CHAPITRE II
le chiffre, unique au monde, d'environ huit cent mille. Leur présence dans cette High School atteste éloquemment leur désir de s'élever et fournit l'explication de leurs succès. Quand je me rappelle l'aspect misérable des juifs orientaux qu'amenait notre navire et quand je pense que leurs enfants ressembleront à la studieuse et élégante jeunesse de cette grande école, il me semble que je vois fonctionner, presque automatiquement, le phénomène d'assimilation.
Mais que deviennent, dira-t-on, les adultes trop ignorants pour être admis en de telles écoles et cependant désireux de s'instruire? Ils ont les écoles primaires du soir, semblables à celles de nos pays, avec cette différence que la plupart sont entretenues par des fondations privées. Elles s'ouvraient au moment de mon retour à New- York, les derni'^rs jours de septembre, au nombre de quatre-vingtquatre. Tous les journaux en donnaient la liste, avec les adresses. Ces evening elementary schools sont suivies, en particulier, par les immigrants de tout âge et dont beaucoup ont surtout à y apprendre l'anglais. Il peut s'en trouver dans la masse qui ne profitent guère, comme cette vieille négresse, dont parlait un journal à Boston et qui apprenait à lire chaque hiver, l'oubliant chaque été; mais la plupart en tirent grand avantage et y acquièrent des connaissances qui leur permettent de mieux gagner leur vie ou même de suivre les High Schools. J'ai parlé de Boston, où les écoles primaires du soir s'ouvrirent pendant mon séjour, la troisième semaine d'octobre. Elles commençaient avec vingt mille élèves contre dix-sept mille l'année précédente, et de tout sexe, de tout âge, de toute nationalité, de toute race, jusqu'à des Grecs, des Russes, des Polonais, des Turcs, des Chinois et des nègres.
M. Nicholson me montre aussi la liste des conférences populaires, également organisées par la ville et qui se font chaque samedi, à huit heures, dans les divers quartiers. Presque toutes sont accompagnées de projections. Voici, dans l'ordre où elles sont données, les leçons du 5 octobre au 14 décembre. Cinq ont pour sujet la géographie de l'Amérique centrale et méridionale, et six, des questions sociales : « Porfirio Diaz, le régénérateur du Mexique. — Gomment est gouvernée la cité de New-York. — La Jamaïque et le récent tremblement de terre. — La fédération mondiale, histoire et sens véritable du mouvement pacifiste, par un témoin de la conférence de la Haye. — Bermude, la terre des lis et des roses. — L'évolution de la bonté. — A travers l'Amérique du Sud, récit d'un voyage à mulet dans les Andes et en radeau sur l'Amazone. — Ce que l'Amérique doit aux émigrants, histoire de l'immigration depuis 1790 et contribution des étrangers au progrès de la République. — Un voyage au Brésil. — Face à face avec les grands idéals : conférence sur le home et l'école en Amérique et sur leur action combinée pour la construction d'une vie. » Le programme indique les livres à lire comme préparation et la section de la bibliothèque publique où tout le monde peut les emprunter sans frais.
Ce serait donner de ma première journée de chemin de fer une idée peu exacte de laisser croire qu'elle se passa tout entière à prendre des notes sur l'école du soir. Les entretiens furent plus variés et un déjeuner offert par M. Nicholson coupa le trajet fort agréablement ; on ne saurait croire comme il est difficile, aux Etats-Unis, pour un clergyman, de payer son écot.