CHAPITRE II
DANS NEW- YORK ET AU BORD DES LACS ÉCOLE DU SOIR ET ÉCOLE d'ÉTÉ
Les douze mille kilomètres du « séminariste ». — Mélancolie vite dissipée. — Chez les Paulistes; le P. Me Millan. — Une jeune fille des high schools. — Visites en chemin de fer. — Les écoles du soir : 75 pour 100 d'élèves juifs. — L'école catholique d'été. — Comédie, camping, base bail, discours et souper. — Sur le lac Champlain et le lac George. — Dans le pays des Mohicans.
Les lecteurs que n'a point découragés mon premier chapitre méritent bien de savoir où j'ai l'intention de les conduire. Si mes projets ne se modifient pas, nous resterons aussi peu que possible dans l'Est, vu il y a quatre ans; nous irons droit à Chautauqua, puis à Chicago, prendre part à des cours d'été; nous ferons, de là, visite à Mgr Ireland et à Mgr Spalding; nous nous dirigerons ensuite vers la Californie, avec arrêts dans le Nebraska et le Colorado ; nous descendrons de San-Francisco à Los Angeles, peut-être sur le Pacifique; par l' Arizona, le Texas, nous nous rendrons en Louisiane et nous visiterons la Nouvelle- Orléans; nous remonterons, par voie de terre ou de mer, à New- York et à Boston. Mais qu'on ne s'applique pas trop à retenir cet itinéraire. Pour des motifs qui appai'aitront en leur temps, il sera fortement changé ; c'est le Nord-Ouest que nous visiterons à la place du Sud-Est, et l'Ouest-Canadien au lieu de la Louisiane. D'autre part, le présent volume, de peur
d'être trop long, s'arrêtera à San-Francisco. Et en tout cela, les circonstances, je crois, ne nous auront pas mal servi, car « l'Amérique de demain », c'est principalement celle que nous verrons, el qui est en train de se former, ou de se développer, sur les rivages du Pacifique.
De toute manière, au reste, c'est une perspective de dix à douze milliers de kilomètres sur les grands chemins du Nouveau Monde. Elle impressionne fortement, il faut en convenir, le restant de séminariste qui survit en moi et que je m'amuse, de temps à autre, à eiïaroucher. Je regretterais qu'il disparût complètement. Il ajoute du piquant à certaines expériences et il en est que je ne pourrais faire sans lui. Combien il m'est utile, par exemple, quand je veux, au matin du débarquement, imaginer l'inquiétude qui doit saisir quelques nouveaux venus ! Le jour est à peine levé. Je viens de dire adieu aux compagnons de traversée; me voilà seul dans la grande salle parmi les douaniers, devant mon petit bagage ouvert, sans amis, hésitant même sur l'adresse à donner. Que sera ce voyage de quatre longs mois ? Quelles heures de spleen, de fatigue, de regret, de maladie peut-être, loin des miens, loin de tout? La tristesse monte, monte... Que doit-ce donc être pour l'émigrant défmitif, qui ne sait où il ira ni s'il gagnera sa vie, et qui revoit, en un éclair, toutes les certitudes, toutes les affections qu'il a laissées pour l'inconnu vide ! On fait ce qu'on veut de l'imagination : enfant, j'ai versé de vraies larmes en jouant avec d'autres les orphelins perdus, et nous quittions tout à fait navrés les arbustes du jardin qui nous avaient servi de forêt sauvage. Voilà qu'il en va de même et que mon « séminariste » se sent défaillir. Je le secoue avec brusquerie, mais ne réussis pas à le faire taire aussi vite que je le souhaiterais. Le long des rues à peine éveillées de New- York et