oiseau dont les mœurs ne sont pas moins originales, c'est le flamant, qui ajoute par sa beauté une grâce nouvelle au paysage patagonien. Réunis en innombrables troupes, les flamants posent sur la vaste nappe des salines blanches des nids qui s'élèvent parfois à plus de deux mille, formant comme un Ilot noirâtre sur la plaine constellée de cristallisations brillantes. Tous ces nids, cônes tronqués, d'un pied de haut, sont séparés les uns des autres, et forment ainsi une sorte de petite ville avec des rues irrégulières. Quand tous ces flamants sont posés sur leur nid, montrant leur corps d'un blanc rosé et leurs ailes teintes de pourpre, on a devant les yeux un spectacle étrange, mais auquel du moins on ne peut refuser le charme de la couleur.

Les reptiles sont peu nombreux en Patagonie. On y trouve cependant quatre espèces de lézards, et la tortue, connue en histoire naturelle sous le nom de tortue du cap de Bonne-Espérance. Peu de poissons dans les lacs et dans les rivières ; mais, en revanche, de grands cétacés et de nombreux amphibies dans la mer et sur les côtes. Les pêcheurs européens qui fréquentèrent ces parages, pendant de longues années, en détruisirent des quantités considérables.

La Patagonie proprement dite ne renferme guère plus de huil ou dix mille âmes. Cette population, extrêmement clair-semée sur un sol ingrat, est divisée par hordes sous la conduite d'un chef à peu près omnipotent. La taille des Patagons a donné lieu à toutes sortes de fables peu justifiées. Les premiers voyageurs ont vu en eux des géants de neuf à dix pieds de haut. Nous ne savons si, dans les premiers âges du monde, il a été donné à rhomme d'atteindre à de si magnifiques proportions ; tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'elles n'appartiennent plus aux générations de nos jours. La taille des Patagons varie de cinq pieds quatre pouces à six pieds, ce qui donne encore une moyenne très-satisfaisante et qui n'est atteinte dans aucune autre partie du monde. Leurs formes générales sont en harmonie avec celte taille. Les Patagons ont la stature herculéenne, le torse massif, les épaules larges et carrées, les membres vigoureux et d'une musculature puissante. La tête est grosse, aplatie par derrière, le front bombé, le nez épaté, les lèvres saillantes. Comme beaucoup d'Indiens, ils se peignent le visage de couleurs où dominent le rouge et le blanc. Leur climat âpre et rigoureux les condamne à faire usage de vêtements chauds : aussi usent-ils beaucoup de fourrures. La principale pièce de leur costume est une sorte de grand manteau qui lès enveloppe presque tout entiers. Leurs cheveux noirs et longs sont relevés et attachés sur leur tête par un ruban de laine ou une lanière de cuir.

Comme presque tous les hommes pour lesquels la nature complaisante a trop bien fait les choses, les Patagons sont trop

enclins à prendre la force pour la raison, et à croire que ce qu'ils veulent est aussi ce qui doit être. Ils sont donc arrogants et violents; de plus, un peu enclins au vol, comme presque tous les sauvages. Ceci ne veut pas dire qu'ils ne soient point susceptibles de civilisation. On a remarqué, au contraire, que tous ceux qui ont eu des rapports fréquents avec les Européens leur ont fait de nombreux emprunts et ont subi ou accepté leur influence sur une foule de points. Ces grands corps sont d'une paresse extrême, et tout le temps qu'ils ne consacrent point à la chasse, à la guerre et au soin de leui*s armes, s'écoule dans une énervante oisiveté. La propreté et la confortabilité sont pour eux des mots aussi inconnus que les idées qui s'y rattachent. Ds n'ont d'autres habitations que des espèces de huttes faites de branches plantées en rond, et retenues à leur extrémité supérieure par les peaux de guanaques, qui leur servent en même temps de toiture. Ils ont, comme tous les peuples jeunes, des jeux de force et d'adresse, dont le plus populaire, connu sous le nom de pilmay est une variation du cricket, avec cette différence que la balle se jette en arrière, de telle façon, cependant, qu'elle retombe par devant, et que le joueur puisse la recevoir sur sa jambe. Les jeux de hasard sont représentés par les dés. L'arc est l'arme la plus ordinaire des Patagons : ils s'en servent avec une habileté merveilleuse. L'extrémité de la flèche est en silex, formant croc de chaque côté, et assez faiblement attachée pour qu'en voulant la retirer on la laisse dans la plaie. Ils se servent encore de frondes et de javelots, et d'un autre engin nommé bolas^ qui consiste en deux pierres attachées à chaque bout d'une corde longue de sept à huit pieds : ils font tournoyer ces cordes au-dessus de leur tête, et lancent les bolas avec une surprenante habileté.

Les guerriers de la tribu marchent au combat presque nus, n'ayant autour du corps qu'une ceinture de cuir à laquelle sont

suspendues leurs armes. Les chefs, au contraire, ont des espèces de cottes faites de peaux superposées les unes aux autres, trèshabilement préparées, peintes de couleurs brillantes, et couvrant leurs bras, leur torse et une partie de leur poitrine. Ils portent, pour préserver leur tète, une sorte de casque en cuir, sur le haut duquel on remarque une crête métallique. Ils déploient à la guerre assez de ruse et d'astuce, et leurs chefs les haranguent à la manière antique avant de les lancer contre l'ennemi. Leur grande tactique de guerre consiste surtout à surprendre leurs adversaires pendant la nuit : ils se livrent alors à des égorgements sans pitié. Les Patagons, surtout ceux du Nord, ne se séparent jamais de leurs chevaux, auxquels ils font jouer un rôle important dans leurs guerres. Leur force physique les avait rendus redoutables à tous leurs voisins; mais, dans les premières années de ce siècle, ils furent décimés par la petite vérole, et, à la suite de ce premier malheur, ils furent attaqués avec une vigueur extrême par les Âraucaniens, qui en firent un épouvantable massacre ; ils perdirent ainsi tout à la fois, et leur importance, et une partie de leur courage, avec les forces de la tribu. Les Patagons sont des maris jaloux, mais fidèles; leurs femmes sont chastes. Elles sont, du reste, chargées des plus rudes travaux et traitées en servantes plus encore qu'en épouses. Les parents ont pour leurs enfants une tendresse qui va jusqu'à l'adoration, mais dont la faiblesse peut devenir parfois dangereuse pour celui qui en est l'objet.

Les Patagons du nord se distinguent de ceux du sud par la gracilité des membres inférieurs, et leur disproportion avec le torse, beaucoup trop long. Ils pratiquent la polygamie et ont plus d'affabilité dans les façons que ceux qui vivent dans le voisiuage des Espagnols. Au nord comme au sud, les Patagons croient à l'immortalité, mais ils s'imaginent que la seconde vie sera matérielle comme la première, qu'ils auront dans l'autre

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monde les mêmes besoins et les mêmes passions que dans celuici, avec plus de moyens de les satisfaire. Ils adorent un seul être suprême, qu'ils ne se figurent sous aucune forme, {)^rce que toute représentation leur semblerait indigne de lui. Il est pour eux tour à tour le génie du bien et le génie du mal ; ils le consultent et le conjurent. Cependant, le culte suprême qu'ils lui rendent ne les empêche point d'avoir aussi des fétiches. Gomme beaucoup de peuples primitifs, ils sont superstitieux et enclins à la magie; ils ont des sorcières et des prophétesses qu'ils vénèrent, comme les païens vénéraient les sibylles antiques. Ils ont une peur des maladies contagieuses qui les pousse à la fuite la plus rapide, dès qu'ils en ont le soupçon. Ils s'en vont alors tout droit devant eux, peu soucieux de ce qu'ils laissent en arrière, abandonnant leurs femmes, leurs parents et leurs enfants.

Nous avons dit que les Patagons ne cherchaient point à faire de représentations plastiques de la Divinité. Ceci ne les empêche point de l'honorer d'une façon particulière, dans un arbre isolé qu'ils désignent sous le nom de Galichu. Le Galichu est tout simplement un arbre rabougri, qui, s'il avait crû dans un bois, n'aurait pas attiré l'attention, tandis que, perdu au milieu de plaines immenses, il anime l'étendue et sert de point de repère au voyageur. 11 est haut de vingt à trente pieds, tout tortueux, tout épineux, formant une touffe large et arrondie; vermoulu par les années, il a presque toujours un creux au centre; il appartient aux nombreuses espèces d'acacias épineux qui donnent une gousse dont la pulpe est sucrée, et que les habitants confondent sous le nom commun à^algarrobo. Ce qu'il y a de singulier dans les conditions du Galichu, c'est de trouver cet arbre seul au sein des déserts, comme jeté là par la nature, pour en interrompre la monotonie. Remarqué par les peuples voyageurs de ces contrées, il a dû les étonner et leur paraître une merveille, ce qui a peut-être contribué au culte dont il est

l'objet. Les branches de Talgarrobo sacré sont couvertes des offrandes des sauvages ; on y voit suspendus, là une mante, ici un puncho ; plus loin, des rubans de laine, des fils de couleur, et, de toutes parts, des vêtements plus ou moins altérés par le temps, et dont l'ensemble n'offre pas l'aspect d'un autel paré, mais bien plutôt celui d'une triste friperie déchirée par les vents. Aucun Indien ne passe devant le Galichu sans lui laisser quelque chose; celui qui n'a rien se contente d'offrir du crin de son cheval, qu'il attache à une branche. Le tronc caverneux de l'arbre sert de dépôt aux présents des hommes et des femmes : du tabac, du papier pour faire des cigares, des verroteries; on y trouve même quelquefois des pièces de monnaie. Ce qui atteste encore plus que tout le reste le culte des sauvages, c'est le grand nombre de squelettes de chevaux égorgés en l'honneur du génie du lieu, l'offrande la plus précieuse qu'un Indien puisse lui faire, et celle qui doit être la plus efficace; aussi les chevaux ne sont-ils sacrifiés qu'à l'arbre du Galichu et aux rivières, que l'on révère et que l'on redoute paiement, parce qu'on est obligé de les passer continuellement, et de braver à la fois et leur courant et leur profondeur.

On ne cite pas d'exemple d'un seul Patagon qui se soit jamais converti au christianisme. Ils ont pour leur dogme le même attachement que les musulmans. Constatons, toutefois, avec un douloureux regret, qu'au point de vue de leurs intérêts temporels, cette obstination a été pour eux un bonheur; car, tandis que tous les autres peuples qui, cédant à la parole divine du Christ ont accepté en même temps l'influence européenne, ont vu disparaître peu à peu leur nationalité et sont tombés dans la plus abrutissante sujétion, les Patagons, au contraire, ont seuls conservé leur indépendance et leur nationalité. La langue/ de la Patagonie est riche de mots et d'images,

mais d'une accentuation gutturale, et qui présente à l'organisme européen des difficultés presque insurmontables.

Les Patagons ne connaissent point le pouvoir des lois : ils vivent dans une sorte d'anarchie, qui laisse un redoutable empire à la ruse et à la force individuelle. Le plus voleur d'entre eux est estimé comme le plus habile. On se choisit un chef à la guerre pour diriger les expéditions et commander l'armée. La paix une fois conclue, ce chef n'a plus la moindre autorité. Les Patagons n'ont pas la notion du pouvoir civil. 11 n'y a point de peuple au monde qui soit plus pauvre qu'eux. Ceci tient à une double cause : à l'absence d'une constitution sérieuse de la propriété foncière, qui, à proprement parler, n'existe point; le territoire est au premier occupant, qui ne s'en empare aujourd'hui que pour l'abandonner demain, et à leurs idées religieuses, qui, en leur faisant un devoir de détruire à la mort d'un chef de famille tout ce qui lui appartenait, anéantissent ainsi, avec le droit de succession, la propriété mobilière, et, en condamnant à créer sans relâche pour détruire sans cesse, épuisent les forces vives du pays. Avec un tel système, on 'peut dire que la constitution sociale est à peu près nulle, et que la nation elle-même ne saurait avoir une existence sérieuse et des gages de durée.

Les Espagnols furent les premiers qui tentèrent une exploration de la Patagonie. Plusieurs années après que Magellan eut découvert le détroit auquel son nom restera pour toujoui*s attaché, les Espagnols tentèrent un établissement dans la Patagonie, où ils espéraient trouver ces trésors que rêvait partout leur

insatiable avidité. Un certain nombre d'aventuriers furent débarqués, en 1582, à l'endroit qui porte aujourd'hui le surnom sinistre de Port-Famine^ et ils y jetèrent les premiers fondements de la ville de Saint-Philippe. Ils ne tardèrent point à s'apercevoir qu'ils étaient sur un sol ingrat^ inhospitalier, où sévissait un froid rigoureux. La plupart d'entre eux périrent, victimes des plus dures privations, ou tombèrent sous les coups des indigènes ; les survivants s'éloignèrent de cette contrée si peu hospitalière.

Une visite des Hollandais à la pointe méridionale de la Patagonie n'eut aucun résultat au point de vue de la colonisation européenne. Une seconde expédition espagnole, sous la conduite de Hernandarias de Savedras, n'eut point plus de succès. Des Français, des Anglais, abordèrent également à ces mêmes parages, mais sans s'y établir; les jésuites eux-mêmes, si habiles à séduire les âmes, échouèrent dans leurs tentatives de conversion. Les efforts redoublés des Espagnols n'aboutirent qu'à la triste nécessité d'abandonner tous les points occupés par eux, à la seule exception d'un coin de terre à l'embouchure du Rio- Negro. Francisco Viedma acheta d'un des chefs du pays le cours du fleuve jusqu'à San Xavier, et construisit le fort de Carmen pour protéger ses nationaux. Les cruautés commises à cette époque par les Espagnols amenèrent des représailles non moins atroces, et la colonie fut ensanglantée. Elle se maintint cependant, grâce aux canons de l'Espagne, et le commerce y prospéra. C'est, du reste, le seul établissement européen qui soit resté debout dans la colonie. Sa population est d'environ six cents personnes, qui se livrent au commerce des cuirs, des laines, des plumes et de la viande salée. Le village s'élève dans un site agreste, au milieu de terres d'alluvion assez fertiles, et jouit d'une température modérée. Mais ces bonheurs de position sont tristement compensés par l'état de guerre presque con-

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tinucl où l'on se trouve avec les habitants, toujours prêts à la maraude, au vol et à la violence.

Le dernier effet des guerres intestines qui ont si longtemps partagé rAmérique du Sud, a été de donner le Carmen à la république Argentine, qui le laisse aujourd'hui dans un déplorable abandon. Sa complète destruction sera un fait accompli dans un assez prochain avenir. A ce moment, laPatagonie toute entière sera retombée au pouvoir de ses anciens habitants.

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