‹ L'Amérique de demainChapitre 137 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le but qu'ils visaient principalement et qui était d'imposer au pays entier un nouvel examen du problème des jaunes, de mettre pour ainsi dire à l'ordre du jour de l'opinion publique la question de savoir s'il n'était pas temps d'appliquer aux immigrants du Japon les mesures d'exclusion qui atteignaient les immigrants de Chine.

Quelques désordres, facilement arrêtés, mais déjà significatifs, avaient accompagné cette première phase du conflit. Du 3 au 24 octobre, les restaurants japonais de San-Francisco avaient été boycottés par le syndicat des cuisiniers et des garçons ; on empêchait les clients d'entrer, on jetait des pierres dans les devantures. Mais une offre opportune de 550 dollars avait déterminé le chef des boycotteurs à ramener le calme. Fait un peu plus grave, quelques agressions furent commises dans les rues contre de notables Japonais, par des gens sans aveu; elles provoquèrent un avertissement énergique de M. Roosevelt aux autorités de la ville, disant que, si elles ne savaient pas protéger les personnes et les biens des Japonais conformément au droit international, « l'entier pouvoii' du gouvernement fédéral serait employé, dans les limites que prescrit la Constitution, à imposer promptement et énergiquement le respect des traités, loi suprême du pays, et à assurer au peuple d'une grande puissance amie le traitement qui convenait sur le territoire des Etats-Unis. »

Les deux années suivantes furent plus calmes, peut-être parce que les syndicats ouvriers de San- Francisco, s'ils conservaient leur hostilité contre la main-d'œuvre japonaise, étaient un peu moins maîtres d'inspirer des actes vexatoires, n'ayant plus dans leur dépendance comme précédemment l'autorité municipale. Mais la ligue d'exclusion des Asiatiques n'en continua pas moins de se développer en Cali-

fornie, parallèlement à celles de l'Oregon, du Washington et de la Colombie Britannique ; et, dans une convention tenue à Seattle au mois de février 1908, elle fusionna avec elles toutes sous le nom de ligue d'exclusion nord-américaine. A l'instigation, sans doute, de cette puissante association, les premières semaines de 1909 devaient voir se reformer tout d'un coup l'orage, et cela au moment où il semblait qu'on dût le moins s'y attendre : quand la grande flotte du périple mondial allait reprendre ses quartiers dans les eaux de l'Atlantique, et juste après que les gouvernements de Washington et de Tokio s'étaient mis d'accord pour supprimer entre eux toute cause de difficulté.

Il importe d'insister sur cette dernière coïncidence. Elle fait clairement ressortir, d'une part la profondeur d'un conflit qui se manifeste ainsi entre les peuples dans le temps même où les gouvernements concluent des ententes publiques, et d'autre part, à ne s'en tenir qu'à l'aspect américain de la question, la gravité intérieure d'une situation qui oppose si nettement le pouvoir fédéral et l'opinion publique de plusieurs Etats. S'il arrivait jamais, — on n'en est point là, — que Washington dût recourir à la force pour imposer aux Etats de l'Ouest le respect de ses traités, ou bien laisser le Japon sous le coup d'une de ces offenses qui entraînent fatalement la guerre, quelle puissance au monde serait capable d'arrêter le cours des destins ?

Le 30 novembre 1908, l'ambassadeur japonais, baron Takahira, et le secrétaire d'Etat, M. Root, échangent à Washington des notes ainsi conçues :

Page 1