CHAPITRE XIH
oliviers, considérés comme des productions spontanées, — trente millions d'arbres à fruits : pommiers, abricotiers, cerisiers, pêchers, poiriers, orangers, citronniers. La vigne y donne d'excellent raisin de table, bien qu'on ne sache guère le favoriser, et des vins qui, déjà renommés, pourraient, avec des soins semblables à ceux de France, acquérir très probablement la valeur de nos crus. Même soumis à une culture assez primitive, vignobles et vergers rapportent en moyenne 250 dollars l'acre; avec une culture intensive, ils rapporteraient, et le font quelquefois, jusqu'à 1 000 dollars. L'exploitation des forêts donne 8 500 000 dollars de bois pour la construction, et autant pour les autres usages. L'arbre rouge de Californie n'existe pas ailleurs, et les dimensions qu'il atteint en font une curiosité qui attire les touristes ; il en est dans lesquels on a creusé un tunnel pour le passage des voitures. Et ils sont si nombreux qu'en continuant d'en abattre, comme on le fait, quatre cent millions par an, il faudrait, même s'ils ne se reproduisaient pas, deux siècles et demi pour qu'ils disparussent. L'élevage, si on le voulait bien, réussirait aussi parfaitement en Californie ; avec ce climat tempéré, qui presque partout reste le même en hiver et en été, — à tel point que les vêtements de janvier servent au mois d'août, — on peut laisser les troupeaux au grand air et à une nourriture plus saine tout le long de l'année, économisant ainsi la dépense du foin et de l'étable. Cet avantage commence, du reste, à être compris d'un nombre de colons déjà appréciable, mais qu'on voudrait voir augmenter plus vite.
Et que d'autres moyens de faire fortune attendent les trop rares fermiers ! Ne suffît-il pas d'indiquer, par exemple, que la Californie envoie tous les ans au dehors une vingtaine de millions pour les œufs et
les poulets qu'il serait si facile de produire sur son territoire? Mais, pour n'insister que sur les sources de richesse les plus importantes maintenant, constatons que l'industrie, magnifiquement favorisée par les gisements de gaz naturel ainsi que par la force hydraulique dérivée en surabondance des torrents de la Sierra, donne déjà pour plus de quatre cents millions de dollars par an d'objets manufacturés; ajoutons que l'exploitation minière n'est pas limitée à l'or, mais s'étend à quantité d'autres substances, comme le cuivre, le pétrole, les glaises, pour atteindre une valeur totale qui était en 1906 de cinquante-quatre millions de dollars ; enfin n'oublions pas que tous ces produits, aussi bien que ceux de la culture, trouvent un écoulement facile dans quatre lignes transcontinentales et dans les services de paquebots qui font communiquer avec l'Extrême-Orient, non seulement la rade admirable de San-Francisco, mais les ports de San-Diego, San-Pedro, Eurêka, Santa-Barbara, Monterey. Le commerce maritime de la Californie dépasse déjà cent millions de dollars par an, et le canal de Panama lui sera bien plutôt un adjuvant qu'une concurrence, parle fait même de le mettre en relations directes avec les ports de l'Atlantique dans le Vieux et le Nouveau Monde.
Mais qu'il y ait place en Californie pour de nouveaux venus, c'est ce que montrerait, à elle seule, la densité de la population, n'y étant que de 9,5 par mille carré, alors qu'elle s'élève à 152 dans l'Etat de New- York, à 140 en Pensylvanie, à 86,1 en Illinois, et, pour avancer vers l'Ouest, à 40,2 en lowa, à 38 en Wisconsin, à 22,1 en Minnesota, à 18 encore dans le Kansas, Et que, d'autre part, il y ait avantage à prendre place parmi les 2 000 000 à peine d'habitants (1) qui se partagent les 156 172 milles carrés
(1) Exactement 1 485 053, d'après le recensement décennal de