‹ L'Amérique de demainChapitre 18 sur 167 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d'été » l'on aperçoit aisément l'été, mais l'école plus rlifficilement. Le programme de cette année annonce ])lusienrs conférences du R. Talbot-Smith, président de l'institution, sur la première, la deuxième et la troisième République française; du R. James J. Fox, de l'Université de Washington, sur les relations entre l'Eglise et l'Etat, telles qu'elles étaient à l'origine et telles qu'elles sont maintenant aux Etats-Unis; du R. John J. Driscoll, sur la reconstitution de l'Eglise en France après la Révolution; du P. Me Millan, sur îe progrès des écoles paroissiales. J'y note encore des leçons d'astronomie, des cours sur l'histoire de l'éducation, sur la langue et la littérature celtiques, sur la doctrine do l'évolution et sur son histoire, sur la compatibilité du commerce et de la culture intellectuelle, sur l'ancienne et la nouvelle philosophie de la vie, sur l'histoire de France, sur l'histoire et le caractère des Volontaires américains, sur le rêve égalitaire. Il faut ajouter à cette liste des classes pour enfants, des cours de musique, même des leçons de danses celtiques, enfin, j'allais dire surtout, parce que c'est ce que les circonstances m'ont fait voir le mieux, des soirées mi-instructives, mi-comiques, où presque toute la colonie se rassemble et fraternise.

Après notre installation dans le chalet du président Talbot-Smith, nos visites à plusieurs familles et clubs, notre dîner au commun restaurant, nous assistons à l'une de ces séances. Celle de demain sera moins amusante, puisque j'y parlerai; celle de ce soir est franchement gaie. Des amateurs, la plupart excellents artistes, nous jouent une sorte de vaudeville naïf et cocasse, intitulé Who is who ? « Qui est qui ? » Un papa loufoque attend le prétendant de sa fille et un domestique ; il ne leur laisse pas le temps de s'expliquer et les prend l'un pour l'autre. Une confusion parallèle s'établit entre la fille de la maison et la chambrière.

Mais l'amour, moins aveugle qu'on ne dit, rectifie les situations, en dirigeant les cœurs où ils doivent aller ; et, quand à la fm le papa furieux expulse tout le monde, le faux domestique parce qu'il veut épouser la fille, le faux prétendant parce qu'il veut épouser la bonne, il suffit que le premier, en demandant à être remboursé de ses frais de voyage, se fasse connaître comme le domestique réel, pour que tout rentre dans l'ordre et que chacun se marie comme il doit. Toute la drôlerie de la pièce vient de l'ahurissement que manifestent le serviteur à être traité avec tant d'égards, le fiancé à être obligé de cirer les bottes de monsieur. Peut-être faut-il, pour jouir de ces facéties, n'être pas trop blasé sur l'art du théâtre ! L'auditoire, en tout cas, s'en amuse beaucoup et aussi mon « séminariste ». Je propose humblement le sujet à Tristan Bernard. Que pense de ce Plaute américain l'auteur des Jumeaux de Brighton ?

Le dimanche, après la messe, visite au Collège Camp où des garçons, entre la treizième et la vingtième année, vivent ensemble sous des tentes, comme des soldats, et mènent la vie au grand air, se livrant à des sports de toute sorte. Le régime est simple et l'installation primitive, mais l'hygiène bien assurée. La toile de la tente est imperméable et un parquet en recouvre le sol ; des chemins de planches, pour les jours de pluie, relient ici les tentes comme ailleurs les chalets. Le camp se dresse en plein bois, sur une falaise qui domine le lac (d'où le nom de Cli§-Haven, port de la falaise). Les jeunes gens paraissent tous bien portants et heureux. On me présente des collégiens qui demeurent trop loin pour retourner chez eux durant les vacances, notamment des Américains du Sud et même deux de ces jeunes Filippinos que le gouvernement des Etats-Unis fait élever à ses frais pour qu'ils l'aident plus tard à assimiler sa lointaine conquête.

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