‹ L'Amérique de demainChapitre 154 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de ce territoire, on n'en doutera plus lorsqu'on aura vu, dans les statistiques officielles, que par tête la fortune moyenne est de 751 dollars en Allemagne, de 1 125 dans l'ensemble des Etats-Unis, de 1 145 dans la Grande-Bretagne, de 1 228 en France, de 1 247 en Australie, de 2 800 en Californie. Mais, pour que notre invite ne semble pas s'inspirer uniquement de motifs grossiers, ajoutons qu'il n'est peut-être pas au monde un meilleur climat, une terre plus fleurie, un ciel plus enchanteur, une aussi grande douceur de vivre; ou bien élevons-nous plus haut encore, dût l'efficacité de nos motifs s'abaisser d'autant, et rappelons l'idée dominante de ce dernier chapitre, à savoir qu'il s'agit pour notre race blanche de maintenir sa prépondérance et son idéal en face de la menaçante invasion des jaunes.

Ce ne sont ni les escadres en route sur l'océan, ni les batteries protectrices des côtes qui constituent la vraie défense d'un peuple. Sa force est en lui-même, dans la valeur et le nombre de ses citoyens. C'est pourquoi nous avons confiance dans l'avenir des Etats-Unis.

A maints égards, sans doute, les forces du Japon paraissent lui prometire la victoire. S'il compte moins d'habitants, son armée régulière est dix fois plus nombreuse que celle des Américains; si sa marine possède et si elle construit un peu moins d'unités navales, elle reste toujours maîtresse de les assembler, de les mobiliser en une ou deux semaines, tandis que les Etats- Unis voient leurs escadres séparées par un long con-

1900; 1 648 000 en 1906, d'après l'estimation du Stateman's Yearbook de 1909.

tinent. Mais ce qui doit donner au Mikado le plus de confiance, c'est bien encore la qualité de ses soldats et de ses marins. Leur bravoure, dans la guerre contre la Russie, a étonné les plus valeureux. On eût dit que ni eux ni leurs chefs ne faisaient cas de la vie humaine. L'héroïsme régnait parmi eux à l'état normal, et dans tous les rangs. Des milliers de petits fantassins, sur les navires qui les transportaient, dans les fossés de Port-Arthur, sur les champs de Moukden, se faisaient tuer anonymement avec la noblesse d'un chevalier d'Assas; et leurs familles, quand elles l'apprenaient, ne s'y résignaient pas, elles se réjouissaient qu'un des leurs fût mort pour le Mikado, elles fêtaient sincèrement cette entrée enviable dans la gloire commune des ancêtres.

Mais si j'écrivais que l'Amérique me paraît inférieure comme ressources et comme idéal, on saurait bien que je ne suis pas sincère. Elle prépare, dans le percement de Panama, une plus rapide conjonction de ses flottes ; et, en attendant, elle consacre chaque année de plus larges crédits à la marine, tandis que les Japonais se voient obligés de diminuer les leurs. Son armée, en temps ordinaire, n'est en rien comparable à celle des ennemis éventuels; mais on conviendra que l'océan Pacifique lui donnerait quelque temps pour se préparer contre une invasion d'ailleurs presque invraisemblable; et d'autre part, elle possède assez de richesses en tout genre, mais surtout assez d'hommes, et d'hommes sincèrement dévoués, pour arrêter, user, détruire, à la longue, n'importe quels ennemis. Moins féodal, moins collectif, moins impersonnel, moins fanatique, si l'on veut, que le patriotisme japonais, celui des Américains n'en est pas moins profond, moins prêt aux sacrifices. Il faut avoir vécu dans leur intimité et, j'ose le dire, vibré de leurs émotions, pour savoir ce que représente à leurs yeux le drapeau étoile. Soit

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