‹ L'Amérique de demainChapitre 119 sur 167 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

tout ; jamais on ne s'y laisse démonter à fond. A peine la pluie violente de la quatrième nuit avait-elle éteint l'incendie, que la bonne humeur commença de reparaître. La police n'avait jamais pu, au moral ni au matériel, purifier le quartier chinois; on l'accusa d'avoir elle-même organisé le tremblement de terre pour venir à bout de ce foyer de pestilence. J'ai sous les yeux une chanson composée très peu de jours après l'incendie ; on la dirait extraite d'une revue de Montmartre, et la catastrophe y est narguée de belle façon. Le texte en est entouré de caricatures où l'on voit des fuyai'ds traîner des malles surmontées de cages de perroquets, des dames du monde faire la cuisine en plein air sur des lampes d'éclairage, des maçons qui recommencent avec fureur leur travail, finalement un bonhomme à califourchon sur le globe terrestre, à l'endroit de San-Francisco et qui saute en se tordant de rire, avec une légende qu'on pourrait traduire par : « J'y suis, j'y reste ».

Mais pour rester, il fallait rebâtir. On s'y mit avec un entrain qui dépasse l'imagination. Au bout d'un mois, il y avait vingt-cinq mille ouvriers occupés aux reconstructions. Les secours, sans doute, étaient arrivés de tous les Etats-Unis avec autant de promptitude que de générosité, et l'on n'a pas oublié ce geste, orgueilleux peut-être, non pas dénué d'une certaine grandeur : le refus absolu de souscriptions étrangères. Mais les 6 213 000 dollars de la souscription nationale passèrent tout entiers en refuges et asiles, en distribution de nourriture, de vêtements, de remèdes, en dépenses urgentes d'assistance. Et ce fut la cité elle-même qui eut à rétablir ses services anéantis; ce furent les habitants qui eurent à remettre sur

pied, non seulement leurs affaires, mais tout d'abord leurs maisons; Ils y pourvurent si activement, que moins d'un an et demi plus tard je trouvais la vie de San-Francisco semblable à celle de toutes les grandes villes, aussi aisée matériellement, aussi satisfaisante en ce qui touche les besoins de l'esprit. Le quartier des affaires, le plus important, et qui avait totalement disparu, rappelait un peu l'état que présente notre boulevard Raspail depuis des années ; mais l'on n'attendait pas, pour le livrer aux voitures ni même aux tramways, que chaque fenêtre y eût des rideaux. J'apprenais, en me promenant à travers les chantiers, que les travaux atteignaient déjà le prix approximatif de 75 millions de dollars. Pour citer des chiffres plus précis, il a été officiellement délivré, depuis le 18 avril 1906 jusqu'au 30 novembre 1908, des permis de bâtir pour 18 422 maisons, d'une valeur enregistrée de 120 866 948 dollars, ce qui, avec les 15 pour 100 qu'il faut ajouter pour avoir la valeur réelle, donne en dix-neuf mois 138 997 090 dollars. Au mois d'octobre 1909, lorsque, par des fêtes magnifiques et auxquelles s'associei'a le peuple entier des Etats-Unis, San-Francisco célébrera l'achèvement de ses reconstructions, on estimera qu'elles auront coûté beaucoup plus d'un milliard. Les maisons nouvelles seront, d'ailleurs, plus belles que les précédentes et vaudront, en moyenne, trois fois davantage. Non moins que l'élégance et le confortable, on y aura cherché la sécurité ; on aura remplacé le plâtre par des briques et de la pierre; on aura creusé, surtout, des fondements plus solides.

Mais l'amélioration la plus importante est celle du service des eaux; s'il avait fonctionné après le tremblement de terre, les dommages eussent été plus de cent fois moindres. On travaille à s'assurer désormais, contre les grands sinistres, le secours de l'eau de mer

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