‹ L'Amérique de demainChapitre 147 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

que les arsenaux américains auront pris une grande avance... Jusque-là la prudence ajoute ses conseils à ceux que prodiguent déjà un amour, d'ailleurs sincère, de la paix, et la crainte, efficace chez un peuple pratique, d'arrêter les affaires.

Un jour, sans doute, le développement commercial du Japon et des Etats-Unis créera entre eux une rivalité analogue à celle qui aujourd'hui mine sourdement les rapports de l'Angleterre et de l'Allemagne, et ce sera là une cause possible de guerre, le principe d'une hostilité, non plus localisée, mais vraiment nationale; déjà, moins d'un an après le solennel échange de notes amicales que nous avons rappelé, les arrangements spéciaux du Japon avec la Chine au sujet de la Mandchourie inquiètent assez les négociants américains pour qu'il faille demander à Tokio si le fameux régime de la porte ouverte signifie que par cette porte les marchandises nippones entreront avec privilèges. Mais enfin, la rivalité ne commence qu'à naître, et diverses causes la viennent atténuer. Bien que, par exemple, la marine marchande des Etats-Unis souffre de la concurrence que lui font les paquebots japonais grâce au moindre coût de leurs équipages, cependant, comme les besoins grandissent encore plus vite que les ressources sur les rivages infinis de l'océan Pacifique, les moyens de transport, d'où qu'ils viennent, et les débouchés, où qu'ils s'offrent, font le profit de tout le monde; chacun des deux peuples est pour l'aytre le meilleur client, et tous deux sentent que ce n'est pas trop de leur commun effort pour mettre en valeur le champ incommensurable qui s'étend devant eux.

Mais, pour n'être pas probable avant plusieurs années, cinq, dix, peut-être davantage, la guerre, à cause des éléments naturels et irréductibles qui sont à la base du conflit, ne pourra pas toujours être

évitée. Et d'ailleurs on s'y prépare, ne serait-ce, conformément au dicton, qu'afm de maintenir la paix. Que les deux peuples travaillent à augmenter leurs flottes, nul ne l'ignore. On sait aussi que les Japonais s'appliquent à faire de Formose une base navale de premier rang, avec une station de torpilleurs et de puissantes batteries. Les Américains, de leur côté, agrandissent leurs chantiers, surtout sur le Pacifique, et fortifient, en même temps que les points stratégiques de leur littoral et des Philippines, la position si importante, mais si exposée, qu'ils occupent aux îles Hawaï. Leur budget 1908-1909 a prévu un accroissement de dépenses de 180 millions pour la guerre, de 130 pour la marine, et rien n'annonce qu'ils veuillent s'en tenir là. Gomme puissance navale, ils viennent immédiatement après l'Angleterre, dépassant l'Allemagne même, et nous à plus forte raison, soit en effectif réel soit en constructions projetées.

Si donc il fallait attendre des armes la solution du problème, ce pourrait n'être qu'une question de temps et de patience. Mais il est clair que, quelle que soit l'issue de la rencontre, elle n'aura rien de définitif. Aucune des deux puissances ne saurait anéantir l'autre ni la mettre complètement sous le joug. Le vaincu ne songera qu'à la revanche, et l'on n'imagine pas que sa précédente antipathie pour les adversaires deviendra de l'amour aussitôt qu'ils l'auront battu. Or, l'un des deux fût-il comme anéanti, le problème, au fond, resterait entier : il n'y a pas seulement en cause le Japon et les Etats-Unis, mais, au sens le plus large des mots, tout l'Est contre tout l'ouest de l'océan Pacifique (1). Après comme avant la

(1) Si, contrairement aux traditions et aux instincts des peuples anglo-saxons, l'Australie s'est imposé, en 1909, le joug de la

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