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CHAPITRE XII

le règne absolu du chantage et de la fraude. Les cabaretiers et les tenanciers de mauvais lieux, pour faire renouveler leurs licences, durent prendre le whiskey, la bière, le Champagne, les cigares, des maisons qui avaient partie liée avec le maire et la police. Gomme à peu près tous étaient en contravention perpétuelle, pour vente d'alcool aux mineurs, pour entrées secrètes, pour admissions de joueurs ou d'escrocs, pour quantité d'autres délits, force leur était de céder et de choisir la bonne marque, s'ils ne voulaient pas être obligés de fermer boutique. Les « restaurants français » — et ce nom, dans l'espèce, représente pour nous un fâcheux hommage, — les restaurants français se virent accuser, non sans vraisemblance, de facilités excessives en ce qui touche les mœurs ; mais, comme l'accusation ne partait pas précisément du souci de la vertu, elle fut abandonnée aussitôt qu'ils eurent pris pour avocat-conseil le hoss Abraham Ruef, aux modestes appointements de 10 000 dollars pour deux années. La « protection » de cet avocat et du maire son ami fut rétribuée de façon analogue par quantités de tripots et d'établissements plus ou moins recommandables, si bien qu'à la veille du tremblement de terre, ce chantage était organisé, paraît-il, sur le pied de 250 000 dollars par an. Les conseils du tout puissant avocat furent également prisés à leur valeur par les compagnies qui avaient à traiter avec la ville pour le gaz, l'électricité, les téléphones, les tramways. Il lui serait revenu, de ce chef, — mais pour partager avec le maire et les contrôleurs, — près de 500 000 dollars. La corruption, le grajt, descendit, comme on le devine bien, des grands chefs aux petits fonctionnaires, et la vénalité s'infiltra partout. Le plus beau est qu'elle atteignit la police elle-même et que Dinan, son chef olTiciel, après avoir exclu les officiers probes.

en fit, pourrait-on bien dire, la mieux organisée des bandes de voleurs. Quiconque était pris en contravention savait le moyen très simple d'empêcher les poursuites. Il a même été avancé, mais non pas prouvé, qu'en maintes circonstances, les escrocs n'avaient eu qu'à céder une part de butin pour garder tranquillement le reste. Le tremblement de terre, comme toujours en de pareils cas, s'il provoqua d'admirables dévouements, fut aussi l'occasion d'actes honteux de pillage. La recherche des objets précieux et des métaux de valeur parmi les ruines accumulées, fut presque livrée au hasard, c'est-à-dire en fait, à l'exploitation d'audacieux brigands. La police se garda de les inquiéter, et l'on cite un propriétaire qui ne put faire arrêter des voleurs occupés à enlever de chez lui, — larcin pourtant facile à apercevoir, — quatre bouilloires de cuivre pesant 500 livres chacune : « S'ils ne les prennent pas, dit placidement le commissaire de police du quartier, d'autres les prendront. » Après l'incendie de 25 000 bâtiments, la plus stricte surveillance n'aurait pas suffi à empêcher toute rapine ; il n'y eut, pour ainsi dire, pas de surveillance du tout. Le rétablissement des communications put seul mettre un terme à ce genre de travail, ou du moins le ralentir, après qu'il eut enrichi nombre de voleurs et plus d'un policier.

Il ne fallut pas un médiocre courage au groupe de citoyens qui entreprit d'arrêter ce flot d'abus et de concussions. La vertu y fut pour beaucoup, l'esprit de parti fit le reste; on réunit des fonds, on agita l'opinion par des meetings et par la presse ; on dressa des pièges aux concussionnaires, et il arriva, en particulier, qu'un des contrôleurs municipaux ayant reçu rendez-vous dans un appartement truqué, accepta des pots de vin en présence de témoins invisibles. Quand la question fut mûre, on la posa nettement

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