‹ L'Amérique de demainChapitre 151 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

passé, est devenue ou restée chrétienne en suivant d'autres méthodes ? Du jour où l'on aurait clergé et épiscopat japonais, le Japon passerait vite au christianisme et, converti lui-même, il évangéliserait mieux que nous ne pouvons le faire, la Corée, la Chine, tout l'Extrême-Orient (1), Mais que personne n'aille soupçonner un reproche sous ces vœux. Il s'en faut tellement qu'au contraire nous tenons à dire qu'ils commencent à se réaliser. A la fin de décembre 1906, les quatre diocèses catholiques du Japon comptaient, pour 60 282 fidèles, 4 évêques et 119 missionnaires étrangers, mais aussi 32 prêtres indigènes; les sectes protestantes, qui sont au nombre d'une vingtaine, comptaient, pour 62 862 adeptes, 889 missionnaires étrangers et 1 379 ministres ou catéchistes japonais (2). Dans les missions catholiques de Chine, le nombre des fidèles était en 1907 de 880 000, et celui des prêtres indigènes, de 521, dépassant quelque peu celui des prêtres étrangers. Pour faible qu'apparaissent de tels chiffres lorsqu'on les compare à celui des populations, ils ne laissent pas d'entr'ouvrir quelque perspective sur un avenir plus favorable, et ils suffisent à prouver, tout au moins, qu'il n'y a rien de foncièrement incompatible entre la race jaune et l'accession au culte ou au sacerdoce chré-

(1) C'est aussi une idée répandue chez les catholiques des Etats- Unis, que leurs prêtres réussiraient mieux que d'autres à convertir les Japonais. On ne tardera peut-être pas à le savoir, car l'Eglise américaine sera bientôt en mesure de collaborer activement à l'œuvre des Missions.

(2) On se fera une idée exacte de l'état du catholicisme au Japon en feuilletant les Missions catholiques, les Annales de la propagation de la foi, les bulletins des diverses sociétés de missionnaires comme V Apôtre de Marie, ou en lisant l'excellente conférence de l'abbé Lebon (Paris, Beauchesne) sutV Apostolat par l'Education au Japon. Nous signalons, d'autre part, comme très instructif le livre de M. Raoul Aluer sur le Protestantisme au Japon. (Chez Félix Alcan.)

tiens. C'est ce que, d'ailleurs, ne sauraient refuser d'admettre ni les croyants, pour qui l'Evangile est destiné à toutes les nations, ni les historiens ou observateurs impartiaux, qui l'ont toujours vu, dans la suite des siècles, s'adapter, sans fléchir, aux formes les plus diverses de civilisation.

En attendant que ce vaste mais lointain espoir devienne une réalité et que, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, confondus alors et rejoints de telle sorte qu'on ne sache plus à quels rivages en donner les noms, la lumière de l'Evangile se soit levée sur tous les peuples et les ait amenés à se comprendre, il reste à considérer une solution beaucoup plus modeste et uniquement locale, mais qui, à défaut d'autres, mérite pourtant qu'on y réfléchisse : je veux parler de l'atténuation qu'apporterait au conflit des deux races, sur la côte américaine du Pacifique, et spécialement en Californie, une prédominance plus marquée, un accroissement plus rapide de la population blanche.

C'est le procédé même par où les Etats-Unis ont pu conjurer les menaces de la question noire, le nombre des blancs, grâce aux immigrants d'Europe, augmentant toujours en proportion très supérieure à celui des nègres, bien que ceux-ci soient plus prolifiques. Il est vrai que, dans ce cas, l'on doit aussi tenir compte de l'infériorité intellectuelle, et qu'il n'en serait point de même pour les Japonais, aussi adroits, aussi laborieux, et moins dépensiers que les Américains; mais c'est une raison de plus pour ceux-ci de maintenir et de développer autant que faire se peut leur avance numérique, incomparable ment plus forte à l'égard des jaunes qu'à l'égard des noirs. Qu'ils accélèrent, dans les territoires qui com-

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