CHAPITRE XIII
mencé, au moment du traité de Portsmouth et en serrant les problèmes de plus près, à comprendre que les Japonais, libérés par la défaite russe de leur plus grand souci du côté asiatique, pourraient bien désormais diriger leurs efforts sur l'autre versant du Pacifique, ils n'en avaient pas moins continué d'entretenir avec eux les relations les plus amicales, et ils avaient, malgré l'importance de leur colonie à Séoul, retiré, les premiers de tous, pour complaire au Japon, le représentant qu'ils entretenaient auprès de l'empereur de Corée. Des remerciements officiels furent adressés à ce propos au gouvernement des Etats-Unis, pour « les dispositions amicales dont il témoignait une fois de plus »; et, en retour, l'amitié nippone saisit avec empressement les occasions de se manifester que lui offrirent, un peu plus tard, les voyages de miss Roosevelt, des financiers américains qui avaient joué un rôle si important à l'époque de la guerre, et du secrétaire Taft, considéré déjà comme futur Président.
Chez ceux qui ne jugent encore de la marche des affaires humaines que par les attitudes des personnages officiels ou par les arrangements, même sincères, qui se concluent dans les chancelleries, la surprise dut donc être grande lorsqu'à la fin de 1906 il leur fut révélé soudain qu'entre le Japon et les Etats- Unis des difficultés telles venaient de surgir en Californie, qu'on se demandait si elles n'entraîneraient pas un appel immédiat aux armes. Qu'était-il donc survenu de si grave ? Simplement un arrêté du Conseil de l'éducation à San-Francisco, ordonnant « d'envoyer tous les enfants chinois, japonais ou coréens à l'école orientale publique », c'est-à-dire, au fond, prenant les mesures qu'il avait annoncées l'année précédente, pour « ne pas exposer les enfants américains au contact des élèves de race mongole ». Et
il est vrai que de justes réclamations avaient été faites contre l'inconvénient de laisser parmi les jeunes enfants de l'école primaire une quarantaine d'adolescents en retard qui étaient nés au Japon ; mais, comme ceux-là ne formaient, réunis même à quarante autres Japonais au-dessous de quinze ans, qu'une très infime minorité, on conviendra que le péril n'était pas grand et qu'il y avait, en tout cas, pour le conjurer, d'autres moyens que de représenter, par un acte général et aussi retentissant, la race japonaise comme une race inférieure et de fréquentation moralement dangereuse. L'émotion, assez naturelle, que suscita pareille offense dans l'opinion nippone encore exaltée de ses victoires russes, fut sans aucun retard prise en sérieuse considération par le gouvernement de Washington. Fort du traité de 1894, qui assurait aux Américains et aux Japonais en résidence les uns chez les autres le traitement dû aux citoyens de la nation la plus favorisée, le pouvoir fédéral engagea contre les autorités de San-Francisco un procès pour défendre ses propres prérogatives en matière de relations internationales et pour déterminer la limite de souveraineté laissée aux Etats particuliers. On touchait là à ce qui est devenu le point faible de l'admirable Constitution américaine, à cette nécessité nouvelle, dont il faudra bien quelque jour tenir compte, de préciser par quelque article additionnel l'autorité diplomatique du pouvoir fédéral et de lui donner le moyen d'imposer aux divers Etats de l'Union le respect de ses engagements internationaux.
Comme il arrive entre gens pratiques, la question des écoles de San-Francisco fut tranchée en fait sans être résolue en droit. Au bout de cinq mois de négociations, le Conseil de l'éducation retira la mesure objet du litige. Les Californiens, du reste, avaient atteint