TERRE DE FEU
Quand on a franchi le détroit de Magellan, un des sites les plus pittoresques du monde, dont les eaux profondes, dans un lit resserré, offrent de nombreux mouillages, au milieu des scènes les plus grandioses et les plus magnifiques de la nature australe, sous un ciel dont la blancheur immaculée des neiges éternelles reflète tour à tour ou l'azur, ou les rayons, on arrive à la Terre-de-Feu, ainsi nommée sans doute parce que c'est un des endroits les plus glacés du monde. C'est un archipel dont le point le plus important et le plus méridional porte le nom célèbre de cap Horn, et domine au loin la mer, sur laquelle se projette sa majestueuse silhouette.
L'aspect général de la Terre-de-Feu est triste et sévère. Sur certains points de la côte, il est effrayant ; quelques navigateurs disent horrible. Il varie, du reste, selon les latitudes où on l'étudié; mais la Terre-de-Feii est généralement inhospitalière, et elle a plus d'une fois dévoré ses explorateurs. La flore et la faune du pays sont assez pauvres, et ses habitants peuvent être rangés parmi les plus misérables du monde. Ajoutons qu'ils
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se livrent aux hideuses pratiques du cannibalisme; ils ne mangent pas seulement les prisonniers faits à la guerre; mais ils immolent et dévorent leurs vieilles femmes sans se rendre compte que c'est un crime..., et qu'elles ont la chair dure.
Les lies Malouines dépendent du groupe désigné sous le nom générique de Terre-de-Feu. Une de ces révolutions subites qui bouleversèrent jadis la face du globe les a violemment arrachées au groupe patagonien et magellanique. C'est un lieu sinistre et bien fait pour jeter l'effroi dans l'âme du navigateur, quand il aperçoit ces plages désolées, ces falaises sombres, incessamment battues par le flot des tempêtes, ces montagnes à pic que ne pare aucune végétation, ces vallées qui semblent des déchirures du sol, et du sein desquelles s'élèvent des colonnes de basalte aux teintes ferrugineuses.
Les eaux et les rivages des lies Malouines sont peuplés de colosses amphibies, phoques, éléphants et lions marins, — ébauches de la création, — informes essais de la nature, — qui prélude ainsi à des formes supérieures, et qui jette ses grossiers embryons sur les coins du globe qu'elle n'a point jugés dignes de recevoir des espèces plus épurées. .
Gomme toutes les terres du nouveau monde, les lies Malouines ont été l'objet de longues contestations entre les diverses nations européennes, qui toutes prétendaient s'en emparer. Les Anglais, les Français et les Espagnols y créèrent successivement des établissements qui n'y obtinrent, du reste, que des succès incertains et peu durables. En 1829, la république Argentine, qui se prétendait l'héritière de l'Espagne dans toute cette partie du continent américain, rendit un décret qui l'en déclara seule et unique propriétaire. Peut-être l'exécution devait-elle présenter quelques difficultés. Il n'a jamais suffi de vouloir pour avoir. Aujourd'hui le lion anglais — qui n'est, du reste, qu'un léo-