‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 8 sur 33 · PREFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIII

possible à une seule nation de le civiliser... Et cependant, on le plaça sous le séquestre, on l'isola, on le priva de tout commerce, on rendit impossible pour lui toute communication avec le reste du monde. — Maîtresse absolue de ces vastes contrées, la Péninsule ne songea qu'à retirer tout le fruit de sa conquête, au risque de l'épuiser ; elle ne se montra pas difficile sur le choix des moyens : tous lui parurent bons pourvu qu'ils pussent la conduire au but. Des nuées d'hommes avides s'abatirent sur l'Amérique pour y faire fortune, et, cette fortune faite, regagnèrent l'Europe, laissant sur un sol appauvri quelques vices de plus dans une société nouvelle, étrangement mêlée, vacillant sur ses basas, et cherchant vainement les lois de son équilibre.— L'agriculture, cette source de la richesse durable et vraie, fut méprisée, sacrifiée à l'exploitation des mines ; et dans ces travaux rudes et forcés, antipathiques à sa nature, indolente et un peu faible, la race indigène, condamnée à les accomplir, périt par millions.

Un seul détail permettra d'apprécier l'iniquité, et en même temps l'absurdité des idées gouvernementales alors en honneur. On arrachait les vignes plantées sur le sol fécond du nouveau monde, et on y interdisait la culture des céréales, pour contraindre les colons à recevoir le pain et le vin de la métropole, qui seule pouvait les leur fournir, et qui les fournissait à des prix arbitraires et honteusement surélevés. Tous les hauts fonctionnaires étaient expédiés de la Péninsule, et ils administraient leurs provinces à la façon des satrapes de la Perse et des proconsuls romains. La ruine une fois accomplie à leur profit, ils revenaient en Europe... et l'on appelait cela gouverner!

Une seule chose eût pu apporter le remède à tant de maux ; c'eut été les croisements entre blancs et Indiens, préparant la restauration de la race, et avec elle l'avenir du pays renouvelé. Les préjugés, la morgue portugaise ou castillaue s'opposaient àce

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